26 octobre 2003


Sylvain Cousineau est pr�sident d'une soci�t� � num�ro qui a acquis une bonne partie
du territoire, objet du r�f�rendum du 2 novembre prochain. L'homme d'affaires veut y vendre des
lots pour la construction de r�sidences de luxe. Cette chapelle lui sert de bureau de ventes.
photo : Alain Roberge

Du ski ou des maisons ?

Vous vous souvenez du feuilleton de Guindonville, ce lieu-dit o� de petites maisons avaient �t� expropri�es par la municipalit� de Val-David ? Ce n'�tait qu'un avant-go�t de la guerre qui d�chire aujourd'hui ce village des Laurentides. D'un c�t�, les promoteurs d'un parc r�gional. De l'autre, un lotisseur immobilier.

L'enjeu : l'avenir d'un important r�seau de ski de fond. Et aussi, un peu, celui du village.

Simon Kretz

Val-David, ce n'est pas la Norv�ge.

Sauf des fois.

Comme ces matins d'hiver, quand la nuit apporte une bord�e de neige dans la vall�e et que des skieurs matinaux glissent sur la piste Maple Leaf au rythme des doubles pouss�es.

Alors l�, dans l'air sec et froid, avec les sapins qui ploient sous la neige...

�a sent un peu la Scandinavie. Et ce n'est peut-�tre pas un hasard si Jack Rabbit Johannsen, ing�nieur norv�gien, s'est install� dans ces for�ts dans les ann�es 40 et a trac� les premi�res pistes de ski de fond de la r�gion.

Aujourd'hui encore, les sentiers Maple Leaf et Gillespie �voquent l'�veil de toute une province aux petits bonheurs des sports de glisse et font partie d'un r�seau de plus de 80 km, moteur d'une �conomie r�gionale largement tributaire du tourisme, �t� comme hiver.

Le moteur pourrait bient�t manquer d'essence. Le 2 novembre prochain, le sort du r�seau de ski de fond et du territoire de pr�servation qu'il sillonne pourrait �tre scell�. Ce jour-l�, les r�sidants de deux petites villes des Laurentides, Val-David et Val-Morin, seront invit�s � se prononcer sur des r�glements d'emprunt totalisant 900 000 $.

Objet de l'emprunt : financer l'achat, par expropriation, de 2,5 km 2 de terrains dans le but de consolider un projet de parc r�gional.

Ce parc existe d�j� sur papier sous le nom de parc r�gional Dufresne Val-David/Val-Morin et englobe non seulement le territoire faisant l'objet du litige, mais �galement les monts Condor, King et C�saire, berceaux de l'escalade au Qu�bec, qui sont, pour leur part, d�j� prot�g�s.

Une �tude command�e par la Soci�t� de protection et de conservation du parc Dufresne �value les retomb�es �conomiques annuelles du futur parc � 3,2 millions de dolars.

Si les deux municipalit�s demandent � leur population de se prononcer sur les r�glements d'emprunt, c'est qu'une bonne portion du territoire que traverse le r�seau de ski de fond le plus r�put� de la r�gion a �t� acquise, en mai dernier, par une soci�t� � num�ro. Son pr�sident et coactionnaire, Sylvain Cousineau, souhaite y vendre des lots pour la constructions de 136 r�sidences de luxe.

M. Cousineau fait valoir que la municipalit� n'a pas le pouvoir de zoner � vert � un territoire qui ne lui appartient pas. Il propose, pour sa part, un concept hybride de parc naturel priv� o� les pistes actuelles seraient d�plac�es pour contourner les futures rues et r�sidences.

Un parc, des soucis
L'homme d'affaires a la conviction qu'une r�serve naturelle n'apportera rien d'autre que des soucis aux deux municipalit�s.

� Un parc, juste un parc, ce n'est pas rentable, dit-il. Qu'on ne me parle pas de retomb�es �conomiques. Ce ne sont pas des revenus. Moi, je m'inspire de ce que je vois � Tremblant et � Saint-Sauveur. Plus de 130 nouvelles maisons, �a, c'est des revenus. Le seul qui peut sauver le parc, c'est moi. �

Quel que soit le r�sultat du vote du 2 novembre, M. Cousineau, si son camp l'emporte, devra surmonter quelques obstacles avant de couler ses premi�res fondations. Le secteur en question a �t� d�sign� zone r�cr�otouristique tant par l'administration r�gionale que par la municipalit�. De plus, un r�glement municipal pr�cise que la construction r�sidentielle est interdite � moins que la municipalit� n'y construise une route, ce qu'elle n'entend pas faire. M. Cousineau fait valoir que ce r�glement est en soi une forme d'expropriation.

Le lotisseur a gagn� la plus r�cente bataille en convainquant un nombre suffisant de citoyens des deux villages de signer un registre exigeant la tenue d'un r�f�rendum sur les r�glements d'emprunt. Val-David n'a jamais v�cu pareil feuilleton. Comme dans un � gros � r�f�rendum, un comit� du OUI et un comit� du NON ont �t� mis sur pied. Rue de l'�glise, poteaux et devantures de commerces sont bard�s d'affiches des deux camps, qui y ont tous deux �lus domicile.

� On ressent une certaine tension, atteste la serveuse du Pub du Village, situ� aux abords du Parc lin�aire du P'tit Train du Nord, qui traverse Val-David. Bien du monde sera soulag� au matin du 3 novembre quand cette saga sera termin�e. �

Pour la demi-douzaine d'h�tels et d'auberges de Val-David, l'enjeu est de taille. En �t�, les sentiers et les pistes de v�lo de montagne, qui sont parmi les plus belles des Laurentides, sont parcourus par les randonneurs et par les cyclistes. En hiver, les skieurs de fond comptent pour une bonne partie des visiteurs. Le r�seau de pistes est la marque de commerce des deux villages. � preuve, l'an dernier, la municipalit� de Val-David a vendu 4000 billets d'une journ�e et plus de 800 abonnements. Ajoutez � cela les d�tenteurs d'un laissez-passer saisonnier du P'tit Train du Nord qui font de Val-David leur point de d�part et d'arriv�e, et vous avez l� une petite manne pour le village de 4000 habitants.

�a brasse au village
Pour le pr�sident du camp du OUI, Andr� Berthelet, ancien conseiller municipal de la Ville de Montr�al � l'�poque de l'administration de Jean Dor�, install� dans le Nord, c'est l'avenir m�me du village qui est en jeu. � On parle de ce parc depuis si longtemps que les gens tiennent pour acquis qu'on l'aura bien un jour. Nous voici au pied du mur. Il faut d�cider quel genre de village on veut, quel h�ritage on veut laisser � nos enfants. �

Son homologues de Val-Morin, Fran�ois Gibeau, abonde dans le sens de M. Berthelet. �L'int�grit� du r�seau de pistes est primordiale pour toute la r�gion. C'est un gage de prosp�rit�. Nous n'avons ni grands lacs ni centres de ski alpin hupp�s. Si on d�truit ce territoire, que nous restera-t-il � offrir ? �


Fran�ois Gibeau et Andr� Berthelet consid�rent comme vitale la consolidation du
parc r�gional comprenant le territoire acquis par la soci�t� de Sylvain Cousineau.
photo : Alain Roberge

David Femberton-Smith retient son souffle plus que tout autre. Le propri�taire de l'h�tel Far Hills et du centre de ski de fond du m�me nom, situ�s � Val-Morin, voit sa saison hivernale compromise.

C'est que devant le refus des deux municipalit�s d'acquiescer � son plan de lotissement, M. Cousineau a fait savoir qu'il n'entend pas reconduire les ententes de servitudes annuelles entre l'ex-propri�taire du territoire et la municipalit� de Val-David et le centre de ski Far Hills, principaux gestionnaires du r�seau. Or, plus de 50 % des pistes de l'�tablissement empi�tent sur le territoire acquis au mois de mai par M. Cousineau.

Pour le Far Hills, fond� dans les ann�es 1940, et dont plus de 30 % de la client�le est am�ricaine, le ski de fond repr�sente plus de 15 000 nuit�es dans le cadre de forfaits hebdomadaires, en plus de 400 abonnements saisonniers. Le propri�taire craint pour l'avenir de ses 75 employ�s : perd ou gagne, le promoteur a d�j� retenu les services d'avocats et compte contester la validit� de l'expropriation, ce qui compromet de toute �vidence la prochaine saison.

� Le plus choquant, affirme M. Pemberton-Smith, c'est que M. Cousineau dit s'inspirer de Tremblant et de Saint-Sauveur, mais, � ce que je sache, on n'y a pas b�ti de maisons sur les pentes de ski. �

L'attitude du promoteur irrite Andr� Berthelet, pr�sident du comit� du OUI. Il souligne que M. Cousineau a �t� membre � part enti�re de la Soci�t� de pr�servation du parc et qu'il a acquis les terrains en toute connaissance de cause. � Il �tait comme un loup dans une bergerie. Il s'est appropri� un territoire que la Soci�t� voulait pr�server. Il prend les gens en otage. �

Michel Wolfe ne voit pas les choses du m�me oeil. Il rappelle qu'� Val David l'emprunt entra�nera une hausse de taxes de 10 � 20 $ selon l'�valuation fonci�re. Par ailleurs, le repr�sentant du comit� pour le NON estime que le projet de parc a fait un oeil au beurre noir au village, faisant r�f�rence � l'expropriation controvers�e, au mois de mai dernier, de sept maisons situ�es sur des terrains o� un chalet d'accueil et un stationnement pourraient �tre construits.

� Le parc est illusion. On berne les gens sur ses co�ts �, dit-il. L'ancien avocat lavallois r�cemment install� dans la r�gion n'a pas �t� sans susciter la controverse en mettant son camp dans l'embarras � quelques reprises durant la campagne. M. Wolfe a �t� radi� du barreau en 1995 pour appropriation ill�gale de fonds en fid�icommis dans le but d'investir la dite somme dans une entreprise de bois au Costa Rica. Il admet aujourd'hui avoir re�u le soutien financier de promoteurs du m�me pays, tout en refusant de d�voiler leur identit�. � En politique, la transparence n'existe pas �, dit-il.

Peut-�tre bien. Mais au matin du 3 novembre, quand la poussi�re sera retomb�e, ceux qui fr�quentent la r�gion n'auront probablement qu'un seul souhait: que les principaux partis trouvent, pour ainsi dire, un terrain d'entente.

Jack Rabbit leur en sera reconnaissant.


5 novembre 2003

Val-David a r�agi
au feuilleton de Guidonville

Karim Bennessaieh

Les r�sidants de Val-David n'ont manifestement pas appr�ci� d'�tre au coeur de l'affaire Guidonville cet �t�. Ils l'ont clairement manifest� dimanche dernier en renouvelant leur conseil municipal.

(...)

Mais les Val-Davidois n'ont pas tout jet� aux ordures. Ils ont approuv� avec une bonne majorit� de 61,7 % le r�glement d'emprunt de 500 000 $ pour r�aliser un parc r�gional. C'est ce projet, et plus particuli�rement le stationnement dont on voulait le doter, qui avait mis le feu aux poudres en juillet dernier.

(...)

Le parc r�gional qui a caus� cet affrontement est cependant loin d'�tre r�alis�. Val-David et sa voisine, Val-Morin, veulent mettre la patte sur 2,5 kilom�tres carr�s dont la majeure partie appartient � un promoteur immobilier, Sylvain Cousineau. Celui-ci, qui a achet� ces terrains il y a � peine cinq mois, souhaite y vendre des lots pour construire 136 r�sidences de luxe.

� J'ai contact� M. Cousineau ce (hier) matin, et nous avons convenu de laisser la poussi�re retomber un peu, a pr�cis� le maire Asselin. Moi, j'ai un mandat clair de mes concitoyens : ce ne seront pas des n�gociations, �a va �tre un dialogue pour savoir comment il va faire pour nous c�der ces terrains. �


page mise � jour le 5 novembre 2003 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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