Le temps du break chez les
Catous, c’était fini, notamment entre Myron et moi. Nous tenions toujours
l’un à l’autre mais c’était plus pareil, je crois qu’il n’y avait plus les
mêmes sentiments. Se cacher, c’est excitant au début, mais à la longue, ça
devient lassant, personne ne devait être au courant. Lorsque nous nous voyions,
c’était moins des amants que des amis qui se retrouvaient. C’était agréable,
mais sans plus.
Tout était sur le point
de changer, nous avions changé de base pour Tan Son Nhut, juste en dehors
de Saigon afin de protéger la ville (une mission précédente avait parlé d’une
attaque prochaine sur Saigon) et deux personnes allaient entrer dans nos vies
respectives. La base était plus grande et nous ne dormions plus sous des tentes,
nous avions désormais des bâtiments en dur, des baraquements ; c’était
le début du luxe. Nous avions également un nouveau commandant, Darling.
C’était un jeudi soir, le
sergent Anderson et Myron étaient en ville, pour aller chercher Riviera dans
une fumerie d’opium afin de le sortir de la drogue. C’est alors qu’une femme
l’a appelé, il s’est retourné et un Viet lui a donné un coup de couteau. Cette
journaliste, a ensuite accompagné Myron et le sergent jusqu’à l’hôpital, mais
Riviera est mort durant le trajet.
Myron était furieux contre
la journaliste (Mademoiselle Devlyn), il considérait qu’elle était responsable,
et que sans son intervention, ils auraient pu arracher Riviera à l’endroit où
ils l’avaient trouvé.
Melle Devlyn était sur la
piste de trafiquants de drogue et Riviera était un élément important de son
enquête.
Elle était brune, mignonne,
la trentaine à peine, les cheveux longs et attachés, élancée et avait un air
mutin.
Un nouveau pilote était
arrivé sur la base, le lieutenant Mc Key, et j’avoue que je le trouvais plutôt
craquant.
Il était brun, la mâchoire
carrée, un regard perçant et coquin à la fois. Il était plus musclé, un tout
petit peu plus grand que Myron, semblait plus jeune et certainement plus chien
fou que Myron. Ils étaient différents quoi, en même temps, pourquoi essayais
je de les comparer ?
Le lendemain, le sergent
reçut une lettre de son ex-femme, il l’ouvrit juste avant de partir en mission,
je l’ai vu la lire durant le trajet. Elle lui disait qu’elle arriverait bientôt
à Saigon pour lui parler de quelque chose d’important.
Nous avions également reçu
une lettre de Horn ; il s’était tellement marré en apprenant que Baker
était devenu le chauffeur du Général, qu’il en avait pété ses agrafes. Horn
avait été blessé par un type bourré dans un bar, c’était une histoire débile.
Il s’en était sorti, mais ça le rendait inapte au combat, la guerre était finie
pour lui. Il attendait dans un hôpital avant d’être rapatrié.
Quant à Baker, depuis son
transfert, nous n’avions aucune nouvelle.
Un toubib était arrivé, une
femme, le docteur Seymour, une psychiatre civile. Elle était là pour évaluer
notre stresse face au combat ; c’est le sergent qui était le plus en
contact avec elle du fait qu’il nous connaisse tous très bien, il était
paternaliste avec nous et il servait donc de lien entre elle et nous.
La mission suivante, nous
a fait rencontrer ce pilote ; Mc Key. C’est lui qui nous a emmené.
LM « Alors, vous êtes prêt ?
LG _ Lieutenant Goldman,
sergent Anderson. On nous a signalé des Viets au nord de Tan Loc.
LM _ Alors on y va. On m’a
dit que vous aviez beaucoup de courage, que vous étiez des héros et
qu’officieusement vous aviez une jolie fille dans vos rangs.
SA _ Il ne faut pas se fier à ce que disent les
autres.
LG _ C’est quoi ces haut-parleurs ?
LM _ J’ai récupéré ça dans un camp. Le rock dans
la nature, y a que ça de vrai !
LG _ Ah oui ! Vous ne devez pas être trop
mauvais en psychologie ! »
Il avait quelque peu transformé
son hélico en installant des haut-parleurs branchés sur sa radio.
Il nous a déposé à environ
15 Km du point de rendez-vous. Crawford, le nouveau qui marchait devant Ruiz,
se fit descendre alors qu’il se relevait. Ils avaient bien sympathisé tous les
2, et ça perturba Ruiz. Il commença à trop cogiter, il croyait que la balle
était pour lui.
A ce moment là, nous étions
en mauvaise posture, et Mc Key nous sauva vraiment la mise. De là où il était,
il voyait tout et il pouvait mitrailler tout ce qu’on ne pouvait atteindre et
il le fit en musique.
Rentrés à la base, Myron
s’engueula avec lui.
LG « Vous nous avez sauvé la vie tout à l’heure,
alors si vous promettez de ne plus nous casser les oreilles avec votre musique,
je vous paie une bière.
LM _ Ecoutez, c’est grâce à mes haut-parleurs si
vous êtes vivant, alors je fais ce que je veux. Ca fait longtemps que je suis à
Saigon, et je connais pas un pilote aussi bon que moi, alors quand vous voudrez
un homme fort, et le meilleur, appelez-moi, je vous donnerai une leçon !
LG _ Ce n’est pas la modestie
qui vous étouffe ! »
Durant notre mission, Mademoiselle
Devlyn était allée en ville pour se renseigner et mettre son nez partout.
Elle prenait des renseignements chez Bridger. Ce bar était tenu par un soldat
américain à la retraite, la cinquantaine, avec un côté baroudeur. Il n’était
pas net, trafiquait beaucoup, avait des combines à droite à gauche.
Les rumeurs disaient que le
Têt (Nouvel An lunaire chinois) ne serait pas une simple fête cette année, il
se disait dans certains milieux que les Viets avaient apparemment investi la
ville, déguisés en paysans, et qu’ils allaient rompre « le cessez le
feu » La rumeur disait également que beaucoup d’armes circulaient en
ville.
De leur côté, Taylor et
Jhonson étaient semble t il sur un super coup. Ils en parlaient en descendant
de l’hélico. Ils avaient gagné entre autre, des « sorties »
pour aller en ville tout ça en jouant au poker.
Myron était énervé à cause
de Mc Key quand il tomba sur Melle Devlyn, elle était de retour de chez Bridger.
AD « Lieutenant, je pourrais vous parler ?
LG _ Ecoutez, je reviens de mission alors…
AD _ Il paraît que ça a été dur.
LG _ Vous êtes toujours au courant de tout, vous
allez vous faire des ennemis.
AD _ Je ne suis pas
toujours fier de ce que je fais, mais j’aime mon métier. Vous savez, 1 enfant
sur 6 meurt de la tuberculose, et le reste, où il est le reste ?
LG _ Je vais vous le dire
où il est le reste ; quand vous êtes dans un village, vous voyez passer un
gamin avec un panier et le 1er GI qui y touche se fait exploser la
tête ; et après on retrouve des petits morceaux de cervelle un peu
partout !
AD _ Et c’est vous qui
devez écrire un mot aux parents je suppose ; qu’est ce que vous leur
dîtes ?
LG _ Je leur dis que leur
fiston est mort bravement, bien sûr, j’évite de parler du panier pour ne pas
choquer ces braves gens ! Certains de ces gamins n’ont même pas l’âge de
se raser ! Excusez-moi, il faut que j’y aille.
AD _ Attendez, je ne parlerai pas de Riviera
dans mon article.
LG _ Je vous remercie. »
Ca arrangeait Myron car
il avait reçu l’ordre de se débrouiller pour que Mademoiselle Devlyn ne parle
pas de Riviera, notamment dans un de ses articles.
Un peu plus tard après
cette mission, Mc Key (John de son prénom) m’invita à prendre un verre. J’avoue
que ce fut un moment sympa, nous avons bien discuté. Il était curieux, charmeur
et charmant. Je sentais qu’il essayait de savoir où il allait avec moi et s’il
y avait moyen.
Quelques jours plus tard,
Myron invita Mademoiselle Devlyn (Alex) en ville, pour manger un bout. Ils
étaient dans un restaurant quand un gamin s’approcha, il voulait cirer les
chaussures de Myron.
Beaucoup de gamin mendiaient
et faisaient des petits boulots pour survivre dans ce pays. Il était mignon,
comme tous les gamins ici ; portait une casquette mais pas de chaussure ;
il devait avoir une 10aine d’année.
GV « GI veut cirer
chaussure ?
AD _ Non, le GI n’a pas
d’argent. »
La gérante voulut virer
le gamin, mais Myron lui fila de l’argent pour qu’elle donne quelque chose
à manger au gosse.
LG « Vous connaissez
le lieutenant Mc Key ? Je ne suis pas jaloux par nature, mais l’autre
jour il a failli avoir un accident. Qu’est ce que cela vous a fait ?
AD _ Vous étiez dans l’hélico ?
LG _ Ma maman m’a toujours dit de ne jamais
répondre à une question par une autre.
AD _ Je croyais que vous n’étiez pas
jaloux ?
LG _ Ca dépend de qui c’est. »
Myron et Alex sortaient
du restaurant quand celui-ci explosa. Ils furent projetés au sol.
LG « Ca va ?
AD _ Quelle horreur, ces pauvres gens !
C’est la boîte à cirage du gamin.
LG _ Ils utilisent même des
enfants. Ils planqueraient une bombe dans la poussette d’un bébé sans la
moindre hésitation.
AD _ Venez, je veux savoir le fin mot de cette
histoire. »
La situation était plutôt
marrante parce que Myron et Johnny ne se supportaient pas ; ça se voyait,
ça se sentait ; ils chassaient sur les mêmes « plates bandes ».
Johnny était venu me voir
avant de partir en mission. C’est ding ! Il avait une façon de baratiner.
Il voulait m’inviter ce soir là, mais je lui ai dit non, même si j’en avais
très envie ; je voulais rester avec Ruiz car il m’inquiétait. Il avait
ressorti ses poupées vaudou, en fait, il commençait à déconner plein tube, il
était entré en force à la morgue avec une arme au point pour parler à Crawford.
Quelques jours plus tard,
le sergent alla à Saigon, nous n’avions aucune mission, et lui avait
rendez-vous avec son ex-femme. Il prit le car, il y avait une jeune femme, une
Américaine assise juste devant lui ; elle semblait paumée. Blonde, la
vingtaine tout juste, en robe à fleur, avec des ballerines blanches, elle
tenait une petite valise marron à la main.
Il s’est rendu à son
rendez-vous au bar d’un hôtel pour y rencontrer son ex-femme. Elle avait
insisté pour le voir en personne. Elle voulait lui annoncer de vive voie
qu’elle allait se remarier.
Pendant ce temps, Johnny
était en mission, piloter l’excitait, ça se voyait, ça lui faisait monter
l’adrénaline.
CPl « Dis Mc Key, avec ta musique d’enfer les
Viets vont danser le booguies
LM _ Oui, la musique en
plein air, ça me botte et l’avantage c’est qu’on peut communiquer avec
l’autochtone. ! »
Johnny aimait piloter avec
la musique à fond.
Rad « Charly 2, ici Charly 1. A vous.
LM _ J’espère que c’était urgent Charly, t’a
interrompu un tube. A toi.
Rad _ Répétez Charly 2. A vous.
LM _ Tu ne comprendrais pas Charly 1. Qui a t il
pour votre service. A vous.
Rad _ Il faudrait aller récupérer une section en
difficulté. A vous.
LM _ Donnez moi les coordonnées. A vous.
Rad _ Ico Lima 191709. A vous.
LM _ Bien reçu, on va y aller. Terminé »
Une fois arrivés sur les
lieux.
LM « La fête bat son plein !
CPl _ On décroche ! J’te paie une bière dès
qu’on rentre !
LM _ Désolé, j’ai rencard avec un ange. »
Plus tard dans la journée,
le sergent ramena son ex-femme à l’aéroport.
SA « Allez Carol, je t’aime et tu m’aimes.
Ca m’aidera à tenir.
Cic _ Oh Zeke…
SA _ C’est ce que tu appelles un sourire?
Cic _ J’embrasserai Cathy pour toi. »
Alex était à son bureau
avec Myron et Johnny. Elle mettait la dernière touche à son article.
AD « Il paraît qu’il y a de l’activité dans
les régions de Quinyong et Anyang. Les Viets vont rompre le « cessez
le feu »
Taylor et Jhonson étaient
au « Paradis » pour parler à Bridger car Jhonson avait gagné au
jeu la moitié des parts de l’établissement. La jeune Américaine venait d’arriver,
elle était à l’entrée du bar.
Vtc « Vous avez demandé
Jack Bridger ?
SJ _ Je suis le nouvel associé de Bridger, je
m’appelle Marvin Johnson.
MT _ Alors, il est où
Bridger ? Le pourvoyeur du rêve américain ?
Vtc_ Là.
SJ _ Où ? Là ?
Vtc_ Dans l’urne, il a été
abattu la semaine dernière.
Cis _ Ce n’est pas vrai,
vous mentez !
Vtc _ Qui êtes vous ?
Cis _ Stacey Bridger.
MT _ Jack Bridger était
votre père ? »
Elle est partie en courant
en pleurant. De son côté, Alex avait réservé dans un bon restaurant de Saigon.
Le patron la connaissait, et il prit la peine de lui montrer leur table personnellement.
Avant de s’asseoir, Johnny alla passer un coup de fil ; en revenant à
table, il avait l’air plutôt content de lui.
Un serveur est alors arrivé
en disant à Myron qu’il avait un appel ; quand il est revenu quelques
minutes plus tard, il était furieux.
LG « Je croyais que vous ne deviez pas parler
de Riviera ? !
AD _ Je n’ai pas parlé de
Riviera !
LG _ Alors pourquoi le Capitaine
veut me parler ? !
AD _ Je n’en sais
rien !
LG _ Vous savez, on peut
aussi bien tuer avec une machine à écrire qu’avec un M16 !!
AD _ Myron !
LM _ Je savais qu’il était
impulsif, mais à ce point ! En tout cas, il ne faut pas que ça nous empêche
de passer un bon moment. »
Au « Paradis »,
Marvin était dégoûté, il était accoudé au bar, il venait de comprendre qu’il
s’était fait avoir, et il avait bouffé tout son fric dans cette histoire.
Taylor quant à lui, pensait qu’il fallait et qu’il pouvait tout récupérer
au poker. Il alla au sous-sol de l’immeuble pour tenter sa chance.
Au même moment, Stacey Bridger
déambulait dans les rues de Saigon, complètement perdue. C’est là qu’elle
tomba sur des sales types, sur ce, arriva le sergent, elle eut juste le temps
d’être dévalisée.
SA « Chérie !
Chérie ! Vous savez les jeunes filles c’est capricieux, chérie, c’est
pas un quartier ou se promener. »
Les Viets ont regardé ce
type en se posant des questions puis ils se sont enfuis avec la valise de
Stacey.
SA « Bienvenu à Saigon »
Ils se sont installés à
la terrasse d’un café, où ils ont discuté.
Cis « Alors je vois
que vos retrouvailles n’ont pas été plus heureuses que les miennes.
SA _ J’ai dû rempiler une
fois de trop.
Cis _ Vous aimiez votre
femme ?
SA _ Enormément, mais
autant je me souviens parfaitement de la naissance de Cathy, autant je n’ai pas
de mémoire pour le jour, le 6 ou le 8.
Cis _ C’est peut être que
vous en avez trop pour d’autres.
SA _ Stacey, je suis désolé
pour votre père. Il cherchait à nous arnaquer mes GIs et moi, mais c’était
pas un mauvais gars. »
Depuis quelques temps, tout
le monde écoutait une émission de radio présentée par une certaine Vanessa ;
Dany avait flashé sur sa voix, il la trouvait sexy et chaude et il voulait
la rencontrer, en plus ça lui permettait de ne pas trop réfléchir, il commençait
à en avoir marre de cette guerre, il venait de se rendre compte que ça n’avait
aucun sens et ça le perturbait.
Donc, lui Ruiz et moi avons
pris un bus pour nous rendre en ville. Je n’étais pas très emballée, mais
si ça pouvait permettre à Ruiz de penser à autre chose. En avant !
AR « Dany, on flashe pas sur une voix.
DP _ Sur le vaudou peut être ?
DW _ Arrête Dany !
AR _ Ne parle pas de ce que
tu ne connais pas ! Tu ne comprendrais pas. J’avais un oncle, chaque
année, il décapitait un poulet avec les dents puis il buvait son sang, et il
lui bouffait le foie.
DP _ T’as raison, je ne comprends rien au vaudou. »
Le sergent et Stacey retournèrent
au « Paradis », c’est là qu’ils tombèrent sur Marvin, seul, assis
sur les marches d’un escalier.
SA « Alors Jhonson, qu’est ce que tu fais
là ?
SJ _ J’attends Taylor, il joue au poker avec des
types pas net.
SA _ On va aller le
chercher.
SJ _ Il ne veut pas. »
C’est à ce moment qu’ils
entendirent un coup de feu provenant
des étages, ils montèrent tous les 3 en courant.
GI « Je vais prévenir la police militaire,
c’est un marines, il a un flingue et un bébé, il est là. »
Le sergent a trouvé un marines
en caleçon, il était assis sur un lit, un bébé dans ses bras et un flingue
dans la main gauche. Il avait pleuré et semblait perdu.
SA « Et, du calme,
ce serait dommage de gaspiller des munitions. Mieux vaut tirer sur les Viets.
M’s _ N’approchez pas ! »
Le sergent réussit à le
désarmer. Juste à côté, Stacey était assise sur une chaise avec le bébé dans
les bras. Melle Coin, la gérante et mère maquerelle de l’établissement ainsi
que Jhonson allèrent chercher Kim sa petite amie ; ils la découvrirent
morte sur son lit, en sous-vêtement, elle avait été étranglée.
SJ « Sergent, la police arrive.
M’s_ C’est moi qui l’ai
tué.
SA _ Quoi ?
M’s_ Son frère était
Viêt-Cong, elle me posait des questions, je lui ai dit tout ce que je savais.
Je ne voulais pas la perdre.
SA _ On va essayer de te
sortir de là. »
Le sergent sortait de la
chambre pour parler avec la police militaire afin d’essayer d’arranger les
choses, quand le marines attrapa l’arme qu’on lui avait enlevé pour se tirer
une balle dans la bouche.
Au sous-sol, la partie de
poker s’était arrêtée quand ils avaient entendu la police. Ils étaient tous
partis en courant, Taylor essayant d’attraper une partie de l’argent qui était
sur la table.
Quant au sergent, il commençait
à s’énerver.
SA « Maintenant Jhonson, tu vas chercher
Taylor ! Il faut qu’il arrête ses conneries !
Vtc _ Venez, j’ai quelque
chose à vous dire. »
Dany, Ruiz et moi étions
au club Savoy. Là-bas il repéra Vanessa, il alla tout de suite la baratiner,
il n’était pas le seul. Il lui dit qu’il avait un poste important pour l’impressionner,
l’emballer plus vite et ça marcha, elle le préféra à tous ces types qui étaient
autour d’elle. Elle goba toute l’histoire. Ruiz n’était pas en grande forme,
il disait qu’il avait le mauvaise-œil, il n’avait même pas envie d’être avec
une nana.
Sur ce, Mademoiselle Devlyn
et Johnny entrèrent, j’étais à ce moment là au bar pour renouveler nos consommations.
Ils se sont dirigés vers moi et…
AD « Bonsoir.
LM _ Bonsoir.
DW _ Bonsoir, comment
allez-vous ? Myron n’est pas avec vous ? Il m’avait pourtant dit que…
LM _ Goldman vous a dit ? Myron ?
DW _ Pardon oui, le lieutenant
Goldman. S’il n’est pas là, tant pis. Je vous laisse, je vais retrouver mes
amis. »
Mc Key a fait une tête bizarre,
et moi ça m’a fait plaisir ; on peut dire que je souriais intérieurement,
j’avais jeté mon pavé dans la mare. Je me suis approché de Mademoiselle Devlyn
pour lui parler, avant de retrouver Ruiz et Taylor.
DW « Mademoiselle Devlyn…
AD _ Appelez-moi Alex.
DW _ Alex, je suis étonnée
de ne pas voir le lieutenant avec vous, je sais de source sûre qu’il était
pourtant ravi à l’idée de cette sortie.»
Elle m’a regardé d’une façon
bizarre, elle exprimait beaucoup de chose, d’abord la surprise que je sois
si proche de Myron, et puis ensuite je ne sais pas, comme du soulagement je
crois quand elle a compris que je lui laissais la place. Par la suite, nous
n’avons jamais parlé de ça entre-nous.
LM « Je l’ai envoyé se promener du côté de
Quiyong.
AD _ Quoi ? ! Vous
n’écoutez jamais ce que raconte la presse ? ! C’est dans cette région
qu’on a repérée de l’activité Viêt-Cong !
DW _ Il faut aller le chercher ! »
De son côté, Myron roulait
à tombeau ouvert vers la base de Tuc An, pour voir le capitaine ; il
était furax contre Alex et Johnny, ce qui le faisait conduire d’autant moins
prudemment. C’est là qu’il se fit attaquer, une roquette lui fit faire une
embardée, et sa voiture se renversa dans le fossé. Il fut éjecté mais part
chance il ne fut pas blessé. Les tirs redoublèrent et il comprit qu’il était
encerclé. Il ne voyait pas l’ennemi et il tirait un peu au hasard. C’est là
qu’il tua un Viet qui rampait pas très loin de lui, et qui était sur le point
de l’attaquer. Il lui fit ensuite les poches et découvrit des documents intéressants.
Ca allait se finir au corps à corps si d’autres s’approchaient d’un peu trop
près, car il était peu armé, il avait juste un revolver et 2 chargeurs. Il
se retrouverait donc vite à cour de munition.
De notre côté, c’était un
peu la panique, j’avais très peur que nous arrivions trop tard, qu’il lui
soit arrivé quelque chose. Johnny et Alex étaient aux commandes, moi je m’occupais
de la mitrailleuse. Rapidement, nous avons aperçus la jeep dans le fossé,
mon cœur s’est serré, puis nous l’avons vu, dans les hautes herbes, nous faisant
signe. Je me suis mise à mitrailler dans tous les sens ; nous nous sommes
posé, pas très loin de lui, et il a sauté dans l’hélicoptère. Nous avons vite
re-décollé.
J’ai mitraillé encore 2
minutes, pendant qu’il engueulait Johnny. Ensuite il s’est tut, et s’est assis
dans un coin. J’ai lâché la mitrailleuse et je me suis assise à côté de lui.
Dans le sous-sol du « Paradis »,
Taylor, Johnson et le sergent, conduits par Mademoiselle Coin la gérante tombèrent
sur Bridger. Stacey les avait discrètement suivis. Elle resta sans voie lorsqu’elle
vit son père devant elle. Elle l’avait pleuré, et le fait de le voir comme
ça devant elle, lui fit un choc. Lui aussi d’ailleurs, il ne s’attendait pas
à voir sa fille dans Saigon le soir d’une attaque massive.
Bridger trafiquait des
armes, et en parlant à Alex, il s’était mis en danger, en fait, il avait signé
son arrêt de mort. Il avait choisi de se faire passer pour mort et de
disparaître.
Quand ils décidèrent de
sortir, ça se fit sous les bombes et les tirs.
Comme le prédisait la
rumeur, la fête du Têt avait tourné. La guérilla avait investi la ville, et
Bridger se fit tuer cette nuit là.
Le sergent Taylor et Marvin
escortèrent Stacey jusqu’à un lieu plus sûr.
De notre côté, nous étions
arrivés à la base. Les choses avaient changé durant le trajet de retour.
Lorsque je me suis assise
à côté de Myron, je me suis jeté à son cou, je l’ai embrassé comme je ne l’avais
pas fait depuis très longtemps.
LG « Déborah…
DW _ Tu m’as vraiment foutu
la trouille.
LG _ Je suis toujours là…Déborah. »
Je l’ai lâché et je lui
ai pris la main. Il fallait être discret, nous n’étions pas seuls. Une discussion
s’imposait, nous l’avions que trop repoussée.
DW « Je sais ce que tu vas me dire, il est
temps d’arrêter.
LG _ Je tiens énormément à toi, mais…
DW_ Il y a Alex. Moi aussi
je tiens à toi, toujours, mais j’ai envie d’explorer d’autres horizons.
LG _ Mc Key. Il y a des choses qui me dépassent.
Tu avais pourtant un goût très sûr avant.
DW _ Ca suffit!”
Nous nous sommes regardés,
et nous nous sommes souris. Nos doigts se sont entremêlés et il m’a embrassé
les cheveux. En descendant de l’appareil, Myron sauta sur Johnny, il avait
retrouvé ses envies de meurtre.
AD « Myron ! Johnny a reconnu ses torts!
LM _ Cognez si vous en avez envie! »
Myron l’a fait, et Johnny
s’est retrouvé par terre.
AD « Cognez-moi aussi si vous voulez !
LM _ J’avoue que je l’ai mérité.
LG _ Je vais tout vous dire !
J’ai trouvé un plan du dispositif et des laissez-passer de Thant Son Nhut
sur le Viet que j’ai tué. Les Viets vont nous rendre visite. »
Myron était déjà parti avec
Alex sur les talons.
LM « Oh ! Merde ! …Déborah, je
peux vous parler ?
DW _ Plus tard, on n’a pas
le temps.
LM _ Attendez, attend, je m’excuse.
DW _ Pourquoi tu
t’excuses ? Tu ne me dois rien.
LM _ J’étais avec Alex pour
ennuyer Goldman. C’est juste une bonne copine, je la connais depuis quelques
temps déjà.
DW _ Tu n’as rien à m’expliquer.
LM _ J’aimerais être avec
toi plus souvent mais tu es apparemment avec Goldman…Mais ça ne m’empêchera pas
de tenter ma chance.
DW _ Tu es bien sûr de toi. Et puis avant
d’affirmer quelque chose, renseigne-toi.
LM _ Quoi ?
DW _ Il n’y a plus personne. »
Il s’est approché ;
il m’a passé la main derrière la tête au niveau de la nuque, il a exercé une
pression pour m’attirer à lui et il m’a embrassé. Ca faisait bizarre, je l’ai
voulu presque au premier regard, je m’étais demandé comment ça serait et maintenant
je savais. C’était charnel, lent et intense à la fois. Je me suis retrouvée
collée à lui, sa main derrière la nuque est doucement descendue le long de
mon dos pour se caller au creux de mes reins. Je sentais toujours cette pression
dans ses doigts pour me tenir serrée contre lui. Son autre main était posée
sur ma joue. Il était si doux ; c’était si différent de l’impression
qu’il pouvait dégager au premier abord.
Pendant ce temps, Ruiz et
Dany se baladaient avec Vanessa et une copine à elle dans les quartiers louches.
C’est alors que Vanessa a sorti une arme pour les tuer, elles comptaient les
dévaliser, leur voler des documents importants, des laissez-passer pour pouvoir
investir la base.
Dany a réagi, il s’est interposé
et a dévié l’arme mais le coup est parti, la balle a effleuré la tête de Ruiz.
Il a été sonné. Dany a réussi à la désarmer, il les a ensuite abattus toutes
les 2 avant que la 2ème n’ait le temps d’utiliser son arme.
AR « Oh ! Merde ! Encore une balle
pour ma pomme ! J’t’aie dit que j’avais la poisse !
DP _ Allez, on se casse, dépêche !
AR _ Tu les as flinguées ?
DP _ Oui. »
Ceux qui étaient en dehors
de la base sont rentrés à la base ; nous sommes tous rentrés avant de
ressortir, armés cette fois-ci. Nous avons passé une partie de la nuit à nous
battre en ville. Saigon n’était pas une ville facile à occuper et à tenir,
il y avait plein d’embuscade et de coin propice aux attaques.
Le lendemain ça s’était
calmé, ce n’était pas encore fini, mais nous inspections les quartiers et
les rues une par une. Le nettoyage complet des rues nous prit toute une semaine.
Pendant une semaine nous
avons été sur le pied de guerre, nous ne sommes quasiment pas rentrés à la
base et je n’ai pas eu l’occasion de voir Johnny. Je me suis plusieurs fois
demandé comment ça allait se passer par la suite mais je n’avais pas le temps
de trop m’attarder sur ces questions ; je devais restée concentrée sur
ce que je faisais. La guérilla urbaine était bien plus dangereuse que se battre
dans la jungle, c’est là que nous nous en sommes aperçus, il y avait bien
plus de blessés que pour les autres missions.
SA « Lieutenant, faites-moi
plaisir, la prochaine fois que Mademoiselle Devlyn vous dit quelque chose,
écoutez-la. »
Pendant ce temps, Alex était
à son bureau, pour écrire son article.
« Saigon, le 31 janvier
1968
Les attaques surprises des
communistes contre Saigon et la plupart des chefs-lieux de district du Vietnam
du Sud ont été très violentes.
Depuis des années, les
Viêt-Congs et les Nord-vietnamiens combattent dans les rizières et la jungle.
Aujourd’hui pour la première fois, c’est contre les villes, qu’ils ont mené
leur plus violente offensive depuis le début de la guerre.
Bien qu’ils soient
militairement battus, aujourd’hui les communistes ont démontré leur capacité à
déclencher des attaques à l’échelle de tout le pays.
Cela soulève bien des
questions quant à une victoire américaine.
A. Devlyn. »
A suivre
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