29 décembre 2003


Voulant faire pression sur les municipalités de Val-David et de Val-Morin, le promoteur Sylvain Cousineau, qui souhaite
mettre en branle un projet immobilier à l'endroit même où devait être créé un parc régional de plein air, a installé
d'immenses clôtures grillagées sur ses terrains, bloquant l'accès des skieurs à plusieurs pistes légendaires des Laurentides.
photo : Bernard Brault

Le ski de fond
pris en otage
à Val-David

Tristan Péloquin

Voulant faire pression sur les élus de Val-Morin et de Val-David, le promoteur immobilier Sylvain Cousineau, qui a acquis en mai un vaste domaine forestier destiné à devenir un parc régional, a finalement mis ses menaces à exécution : 27 clôtures grillagées et une demi-douzaine de patrouilleurs bloquent depuis quelques jours l'accès à des centaines de kilomètres de pistes de ski de fond des Laurentides, dont la légendaire Maple Leaf.

Ce coup de force, qui est loin de faire l'affaire des milliers d'amateurs de plein air qui fréquentent ces sentiers, fait suite à un référendum tenu le 2 novembre au cours duquel les résidants des deux municipalités se sont prononcés en faveur de l'expropriation de M. Cousineau pour permettre la création du parc régional.

Par cette démarche, les résidants souhaitaient acquérir pour la somme totale de 900 000 $ plus d'une centaine d'hectares sur laquelle M. Cousineau projette de construire 150 maisons luxueuses.

Vivement opposé à cette idée et décidé à tout faire pour mettre en branle son lucratif projet immobilier, le promoteur ne cesse de répéter qu'il souhaite négocier une forme de partenariat avec les deux municipalités, mais aucun pourparler n'a encore eu lieu. Dans le cadre de cet éventuel partenariat, M. Cousineau affirme notamment qu'il serait prêt à léguer la plupart des pistes de ski aux deux municipalités, en échange de quoi ces dernières lui laisseraient libre champ pour construire son projet.

« Je trouve ça vraiment triste d'en arriver à un point où je suis forcé de bloquer l'accès au réseau de pistes de ski, mais si personne ne veut s'asseoir avec moi pour négocier une entente de bonne foi, je ne vois pas pourquoi je laisserais les gens passer sur un terrain qui m'appartient », affirme le promoteur, qui ne cache pas ses intérêts mercantiles dans cette affaire. «C'est sûr que je fais ça pour l'argent : je suis un développeur. Je gagne ma vie en développant des projets semblables », argue-t-il. M. Cousineau promet cependant de lever son blocus dès l'instant où des « négociations franches et sérieuses » seront entamées.

Pour l'heure toutefois, tout porte à croire que Val-David et Val-Morin, qui ont obtenu par voie référendaire le mandat de créer un parc exempt de tout projet résidentiel, refuseront de négocier avec le propriétaire, forçant donc l'obtention d'un ordre d'expropriation devant la justice. Cette démarche « pourrait coûter très cher aux résidants des deux villages », prévient M. Cousineau, puisqu'il entend contester toute proposition de rachat qui lui sera faite, arguant que la valeur marchande de son terrain dépasse 30 millions de dollars.

Dur coup pour le patrimoine du ski
Pour les nombreux skieurs rencontrés samedi dans les Laurentides, l'installation de barrières pour bloquer les pistes de ce vaste domaine forestier était synonyme d'une grande perte patrimoniale.

Depuis les années 30, à l'initiative du mythique immigrant norvégien Herman « Jackrabbit » Johanssen, les différents propriétaires des domaines forestiers du secteur étaient toujours parvenus à négocier à l'amiable des servitudes annuelles, avec les principaux gestionnaires du réseau de ski. Grâce à ces ententes, le centre de ski Far Hills ainsi que plusieurs hôtels et associations de plein air de la région exploitaient depuis les années 40 un réseau de pistes de plus d'une centaine de kilomètres.

Aujourd'hui, depuis que M. Cousineau a installé ses barrières, le réseau du Far Hills est réduit à seulement une quinzaine de kilomètres.

« C'est une perte incalculable pour les amateurs de ski de fond », estime Yvan Lapierre, un Montréalais rencontré aux abords des pistes, qui fréquente ces sentiers depuis une quinzaine d'années. Si ça ne se règle pas, je ne suis pas sûr que je vais revenir; je ne vois pas quel est l'intérêt de tourner en rond sur 15 pauvres kilomètres pendant deux heures. »

En attendant la fin du litige, une pétition a été lancée par les gestionnaires du centre de ski Far Hills, qui espèrent attirer l'attention du gouvernement Charest sur la question. « Je pense que différents ministères, dont celui du Tourisme et celui du Sport et des Loisirs, auraient un grand intérêt à mettre leur grain de sel dans toute cette affaire, croit Sylvie Paquette, directrice du centre de ski. Que le gouvernement décide de forcer la négociation d'un partenariat ou qu'il incite Cousineau à plier, peu importe, ce qui compte, c'est qu'un premier pas soit fait rapidement. La saison est si courte de nos jours...»


page mise en ligne le 29 décembre 2003 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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