2 mars 2004

Je me suis arr�t� au mot conjoint. C'est une pauvre fille qui fait piti�, une fille qui n'a pas de conjoint. C'�tait donc forc�ment un mononcle qui parlait. Il n'y a que les mononcles pour dire conjoint. Et que disait-il d'autre ? Je ne sais pas. Je me contrecrisse de ce que disent les mononcles, fussent-ils pr�sident du conseil de VIA Rail. Je n'�coute pas quand ils parlent. Surtout quand ils parlent des femmes en g�n�ral ou d'une femme en particulier. Je sais d'avance ce qu'ils vont dire. Si elle est belle et fine ils diront qu'elle est baisable. Si elle les �coeure, qu'elle est mal bais�e. Si elle est marabout, qu'elle a ses r�gles. Si elle est plus vieille, qu'elle est n�vros�e. Si elle est monoparentale, qu'elle fait piti�. Si elle dit non, qu'elle est lesbienne.
On m'annonce � l'instant que M. Jean Pelletier vient de perdre sa job pour avoir sous-entendu un peu tout cela de son ex-employ�e Myriam B�dard. J'aimerais savoir : en est-on arriv� � cette spectaculaire (et rapide) ex�cution parce que Mme B�dard est une ancienne gloire sportive, ou est-ce parce que la chasse aux mononcles est ouverte dans tous les secteurs et que l'on peut maintenant tirer � vue sur les directeurs de caisse populaire - il y a �norm�ment de mononcles chez les directeurs de caisse populaire, bien que j'en connaisse quelques-uns qui sont journalistes.
Juste retour des choses, donc, M. Pelletier avait renvoy� Mme B�dard; Mme B�dard limoge M. Pelletier. Reste le fond de la question. Mme B�dard a-t-elle �t� t�moin de pratiques irr�guli�res alors qu'elle �tait en poste � VIA Rail ?
Le seul fait d'avoir �t� � pr�t�e � � Groupaction, l'agence de pub qui avait le compte de VIA, en dit assez sur le m�lange des genres (et sur le partage du fric des commandites). Donc, Mme B�dard savait des choses. Et la question suivante est celle-ci : a-t-elle �t� cong�di�e parce qu'elle savait ces choses et qu'on craignait qu'elle les rapporte ? Ou bien a-t-elle saut� sur l'occasion de les d�noncer - deux ans plus tard - parce qu'elle a �t� cong�di�e ?
Cela ne pas fait de diff�rence, dites-vous. Sur l'ampleur du scandale des commandites, vous avez raison, aucune diff�rence. Sur Mme ��dard elle-m�me, un peu quand m�me.
Je l'ai �crit cent fois, quatre athl�tes ont domin� la sc�ne sportive qu�b�coise des derni�res d�cennies, Ga�tan Boucher, Myriam B�dard, Pierre Harvey et Guy Lafleur. Dans cet ordre. J'ai dit cent fois mon admiration pour la Myriam B�dard d'avant Lillehammer. Je suivais ses courses sur le circuit europ�en, j'appelais au bureau pour qu'on n'oublie pas de rapporter ses performances � une �poque o� elle n'avait pas encore gagn� de m�dailles, nous �tions trois journalistes, pas plus, dans toute la province � savoir ce qu'�tait le biathlon.
Je ne me suis pas g�n� non plus pour �crire que la fin de sa carri�re avait �t� malais�e. Apr�s une 50e place � Nagano, que absolument personne ne songeait � lui reprocher, elle s'�tait trouv� la mauvaise excuse d'une mauvaise cire ou de mauvais skis, je ne sais plus. Et n'avait-elle pas song� � un retour � Salt Lake en... patinage de vitesse ? Rien n'est plus attristant - et de plus commun h�las - que les fins de carri�re effiloch�es de ces ex-grands champions, mal dans leur corps soudainement priv�s d'adr�naline, mal dans leur t�te pas du tout pr�par�e � passer � autre chose.
Il ne revenait certes pas au pr�sident du conseil de VIA Rail de le rappeler, mais quand il dit � ce sont des gens - les athl�tes - qui ont de la mis�re � revenir sur le plancher des vaches apr�s avoir �t� c�l�bres �, il manque s�rement de tact, mais il n'est pas pour autant compl�tement dans le champ. Si on l'a d�mis pour cela, il faudra me d�mettre aussi.
page mise en ligne le 2 mars 2003 par SVP