25 mars 2004


photo : Presse Canadienne

Des propos étonnants

Joël-Denis Bellavance

Propulsée dans la tempête politique provoquée par le scandale des commandites, la médaillée d'or olympique Myriam Bédard a tenu des propos pour le moins étonnants hier devant un comité des Communes, en affirmant que l'ancien pilote Jacques Villeneuve aurait reçu douze millions de dollars américains du fédéral, en secret, pour porter le logo du Canada sur son costume durant le Grand Prix de Montréal.

Durant son témoignage de plus d'une heure et demie, elle a aussi soutenu que son ancien patron à VIA Rail, Marc LeFrançois, lui avait confié que la firme Groupaction, l'une des agences mises en cause dans le rapport de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, sur la gestion du programme de commandites, «était impliquée dans le trafic de drogue».

Hier soir, Jean Breault, président et chef de la direction de Groupaction, a catégoriquement nié cette affirmation la qualifiant d'«outrageante». Mme Bédard avait été invitée à témoigner devant le comité des comptes publics après qu'elle eut affirmé, le mois dernier, avoir constaté des cas des malversations impliquant VIA Rail et Groupaction lorsqu'elle travaillait pour VIA entre janvier 2001 et janvier 2002.

En témoignant devant ce comité parlementaire chargé de faire la lumière sur le scandale des commandites, Mme Bédard jouit d'une pleine immunité de sorte que ses propos ne peuvent être utilisés contre elle dans le cadre d'une poursuite judiciaire.

L'ex-championne de biathlon a affirmé avoir appris que Jacques Villeneuve recevait la somme faramineuse de 12 millions US en 1997. Elle a indiqué avoir obtenu cette information « top secret » de la part de Jean-Marc Saint-Pierre, son agent de 1993 à 2000, au moment où elle assistait au Grand Prix du Canada dans la loge de Normand Legault, le président de l'événement.

« C'était pour porter le nom du Canada. Je savais que le gouvernement donnait de l'argent. Je ne savais pas que c'était le scandale des commandites à ce moment-là », a déclaré Mme Bédard.

Mais le ministère des Travaux publics et l'agent de M. Villeneuve, Craig Pollock, ont donné hier un tout autre son de cloche. Tout au plus, le fédéral a-t-il versé 4500 $ au coureur automobile en 1997 dans le cadre du programme de commandites pour qu'il porte le logo du Canada sur sa combinaison, a indiqué Alastair Mullin, porte-parole du ministère.

Joint à sa résidence à Villars, en Suisse, M. Pollock, a aussi démenti que le pilote ait reçu 12 millions US du gouvernement fédéral pour porter 1'unifolié sur son uniforme de course. « C'est totalement faux (It's bullshit). Le Canada n'a jamais aidé Jacques d'aucune façon. De toute sa carrière, il n'a rien reçu du gouvernement canadien. La seule chose que le Canada a fait, c'est de travailler à installer un Grand Prix à Montréal. Si le sport motorisé se porte bien au Canada, c'est grâce au nom Villeneuve. Ont-ils payé Jacques en retour ? Jamais ! » a-t-il déclaré.

« C'est très vexant d'entendre que de l'argent gouvernemental aurait pu être détourné en faveur de Jacques. S'il porte un drapeau canadien sur sa combinaison, c'est seulement pour indiquer sa nationalité », a-t-il ajouté.

Durant son témoignage, Mme Bédard a par ailleurs indiqué que Marc LeFrançois, qui était un haut dirigeant de VIA Rail encore tout récemment, lui a parlé de certaines activités de Groupaction qui n'ont rien à voir avec le marketing durant une conversation dans le bureau de ce dernier. Une semaine plus tard, M. LeFrançois l'aurait invitée à oublier cette conversation. Elle a affirmé que c'est pour cette raison qu'elle a refusé d'être transférée chez Groupaction en dépit des pressions qu'auraient exercées sur elle M. LeFrançois et Jean Pelletier, un autre dirigeant de la société d'État.

« Cette demande, pour moi, c'était un choc. J'avais entendu déjà de Marc LeFrançois que Groupaction était impliquée dans le trafic de drogue. J'avais peur et psychologiquement, j'étais paralysée », a déclaré Mme Bédard aux membres du comité des comptes publics.

La Presse a tenté en vain, hier soir, d'obtenir les commentaires de M.LeFrançois. Toutefois, Jean Brault, a publié un communiqué tard hier soir.

« Je ne peux passer sous silence, l'affirmation gratuite faite par Myriam Bédard, aujourd'hui, devant le comité des comptes publics lorsque citant Marc Lefrançois, alors président de VIA Rail, elle a affiumé que Groupaction était impliquée dans le trafic de drogue. Cette affirmation outrageante dépasse toutes les bornes. Elle est fausse et sans fondement », a indiqué M. Brault.

Hier, Mme Bédard a affirmé avoir constaté rapidement que certaines factures soumises par Groupaction étaient exagérément élevées. Mais elle n'a pas soumis de document précis aux membres du comité.

« Après quelques semaines de travail, j'ai commencé à voir que les dossiers pourraient être traités de façon plus efficace et moins cher. (Mais) on m'a répondu qu'on devait toujours passer par Groupaction», a-t-elle dit.

Au début de son témoignage, Mme Bédard a aussi révélé que son conjoint, Nima Mazhari, a donné quelques conseils à Jean Chrétien au sujet de la guerre en Irak. « Si le Canada n'est pas engagé dans la guerre, a-t-elle précisé, c'est parce que Nima Mazhari a donné plusieurs conseils au premier ministre. »

Avec Stéphanie Morin


page mise en ligne le 25 mars 2003 par SVP

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