17 juin 2004

Rocambolesque affaire de vol de tableaux

L'ex-agent de Myriam Bédard souhaite
qu'elle collabore avec les policiers

Judith Lachapelle

« Vous ne pouvez pas savoir combien je souhaite que Myriam collabore avec les policiers, qu'elle ne se laisse pas influencer par qui que ce soit. J'aime 100 fois mieux qu'on se souvienne d'elle comme d'une athlète exceptionnelle plutôt que pour tout ce qui se passe dans sa vie depuis quelques mois. »

Publiquement attaqué par le conjoint de Myriam Bédard, Nima Mazhari, Jean-Marc St-Pierre a froidement répliqué hier. Nima Mazhari affirme que M. St-Pierre, l'ancien agent de Myriam Bédard, est celui qui a fomenté un coup pour l'accuser d'avoir volé les tableaux de son ancienne partenaire d'atelier, la peintre Ghitta Caiserman-Roth.

Où sont les tableaux de Ghitta Caiserman-Roth ? Après un mois d'enquête et une perquisition sans saisie, les policiers ont remis leur dossier entre les mains d'un procureur qui décidera si des accusations seront portées.

L'histoire remonte à 2001. Ghitta Caiserman-Roth, peintre montréalaise dont les oeuvres figurent dans plus d'une centaine de collections publiques au Canada, partage un atelier, boulevard Saint-Laurent, avec Nima Mazhari. Ce dernier, sculpteur et photographe, dit avoir vécu une belle relation avec Mme Caiserman-Roth.

Ce qui n'était pas le cas de la peintre et de sa fille, Kathe Roth. « Elle détestait sa fille, et la fille détestait la mère », affirme M. Mazhari. William Sofian, qui dit connaître Mme Caiserman-Roth depuis plusieurs années, ajoute que Mme Roth « était très cruelle, qu'elle n'était pas attentive à sa mère ». Nima Mazhari, dit-il, a été « très chic» avec la peintre.

À l'automne 2001, Ghitta Caiserman-Roth est tombée malade et a dû quitter l'atelier du boulevard Saint-Laurent. Le 26 décembre 2001, les avocats de Mme Caiserman-Roth se sont présentés à l'atelier pour récupérer ses biens. William Sofian était présent. « Je connais toutes les toiles de Ghitta, et elles étaient toutes là. »

Nima Mazhari confirme les faits, ajoutant avoir reçu en janvier 2002, « une lettre de l'avocat me disant que tout était bien, qu'on voulait fermer le dossier ». « Depuis, j'ai jamais rien reçu comme quoi ils cherchent quelque chose. »

Deux ans plus tard, en janvier dernier, Kathe Roth a reçu une lettre anonyme d'une personne disant avoir été en contact avec 19 toiles signées Ghitta Caiserman. L'auteur, selon la déclaration rédigée par les policiers, écrit que Nima Mazhari lui a proposé d'en acheter et qu'il était intéressé par quatre d'entre elles, dont il joint les photos avec la lettre. Mais il a craint de faire affaire avec un receleur et s'est abstenu de les acheter. Kathe Roth a porté plainte à la police.

Mme Roth n'est pas la seule à avoir reçu une lettre. Les anciens agents de Myriam Bédard, André Douillard et Jean-Marc St-Pierre, ont aussi reçu la même copie de la lettre anonyme. Ce sont eux qui ont dit que le père de Myriam Bédard, Pierre Bédard, a eu en sa possession une vingtaine de toiles de Mme Caiserman-Roth.

Pierre Bédard a rencontré les policiers le 27 mai. Il a confirmé avoir entreposé une vingtaine de toiles qui lui ont été confiées par sa fille au printemps et à l'été 2001. Myriam Bédard lui aurait mentionné « que Mme Caiserman était devenue folle et que sa fille voulait récupérer les toiles ».

Ni Pierre Bédard ni Nima Mazhari ne cachent que les relations entre les deux hommes sont conflictuelles depuis des années. À cause de ces tensions, Pierre Bédard dit être allé reporter les toiles à sa fille en août 2001.

Mais Pierre Bédard est allé encore plus loin dans sa déclaration aux policiers : il a confirmé avoir lui-même remis les photos à l'ex-agent de sa fille et qu'il s'agit bien de quatre toiles qu'il a eu en sa possession à l'été 2001. D'ailleurs, six personnes pourraient témoigner que M. Bédard a bel et bien eu les tableaux de Ghitta Caiserman-Roth. Mais une perquisition menée la semaine dernière dans un immeuble de Lévis appartenant au couple Mazhari-Bédard n'a pas permis de retrouver une seule toile.

Normal, clame M. Mazhari, car le couple ne possède et n'a jamais possédé d'oeuvres de Mme Caiserman-Roth. « Le père de Myriam n'est pas un expert, il ne connaît absolument rien en arts visuels, il n'est pas capable de distinguer un tableau d'un autre», dit Nima Mazhari. Pierre Bédard, ajoute M. Mazhari, s'est fait manipuler par Jean-Marc St-Pierre.

L'ancien agent, affirme M. Mazhari, est « vexé » depuis la comparution de Myriam Bédard devant le comité des Communes sur le scandale des commandites le printemps dernier. Nima Mazhari, qui comparaissait également, y a parlé d'une somme de 150 000 $ que la compagnie de M. St-Pierre devrait à Myriam Bédard pour sa participation à une activité financée par le ministère des Travaux publics et pour laquelle elle n'aurait jamais été payée.

« M. St-Pierre est en train de faire des choses pour toucher la crédibilité de Myriam, dit Nima Mazhari. Il a été son agent pendant 10 ans, il connaissait très bien la famille, il est allé voir son père, l'a manipulé, et a monté une histoire. Peut-être a-t-il planté une photo chez lui, je ne le sais pas, et après, il a envoyé un enquêteur, qui a trouvé la photo chez M. Bédard. »

« Je n'ai absolument rien à me reprocher », rétorque fermement Jean-Marc St-Pierre. L'homme pèse ses mots, il dit ne pas vouloir nuire à l'enquête policière en cours. « J'ai été l'agent de Myriam pendant neuf ans. J'ai fait pour elle ce qu'aucun agent n'aurait fait pour un athlète. » M. St-Pierre et Mme Bédard ont rompu leurs liens professionnels d'un commun accord en 2001, lorsque l'athlète a pris sa retraite.

« Je trouve très triste ce qui arrive actuellement. Depuis trois ans qu'elle est avec Nima Mazhari, je constate que sa vie semble avoir beaucoup changé. Moi, je n'ai pratiquement plus moyen de lui parler, et presque plus personne, deuis trois ans, ne peut lui parler. Je suis à 100 % avec M. Bédard et la famille de Myriam. Cette famille vit une situation très difficile depuis que M. Mazhari est dans la vie de Myriam. »

Nima Mazhari, dit M. St-Pierre, est l'homme derrière les déclarations pour le moins étonnantes que Myriam Bédard a faites lors de sa comparution en mars au comité des Communes. Mme Bédard avait notamment affirmé que Jacques Villeneuve avait reçu 12 millions de dollars américains du fédéral, en secret, pour porter le logo du Canada (ce qui a été démenti). Elle a aussi affirmé que « si le Canada n'est pas engagé dans la guerre, c'est parce que Nima Mazhari a donné plusieur conseils au premier ministre ».

« C'est un monsieur très particulier, et Myriam ne jure que par lui », ajoute M. St-Pierre. Cela étant dit, « ma porte sera toujours ouverte pour Myriam. Si je peux l'aider ça me fera plaisir. (...) Ça me fait de la peine pour Myriam et sa famille, elle mérite mieux que ce qui lui arrive. »


page mise en ligne le 17 juin 2004 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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