16 mars 2004

Philanthrope à roulettes
Phil Shaw traversera la Nouvelle-Zélande et l'Australie
Peut-être avez-vous déjà croisé Phil Shaw sur votre route. Vêtu d'un drôle de maillot jaune serin sur lequel il a fait broder des « bonhommes sourire », ce fondeur parcoure régulièrement les chemins des Laurentides sur ses skis à roulettes pour s'entraîner et, du même coup, faire sourire les automobilistes. S'investissant de mille et une missions, l'athlète entreprendra dès le 25 mars la traversée de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie pour promouvoir les vertus d'une vie sans tabac.
« J'essaie de faire le bien à ma façon, d'apporter ma petite touche pour embellir la vie des gens et promouvoir la santé », lance spontanément le résidant de Rosemère. Jusqu'à maintenant, ses skis à roulettes l'ont conduit d'un océan à l'autre du Canada et à travers l'Irlande et l'Angleterre. Toujours pour des causes qui lui tiennent à coeur : arthrite (dont souffre sa mère), cancer, maladies infantiles et lutte au tabagisme. En décembre, il n'hésite pas à s'entraîner affublé d'un costume de père Noël, barbe comprise. « Ça fait plaisir aux enfants », dit celui qu'on surnomme affectueusement Capitaine positif.
Le nom de ce marathonien de ski de fond est même inscrit dans le Livre des records Guinness pour avoir traversé le Canada en patins à roues alignées en 72 jours, en 1995.
Cette fois, Shaw a décidé de faire de son périple - quelque 10 000 kilomètres en cinq mois - un hommage à son père qui a cessé de fumer en 2001, après une intervention cardiaque majeure. « Par ma démarche personnelle, je veux encourager les gens à briser leurs mauvaises habitudes ou, encore mieux, à éviter qu'ils ne commencent à fumer. »
Pourquoi rouler à l'opposé du globe ? « Par curiosité et par goût de la découverte, tout simplement », avoue l'athlète.
Entre les différentes compétitions auxquelles il prend part, l'athlète consacre son temps à amasser des fonds et préparer son voyage et ce, depuis l'automne dernier. S'il se dit maintenant fin prêt, il sait que bien des obstacles peuvent se dresser sur sa route : chemins cahoteux, passages étroits en bordure d'autoroutes, conditions climatiques difficiles, pentes prononcées, problèmes mécaniques, mauvaises chutes. « Je n'ai jamais eu de problème jusqu'à maintenant, je suis prudent, dit l'homme de 37 ans. Je ne m'attends pas à atteindre mon objectif en claquant des doigts. Ce que j'appréhende le plus, ce sont les soirées que je passerai seul, loin de mes proches. Je suis un gars qui aime être entouré. »
Véritable mordu de ski de fond, Phil Shaw est monté une première fois sur les planches lorsqu'il avait 4 ans. Depuis, il ne vit que pour le ski. Et s'il n'est pas aussi connu que l'olympien Pierre Harvey, ce marathonien, qui a gagné de nombreuses courses de longue distance au Canada et aux États-Unis, tire assez bien son épingle du jeu. Le mois dernier, il est arrivé quatrième au 50 km classique de la Keskinada Loppet de Gatineau, compétition internationale du circuit Worldloppet. Fin janvier, il a terminé 94e sur 5000 participants au 70 km classique de la Worldloppet Marcialonga à la Coupe du monde FIS d'Italie. Il y a deux ans, il a décroché une médaille de bronze au Championnat du monde des maîtres, à Valcartier, dans la catégorie des 35-39 ans.
Samedi, il participera au dernier marathon Coupe du monde FIS de la saison, qui se déroule en Norvège. Mais sa tête est déjà au pays des kangourous. « J'ai hâte. Je veux faire connaître mon sport, marginal et peu publicisé, partout où je vais », confie Shaw.
Sa passion, qu'il sait rendre contagieuse, a déjà commencé à se répandre ici, au Québec, par l'entremise de sa compagnie Ça glisse-Ça roule. « Je donne des leçons à des athlètes d'élite comme à des néophytes, je suis moniteur d'excursions et conférencier à mes heures, dit-il. Le ski de fond n'est pas très payant au pays et intéresse peu les commanditaires, mais je réussis à combiner passion et travail pour gagner ma croûte. »
Même s'il ne mène pas une vie de luxe et qu'il doit travailler durement pour réaliser ses objectifs, Phil Shaw ne changerait de place pour rien au monde. «J'espère continuer à skier encore longtemps », confie-t-il. Son rêve ? Participer à la Saskaloppet, en Saskatchewan, pour se frotter à la crème des marathoniens. Et, bien sûr, voyager sur ses skis à roulettes un peu partout sur la planète.
page mise en ligne le 16 mars 2003 par SVP