20 janvier 2004
Il faut être fou pour sortir d'une voiture encore toute chaude par moins 20 degrés Celsius et chausser une paire de ski, en pleine nuit.
Renée Laurin
Il faut être un pou dérange pour se lancer dans une aventure pareille en sachant parfaitement qu'il nous faudra grelotter, puis suer pendant une dizaine de kilomètres avant de pouvoir engouffrer la blanquette de veau et se réchauffer le gosier avec la bouteille de porto qui vous pèse dans le sac à dos.
Un véritable périple d'adolescents trippeux. Bon à rien pour les vieux croulants pantouflards comme nous. Une histoire de fou. Vraiment ?
La magie de la nuit
Mais la folie a quelque chose de magique. La nuit, surtout, avec les étoiles et la pleine lune. Il faut à peine quelques minutes d'effort pour oublier l'air glacial dans lequel on vient de plonger sans réfléchir. Quelques minutes pour se laisser envelopper par le silence de la nuit, la douceur de la neige caressant vos skis, l'ombre noire des érables et des pins.
Il y a la peur aussi, celle qui vous prend au ventre lorsqu'on confond bêtement un tronc d'arbre avec un ours noir affamé.
La première fois qu'on m'a entraînée dans cette aventure de dingue, j'ai cru rêver. Après trois quarts d'heure à suer sur mes skis dans la froidure de l'hiver, j'ai trouvé au bout de ma peine une toute petite cabane en bois rond. A travers une fenêtre jaillissait la lueur chaude des chandelles. La fumée sortant de la cheminée se noyait dans la pénombre de la nuit. Ça sentait le feu de bois. Il faisait bon et chaud là-dedans. J'en étais certaine et j'avais faim.
La chaleur d'un feu de bois
À l'intérieur, il y avait plein de gens attablés. Des odeurs aussi. Celle de la fondue au fromage, du ragoût qui chauffe sur le poêle. Réunis autour de la chaleur d'un feu, des hommes et des femmes levaient le coude en riant. J'ai été séduite sur-le-champ.
Jamais une blanquette de veau ne m'a paru aussi savoureuse. Et le porto... ab- solument divin.
J'y retourne à toutes les occasions possibles, entraînant avec moi tous les amis qui me tiennent à coeur. Les enfants aussi nous ont suivis. La magie et le plaisir sont chaque fois au rendez-vous.
Cette cabane de rêve, je l'ai trouvée en Outaouais, en plein coeur du parc de la Gatineau. Il y en a des dizaines comme ça. Ouvertes en tout temps, accessibles à tous ceux qui veulent bien se donner la peine de faire quelques kilomètres à ski ou en raquettes pour les trouver.
Le ski de nuit et les soupers au refuge Keogan, le plus près de la ville, sont devenus si populaires qu'il faut parfois faire la queue en attendant qu'une table se libère. Pour contourner le problème, il suffit d'arriver tôt (ou très tard) ou encore de skier plus loin vers d'autres refuges moins fréquentés.
Party économique
Pour les parents de jeunes enfants qui n'ont plus d'argent pour fréquenter les grands restaurants ni le temps de pratiquer des sports d'hiver de jour, la formule est idéale. Le refuge est gratuit. On apporte sa nourriture, ses chandelles et tout ce qu'il faut pour rapporter nos déchets. Le bois de chauffage est fourni.
L'hiver est devenu pour moi la saison des partys d'amis en forêt. Depuis, j'aime la saison froide et cherche tous les prétextes pour trouver de nouvelles façons de m'amuser dehors.
C'est le meilleur moyen, dit-on, de vaincre les blues de l'hiver.

page mise en ligne le 20 janvier 2004 par SVP