Colloque international sur Les textes araméens de Qumrân
Aix-en-Provence (Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme)
30 juin – 2 juillet
2008
Les textes araméens représentent une partie importante et singulière de la « bibliothèque » de Qumrân. Parmi les quelque 900 manuscrits trouvés dans les onze grottes, 129 sont ou seraient en araméen, et environ 87 sont suffisamment bien préservés pour qu’on puisse les étudier[1].
Ces textes appartiennent à des genres littéraires divers : des targums (un du Lévitique, deux de Job) ; des compositions narratives (parmi lesquelles un ensemble de manuscrits dénommé proto-Esther araméen et une version araméenne de Tobie), dont certaines s’inspirent de textes bibliques (par exemple l’Apocryphe de la Genèse), mais aussi, de façon plus lointaine, de la littérature babylonienne (cf. le Livre des Géants et la Prière de Nabonide) ; des apocryphes relatifs aux patriarches, relevant à des degrés divers du genre testamentaire, et combinant parties narratives, exhortations et prédictions diverses (Testament de Jacob (?), Testament de Juda, Testament de Joseph, Testament de Qahat, Visions de ‘Amram, Document de Lévi) ; des écrits de type apocalyptique, comme le Livre d’Hénoch et la littérature daniélique ; un texte visionnaire proche à certains égards d’Ezéchiel et du Rouleau du Temple, intitulé la Jérusalem nouvelle ; des écrits de sagesse (Proverbes araméen) ; un texte astrologique et un brontologion ; un horoscope ; un exorcisme ; une liste de faux prophètes ; etc. Certains de ces textes relèvent bien entendu de plusieurs genres. Les textes araméens ne peuvent donc pas être classés dans une catégorie littéraire unique. Cela signifie-t-il pour autant qu’ils n’ont rien en commun ? Faut-il considérer qu’ils sont tout à fait indépendants les uns des autres, et que le choix de l’araméen n’implique nullement une commune origine ? D’un point de vue linguistique, ils présentent en fait des caractéristiques communes, même si l’araméen des textes de Qumrân n’est pas uniforme. Comme l’a montré S. Fassberg, une caractéristique au moins les distingue – à l’exception de 11QtgJob – des autres textes ou documents araméens trouvés en-dehors de Qumrân : le suffixe pronominal de la 2e personne du masculin singulier en -kh[2]. D’autres caractéristiques sont discutées.
D’un point de vue thématique, ils abordent évidemment une grande variété de sujets. Néanmoins, ne peut-on discerner des thèmes de prédilection ? Ainsi, 39 manuscrits – presque la moitié du corpus – ont un rapport avec les récits de la Genèse, auxquels on pourrait aussi rattacher 2 manuscrits qui évoquent le début de l’Exode (avec les personnages de Qahat, ‘Amram, Mariam et Hur). Se pose alors la question : que signifie une telle prédilection pour le livre de la Genèse ? Un autre trait caractéristique des textes araméens est la faible place qui occupe la halakha, un point sur lequel il conviendrait aussi de s’interroger.
De plus, parmi ces textes liés à la Genèse ou parmi les autres textes araméens de Qumrân, nombreux sont ceux qui évoquent le monde mésopotamien ou perse, ou impliquent une connexion avec l’une ou l’autre culture : outre le Livre des Géants et la Prière de Nabonide, il faut mentionner au moins 4QCalendrier zodiacal ar, Hénoch, Daniel, le proto-Esther et Tobie. Toutefois, en ce qui concerne l’origine de ces textes, il faut garder présent à l’esprit le fait qu’il s’agit d’un araméen généralement caractérisé comme occidental.
Sans être uniforme, la collection de textes araméens trouvés à Qumrân présente donc certaines tendances, qu’il s’agira de définir avec précision. Sans exclure les analyses portant sur un texte particulier, on privilégiera les études transversales tentant de rendre compte d’une partie significative ou de la totalité de la collection des textes araméens.
Un autre objectif du colloque sera de comparer les textes araméens, d’une part avec la littérature araméenne extérieure à Qumrân et, d’autre part, avec le reste de la « bibliothèque » de Qumrân. Ainsi, la question des liens avec le monde babylonien et perse ne peut trouver une réponse pleinement satisfaisante que si l’on compare la situation des textes araméens avec celle des autres manuscrits de Qumrân. À terme se posent : 1) la question de la spécificité des textes araméens à l’intérieur du corpus des manuscrits de Qumrân ; en quoi diffèrent-ils des textes hébreux de Qumrân ? en quoi leur ressemblent-ils ? ; 2) la question d’une possible origine communautaire de certains textes araméens. On a, par exemple, insisté sur la terminologie et le dualisme lumière / ténèbres de 4Q548 pour en déduire qu’il s’agissait d’un document communautaire. Mais est-ce vraiment le cas ? À l’inverse, peut-on affirmer qu’aucun texte araméen n’est d’origine communautaire et qu’ils proviennent tous d’un autre milieu ? Dans le cas de 4Q246 et de la Nouvelle Jérusalem, au moins, le débat est ouvert. Mais si l’on qualifie ces écrits de communautaires, il faut se demander quelles ont pu être les raisons qui ont conduit des membres de la communauté à composer certains textes en araméen plutôt qu’en hébreu. Ces cas exceptés, faut-il voir dans la plupart de ces textes des compositions pré-qumrâniennes ? Des copies apportées de l’extérieur ? Quel éclairage peuvent en définitive projeter les textes araméens sur l’histoire de la collection trouvée à Qumrân et sur son origine ? Autant de questions cruciales auxquelles le colloque tentera d’apporter des éléments de réponse.
Katell
Berthelot et Daniel Stoekl Ben Ezra
[1] Il existe une incertitude concernant la langue des mss 4Q352-359. Seize de ces manuscrits, pour la plupart des documents comptables ou administratifs et non des œuvres littéraires, sont en réalité d’origine incertaine (cf. A. Yardeni, DJD XXVII, p. 283. Un seul manuscrit, 4Q360a, semble correspondre à un texte littéraire, mais son état est trop fragmentaire pour conclure avec certitude). Si l’on s’en tient aux seuls textes dont l’origine qumrânienne est assurée, on dispose alors d’un corpus de 113 textes littéraires, répartis dans les grottes 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 11. Mais 26 mss sont tellement fragmentaires qu’ils ne peuvent être identifiés ou classés. André Lemaire a en outre publié un fragment araméen de Qumrân issu d’une collection particulière, dont il ne reste que quelques mots (cf. « Un fragment araméen inédit de Qumrân », RQ 70 (1997), 331-333).
[2] Cf. Steven E. Fassberg, « Qumran Aramaic », Maarav 9 (2002), 19-31 ; id., « L’araméen des manuscrits de Qumrân », Meghillot 2, 2004, p. 169-184.