29 avril 2004

Un départ volontaire
Jean Pelletier n'a joué aucun rôle dans le départ de Myriam Bédard de VIA Rail
Nous publions ici un extrait du rapport de l'arbitre en droit du travail, Michel G. Picher, qui, à la demande de VIA Rail, a enquêté sur les circonstances ayant mené en 2002 au départ de la championne olympique de la société ferroviaire.
L'essentiel de la preuve démontre à la satisfaction de l'agent d'enquête que madame Bédard a démissionné parce qu'elle n'était pas heureuse chez VIA Rail Canada, qu'elle considérait son affectation chez Groupaction comme une rétrogradation et que c'était le comble, et parce qu'elle avait déjà pris des mesures pour fonder sa propre entreprise de marketing.
La preuve présentée à l'agent d'enquête est remplie de témoignages à l'effet que madame Bédard a affirmé à maintes reprises à de nombreux employés, bien avant sa démission le 18 janvier 2002, qu'elle n'était pas heureuse chez VIA Rail Canada, qu'elle avait l'impression de travailler avec des incompétents et qu'elle allait fonder sa propre entreprise. Dès le ler juillet 2001, à l'occasion des célébrations de la fête du Canada, bien avant l'arrivée de monsieur Jean Pelletier à VIA, elle a confié à son collègue du Service du marketing, monsieur Frédéric Gonzalo, qu'elle ne savait pas ce qu'elle faisait chez VIA, qu'elle n'aimait pas y travailler et qu'elle projetait de fonder sa propre entreprise de marketing et de publicité.
Conformément à son intention de fonder sa propre entreprise, madame Bédard a informé l'agent d'enquête qu'elle avait fait faire des cartes de visite à son nom sur lesquelles figurait un nom d'entreprise distinct, CMC (Communications Mondiales Canada), vers le mois de septembre 2001.
Le document constitutif d'une société fourni à l'agent d'enquête, qui n'a pas été contredit ni expliqué et dont une copie a été remise à madame Bédard, constitue un autre élément à l'appui de son intention de lancer sa propre entreprise. Ce document confirme que, le 26 septembre 2001, elle est devenue l'une des associés, avec monsieur Nima Mazhari, son conjoint actuel, d'une société de personnes enregistrée, portant le nom de In Marché. Il semblerait également que, après le 26 septembre 2001, elle ait attribué des travaux de VIA à in Marché dans des circonstances où ses collègues et ses superviseurs ignoraient semble-t-il sa participation en tant que l'une des deux associés.
Pas de crédibilité
Elle n'a pas de crédibilité non plus dans ses déclarations, répétées publiquement, à l'effet qu'elle a été forcée de traiter uniquement avec Groupaction, dont les factures étaient selon elle démesurées. Il est vrai qu'elle s'est plainte globalement de ce qu'elle considérait être la façon de faire de VIA, notamment de faire appel aux services d'une seule agence de marketing de référence. Toutefois, les renseignements présentés à l'agent d'enquête vont à l'encontre de l'allégation de madame Bédard selon laquelle elle n'a pas eu le choix. La réalité, documentée dans les factures de In Marché qui m'ont été présentées et confirmée par les déclarations d'un certain nombre de personnes, notamment le vice-président au marketing, Steve Del Bosco, et le directeur du marketing, Keith Moulton, est que madame Bédard a eu toutes les chances de soumettre des travaux à d'autres entreprises et que c'est là ce qu'elle a fait. Il est évident que madame Bédard a soumis des travaux à d'autres entreprises pour plusieurs projets auxquels elle participait, y compris les publicités pour les cinémas Famous Players, la vidéomosaïque pour la Gare centrale de Montréal et la section destinée aux enfants du site web de la Société.
La conduite de madame Bédard, à la suite de sa prétendue démission forcée le 18 janvier 2002, témoigne également de son état d'esprit au moment où elle a signé sa démission. Les renseignements qui m'ont été présentés confirment sans conteste qu'elle a continué à se présenter aux bureaux de VIA, qu'elle a pris le café avec la secrétaire particulière de monsieur LeFrançois et qu'elle a entretenu des relations permanentes avec madame Roche et madame Langevin. Elle leur a même fourni du café provenant de son restaurant de Lévis, à Québec, sans mentionner qu'elle se sentait isolée ou qu'elle avait été « mise à la porte », tel qu'elle le soutient maintenant. De plus, comme il est mentionné brièvement ci-dessus, madame Bédard a continué à travailler au projet du site web, ce qui a amené son ancien collègue, monsieur Aubin, à écrire un courrier à un superviseur lui demandant de clarifier le statut de madame Bédard, car il avait l'impression qu'elle avait démissionné.
En résumé, en utilisant le critère de la norme largement reconnue des facteurs à évaluer pour déterminer si la démission d'une personne est volontaire, la preuve irréfutable, à la fois avant, pendant et après les événements entourant le départ de madame Bédard de VIA, confirme de façon très convaincante que madame Bédard a quitté de son propre gré, malgré un sentiment de mécontentement et d'insatisfaction, qui n'est pas sans rappeler le sentiment qu'elle a librement exprimé pendant pratiquement toute la durée de son emploi au sein de la société.
Personnalité respectée
Le cas qui nous intéresse représente une tragédie aux proportions énormes. Monsieur Pelletier était une personnalité publique respectée, qui a été accusé par madame Bédard, en février 2004, d'avoir contribué à sa prétendue démission forcée deux années auparavant, en janvier 2002. Le présent rapport doit conclure que monsieur Pelletier n'a joué aucun rôle dans le départ de madame Bédard de Via Rail.
Monsieur LeFrançois, dont le congédiement en tant que président et chef de la direction de VIA avait des motifs étrangers à ces événements, a néanmoins été mis au pilori par madame Bédard dans sa description d'un prétendu stratagème de monsieur LeFrançois visant à se débarrasser d'elle comme si elle avait été une dénonciatrice, un stratagème que l'agent d'enquête, à la suite d'un examen exhaustif des faits, a jugé absolument sans fondement.
Finalement, la plus grande tragédie réside peut-être dans les effets de ces événements sur madame Bédard elle-même. Tous les pays ont besoin de héros, et le Canada ne fait pas exception à la règle. Comme tous les Canadiens, l'agent d'enquête a été emballé par les réalisations de madame Bédard, qui a remporté deux médailles d'or aux Jeux olympiques. Ses exploits nous ont tous exaltés et inspirés, et il devrait en demeurer ainsi. Le fait qu'elle se soit livrée à des déclarations gratuites et sans fondement ayant de sérieuses conséquences publiques pour les raisons qu'elle connaît, est une question qu'elle doit considérer et comprendre. Il est à souhaiter que l'esprit de gentillesse et de tolérance qui constitue l'essence du Canada aidera à faire comprendre qu'elle croit peut-être sincèrement les choses qu'elle a dites, qu'elle est naïve et, comme nous tous, qu'elle est un être humain faillible à qui l'on doit donner la chance de tourner la page et de poursuivre sa vie.
Pour toutes les raisons exposées, l'agent d'enquête est convaincu que, compte tenu de la vaste majorité des renseignements recueillis, madame Myriam Bédard a volontairement mis fin à son emploi chez VIA Rail Canada Inc. le 18 janvier 2002. Elle a agi de la sorte sans menace ou incitation et a eu amplement le temps et l'occasion d'obtenir un avis impartial. Elle a agi de la sorte de son plein gré, en étant très consciente des conséquences de ses actes.
page mise en ligne le 29 avril 2004 par SVP