27 décembre 2003


Skieurs de fond dans les rues de Washington, près du Capitole, après une tempête de neige.
photo : La Presse

À quand du ski de fond dans les rues de Québec ?

Il fallait se balader à Québec au soir de Noël et en journée hier pour que la question prenne tout son sens.

Alain Bouchard

Du ski de fond dans les rues de Québec ? « Pourquoi pas ? », de lancer l'anthropologue Bernard Roy qui, à l'instar de son homologue Bernard Arcand, trouve que les Québécois vivent bien mal leur hiver.

Au contraire d'Arcand, qui a choisi l'utopie ironique en proposant d'abolir l'hiver, l'autre choisit cependant l'utopie « sérieuse ». Roy cite l'exemple de la Norvège, où les fondeurs skient effectivement dans les rues, et déclame du même souffle que le monde est actuellement gouverné par des Sancho Pança alors qu'il faudrait un peu plus de Don Quichotte !

C'est par le cyclisme que Roy et son équipe de Groupe Recherche Focus, qui a pignon sur rue dans Saint-Sauveur, à Québec, attaque la question du ski de fond. Si les pistes cyclables améliorent la santé des Québécois l'été, hypothèse qui a été récemment vérifiée par une enquête de 300 questionnaires distribués dans la région, les « rues skiables » ne risqueraient-elles pas d'avoir le même impact en hiver ?

Et alors, poursuit Roy en entrevue au Soleil, les pouvoirs publics ne devraient-ils pas investir dans le ski de fond l'équivalent de ce qu'ils ont investi dans le cyclisme, d'autant plus, dit-il, que « le Québec se targue d'être un pays d'hiver, et Québec particulièrement, une ville d'hiver ».

Le groupe de Roy est la seule entreprise privée d'anthropologues, affirme-t-il. Elle fait beaucoup de recherche en santé, par exemple la mesure du diabète chez les Amérindiens. Et c'est de façon bénévole qu'elle mène cette enquête sur les pistes cyclables, « pour se faire connaître davantage », confie Roy, et aussi parce qu'il est lui-même un mordu d'activité physique.

C'est tout le débat du préventif contre le curatif que relance le Groupe Recherche Focus. « L'argent dépensé actuellement en santé ne contribue que pour 10 % à la prévention de la maladie, dit cet anthropologue de 46 ans, qui fut infirmier dans une autre vie. Même si les Québécois ajoutent des années à leur vie, ils n'ajoutent pas ou peu de vie à leurs années. Beaucoup vivent très longtemps en mauvaise santé, physique et mentale. »

Bernard Roy n'a pas été de ceux qui ont pavoisé, récemment, à l'annonce que Vancouver serait la ville hôtesse des Jeux olympiques d'hiver de 2010, sous prétexte que ce serait un stimulant pour la jeunesse en particulier et la pratique du sport en général. Il se rappelle le cas de Montréal. « Est-ce que l'investissement nécessaire aux Jeux de 1976 n'aurait pas été plus profitable dans les pistes cyclables et autres équipements de masse ? » demande-t-il.

Les pistes cyclables n'ont pas tout révolutionné. Un premier examen des réponses obtenues au fil de l'enquête démontre qu'il s'y trouve beaucoup de gens déjà convaincus des bienfaits de l'activité physique. La bonne nouvelle cependant, indique Roy, « c'est que plusieurs de ces personnes ont commencé à pédaler avec l'avènement des pistes cyclables et que cette conscience d'une meilleure santé est donc partie de là ». Pour lui, la santé inclut aussi le sentiment de l'être. « Ce sentiment d'être en santé est aussi important que de l'être vraiment », explique-t-il.

Son parallèle avec le duo Sancho Pança-Don Quichotte vient du fait que le premier était un hyperréaliste avec les deux pieds bien collés sur terre, alors que le second se nourrissait de rêve et d'idéal. Bernard Roy laisse tomber cette citation de Victor Hugo: « Les grandes choses de ce monde sont souvent dues aux mésadaptés créateurs ! »


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