20 janvier 2004Parc régional à Val-David
Nathaëlle Morissette
L'expropriation d'un promoteur immobilier pour permettre la création d'un parc régional risque de coûter beaucoup plus cher que les 500 000 $ prévus par la municipalité de Val-David.
C'est ce que craint un groupe formé d'une vingtaine de citoyens de l'endroit. Rappelons que, en novembre, les Val-Davidois se sont prononcés à 61,7 % en faveur d'un règlement d'emprunt de 500 000 $ pour que la municipalité ainsi que sa voisine, Val-Morin, puissent acquérir le terrain du promoteur Sylvain Cousineau et réaliser le projet de parc régional. Du côté de Val-Morin, la somme s'élève à 400 000 $.
Selon Alain Legoupil, un citoyen mécontent de la tournure des événements, la population n'a pas reçu toute l'information nécessaire avant de voter. Il accuse même le camp du OUI d'avoir noyauté le journal local, empêchant ainsi les citoyens d'étudier le dossier sous tous les angles.
Il estimte que l'expropriation de Sylvain Cousineau, qui souhaite construire 136 maisons luxueuses à proximité du parc Dufresne, engendrera des coûts supérieurs à 500 000 $.
« Lorsque la municipalité se rendra devant un tribunal administratif, le juge devra d'abord décider s'il est légitime d'exproprier M. Cousineau. Ensuite, si le tribunal tranche et que l'expropriation coûte plus cher que prévu, la municipalité ne pourra plus reculer et elle sera obligée de payer. Je ne suis pas contre le parc, tient à préciser M. Legoupil, mais on en a déjà un et je ne pense pas qu'il soit nécessaire de l'agrandir. »
En effet, le célèbre parc Dufresne, qui chevauche les municipalités de Val-David et de Val-Morin, dans les Laurentides, offre plus de 70 kilomètres de sentiers balisés et s'étend sur 452 acres. Plusieurs amateurs d'escalade, de ski de fond et de randonnée pédestre le fréquentent.
Un chèque en blanc...
Catherine Baïcoianu, une autre citoyenne, abonde dans le même sens : « La municipalité nous a demandé de lui faire un chèque en blanc, déplore-t-elle. Nous n'avons même pas reçu d'information sur le plan de développement. C'est évident que l'agrandissement du parc va entraîner des frais d'exploitation. À moins que la moitié des gens du village travaillent bénévolement à l'entretien des pistes ! » dit-elle en riant.
Un maire rassurant
La maire de Val-David, Dominic Asselin, joint hier par téléphone portable alors qu'il arpentait les pistes de ski de fond, assure pour sa part que la population n'aura pas à débourser plus que prévu.
« Si jamais ça coûte plus cher, on tentera d'aller chercher l'argent ailleurs. Nous avons demandé aux gouvernements provincial et fédéral de nous aider. »
Le maire Asselin estime que les citoyens ont reçu tous les renseignements nécessaires avant de voter. « Nous avons distribué une cassette vidéo et nous avons fait du porte-à-porte, mentionne-t-il. L'information s'est même rendue à Montréal. Alors je ne vois pas pourquoi les gens d'ici auraient mal compris les enjeux. »
« Je veux que ce soit bien clair, nous avons reçu un mandat pour un règlement d'emprunt de 400 000 $. Les gens de Val-Morin n'auront pas à payer plus », assure pour sa part Diane Demers, la mairesse de Val-Morin.
De son côté, Sylvain Cousineau persiste et signe. « Je n'ai pas l'intention de céder mes terrains. Mais mon projet n'empêchera pas les gens de faire de ski de fond », précise-t-il.
Pourtant, afin de faire pression sur la municipalité, M. Cousineau a installé plusieurs clôtures afin de bloquer l'accès aux pistes de ski de fond qui sillonnent son terrain. Il souhaite négocier une entente avec les deux municipalités. Il se dit prêt à laisser le champ libre aux adeptes du plein air en les laissant circuler librement mais, en attendant, les amateurs de ski devront prendre leur mal en patience.
page mise en ligne le 20 janvier 2004 par SVP