18 janvier 2004


Bien installé dans un panier à linge, le petit Rayan Akel est tiré par son père Thomas,
sur le mont Royal, près du lac aux Castors. Des candidats pour le bébéahtlon ?
photo : Martin Chamberland

Le bébéathlon, aux Jeux de 2018 ?

C'est toujours la même histoire, à peu de détails préparatoires près, mais quand même, vous n'aviez pas encore eu droit à la prise hivernale, version deux ans et dix mois, ce qui correspond à l'âge de Sir Georges. Alors la voici.

Je sais : encore le Zoomer! comme s'il était le seul enfant au monde. Que je m'inscrive en faux : il n'est pas le seul, je suis là, ça fait qu'on est deux, trois avec maman.

L'aventure d'aujourd'hui se passe dans le joyeux temps des Fêtes. La météo dégoulinante et grise a fait place à la poudreuse de saison et dès l'aube, le petit a le nez collé à la fenêtre, fasciné. Mais il retourne aux nouveaux jouets qui jonchent le plancher de sa chambre, il n'a pas fini de les étrenner. C'est papa qui frétille et qui lâche le mot magique : « Georges, veux-tu aller à la forêt ? »

Ça, il ne dit jamais non. Il se lève d'un bloc, déjà prêt à partir. Après le mot chocolat, le mot forêt est un de ceux qui le font réagir très fort. « Rassieds-toi, fiston, papa doit d'abord préparer le lunch et les équipements. Il y en a pour... quelques minutes. »

Du coup, maman a bien hâte que nous décollions. Cette offre inespérée d'être « débarrassée » l'agrée, car elle veut passer l'aspirateur, épousseter, changer les draps, faire la vaisselle. Moins elle aura d'aide, plus vite ça ira, vous comprenez ?

Fais le lunch, prépare le lait, quelques couches et des wet-ones, puis déneige la voiture, enlève les roues de la grande poussette, la plie pour la tasser dans le coffre de la voiture, sors les gréements qui me permettront de transformer la poussette en traîneau à neige, habille le petit (deux-trois ans, ça s'appelle zippe et dézippe, et ça n'a pas de fin).

Je tiens à ce que tout soit prêt, car partir seul avec le petit, l'hiver, serait-ce pour une demi-journée, en équipée qui exige un assemblage et un désassemblage, ça mérite qu'on y pense à deux fois. Ou peut-être qu'au contraire, il vaut mieux ne pas réfléchir et foncer tête baissée.

Voyant le temps passer, un petit dîner vite fait complète la course aux préparatifs avant len grand départ.

Bref, quand Sir Georges se retrouve assis dans la voiture que je parviens à sortir du banc de neige sans pelleter (je fais attention à mon dos...), il est déjà autour d'onze heures trente.

Le Zoomer fait dodo
Quelques coins de rues, on grimpe la Camilienne, ce qui fait un peu d'exercice aussi pour le char, on stationne à deux pas des chevaux et de leurs calèches.

Sors la poussette et la monte sur ses skis, assemble les brimbales et, ce faisant, garde le Zoomer à vue, mais il est en âge de faire son petit pied de grue, sachant que c'est pour la bonne cause. Il veut voir les chevaux, Sir Georges, alors on va voir les chevaux, puis on revient à nos moutons.

Après quelques minutes de préparatifs, nous voilà prêts et c'est un départ dans les pistes des autres skieurs, car les sillons n'ont pas été tracés mécaniquement. Au lendemain de Noël, la Ville offre quand même des services. Les poseurs de contraventions, par exemple, ils sont au travail...

Le froid est vif, aussi ai-je bien emmitouflé le petit, qui ne bouge pas beaucoup dans son carrosse royal.

Je pars avec l'idée que je pourrais revenir très rapidement sur mes pas. Depuis qu'il a marché quatre bons kilomètres en forêt dans la neige durcie, en mars dernier, j'ai compris qu'il souhaite de plus en plus être dans l'action. Le confiner à un rôle de spectateur pourrait être une bien mauvaise idée. Je suis donc sur mes gardes.

Pendant les premières minutes, je lui cause afin de m'assurer qu'il est bien, qu'il n'a pas froid ni trop chaud. Mais parvenu à la hauteur de la maison Smith, le Zoomer ne répond plus, alors je fais un petit arrêt (enlève les skis, déclippe le harnais, pose les tiges de traction sur le dossier d'un banc, ouf!) pour constater qu'il... dort.

Qu'à cela ne tienne, je me remets en route avec l'idée de me faire plaisir et de boucler la boucle du sommet du mont Royal, un très joli parcours avec quelques bosses, un excellent terrain d'entraînement pour ceux qui veulent pousser la machine ou... tirer la poussette. Le petit ne se laisse pas toujours aller à dormir au milieu de la journée, mais quand il le fait, il roupille autour de 50 minutes, j'ai donc tout mon temps.

Mauvais réveil
Ah le bonheur! se laisser caresser le visage par le bon air froid, suer à grosses gouttes dans la montée, revoir pour la centième fois la forêt amie. Après avoir contourné la croix, la petite descente n'est que plus amusante avec la remorque à l'arrière, me semble que je me laisserais descendre comme ça longtemps. Vient une autre petite descente où il m'arrive de planter quand il y a trop de glace, mais ça ne sera pas le cas aujourd'hui, puis c'est le retour vers le chalet du Belvédère. Une madame file doucement avecec ses skis de bois et donne des conseils à sa fille d'une dizaine d'années, qui avance vaillamment devant elle. Je me dis que ce sera bientôt comme ça pour nous aussi, moi qui guide et le petit qui parfait son pas alternatif.

Passé le bosquet, la ville s'ouvre sous nos regards, je double sur la gauche et la petite madame s'excuse, je ne vous avais pas vu, mais non madame, rien ne presse et bonjour et bon ski mademoiselle !

Revenu au départ de la boucle, passé le ponceau du chemin Olmsted, le petit étant certifié encore endormi par d'autres skieurs, je m'offre l'autre boucle qui me ramènera vers le lac aux Castors, même si le petit se réveille, il n'y aura plus long à faire.

Et hop ! je glisse dans le bonheur, je frise l'insouciance lorsque, à la faveur d'un autre arrêt, je constate qu'il a ouvert les yeux, Mister. Il accepte de boire un peu d'eau et il est à prendre avec des pincettes. Je tente de me remettre en route, mais je n'arrive pas à fixer ma botte gauche à son ski, le bidule est gelé.

Il n'y a pas panique en la demeure, mais le Zoomer, me voyant tenter sans succès de régler le problo se met à chanter la Marseillaise. J'ai beau lui dire que c'est pas grave, que je vais simplement marcher jusqu'à l'auto et que ce sera un peu plus long, il braille à grosses larmes.

Les cuivres, haut et fort
Viennent à passer la petite madame de tantôt et sa fille. Gentille comme tout, la dame offre de trimbaler mes skis pour me permettre de me concentrer sur la remorque. Mais je décline son offre et j'entreprends d'avancer les bâtons dans une main, les skis dans l'autre, veinard de ne pas trop enfoncer creux avec mes bottes de ski.

Le Zoomer fait un concert. J'ai beau lui répéter que c'est sans gravité, qu'on va arriver dans peu de temps, rien n'y fait. Après une petite montée, je me réessaies, et là la fixation embarque. Nous voilà repartis, mais mon petit passager hurle et je sais pourquoi : après la peur que lui a causé l'incident, il a faim. Je n'ai donc plus qu'une chose à faire : filer jusqu'à l'auto le plus vite possible.

Je reviens bientôt à la hauteur de « ma » petite dame. Elle se fait fort d'encourager Georges. Sa fille fait de même. Elle s'appelle Delphine et le Zoomer, comme toujours sensible à la beauté, se laisse un peu convaincre.

Nos routes se séparent juste en haut des grandes glissades. « Au revoir Delphine, et merci de tout coeur ! »

Georges a repris son concert et il a tenu les cuivres haut et fort jusqu'au terme du parcours.

Z'avez jamais vu un gars défaire toutes les bébelles le temps de le dire, crisser le stock dans le char, ficeler le braillard dans son siège et lui mettre un biberon de lait froid dans le bec.

À Lausanne, ils se cherchent toujours des idées pour mettre du spectacle dans les Jeux, je leur propose le bébéathlon : un 15 km avec le bébé dans la remorque et un changement de couche en cours de route. Ça pourrait susciter une belle commandite de Pampers ou de Huggies.

Le temps que cette discipline passe l'étape de la démonstration, Delphine sera en âge de faire la course.


page mise en ligne le 18 janvier 2004 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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