
18 janvier 2003
Simon Kretz
On n'avait pas connu une veille du jour de l'An aussi froide depuis longtemps. Les arbres du parc national québécois des Grands-Jardins, pourtant accoutumés aux grands vents qui balaient la région, semblaient avoir été figés par l'air glacial, saisis par le grand froid, leurs branches alourdies par le poids d'une récente chute de neige abondante. Dans le stationnement du chalet La Galette, sur la route 381, qui donne accès aux pistes du territoire, la présence d'un seul autre véhicule nous confirmait ce dont nous nous doutions depuis notre lever, à Petite-Rivière-Saint-François, au petit matin: il n'y aurait pas foule sur les sentiers ce jour-là. - Il est encore temps de changer d'idée...
Ma blonde l'a pris pour une insulte.
L'idée, c'était une courte randonnée de ski de fond jusqu'à un des deux refuges du Lac-Pointu, au nord-est du parc des Grands-Jardins. Nous y passerions deux nuits.
L'idée, c'était de goûter l'hiver à pleine dents pendants deux jours en faisant du hors-piste en raquette. De se geler (un peu) le bout du nez et les orteils juste pour le plaisir de revenir au chaud dans un refuge aussi rustique qu'adéquat.
L'idée, c'était de marquer le passage à la nouvelle année d'une manière différente.
Le parc des Grands-Jardins, au centre d'un territoire qui fait partie de la Réserve mondiale de la biosphère (UNESCO), se prête bien à l'aventure douce et froide. Le territoire est sillonné par un réseau de 40 km de sentiers de ski de fond. Un sentier de raquette relie le camping Malbaie au lac Pointu (5 km). Pour peu que le temps soit clair et qu'on apporte avec soi carte et boussole (par mesure de précaution), on peut simplement piquer dans le bois, comme dit, planter bien creux ses bâtons et marcher (un peu) vers l'inconnu en sachant fort bien que le confort de notre camp de base n'est pas très loin. Une petite escapade matinale. Retour au refuge pour une soupe chaude. Une sortie de ski de fond l'après-midi.
En prime, cette enclave de conservation située à l'extrémité est de la réserve faunique des Laurentides, cet îlot du Grand Nord, comme on surnomme le parc, abrite un troupeau d'une centaine de caribous.
Le plus beau de la chose, peut-être, c'est qu'on se laisse envoûter bien avant d'arriver au parc. Bien avant de sortir raquettes et skis de sa voiture. Charlevoix a cet effet sur ses visiteurs. Et peut-être qu'une fois sur place, s'il fait vraiment très froid et que le vent gronde, l'envie vous prendra de rebrousser chemin.
Mais avant de changer d'idée, pensez-y bien, car un grand jardin de neige, c'est beau quand c'est froid.
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page mise en ligne le 18 janvier 2003 par SVP