Chapitre 19: La quaker
Nous avions appris qu’une
section avait été massacrée, toute la base était au courant, c’était le genre
de chose qui se savait rapidement. Nous avions également appris que nous avions
été choisis pour ramener les corps et les identifier. La rumeur disait qu’ils
s’étaient fait avoir par surprise, ils n’avaient même pas vu arriver les Viets,
et ça ne nous rassurait pas du tout.
C’est Johnny qui nous a déposé au point ECO, comme pour une bonne partie de nos missions. Il était presque devenu notre pilote attitré.
LM « Bonne chance !
LG _ Je vous rappelle dès qu’on a fini ! »
Nous avons un peu marché
puis nous avons trouvé la section exactement là où on nous l’avait indiqué.
Ce n’était pas une chose
très facile à faire, nous devions les identifier avec leurs plaques, récupérer
le double autour du coup et les rassembler dans un sachet.
Nous devions ensuite les
mettre dans des sacs. C’était une mission d’autant plus dur que c’était des
personnes que nous connaissions. Nous ne les fréquentions pas tous, mais ce
n’était pas des inconnus, on les croisait dans la base et puis même, c’était
des hommes.
Nous devions ensuite les
transporter jusqu’au lieu de l’enlèvement aéroporté, et là ce n’était plus
que des poids morts. L’ambiance était bizarre. Heureusement pour nous, le
lieu de l’enlèvement n’était pas le même qu’à l’aller ; il avait été
avancé pour nous faciliter les choses.
Le sergent Hawkins était
parmi les victimes, Anderson le connaissait bien, ils avaient été nommés sergent
lors de la même promotion. Cette histoire le toucha d’autant plus.
Notre mission de ramassage
effectuée, nous devions encore inspecter les environs de l’attaque.
Nous sommes donc retournés
sur nos pas et c’est là que nous avons été accrochés par les Viets. Nous les
avons poursuivis mais nous les avons vite perdus, ils ont courus vite et ont dû
se réfugier dans un tunnel que nous n’avons pas trouvé. Moins nombreux que
nous, ils étaient certainement tombés sur nous par hasard et ont préféré éviter
le conflit.
Comme nous étions tout prêt
d’un village, nous avons décidé d’y allés, au cas ou, ça ne coûtait rien.
Arrivés là-bas, il nous a
semblé qu’il n’y avait apparemment personne, le village semblait vidé de tous
ses habitants. En fait, nous avons vite déchanté. Il y avait une cahute
centrale et après que nous ayons été aperçu par l’ennemi, un feu nourri
provenant de cette dernière nous a surpris. Elle était très bien positionnée et
ils pouvaient voir tous les environs. Cela nous empêchait donc de réellement
progresser.
Nous avons riposté, et c’est
là que nous avons vu une personne traverser tout le village en courant, une
femme.
Ciq « Non ! Ne
tirez pas ! Je suis Américaine ! »
Elle était au milieu et
pouvait se prendre une balle à tout moment. Dany est sorti de sa planque à
couvert, il a couru dans sa direction et l’a plaqué au sol.
Ciq « Laissez-moi !!
DP _ Vous allez vous faire tuer !!
Ciq _ Il y a un médecin
et une petite fille retenus en otage à l’intérieur ! »
Le Viet a descendu le toubib
sous nos yeux, et Dany mieux positionné, l’a abattu. La petite fille a eu
la vie sauve. Nous n’avons plus rien entendu, c’était apparemment fini.
Nous nous sommes tous
redressé et nous nous sommes rapprochés.
J’ai observé cette femme.
Blonde, 25 ans environ, une tenue sobre, elle ressemblait à une infirmière.
Elle était inconsciente de se trouver là.
SA « Vous êtes en territoire ennemi.
DP _ Et sans arme !
Ciq _ Nous n’en avions pas
besoin, je suis une quaker, les Vietnamiens savent que nous sommes neutres. On
ne risquait rien jusqu’à votre arrivée
SA _ Et maintenant c’est de notre faute !
LG _ …Sergent, ça fait un
moment que je n’ai pas de nouvelle de Mc Key. Je vais appeler la base.
Wilson !
DW _ Oui ?
LG _ Dèb, on a plus de nouvelle de Mc Key.
DW _ Ca fait
longtemps ? Non, faut pas s’inquiéter, il doit y avoir une explication.
LG _ Oui, ne t’inquiètes
pas. Je vais me renseigner. Il faut que j’appelle la base pour qu’ils viennent
nous chercher. Bon, on prend la gamine, la fille et on part.
SA _ Bien mon colonel ! »
J’essayais de ne pas trop
réfléchir, de ne pas m’inquiéter mais ça commençait à pas mal tourner dans
ma tête. Je me demandais ce qui lui était arrivé. Ce n’était pas dans ses
habitudes. Quelque chose était arrivée.
Johnny venait juste de nous déposer quand c’est arrivé.
Il a re-décollé et il
rentait en direction de la base. Il survolait les environs quand il aperçut un
fumigène. C’était un fumigène de détresse, il ne se posa pas de question.
Il fit une manœuvre d’approche
croyant récupérer une section et les Viets en profitèrent, ils se mirent à
tirer pour essayer de descendre l’appareil ; ça marcha en partie. Johnny
essaya de reprendre de l'altitude, de s’éloigner, de repartir, il y arriva
partiellement, mais ne put redresser complètement son appareil et il se crasha
plus loin. Il fut le seul à s’en sortir miraculeusement. Son co, et les 2
mitrailleurs étaient morts.
Après le crash, sonné, il
a réussit à s’extraire du cockpit et à s’enfuir.
Blessé, titubant, il fit du
bruit en marchant sur des branchages. Les Viets avaient accourus vers la
carcasse de l’appareil et n’étant pas très loin, ils l’entendirent, et
comprirent qu’il y avait eu un survivant qu’il fallait attraper. Johnny comprit
à ce moment là qu’il fallait trouver une solution et il la trouva.
Il préféra se cacher dans
les fourrés et les laisser passer ; il savait que blessé, il n’aurait
aucune chance de les semer. L’affrontement aurait été du suicide.
Entre temps, nous étions
rentrés.
J’ai suivi Myron jusqu’au
PC Communication, je voulais des renseignements et Myron allait m’aider. Ils le
renseigneraient certainement mieux que moi.
Je commençais à avoir
vraiment peur. Je ne voulais pas trop le montrer pour ne pas lui porter la
poisse, et surtout pour pas montrer comme je tenais déjà à lui. Nous étions
ensemble quelques temps déjà, et c’était très fort entre nous, je crois même
que j’étais déjà amoureuse. Non, en fait, j’étais folle de lui et je le savais.
Je savais déjà qu’entre nous ça allait être sérieux.
Alex était au courant de
la disparition de Johnny et lorsque nous sommes entrés dans le PC, elle nous
renseigna.
AD « Ils vont le chercher, ils sont prêt mais
ils sont pas encore partis.
LG _ T’inquiètes, il ne manquerait l’appel de sa
maman pour rien au monde.
DW _ J’espère que tu as
raison, mais ça fait quand même 2 heures ! »
Tout m’énervait ; quand
je les ai enfin vu partir, j’ai poussé un soupir de soulagement, quelque chose
allait être fait. J’avais une boule dans l’estomac qui me semblait énorme.
Dany avait accompagné la
quaker, Abigaïl Curtis, à l’hôpital, il voulait avoir des nouvelles de la
petite. Il se sentait responsable de sa vie.
DP « Alors comment va t elle ?
Ciq _ Elle est déshydratée mais ce n’est pas
grave.
DP _ Dîtes, c’est vrai que vous aidez les
Viêt-Congs ?
Ciq _ Nous aidons tout le monde sans exception.
DP _ C’est pour ça qu’on retrouve toujours des
objets américains. »
La quaker voulait aller
à Shu Long, dans le quartier de Qoylong, un des pires endroits, vraiment très
mal famé pour retrouver la mère de la petite, elle savait qu’elle se trouvait
là bas.
Pendant ce temps, Myron
attendait au PC communication avec Alex, elle aussi était un peu abattue.
J’étais allée me changer carje voulais être fraîche pour repartir.
LG « Alex, s’il y a un homme capable de s’en
sortir, c’est bien lui.
AD _ J’espère que tu as
raison. »
Le sergent Anderson devait
annoncer à la femme d’Hawkins que son mari était bravement mort au combat.
Il s’était marié à une vietnamienne, Anderson avait été son témoin. Ils avaient
une maison à Saigon et le sergent se rendit en ville pour lui annoncer cette
terrible nouvelle.
Il frappa à la porte et
Mme Hawkins vint lui ouvrir en peignoir. Il avait à peine eu le temps de lui
expliquer les circonstances dans lesquelles était mort son mari qu’un homme
ouvrit la porte un peu plus grand ; un américain, il était en
caleçon et il lui ordonna de rentrer. Elle se prostituait.
Il n’avait pas semblé au
sergent voir la moindre expression sur son visage à l’annonce de la mort de son
mari et ça l’avait chamboulé.
Dany était également perturbé,
il se posait beaucoup de questions, se remettait en cause « et s’il avait
tiré sur cette quaker ? Comment allait-il réagir une fois rentré
au pays ? »
Et puis surtout, il s’en
voulait de l’avoir laissé aller dans Shu Long toute seule. Afin de le
tranquilliser, Taylor lui proposa d’aller la chercher tous les deux. Je ne l’ai
pas fait car j’étais rarement là, la disparition de Johnny occupait tout mon
esprit.
Une section venait de rentrer,
ils avaient retrouvé l’appareil et 3 corps, mais pas de trace de Johnny.
LG « J’aime pas ça, on a pas retrouvé son
corps.
SA _ Moi non plus. »
Après avoir fait la tournée
de presque tous les bars, Dany et Taylor eurent enfin des renseignements.
Taylor posait des questions
au bar et Dany farfouillait à droite, à gauche quand il entendit crier. Il
se précipita pour voir ce qui se passait et c’est là qu’il vit 2 Viets essayant
de violer la quaker. Il sauta sur le dos du premier, et une bagarre s’ensuivit.
Le type sortit son arme, Dany la lui prit des mains et le tua. Le second s’enfuit.
La police arriva peu après,
alertée par le coup de feu. Dany était aux arrêts, il y avait, d’après eux,
un doute sur la légitime défense.
Taylor n’avait rien vu, il
était au bar et ne pouvait donc pas corroborer la version de Dany.
Pendant ce temps à la base,
un hélico rentrait. Je me suis précipitée vers eux avec Myron.
DW « Alors ?
GiP _ On n’a pas retrouvé
Mc Key.
LG _ Alors c’est nous qui irons le chercher.
GiP _ Demain à l’aube, je vous laisse.
LG _ Ok... Dèb, tu devrais te reposer. »
D’un certain côté, j’étais
soulagé, nous n’avions pas de trace de son corps, il était donc encore en
vie, ça nous laissait une chance.
Du côté de Dany ce n’était
pas la joie, il était dedans jusqu’au cou. Il était accusé d’homicide
volontaire, il risquait d’en prendre pour 10 ans et à sa sortie d’être dégradé.
Il était en prison à la base. Heureusement qu’il n’était pas enfermé dans une
prison vietnamienne sinon ça aurait été pire.
Le sergent est allé le voir
en prison pour lui remonter le moral.
Au même moment dans la forêt,
Johnny était toujours planqué dans son buisson. Il n’avait pas bougé depuis
la veille, il n’avait pas été découvert mais son état empirait ; il n’avait
rien à manger à boire ou pour se soigner.
Au soir du deuxième jour,
on reçut le coup de fil de Madame Mc Key. Myron et moi l’attendions plutôt
anxieux. C’est moi qui ai répondu et ça m’angoissait.
DW « Allô, Madame Mc Key? Bonsoir,
je suis Déborah Wilson, une amie de Johnny, il m’a chargé de vous dire qu’il
allait très bien.
Cmk _ Pourquoi n’est-il pas
là ?
DW _ Attendez, je vous
passe le lieutenant Goldman, il sera plus à même de vous renseigner.
LG _ Allo, Madame Mc Key? Lieutenant Goldman à l’appareil, oui, votre fils est en
mission.
Cmk _ Il n’est pas en
danger ?
LG _ Non, il ne risque rien ; vous savez
c’est un des meilleurs pilotes qu’on ait. Il vous rappellera, ne vous inquiétez
pas. Bonsoir Madame et Bon Anniversaire.
DW _ On aurait peut être dû
lui dire. Je n’aime pas l’idée qu’on lui ait mentie.
LG _ Mieux ne vaut pas l’inquiéter,
on le retrouvera demain. »
Il m’a pris la main, et
il m’a souri, ça m’a redonné du courage. Alex était retournée voir Mademoiselle
Curtis, sans résultat.
Le sergent alla à nouveau
voir Dany pour lui remonter le moral et essayer de stimuler sa mémoire. Il
fallait qu’il se souvienne de quelque chose, un indice pour l’innocenter, le
disculper sinon ça allait mal finir.
Dany était en train de se
remémorer la scène quand il se rappela soudainement de quelque chose. Il se
souvenait d’une femme, présente derrière un rideau qui avait vu toute la scène.
Elle pourrait témoigner pour lui.
Anderson alla se renseigner
dans le bar en question. La femme d’Hawkins y travaillait et elle l’aida dans
ses recherches.
Anderson repartit un peu
plus tard accompagné de Madame Hawkins et de la mystérieuse femme, le témoin.
En début de soirée, le lieutenant
et le sergent vinrent nous voir dans notre baraquement.
SA « Attention tout le monde, le lieutenant
a quelque chose à vous dire.
AR _ Encore une nouvelle mission ?
SA _ Juste pour les volontaires
MT _ On va attaquer la
prison pour délivrer Purcell ?
LG _ Taylor ! Purcell sera bientôt avec
nous.
SA _ Cette mission n’a rien
à voir avec Purcell, maintenant si vous voulez bien écouter le lieutenant…
LG _ Au tableau, le lieutenant Mc Key a été inscrit
comme disparu ; Je ne suis pas d’accord. Je suis sûr qu’il est là-bas.
Certains trouvent sûrement qu’il est égoïste et orgueilleux, mais si les rôles
étaient inversés, il n’hésiterait pas à risquer sa vie pour nous sauver. Il
y a des volontaires ? …Taylor, Ruiz, Johnson, Wilson, Smity, Costner…ok.
Dans 10 minutes au bas de l’hélico. »
J’étais sûre que quelque
part ils s’étaient portés volontaire en parti pour moi. La décision très personnelle
de Myron m’avait touché, parce que je savais qu’il ne le portait pas vraiment
dans son coeur.
De son côté, Johnny put
enfin retourner jusqu’à la carcasse de son appareil, c’est la première fois
depuis ces quelques jours qu’il pouvait bouger. Les Viets étaient partis et
il tentait une sortie.
Il voulait tenter de faire
marcher sa radio, mais il se rendit vite compte qu’elle était naze lorsqu’il
vit une balle logée en plein milieu.
C’est à ce moment qu’il vit
les Viets s’approcher à nouveau. Il avait entendu notre hélico et il savait
qu’ils étaient pour nous.
Nous venions juste d’atterrir,
et c’est là que nous avons entendu de la musique, Johnny avait réussi à faire
marcher son poste à cassette.
SA « Qu’est ce qui se passe ?
DW_ C’est Johnny.
SA _ Il va attirer tous les Viets du coin !
LG _ Non, il veut dire qu’ils sont là. »
En effet, ils étaient là et
ils nous ont attaqué. On suppose qu’ils étaient peu nombreux car ils ont filé.
On a rapidement retrouvé Johnny, il était à l’abri, par terre, appuyé contre un
arbre. Il n’avait pas l’air en grande forme.
LM « Les 4 tops, ils sont géniaux.
LG _ Tu peux bouger ?
LM _ Si je peux
bouger ? Tu oublies que j’ai été le roi du twist à Gari dans l’Indiana il
y a 2 ans.
LG _ Tu es ding Mc Key!
DW_ Johnny! »
Lorsque
je le vis enfin, je me jetai dans ses bras.
LM « C’est vrai, je
suis ding ! Ding d’elle ! »
Le doc l'a soigné
et nous sommes rentrés. Johnny était allongé sur une civière. Je voulais être
proche de lui, mais je ne voulais être trop démonstrative aux yeux de tous.
Je le dévorais des yeux, lui tenant la main, je ne voulais plus le quitter.
Ca s’était arrangé pour
Dany, la femme mystérieuse témoigna. On avait fait d’une pierre deux coups, en
effet, il s’est avéré que cette femme était la mère de la gamine.
Elle parlait avec Mademoiselle
Curtis quand ces 2 Viets l’avaient surpris et lui avaient sauté dessus.
Elle allait travailler
ailleurs, sortir de la prostitution, quant à Mademoiselle Curtis, elle semblait
vidée, elle ne désirait plus continuer à aider les gens mais Dany sut trouver
les mots pour lui faire changer d’avis, il ne lui en voulait pas.
Elle décida finalement de
rentrer aux USA mais elle continuerait ce qu’elle faisait, l’aide aux personnes
dans le besoin.
A suivre
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