Chapitre 9: Assiégés

 

 

Firebase, Ladybird, était dans un coin défriché, perdu au milieu de nul part, loin de tout. Cet élément qui nous avait jamais aidé, était cette fois-ci carrément problématique.

Il était 6 heures du matin, et les Viets nous canardaient de tous les côtés depuis la veille au soir. Ils comptaient apparemment détruire, raser la base, et ils ne nous laissaient aucun répit. Une roquette explosa pas très loin de nous, ce qui a eu pour effet de nous projeter au sol.

 

AR  « Ca va Baker ?

SC  _ Oui.

AR  _ Allez, relève-toi. »

 

Horn était à la radio dans le boumker communication, et il essayait vainement de se faire entendre.

 

LG  «  Qu’est ce que c’est ?

HO _ De l’artillerie lourde russe.

SA  _ Faut se dépêcher, ils veulent faire sauter toute la base.

HO _ Y a un hélico qui se pointe.

LG  _ Dites-lui d’aller se faire cuire un œuf.

HO _ C’est ce que j’ai fait, il m’a dit d’aller me faire voir.

GI   _ Arrêtez de tirer ! Il y a un hélico qui se pointe !

SA _ Casse-toi ! N’atterrit pas ! Si jamais il se casse pas, c’est moi qui lui ferais sauter son zingue ! »

 

L’appareil a finalement atterri et un officier en est sorti. Il n’était pas très grand, brun, plutôt sec, il ressemblait à un petit roquet, il avait l’air d’être le type même de l’officier qui n’a jamais été confronté aux combats.

 

CL « Lieutenant Goldman, je suis le capitaine Larrys, je suis venu prendre le commandement.

LG _ Mais vous ne deviez venir que la semaine prochaine.

CL _ En apprenant votre situation, j’ai décidé de venir plus tôt. En hélico, je pense avoir repéré leur emplacement. Vous avez une carte ?

LG _ Oui. Attention !! »

 

Il y eut une explosion près d’eux. Le lieutenant et le sergent s’aplatirent à terre, contrairement à eux, le capitaine resta debout, impassible.

 

CL  «  Un peu de nerf soldats ! »

 

Ils sont allés à l’intérieur du boumker communication, une fois dedans, le capitaine donna ses instructions à Horn.

 

CL « Envoyez ces coordonnées à l’artillerie. Alfa Lima 199870.

HO_ Bombardez la position Alfa Lima 199870.

LG _ Dîtes-leur de garder le contact.

HO_ Gardez le contact. Vous avez réglé le tir ?

Rad_ Il est tombé 200 mètres plus loin.

HO_ Corrigez les coordonnées et recommencez.

Rad_ Bingo !! Dans le mille !! Plus aucun problème. »

 

Ca allait nous laisser un peu de répit. Quand ils sont sortis du boumker, nous remettions le camp sur pied, tout était sans dessus dessous, il fallait profiter de cette accalmie. Le lieutenant observait ce qui se passait en dehors du périmètre. Des civils profitaient également de ce temps calme pour traverser la zone de tir.

 

LG  « Où vont ces paysans ?

SA  _ Ils ne savent pas à qui s’adresser, ils partent en emportant tout ce qu’ils peuvent. »

Pendant ce temps là, nous nous étions accordée une petite pause ; les gars en profitèrent pour regarder des photos de femmes en petites tenues.

MT  «  Oua ! T’as vu le châssis ?

SC  _ Génial !

CL _ Je vous ai emmené ces magazines pour vous remonter le moral car je suis sûr qu’on peut gagner. C’est pour ça que je me suis battu pour venir ici.

MT _ Ce n’est pas pour vous manquer de respect, mais vous êtes complètement barge.

CL _ Quand les Viets bougeront leurs fesses, on sera là pour les recevoir. Les risques sont grands, mais la récompense est encore plus grande. Je voudrais que cette compagnie devienne la plus forte, la plus rapide et la plus efficace de toutes les unités présentes au Vietnam. Vous êtes soldats et en tant que tel, vous êtes payés pour bousiller un maximum de Viets. Vous aurez des bonus et au bout d’un certain nombre, vous pourrez prendre des vacances. Je vous laisse. »

 

Il est allé parler au lieutenant et au sergent à l’abri des oreilles indiscrètes.

 

LG  «  Capitaine, je pense que vous avez raison, les Viets vont attaquer.

SA _ Vous avez vu qu’on n’était pas prêt, il faut enfoncer des poteaux, poser des pièges, et entourer le camp de plusieurs tours de fil barbelé.

CL  _ Nous ne sommes pas dans une ferme sergent.

SA  _ Je sais, mais je me souviens de ce qui est arrivé aux Français à Dien Bien Phu.

CL _ Vous devriez savoir que nos systèmes ont évolués, et j’espère que les Viets seront assez fou pour venir nous attaquer. J’espère aussi que vos hommes ne sont pas des dégonflés. »

 

Le capitaine s’est éloigné en laissant le lieutenant et le sergent à leurs réflexions.

 

SA  «  Qu’est ce que vous pensez de ce mec ?

LG  _ Peut être qu’il deviendra un jour général, mais question stratégie, il n’y connaît rien.

SA  _ Dîtes, j’aurais besoin du 3ème escadron pour creuser des tranchées.

LG  _ Oui, je vais essayer de vous couvrir. »

 

C’est nous qui étions de corvée. Nous devions creuser des tranchées, et remplir des sacs avec la terre que nous avions dégagé dans le but de renforcer le camp.

 

DW «  Alors, combien il te reste ?

DR  _ 2 semaines.

DW _ Qu’est ce que tu vas faire dans le civil ?

DR  _ Rien, je vais revenir, je me suis réengagé.

MT _ T’es barge?

DR  _ Non, l’armée a mis au point un programme, et une fois terminé, je reviens ici.

SC  _ Tes parents doivent être vachement fier.

DR _ Oui, ils ont tout perdu en Corée, et ils attendent avec impatience que j’ai fini mes études. »

 

Le capitaine faisait une ronde d’inspection dans le camp lorsqu’il il tomba sur le sergent en train de creuser la terre, il en avait jusqu’au cou. Le lieutenant arriva à ce moment.

 

CL  «  Sergent, que faites-vous là ?

SA  _ On fait des tranchées et on met du fil barbelé autour du camp.

CL  _ Qui vous en a donné l’ordre ?

LG  _ C’est moi.

CL _ Je croyais que ces hommes devaient faire une patrouille de reconnaissance ? …Mais puisqu’ils creusent, envoyez d’autres hommes et venez me voir.

LG  _ Oui mon capitaine. Santouchi, allez en patrouille avec vos hommes. »

 

Le capitaine est allé dans le boumker, il attendait le lieutenant de pied ferme, il voulait des explications.

 

CL  « Alors, je vous écoute, qu’est ce qui se passe ?

LG  _ On doit fortifier le camp.

CL  _ J’ai l’impression que le sergent Anderson a une certaine influence sur vous.

LG  _ Il en est à son 3ème tour, et je suis fier de dire qu’il m’a presque tout appris.

CL _ Je suis d’accord pour faire des tranchées mais n’oublions pas de faire des patrouilles, car nous pensons que les Viets vont faire une attaque massive sur toute la vallée.

LG  _ Alors ils ne passeront pas par Ladybird.

CL _ Parce qu’ils perdraient trop de munitions et d’hommes, c’est pour ça qu’il faut à tout pris qu’ils passent par Ladybird. Ca sera tout, à non, nous avons pris un mauvais départ, essayons de recommencer. Cette fois, ce sera tout.

LG  _ A vos ordres. »

 

Après 2 bonnes heures, nous avons vu Santouchi et ses hommes revenir. Nous étions en train de poser des barbelés hors des limites du camp.

 

DP  «  Ah ! Voilà les hommes de Santouchi.

SA  _…Il y a quelque chose de pas normal. Arrêtez !! Où est votre chef ? Où est Santouchi ?

CL  _ Qu’est ce qu’il y a ?

LG  _ Je n’en sais rien. »

 

Le lieutenant et le capitaine regardaient la scène du camp. Le sergent a ramassé son arme et a tiré, nous l’avons imité sans trop réfléchir.

 

CL  «  Qu’est ce qu’il a ? ! Il est malade !!

Vt   _ Un dinguidoy !!!

SA  _ Tirez !!! »

 

Après les avoir tous descendus, nous sommes allés identifier les corps, et il s’est avéré que c’était des Viets. Ils avaient les uniformes des hommes de Santouchi.

 

SA  «  Nord-vietnamiens, 429ème d’infanterie légère.

CL  _ Ca veut donc dire qu’ils bougent.

LG  _ Qu’est ce qu’ils foutaient là ?

CL  _ Ils voulaient nous observer. Ils vont nous enfermer dans une poche.

DW_ A moins qu’ils nous ratatinent.

SJ   _ Peut être que Santouchi est vivant.

CL  _ Voilà de l’excellent travail sergent. Partez en patrouille.

LG  _ Rassemblez vos hommes sergent, allez-y.

SA  _ Jhonson, Wilson, venez. »

 

Nous sommes partis sans le lieutenant. Au bout d’un certain temps, Baker est devenu bizarre.

 

MT  «  Qu’est ce que tu fais ?

SC  _ J’ai entendu du bruit.

DW_ Laisse tomber. »

 

Quelques mètres plus loin, il enleva son casque puis s’arrêta. Il transpirait beaucoup et ne disait rien. Il paraissait vanné et était tout blanc.

 

DR  « Qu’est ce que t’as Baker ?

SA  _ Qu’est ce qu’il a ?

DR  _ Il est sûrement déshydraté, il ne faut pas qu’il reste au soleil.

SA  _ Non, mais t’as vu comme t’es chargé ?

AR  _ Sergent, venez voir, il y a de la graisse.

SA  _ Non, c’est de la cosmoline.

DW_ Qu’est ce que c’est ?

SA _ Les Viets s’en servent pendant le transport des roquettes. Ca protège. Ils nettoient les armes, juste avant de les utiliser. Regardez ces traces, les camions devaient être bourrés d’armes pour qu’elles soient si profondes !

SJ   _ Sergent, venez voir.

SA _ Un chiotte, ils devaient être au moins une compagnie. Ils ont dû bivouaquer ici la nuit dernière. Bon, les gars, je vous conseille à partir de maintenant de faire super gaffe et de rester sur vos gardes. On repart. »

 

Nous sommes repartis, tout était silencieux, et ça nous filait encore plus les foires. L’ambiance ne semblait pas naturelle. Randy est tout à coup sorti du chemin, il avait vu quelque chose par terre. Il se baissa et le ramassa. Quand il se releva, il avait un casque entre les mains.

 

DR  «  Sergent. »

 

Nous avions ordre d’inscrire notre nom à l’intérieur de notre casque. Randy l’a retourné, il était noir de terre, mais on pouvait quand même lire « Santouchi ». Nous nous sommes mis à discuter, ce n’était pas bon du tout, et nous avons commencé à nous agiter.

 

SA « Fermez là ! Purcell et moi suivons la piste, les autres, déployez-vous par deux, silencieusement. »

 

Nous marchions tranquillement avec Ruiz quand nous avons entendu des bruits bizarres.

Le terrain était accidenté, et nous n’avons vu pas tout de suite ce qu’il y avait. C’est apparu tout à coup, Santouchi et sa section étaient là, pendus aux arbres, la tête en bas. Ils étaient en caleçon, leurs corps étaient recouverts de balafres, de brûlures, ils avaient été torturés, tabassés. On avait du mal à les reconnaître.

 

DW «  Sergent ! …Ruiz, je ne me sens pas bien.

SJ   _ Je sens que je vais dégueuler.

AR  _ Faut qu’on se casse.

SA  _ On ne peut pas les laisser ici. »

 

Nous avons tous dû les porter pour rentrer à la base, nous avions chacun un soldat sur le dos et ce fut une expérience assez difficile. Ils étaient lourds et entravaient nos mouvements, si nous avions été attaqués, ça nous aurait certainement désavantagé.

Au camp, le fait de voir tous ces corps alignés sous une bâche, ça nous mit mal à l’aise. Il régnait un grand silence jusqu’à ce que le colonel Larrys parle.

 

CL  «  Quel gâchis ! Vous avez vu des Viets ?

SA  _ Non, mais ils étaient là.

CL  _ Vous avez essuyé des coups de feu ?

SA _ Non mais ils étaient là, ils voulaient qu’on retrouve ces pauvres gars. Ils auraient pu nous descendre.

CL _ Ecoutez sergent, votre devoir c’est de nous donner leur position pour que j’en fasse part à l’artillerie et qu’ils les pilonnent.

SA  _ Nous avons la preuve qu’ils étaient là.

CL _ Mais le haut commandement n’en a rien à faire de vos chiffons graisseux. Il nous faut une preuve concrète.

Rav _ Attention amis GIs de la compagnie Bravo….

DW _ Ca s’est des preuves.

Rav _… Vous êtes encerclés par l’armée du Nord Vietnam. Vous n’aurez aucune chance. Rendez-vous sans faire d’histoire sinon vous serez tous tués. »

 

A 14 heures, les Viets recommençaient à nous tirer dessus intensivement tout en nous utilisant un haut parleur alors qu’ils nous avaient laissé tranquille depuis l’arrivée de Larrys.

 

SC «  Quand est ce qu’ils vont arrêter ?

AR _ Quand ils n’auront plus de munition.

Rav_ Si vous ne vous rendez pas, il ne vous restera bientôt que quelques heures à vivre. »

 

Nous avons trafiqué notre radio pour pouvoir en faire un haut-parleur, ras le bol de les écouter sans rien pouvoir dire.

 

SC  «  A toi de jouer mon pote, parle dans le haut-parleur.

MT _ Comment voulez vous nous encercler puisque c’est vous qui êtes encerclés !

DW_ Ouai, alors fermez vos gueules ! D’ici quelques jours, il faudra vous ramasser à la petite baguette. (À part - Randy, prend le micro et dis-leur des conneries en vietnamien -)

DR _ Die Oy! Faroy Nay Tcho Indigoy!!! (Injures)

 

Ils nous ont répondu, ils étaient très en colère. Randy était fantastique, il parlait plusieurs langues, son père était coréen, sa mère vietnamienne et il vivait aux Etats-Unis.

 

DW  « Génial, tout à l’heure t’oublieras pas de me faire la traduction.

MT _ Salut les faces de rat, ici c’est Marcus Taylor qui vous souhaite une nuit pleine de cauchemars !

Rav  _ C’est fini GIs, ce soir vous serez tous morts ! »

 

17 heures. Nous n’étions plus aussi frimeur que trois heures plus tôt. J’avais le ventre noué. Pour la première fois je pensais que j’étais folle de m’être engagée.

 

SA  « Il nous reste de l’eau ?

DP  _ Presque plus.

CL _ On n’a plus beaucoup de mortier. »

 

Le capitaine nous a tous rassemblés au milieu du camp.

 

CL  «  À votre santé soldats, faites passer la bouteille de rhum.

AR  _ Te saoules pas Taylor.

CL _ Ecoutez, en fait ils ne veulent pas attaquer notre base ; s’ils passaient par ici, ils perdraient beaucoup trop d’hommes. Quand vous serez vieux, vous serez fier de raconter ça à vos petits enfants, alors gardez la tête baissée, ouvrez les yeux et tout ira bien. Vous avez ma parole. »

 

Ils ont recommencé à nous canarder juste à la fin de son beau discours, ça sautait dans tout le camp.

 

LG  «  Attention !! Planquez-vous !!

CL  _ Ne restez pas à découvert !! »

 

Les dernières gourdes passaient dans les tranchées.

 

LG «  Purcell, prenez cette gourde. Il ne reste que 30 litres, j’espère qu’ils ne vont pas faire sauter la réserve.

SA  _ Ouvrez l’œil, baissez la tête et tout ira bien.

LG  _ Ouai, tu parles ! »

 

Horn était à la radio, avec le capitaine à ses côtés, attendant un message.

 

HO «  Capitaine, un message pour vous.

CL  _ Qu’est ce qui se passe ?

Rad _ Impossible de venir pour le moment, il y a quelques complications. On vous envoie du renfort dès qu’on peut.

CL  _ On se fait attaquer, dépêchez-vous !

Rad _ On va se débrouiller.

CL  _ D’accord. »

 

Il s’est tourné vers Horn, il semblait abattu.

 

CL  «  Ne vous inquiétez pas soldat, j’irai jusqu’au général Westmorland s’il le faut. »

 

Dans le camp, ça sautait de tous les côtés, une roquette explosa un peu plus près et Connors fut touché.

 

GiC «  Aie ! J’ai mal !

DP  _ Ne t’inquiètes pas, je vais t’aider. Tu vas t’en sortir, n’est ce pas doc. ?

DR  _ Transporte le au boumker.

DP  _ Mais il est blessé.

DR  _ Je n’ai plus de morphine Dany !

CL  _ Lieutenant, ils vont nous apporter une réserve d’eau et des munitions. »

 

Peu de temps après, nous avons entendu le bruit d’un hélico.

 

CL  «  Qu’est ce que je vous disais…

Rad _ 2 - 6, on n’a pas le temps d’atterrir, on est touchés !! Bonne chance !

CL  _ Ils ont largué les sacs en dehors du périmètre bien évidemment !

SA  _ Il faut aller les chercher sinon on va bientôt devoir se battre avec des pierres.

CL  _ On va vous couvrir.

SA  _ Allez go ! Prenez ce que vous voulez, mais barrez-vous vite !

CL  _ Couvrez-les !!! »

 

Une fois revenus, nous avons commencé à ouvrir les caisses avec beaucoup d’espoir, celui ci est vite retombé.

 

CL  «  Ouvrez les caisses.

LG  _. Ces trucs ne rentrent pas dans nos tubes.

SA  _ Ce sont des 60, on utilise du 80. »

 

18 heures, nous étions carrément désespérés, nous étions dans un boumker.

 

MT  «  Randy, tiens.

DR  _ Qu’est ce que c’est ?

MT  _ Une croix porte-bonheur.

DR  _ Pourquoi tu me la donnes ?

MT _ Parce que je sais que tu vas devenir un grand toubib, et que si jamais l’un de nous deux devait s’en sorti, j’aimerai que ce soit toi.

DW _ Il faut tout enterrer pour que les Viets ne trouvent rien.

DP  _ Dîtes sergent, on a aucune chance de s’en sortir, n’est ce pas ? !

SA  _ On a toujours une chance, mais mettez vos matricules au fond de l’une de vos bottes.

DP _ Sergent, je n’ai pas envie de mourir.

SA _ Tu crois que j’ai envie de mourir moi ? Une fois qu’on sera rentré, tu me feras le plaisir d’aller te couper les cheveux. »

 

Le sergent essayait de faire bonne figure, mais nous voyions bien que lui aussi était inquiet.

Je commençais à avoir tellement peur, que je me mis à prier, chose que je ne faisais jamais. J’étais pliée en deux, je pensais trop, nous n’avions rien d’autre à faire qu’à penser à une mort éventuelle et ça me rendait malade. Je suis sortie du boumker pour aller vomir.

Plus tard, dans le boumker communication ; le capitaine était avec le lieutenant et ce dernier sentait qu’il avait peur, il était nerveux et énervé. Ca s’entendait au son de sa voie.

 

CL  « Alors ? ! Et les renforts qu’on nous a promis ? !!

Rad _ On ne peut rien faire.

LG  _ Quels sont les ordres ?

CL  _ Vous voulez des ordres ? Si le sergent avait suivi les ordres, nous n’en serions pas là !

LG  _ Est ce que je peux brûler les codes secrets ?

CL  _ Permission accordée. De toute façon, cette base est sans avenir. »

 

Le sergent était à l’entrée du boumker, il trafiquait des fils et en entendant ça, il réagit tout de suite, il vint nous voir ; il avait une idée.

 

SA « Taylor, Wilson, allez cherche tout le fil barbelé que vous trouverez. Baker, Horn, allez chercher tous les écrous les boulons et vite ! Ruiz, Purcell, suivez-moi. »

 

Nous sommes tous revenus avec les bras chargés, nous avions à nouveau un peu d’espoir. Nous n’allions pas nous laisser mourir, nous allions nous battre.

 

DW « On a tout le fil.

SA  _ Ruiz, t’as les bidons d’essence ?

AR  _ Je les ai disposés comme vous me l’aviez demandé.

SA _ Très bien. Ruiz, écoute, tu vas enlever l’amorce de la goupille et la remplacer par du fil barbelé. Avec Taylor tu vas les placer le plus loin possible du périmètre. On va développer 3 systèmes de défense ; le périmètre, le boumker et un petit piège à Viets.

LG  _ Jhonson, vous serez le canonnier.

SJ   _ Je veux bien, mais on n’a pas de munition.

LG  _ Prenez les boulons et le fil de fer. »

 

Les projets commençaient à prendre tournure, ça ne nous laissait pas le temps de réfléchir et c’est ce qui nous fallait.

 

CL « On va avoir des renforts.

SA _ Quand ?

CL _ Demain, demain matin.

SA _ Demain matin ils ne trouveront plus rien ici.

CL _ Je ne les comprendrai jamais. »

 

La nuit tomba rapidement. Nous étions tous en place. Nous savions que c’était notre dernière chance, atteindre le levé du soleil ou mourir. Nous comptions tous les uns sur les autres. Le pilonnage avait cessé à minuit, et nous savions que les fantassins allaient passer à l’attaque.

 

HO « Dernière gourde, dernière gourde Taylor. Tenez sergent.

SA  _ T’en a bu ?

HO _ Oui.

SA  _ C’est sûr ?

HO _ Mm.

SA  _ Tiens Dany, c’est le moment ou jamais pour boire.

LG  _ Ca va les gars ?

MT _ Ouais !

LG  _ On compte sur vous.

AR  _ Nous aussi.

SA  _ Des nouvelles du bataillon ?

LG  _ Rien de changé, vous attendez qu’ils soient sur nous Zeke.

SA  _ Ok lieutenant.

GI   _ Attention, les voilà.

SA  _ Dès que les mortiers explosent, levez-vous, ils seront sûrement juste derrière.

DW _ Je les vois !

SA _ Ne tirez pas. Laissez les approcher. Je vais faire sauter les mortiers, attendez…Allez-y ! »

 

Malgré le nombre important de Viets qui tombaient à chaque explosion, il y en avait toujours autant. On aurait dit qu’une fourmilière s’abattait sur nous, il semblait y avoir un réservoir inépuisable qui se reconstituait à chaque coup porté. Les fusées éclairantes permettaient de voir ses petits hommes dévaler la pente et nous tomber dessus ; ils se déplaçaient avec une telle agilité, à peines étaient ils touchés qu’un autre les remplaçait immédiatement.

A un moment, quelqu’un a hurlé qu’il fallait aller dans un certain boumker. Randy était débordé, il vit un type par terre qui était blessé, pas encore mort et il voulait faire quelque chose pour lui, le sauver, c’était son job. Le sergent lui ordonna de venir mais il refusa ; il avait tellement à faire, il ne voulait laisser aucun homme. Il fut tué, par derrière. C’est alors que le lieutenant m’entraîna dans le boumker par le col de ma chemise.

Je revois encore cette scène ; je courrais lorsque j’ai glissé sur le sol, c’était devenu boueux à cause des allées et venues. Je me suis retournée, je voyais tout au ralenti, les sons étaient assourdis, et amplifiés d’une certaine façon, et c’est là que mon regard a croisé celui de Randy, il n’allait pas laisser ce type par terre. Sentait-il le danger ? Je ne sais pas. Il semblait sûr et décidé. Il m’a souri, ce fut court, et c’est là que son regard a changé, il exprimait autre chose, de la douleur, de la surprise, de l’incompréhension. C’est quand il s’est mis à cracher du sang que j’ai vu le Viet derrière lui. Le lieutenant m’a alors tiré par le col, ça m’a coupé le souffle, je n’ai pas pu crier.

Le sergent fut la dernière personne à entrer dans le boumker. Ceux qui n’étaient pas là étaient mort ou allaient mourir. Nous savions ce que ça signifiait : tirer avant l’autre, jeter les grenades au bon moment, défendre sa peau à l’arme blanche au couteau à la crosse, finir au corps à corps pour finalement mourir.

 

SA  « Dans le boumker !!!

CL  _ Envoyez les renforts ! On est en train de se faire bousiller !!! Vous m’entendez ? !

SA  _ L’antenne de la radio est naze. Eloignez-vous de l’entrée, je vais la faire sauter. »

 

L’explosion avait fait remonter toute la poussière et on n’arrêtait pas de tousser, nous étions enterrés vivant, c’est le seul moyen qui avait été trouvé pour avoir une chance de s’en sortir. Ce fut un des pires moments de ma vie, je me concentrais pour ne pas paniquer. Heureusement, aucun de nous n’était claustrophobe, du moins avant cette expérience. Une torche s’alluma et parcourut nos visages. C’est alors que nous avons entendu du bruit à l’extérieur.

 

DW «  Ils essayent de dégager l’entrée.

SA  _ Aplatissez-vous sur le ventre, le mieux possible, et rendez-vous en enfer. »

 

Nous nous sommes tous couchés les uns à côté des autres, le visage contre le sol pour nous protéger.

Le détonateur du sergent était relié à des charges explosives dans toute la base. J’étais morte de trouille nous savions tous que nous avions 1 chance sur 2 de mourir. Nous avions 1 chance sur 2 de sauter avec le reste de la base.

Je pris la main de la personne à côté de moi, pour la serrer très forte, il m’a semblé que c’était celle de Ruiz. Je murmurais, ma voie s’étranglait dans ma gorge.

 

DW « Ruiz, j’ai peur, je t’en pris, ne me lâche pas. »

 

Il passa son bras sous mon cou pour me tenir serrer contre lui.

 

LG  « Wilson, Déborah, c’est Myron."

 

Je me suis raidie, je suis restée sans voie. Il m’a serré plus fort contre lui. J’ai passé mon bras dans son dos, j’étais accrochée à lui tellement fort que mes mains me faisaient mal, j’avais la tête enfouie dans son cou, et l’espace d’une seconde, j’ai eu le sentiment que dans ses bras rien ne pouvait m’arriver.

Le lendemain, toutes les troupes promises sont arrivées, un peu tard.

 

Ogi « Faites attention où vous marchez. Il n’y a apparemment plus rien, plus de vie. Ca a été un vrai carnage. »

 

Nous avons réussi après beaucoup d’efforts à dégager l’entrée. Tout était brûlé ou presque.

A certains endroits, nous pouvions voir que ça fumait encore.

Après que nous soyons sortis, nous avons observés les environs, nous étions éblouis par la luminosité du jour et c’est là que nos regards se sont croisés, c’était la première fois qu’il me regardait comme ça. Ce fut court, mais j’ai bien vu son regard.

Lorsque mes yeux se sont habitués à la lumière du jour, je reconnus le corps de Randy. Des traces mélangeant des larmes, de la poussière et de la sueur étaient visibles sur mon visage ; nous étions tous à bout.

 

DW «  Oh merde, Randy !

Ogi  _ Ca va Larrys ?

CL _ Oui, mais nous avons perdu des hommes courageux. Je compte attribuer la silverstar posthume à ce soldat. (Randy)

Ogi _ Vous avez fait du bon travail. Les morts sont de 1 pour 11. L’Amérique est sûre de courir à la victoire avec des soldats comme vous. »

 

Le 21 Novembre 1967, le général William. C. Westmorland a dit « Bien qu’en 1965, l’ennemi était en position de force, aujourd’hui je suis sûr que ce n’est plus le cas ; l’espoir de l’ennemi sombre. »

L’ennemi n’avait semble t il pas été informé au moment de l’attaque de Firebase Ladybird qu’ils étaient en train de perdre.

L’armée américaine avait mis en place le « body count », c’est à dire le décompte des soldats américains morts au combat par rapport au nombre de soldats vietnamiens morts.

Cet élément de comparaison allait donner une fausse idée de la réalité des combats et de la guerre.

 

 

A suivre                                                                                              Retour au sommaire

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