2 mars 2004

Pelletier congédié de VIA Rail
François Cardinal
Indigné par les propos «tout à fait inacceptables» tenus par Jean Pelletier à l'endroit de la médaillée olympique Myriam Bédard, le premier ministre Paul Martin lui a montré la porte de la société d'État VIA Rail, hier.
Confirmant les informations publiées dans La Presse, hier, le ministre des Transports, Tony Valeri, a en effet annoncé vers midi au nom du gouvernement «la destitution immédiate» du président du conseil d'administration de VIA. Quelques heures plus tard, la société d'État a annoncé l'ouverture d'une enquête interne sur les relations entre VIA Rail et les agences publicitaires, de même que sur les «inquiétudes» manifestées par Mme Bédard sur son passage à VIA.
Bien que M. Pelletier, ex-chef de cabinet de Jean Chrétien, se soit excusé vendredi dernier d'avoir qualifié l'ex-biathlonienne de «pauvre fille qui fait pitié», M. Martin a choisi d'actionner le couperet de la guillotine afin de se démarquer de son prédécesseur et surtout, afin de montrer l'exemple à quiconque souhaiterait à son tour dénoncer certains faits reliés au scandale des commandites, a-t-il expliqué lors d'un point de presse à New York.
«Les propos tenus la semaine dernière par M. Pelletier à l'égard de Mme Myriam Bédard étaient tout à fait inacceptables, a précisé le premier ministre par voie de communiqué. J'ai demandé aux personnes qui ont connaissance de possibles actes répréhensibles de se manifester. Et je m'attends à ce qu'elles soient traitées de manière appropriée lorsqu'elles le font. Ce qui, en l'occurrence, n'a pas été le cas.»
« Mon gouvernement est arrivé au pouvoir avec l'engagement de changer la façon de faire les choses, a-t-il ajouté. La décision que nous prenons aujourd'hui entend refléter cet engagement. »
Rappelons que jeudi dernier, après que Mme Bédard eut soutenu avoir été témoin de «gonflements de factures» impliquant la firme Groupaction Marketing et la société d'État VIA Rail, qui l'a employée en 2001, M. Pelletier avait répondu à La Presse : « C'est une pauvre fille qui fait pitié, une fille qui n'a pas de conjoint que je sache. (...) Elle a la tension d'une mère monoparentale, qui a des responsabilités économiques. »

Pour sa part, Myriam Bédard a réagi au congédiement en affirmant qu'il s'agissait « du geste à faire ». « Imaginez le climat de travail chez VIA Rail après de telles déclarations, a-t-elle indiqué en entrevue, hier. Imaginez comment aurait pu se sentir une mère monoparentale à l'emploi de VIA en croisant M. Pelletier dans un couloir. Ce dernier était tout de même responsable de 3000 employés. »
Aussi, la championne olympique croit que le licenciement de celui qui a déjà été maire de Québec va peut-être donner confiance à certaines personnes qui auraient des choses à dire mais qui craignent les représailles.
La décision de congédier M. Pelletier a été officiellement prise quelques minutes après la rencontre qu'ont eue dans le Vieux-Montréal l'émissaire de M. Martin, Francis Fox, et Mme Bédard. Très cordiale, la rencontre d'environ 30 minutes a surtout servi à assurer l'ex-biathlonienne de l'appui du premier ministre.
Selon nos informations, il n'a pas du tout été question des allégations de Mme Bédard lors de la rencontre. Quant au poste que cette dernière souhaite recouvrer chez VIA Rail, M. Fox a indiqué que Paul Côté, le président et chef de la direction par intérim de la société d'État, allait « étudier le dossier ».
Pour le Bloc québécois, qui a demandé à plusieurs reprises la tête de M. Pelletier, M. Martin ne pouvait faire autrement que de remercier le président du conseil de VIA Rail pour ses propos « totalement inacceptables ». « L'inverse aurait été impensable, a soutenu le chef, Gilles Duceppe, en entrevue téléphonique. Non seulement y a-t-il eu un tollé, mais en plus, personne n'a pris la défense de M. Pelletier. »
Ce dernier n'a pas rappelé La Presse hier.
L'annonce d'une enquête interne au sein de VIA Rail sur toute cette affaire a été faite par Paul Côté, nommé par intérim en remplacement de Marc LeFrançois. « Ce matin, j'ai prévenu l'honorable Tony Valeri, ministre des Transports, que j'ai déclenché une enquête sur les affirmations de Mme Bédard, et je lui ferai part le plus rapidement possible des nouveaux renseignements à ce sujet. L'enquête portera sur les inquiétudes de Mme Bédard concernant son passage à VIA Rail et les relations de VIA avec les agences publicitaires » a-t-il fait savoir, par voie de Communiqué.
M. Côté a de plus présenté des excuses au nom de la société d'État. « VIA Rail Canada offre ses excuses les plus sincères à Mme Myriam Bédard à la suite des commentaires émis à son égard et rapportés par les médias la semaine dernière. Nous regrettons le tort que ces commentaires ont pu causer à Mme Bédard, à sa fille, à sa famille et ses amis. Nous aimerions également présenter nos excuses à toutes les Canadiennes pour la nature et le ton de ces remarques. »
page mise en ligne le 2 mars 2003 par SVP