25 f�vrier 2004

La poudreuse artificielle
pas vraiment blanche comme neige

Fran�ois CARREL

Ne dites plus �neige artificielle� mais �neige de culture�. Le dictionnaire des exploitants de domaines skiables s'est enrichi de tournures plus �vertes�, histoire de faire oublier l'impact grandissant de leur industrie sur l'environnement. Ainsi, le recours massif � l'enneigement artificiel des pistes suscite des interrogations. La saison derni�re, selon le Service d'�tude et d'am�nagement touristique de la montagne (SEATM), 3 630 hectares ont �t� enneig�s artificiellement dans 182 stations, en pr�levant 12 millions de m�tres cubes d'eau, l'�quivalent de la consommation annuelle d'une ville de 200 000 habitants...

Quel est l'impact de cette pratique sur le milieu naturel ? Il y a d'abord l'effet sur les paysages, avec les alignements de canons � neige, et la cr�ation de lacs artificiels pour retenir l'eau n�cessaire. Impact qui s'ajoute � ceux des remont�es m�caniques et du �remodelage� des pistes. Ensuite le bruit : 60 d�cibels environ par canon. Pas de quoi effaroucher une faune vaccin�e par le bruit des remont�es, des engins de damage et des d�clenchements d'avalanche � l'explosif. Autre inqui�tude: l'utilisation plus ou moins g�n�ralis�e d'additifs dans l'eau pulv�ris�e, qui favorisent la formation des cristaux de glace � des temp�ratures l�g�rement n�gatives. Leurs effets sur les esp�ces v�g�tales sont mal connus, mais une �tude scientifique franco-italienne attendue en avril devrait �carter les sc�narios alarmistes. C�t� italien, les chercheurs travaillent sur des fonds publics; c�t� fran�ais, un fabricant de canons � neige paie les factures.

Captages. L'impact le plus notable r�side peut-�tre dans la modification des circulations d'eau en montagne. Les besoins en neige de culture surviennent en p�riode d'�tiage hivernal, lorsque les d�bits des cours d'eau sont le plus faibles. C'est la raison pour laquelle les stations se dotent de retenues o� elles stockent des dizaines, voire des centaines de milliers de m�tres cubes d'eau pomp�s sur les exc�dents d'eau potable ou les cours d'eau. Pr�s des deux tiers des stations, n�anmoins, n'ont pas de retenues, et celles qui en ont les vident tr�s vite, souvent d�s janvier. Le remplissage durant l'hiver est en principe s�v�rement encadr�, mais les autorit�s d�partementales ont bien du mal � contr�ler d'�ventuels captages ill�gaux.

R�sistance. Le s�nateur G�rard Miquel a tir� un signal d'alarme, l'an dernier, dans son rapport sur la qualit� de l'eau : �En 2001, une commune de Haute-Savoie a �t� confront�e � une d�gradation sensible de la qualit� de ses eaux de consommation (...). Les pr�l�vements d'eau pour enneigement ont d� �tre stopp�s.� M�me si elle relativise les volumes d'eau concern�s, Fran�oise Dinger, ing�nieur au Cemagref de Grenoble, s'inqui�te : �On mobilise de l'eau et on la rend au milieu au printemps, avec un d�calage. Quels effets sur le milieu ? Personne ne les a mesur�s.�

Dans les Alpes, certains sont entr�s en r�sistance. Tel Jean-Yves Vallat, vice-pr�sident de la F�d�ration de la p�che et de la protection des milieux aquatiques de Savoie: �On a une superposition des captages et des usages en haute saison, entre l'eau potable pour les lits touristiques, EDF (pour ses barrages, ndlr) et la neige de culture. Le probl�me ne se pose plus seulement en termes de qualit� de l'eau, mais de quantit�. Les stations de Haute-Savoie consomment 1,5 million de m�tres cubes par hiver en neige de culture ; elles en voudraient 5 millions d'ici cinq ans ! La pression �conomique est �norme.� Il faut environ 400 litres d'eau pour produire un m�tre cube de neige.

La France est loin du taux d'�quipement d'outre-Atlantique, mais les stations y d�pensent de plus en plus pour la neige artificielle : 58 millions d'euros en 2003 pour les installations de production, soit le cinqui�me des investissements totaux sur les domaines skiables. Cet or blanc artificiel, au co�t de production �lev� (un euro le m�tre cube), est souvent le seul moyen d'assurer le retour �skis aux pieds� � la station pour les domaines de moyenne altitude. Par trois fois en dix ans l'enneigement a �t� faible, et le r�chauffement de la plan�te promet des saisons difficiles. �La concentration croissante de ces investissements dans les Alpes du Nord montre bien qu'il ne s'agit pas seulement de pallier les al�as de l'enneigement naturel�, souligne n�anmoins le SEATM. Les remont�es m�caniques provoquent une augmentation du nombre de rotations des skieurs, donc une usure rapide du manteau neigeux. La neige de culture, quatre fois plus dense que la neige naturelle, r�siste mieux.

�Irr�m�diables�. Les stations cherchent surtout � allonger la saison. �Nous devons garantir notre domaine en d�but et en basse saison : les tours op�rateurs exigent notre plan d'enneigement artificiel !� explique Bernard Genevray, patron de la station de Tignes. Un secteur d'enneigement artificiel y est en pr�paration � 3 000 m. Objectif : assurer une saison de ski d'�t� et l'ouverture de la station d�s octobre. Bernard Fichesser, sp�cialiste de l'environnement montagnard, pr�vient : �Avec la neige de culture, l'homme veut ma�triser les conditions naturelles. En modifiant les circulations d'eau et les rythmes biologiques, on chamboule l'�cologie d'une montagne. Or c'est un milieu contraignant, o� les erreurs se paient cher et sont irr�m�diables...�


page mise en archives le 25 f�vrier 2004 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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