28 février 2004

Le président de VIA Rail
présente des excuses

François Cardinal

Sommé hier de s'excuser par le premier ministre Paul Martin, le président du conseil d'administration de VIA Rail, Jean Pelletier, n'a eu d'autre choix que d'obéir. Il a ainsi « regretté » les propos qu'il a tenus au sujet de la médaillée olympique Myriam Bédard après qu'elle eut dénoncé des « gonflements de factures » impliquant la firme Groupaction et la société d'Etat où elle a travaillé pendant un an.

Quelques minutes plus tard, en entrevue téléphonique, l'ex-biathlonienne a balayé du revers de la main les excuses de M. Pelletier, s'interrogeant sur la sincérité de cet homme qui l'a qualifiée de « pauvre fille qui fait pitié ».

« Est-il sincère ? Il n'avait pas le choix de s'excuser vu les pressions qu'il a subies de toutes parts, a dit Mme Bédard. De toute façon, le mal est fait. »

Les réactions ont en effet été vives à la suite de la publication hier dans La Presse des propos tenus la veille par Jean Pelletier, ex-chef de cabinet du premier ministre Jean Chrétien.

En réponse aux allégations de Mme Bédard selon lesquelles elle est une « victime du scandale », M. Pelletier a affirmé qu'elle tentait tout simplement de tirer avantage de l'affaire des commandites.

« C'est une pauvre fille qui fait pitié, a-t-il dit, une fille qui n'a pas de conjoint, que je sache. Elle a la tension d'une mère monoparentale qui a des responsabilités économiques. Dans le fond, je trouve qu'elle fait pitié. »

En après-midi, hier, le premier ministre Martin a qualifié d'« inacceptables » les déclarations de M. Pelletier. « Je m'attends à ce qu'il retire ses commentaires et qu'il s'excuse », a-t-il indiqué lors d'un point de presse à Vancouver. Peu après, M. Pelletier a fait parvenir un communiqué en ce sens aux médias.

« Lors d'une entrevue avec un journaliste hier, j'ai émis certains commentaires au sujet de Mme Myriam Bédard et je réalise que ces propos étaient déplacés, peut-on lire. Je regrette ces commentaires et je m'excuse sincèrement auprès de Mme Bédard pour l'embarras ou la peine que cela aurait pu lui causer.

Mais Mme Bédard affirme n'avoir que faire de ces excuses. À son avis, M. Pelletier a simplement prouvé qu'il n'avait pas sa place à la tête d'une société d'État. « Lorsque j'ai pris connaissance de ses déclarations, je me suis dit qu'il fallait être très bas au niveau intellectuel. »

Mme Bédard s'est également dite « très dérangée » par les propos de Marc LeFrançois, président et chef de la direction de VIA, qui a été suspendu par M. Martin cette semaine pour sa possible implication dans le scandale des commandites. « Je ne comprends pas ces gens-là, a dit M. LeFrançois à La Presse en faisant référence à Mme Bédard. Est-ce qu'ils prennent des pilules ? Je ne sais pas. »

Ce dernier n'a rappelé La Presse hier.

MM. LeFrançois et Pelletier réagissaient aux propos de Mme Bédard, qui a soutenu avoir été forcée de démissionner de VIA Rail en janvier 2002, soit quatre mois avant que le scandale des commandites éclate, parce qu'elle avait refusé d'être mutée à Groupaction, la firme qui gère les communications de la société d'État.

Nommée spécialiste des programmes nationaux à VIA Rail un an plus tôt, elle affirme qu'elle a « été tassée de son poste » après avoir été témoin de l'envoi à VIA de « factures gonflées » par Groupaction. C'est ainsi que, le 13 février dernier, soit le lendemain du jour où M. Martin a demandé aux Canadiens qui savent quelque chose sur le scandale des commandites de se manifeste, Mme Bédard a envyé au cabinet du premier ministre une lettre pour recouvrer son poste à VIA Rail.

« Propos inacceptables »
À l'unisson, hier, les groupes de femmes et les élus des deux côtés de la Chambre des communes ont exprimé leur indignation devant la réaction des deux hauts dirigeants de VIA. « Si les commentaires sont vrais, ils sont complètement inacceptables et nous allons prendre les mesures justifiées, y compris la suspension et des mesures disciplinaires», a déclaré le ministre des Transports et responsable de VIA Rail, Tony Valeri.Iil a cependant refusé de dire quelles sanctions il comptait imposer.

Le Parti conservateur s'est dit indigné qu'« une héroïne du Canada» soit traitée de « menteuse » par M. Pelletier. Le chef bloquiste, Gilles Duceppe, a soutenu pour sa part que le gouvernement n'avait d'autre choix que de congédier le président du conseil de VIA à la lumière de ses propos « inqualifiables ».

Réactions
Pour les différents mouvements de femmes, les déclarations de Jean Pelletier sont indignes d'un haut dirigeant de société publique. À tel point que la Fédération des syndicats de l'enseignement, qui représente 80 000 enseignants, demande au Parlement de congédier MM. Pelletier et LeFrançois pour leurs propos « misogynes, sexistes et méprisants », selon les mots de la présidente de la Fédération, Joanne Fortier.

À la Fédération des femmes du Québec, on se voulait plus circonspect. On n'en dénonce pas moins ces propos qui « dépassent l'entendement ». « Comment le président d'une société d'État aussi importante que VIA peut-il tenir de tels propos, franchement sexistes ? » a demandé la présidente de la FFQ, Michèle Asselin.

« Ce sont des propos totalement inacceptables, surtout que l'on fait référence au statut personnel d'une personne », a pour sa part indiqué la ministre québécoise responsable de la condition féminine, Michèle Courchesnes, par la voix de son attaché de presse, Daniel Desharnais.

D'autre part, le président du comité des comptes publics à Ottawa, John Williams, a indiqué qu'il souhaitait que l'ex-biathlonienne vienne témoigner devant les députés afin d'expliquer ce qu'elle sait des malversations de Groupaction et de VIA Rail.

Mme Bédard n'a toutefois pas pris de décision à ce sujet. « Je n'irai pas aveuglément, a-t-elle dithier. Il faut que je voie ce que ça implique. Mais si c'est pour le bien-être de mon pays et le bien-être de VIA Rail, je vais le faire. »

Pour sa part, VIA Rail a diffusé un communiqué de presse pour réagir aux accusations de Mme Bédard, « même s'il va à l'encontre de la politique de VIA de discuter publiquement des questions liées au personnel ».

« Il est faux d'affirmer que Mme Bédard a été forcée de quitter VIA, écrit- on. Mme Bédard a été embauchée par le département du Marketing de VIA en janvier 2001, mais rapidement, il est devenu clair que sa relation de travail avec VIA ne répondait pas à ses besoins. Elle a donc quitté la Société volontairement le 18 janvier 2002, afin de poursuivre sa carrière à titre de consultante indépendante. »

Avec la collaboration de Joël-Denis Bellavance à Ottawa


page mise en ligne le 28 février 2004 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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