Renaissance
By Mia
Résumé : Une longue descente aux enfers
Disclamers : Tout
m’appartient, les personnages, les situations, TOUT
Certains passages pourraient éventuellement déranger, donc
âmes sensibles, s’abstenir.
Je sortais de l’école, il faisait beau, une température idéale et c’était la fin de la journée, donc plus de cours.
Nous sommes sortis du bâtiment, nous nous sommes arrêtés un peu plus loin ; ils ont allumé leurs clopes. C’était une habitude, comme un rituel ; après on allait se tâter pour savoir si on allait boire un coup au bar ou pas. Si c’était oui, on allait devoir tous se tasser dans la voiture de Mej. Six personnes dans une voiture qui menaçait de rendre l’âme à tout instant.
Ce jour là, rien de changé. Je les écoutais, je les regardais, je ne parlais pas beaucoup aujourd’hui, je n’étais pas vraiment en forme.
Je n’ai jamais été très loquace, du moins en ce qui concerne la vraie moi, celle que personne ne connaissait ici.
La fausse, l’image bien fabriquée, celle que je leur présentais tous les jours depuis quelques mois, depuis la rentrée parlait beaucoup, elle. C’est bizarre de parler de moi à la 3ème personne du singulier. Est ce le signe avant coureur de problème psychologique ? Peut être.
Donc, je les écoutais, parlant de la formation, ou autre, je les regardais ainsi que les autres groupes autour de nous. Ils étaient bien différents de moi, et j’essayais de toutes mes forces d’être comme eux ; avoir une petite vie stable, normale, belle.
Et là je l’ai vu de loin. J’ai rapidement tourné la tête, j’avais rêvé, ce n’était pas possible il ne pouvait pas être là. J’ai à nouveau tourné la tête, il était encore loin mais il venait par ici, il ne pouvait pas m’avoir trouvé, j’avais changé de ville, comment m’avait il retrouvé ? Est ce qu’il m’avait vu ?
Je me suis rapprochée de Liam, je pensais que peut être j’arriverais à me cacher derrière lui. Et là d’un coup j’ai vu la réalité en face, je n’avais nul part où aller, aucune retraite possible.
Plus personne ne parlait, ils me regardaient tous, j’étais devenue livide.
Liam Ca ne va pas ?
Jude Si, si, pourquoi ça n’irait pas ? Continuez, je vous écoute.
Ils ont repris la conversation en me jetant de petits coups d’œil furtifs pour vérifier que j’allais bien et que je n’allais pas faire un malaise.
Ma respiration s’était accélérée, je me tordais les mains, elles étaient moites. Je commençais à trépigner, il fallait que je bouge.
La discussion s’est tout à coup arrêtée lorsqu’ils ont entendu quelqu’un m’appeler par mon prénom. Ils se sont retournés, moi pas. Je savais qui c’était, c’était lui. Là il a posé sa main sur mon épaule ; ça m’a fait tressaillir.
Je me suis retournée, tout le monde nous regardait.
Lucas Jude, ça va ?
Il avait utilisé sa voie douce, de charmeur. Je n’avais rien dit
Lucas Et, c’est comme ça que tu m’accueilles ?
Il était près de moi. Les filles le regardaient avec une lueur dans les yeux. J’avais déjà vu ça, je l’avais vu chez moi, 10 ans auparavant lorsque je l’ai rencontré. Le même regard rempli d’envie, de désir. Ce regard qui disait « qu’est ce qu’il est beau ! » Et il était toujours aussi beau d’ailleurs.
Un grand brun au teint mate, une carrure à en faire pâlir plus d’un. Il avait un corps magnifique, un dos large et puissant, des muscles bien dessinés, un regard bleu dans lequel je m’étais noyé si souvent et son sourire, un si beau sourire qui pouvait se transformer si facilement en un rictus effrayant.
Et puis toujours cette démarche sûre, son allure, toujours bien habillé. C’était le même, quelques cheveux blancs et des petites rides en plus qui ajoutaient encore à son charme. Il était presque plus beau qu’avant, ce n’était pas possible.
J’étais dans mes pensées et sa voix m’a ramené à la réalité.
Lucas Tu ne me présentes pas ?
Jude Qu’est ce que tu veux ?
Lucas Tu ne me présentes pas ?
Il m’avait attrapé par le poignet, discrètement, comme toujours, comme avant. Et il commença à serrer. Je ne voulais pas faire d’esclandre, je ne voulais pas qu’ils me voient, moi, la vraie, celle que personne ne connaissait.
Son regard se faisait plus insistant.
Jude Lucas, voici Liam, Mej, Roman, Arwen, Andreas. Voici Lucas.
Lucas Bonjour. Je vous emprunte Jude.
Je savais ce qui allait se passer, j’ai baissé la voix pour pas qu’ils m’entendent, je le regardais
Jude Non, lâche moi, laisse moi.
Il a resserre son étreinte et il m’a entraîné plus loin. Je l’ai finalement suivi, je ne voulais pas qu’il arrive quelque chose, je le connaissais.
Les autres nous regardaient.
Et d’un coup, électrochoc, je ne voulais pas le laisser faire, fini la gamine apeurée, je m’en étais sortie et je n’allais certainement pas replonger et le suivre comme ça.
Nous nous étions éloignés d’un 20taine de mètre, il m’avait entraîné, me tirant par le poignet et là…
Jude Lâche moi.
Il m’a regardé comme s’il ne comprenait pas, je n’avais jamais moufté en sa présence. J’ai élevé le ton, en fait j’ai crié.
Jude Je t’ai dit de me lâcher !
Tout le monde avait arrêté de parler, ils nous regardaient en se demandant ce qui se passait.
Il m’a regardé, il ne croyait pas ce qu’il avait entendu. Et là, je ne l’ai pas vu arriver ; sa main s’est abattue sur mon visage telle un marteau sur une enclume. J’ai vacillé et je me suis retrouvée par terre. Les vieilles habitudes sont tenaces, les mêmes sensations se perdent facilement mais ça revient tout aussi rapidement.
Sa bougeait autour de nous. Liam et Roman s’étaient approchés.
Liam Tu la lâches ! Jude ça va ?
Lucas À ta place je ne m’en mêlerais pas.
Je connaissais cette phrase pour l’avoir déjà entendue
Jude Liam, ne t’en mêle pas.
Liam Quoi ?
Lucas T’a entendu ce qu’elle t’a dit ? Dégage.
Ils n’ont rien dit, ils n’en revenaient pas, je les ai vu utiliser leur portable.
Je ne l’avais jamais vu perdre son sang froid aussi vite ; c’était très mauvais.
J’étais toujours par terre. Je savais que la police avait déjà été appelée. Tout allait ressortir, fini la petite vie incognito, il faudrait tout recommencer.
Il m’a tendu la main pour me relever, je l’ai attrapé, par habitude.
Je me suis retrouvée debout devant lui, mon sac était encore à terre.
Lucas Tu ramasses tes affaires et on se casse.
Jude Non
Il n’en revenait pas que je m’oppose à lui, encore.
Lucas Pardon, j’ai mal compris
Jude Je t’ai dit non.
Et là, même chose, un coup mais j’ai su l’éviter. 3 ans de sports de combats pour me protéger, pour savoir comment réagir quand il reviendrait car quelque part je savais que ce n’était pas fini.
Le coup qui a suivi c’est moi qui l’ai donné, et il ne l’a pas vu venir, il ne s’y attendait pas, il n’avait pas l’habitude, pour lui j’étais encore la pommée d’y a 10 ans qui avait peur de tout. J’avais frappé de toutes mes forces et l’impact l’a fait reculer.
Jude C’est fini tout ça, tu m’entends, je n’en veux plus !
Liam Mais qu’est ce que tu crois ? Rien n’est fini ! Tu te prends pour qui ? T’es toujours la même petite pute qu’avant ! Tu m’appartiens toujours Judy !
Jude Ne m’appelle pas comme ça !
Il avait dit ça avec tout son mépris. Ca me mettait hors de moi.
J’ai pivoté et je lui ai envoyé mon pied droit dans la mâchoire. Il s’est écroulé. Je l’observais, il était accroupi, dos à moi. Le silence nous entourait.
Et là je l’ai vu, dans le dos, enfoncé dans son pantalon : son flingue.
Son joujou, la crosse brillante, directement importé des Etats-Unis. Il en était si fier, le même, la reproduction d’un flingue vu dans un obscure western. Je trouvais ça pitoyable
Je me suis rapidement baissé et je lui ai piqué, il n’a pas eu le temps de réagir.
Là je me suis vite reculé pour ne pas être à sa porté.
Je tenais le flingue dans ma main droite. Tout le monde pouvait le voir et ils ont commencés à s’agiter tout en s’éloignant.
Je le regardais, il s’était relevé, le regard mauvais, il se massait la mâchoire et je savais que s’il s’en sortait, j’étais morte
Jude Je te le dis et je te le redis, c’est fini tout ça. Je n’ai plus 14 ans, je n’ai plus peur de toi. J’ai retenu les leçons tu vois
Tout en lui disant ça, j’avais armé le flingue. J’étais sûr de moi.
Lucas C’est moi qui t’ai fait Jude, tu m’appartiens, je t’ai cherché pendant 4 ans. Pas parce que tu me manquais, tu es remplaçable, j’ai trouvé une meilleure gagneuse que toi et facilement mais si je t’ai cherché c’est pour te faire comprendre qu’on ne me quitte pas.
J’avais écouté son petit discours. 4 ans qu’il me cherchait, 4 ans que j’étais partie.
Jude Là où tu te trompes c’est quand tu dis que je t’appartiens, je n’appartiens à personne. Par contre, c’est vrai, tu m’as fait, tu as transformé une fugueuse de 14 ans en pute, en camé. T’a raison, tu m’as appris à me chouter et à faire comme si c’était normal, c’est toi qui m’a expliqué comment faire pour ne pas vomir quand j’étais au lit avec un vieux pervers et enfin, le plus utile, tu m’as montré ça !
J’avais brandi son arme.
Jude Je m’en souviens encore. Tu m’as dit, « n’ai pas peur, bien stable sur tes jambes, tu regardes avec tes 2 yeux, les bras tendu, n’hésite pas. Tire »
Je m’y revoyais, on était dans sa propriété, il avait aménagé un coin pour tirer et il m’y emmenait quelques fois, avant de me baiser. Ce moment d’inattention lui a permis de sortir un autre flingue, il devait l’avoir dans sa veste et je ne l’avais pas vu.
Il l’a pointé sur moi, je n’ai pas eu peur, je l’ai visé et j’ai tiré. Il est tombé à la renverse. Nous étions près et ça lui a fait un trou énorme dans la cage thoracique. Son t-shirt était maculé de sang et la tache s’élargissait.
Il avait eu le temps de tirer mais déstabilisé par l’impact de mon coup, sa balle était allée se loger dans un arbre.
Je l’ai regardé par terre. C’était fini.
Mon bras était lourd, et j’ai laissé tomber l’arme par terre, elle était encore fumante.
Sur ce la police est arrivée. J’étais encerclée, il m’ont fait mettre face contre terre, m’ont replié les bras dans le dos et m’ont embarqué. Ils m’ont lu mes droits. Je n’avais rien dit.
Avant de partir j’ai tourné la tête et je les ai regardé, ils étaient sous le choc, se demandant qui était cette fille. Cette fille c’était moi, la vraie.
Le flic m’a conduit jusqu’aux véhicules garés un peu plus loin. Il a mis sa main sur ma tête, pour que je me baisse et je me suis introduite dans la voiture de police. Ils avaient bouclé la scène du crime.
Le peu de gens autour me regardaient, je le sentais ils devaient se demander ce qui c’était passé mais moi je ne les voyais pas. La seule chose à laquelle je pensais c’est qu’il était mort, enfin.
J’ai fermé les yeux, j’ai inspiré un grand coup et quand je les ai ouvert j’ai vu mes poignets.
La sensation du métal sur ma peau, le clic qui emprisonne me ramenait en arrière. Ca ne me faisait même plus peur, et c’est là que je me suis souvenue de l’angoisse la première fois qu’on m’a arrêté, j’allais avoir 15 ans et c’était la première fois que je me retrouvais au poste. J’ai chassé cette sensation, je voulais penser à quelque chose de positif.
Le passé s’estompa, je regardais le paysage, j’étais dans cette ville depuis 7 mois ; ça n’avait pas été évident au début mais je m’étais faite une raison. Je n’avais plus de famille, du moins plus réellement, rien ne me retenait. Ma seule famille c’était désormais mes amis.
L’année précédente je m’étais faite des amis, des vrais ; nous étions un petit groupe puis une petite bande qui c’était agrandi. Je les adorais, je les considérais comme ma famille. Ca avait été dur de partir loin d’eux mais je les voyais aussi souvent que je pouvais, on restait en contact par téléphone et par mail.
J’étais vraiment heureuse depuis environ 2 ans ; 2 ans à mener une vie insouciante d’une jeune femme normale. Je repensais à tous ces bons moments ; un des meilleurs avait été mon anniversaire, mes 24 ans. A l’époque, ceux de l’école ne me connaissaient pas encore très bien, nous nous étions rencontré à la rentrée début septembre.
Et donc, c’était un jeudi en fin d’après-midi, 7 mois auparavant, le 28 novembre, à l’école, après les cours.
Je descendais les escaliers et c’est là que j’ai vu Jérémie ; il était dans l’entrée, il était venu et je me suis jetée dans ses bras en criant son nom et je lui ai fait un smack. Tout le monde s’était retourné mais moi je m’en foutais ; mon meilleur ami était avec moi le jour de mon anniversaire. Je suppose qu’ils ont certainement cru qu’il était mon petit copain.
Julien Et ! Ne te gêne pas !
Je me suis retournée et j’ai aperçu Julien, la moitié de Jéré.
Jude Ju ! T’es là ! Ne sois pas jaloux.
Jérémie Bon, ça suffit.
Jude Qu’est ce que vous faîtes ici ? Comment vous avez trouvé l’école ?
Jérémie Secret. On a une surprise pour toi.
Jude C’est vrai ? Pourquoi ? C’est quoi ?
Julien Ferme les yeux et tais toi.
Jérémie s’est placé derrière moi et m’a mis les mains sur ses yeux.
Jude Qu’est ce que tu fais ?
Jérémie Avance et tait toi.
Jude Je ne vois pas où je vais.
Jérémie C’est le but
Jude Je vais me prendre le mur
Julien Mais non, ai confiance en Jéré. Attend, je vous tiens la porte.
Jude Ouai !
Jérémie Arrête toi. Ne bouge plus. Garde les yeux fermés
On était dehors devant l’école, il n’y avait plus de bruit, même les étudiants avaient cessé de parler ; je me demandais ce qui pouvait bien se passer. J’allais dire un mot quand j’ai senti quelque chose. J’ai senti une tête entre mes jambes. J’allais protester, faire quelque chose quand je me suis aperçu que je ne touchais plus le sol. J’ai ouvert les yeux
Jude Ah !
C’est là que je les ai vu, ils étaient tous la : Doriane, Typh, Lucia, Lissa, Andrès, Mathias, Anthony, Sofian, Arthur, Bastien, Sacha, Vincent, Ugo, Axel, Nicolas, Keeran.
Je suis restée bouche bé. Ils ont fait une ola et ils se sont mis à me chanter « joyeux anniversaire »
Je n’en revenais pas, d’ailleurs personne n’en revenait ; mis à par eux, tout était silencieux. Je n’avais toujours pas bougé, j’étais sur les épaules de Sofian et j’avais presque les larmes aux yeux.
Quand ils ont eu fini, Sofian m’a redescendu et je suis allée leur faire la bise à tous, je les ai serré dans mes bras. Ils m’avaient tellement manqué. Je n’en revenais pas, ils étaient venus, ils n’avaient pas oublié.
En fait, ils étaient venus pour me fêter mes 24 ans. Jesse, la petite copine de Bastien était native de cette ville et elle leur avait prêté sa maison.
Nous sommes tous partis en caisse pour nous rendre chez Jesse. Là bas nous avons tout préparé pour le soir. Bien sûr Mej, Liam Roman Arwen Andréas et Francesca étaient également invités. Je crois qu’on a autant rigolé durant la préparation que pendant la fête.
Cette soirée a été le meilleur anniversaire de toute ma vie, ça a été un vrai anniversaire, et on m’en avait fêté si peu.
On a rigolé, on a bu, on a pris des photos. On a fait tout ce que fait une petite bande d’amis normaux.
J’ai quand même eu un petit pincement au cœur, il manquait quelqu’un mais j’ai vite chassé cette pensée.
Le souvenir de cette journée me faisait sourire et je suis revenu au présent.
J’ai croisé le regard de ce flic dans le rétroviseur ; il avait l’air bizarre. Il semblait jeune, intimidé pas beaucoup plus vieux que moi en fait et il devait certainement se demander pourquoi je souriais dans un moment pareil.
Son collègue était un peu plus vieux, la petite quarantaine.
J’ai tourné le regard et j’ai observé la route, le tram est passé, le Mc Do, l’usine de chocolat, le pont, je connaissais parfaitement cette route pour l’avoir empruntée des 100taines de fois.
Je me suis sentie lasse tout à coup ; comme si la pression de plusieurs années était retombée et j’ai eu envie de dormir.
Nous sommes arrivés à destination.
Il m’a fait sortir de la voiture et j’ai été conduite en cellule. Je me suis assise et j’ai attendu.
Je regardais les murs ; ils se ressemblent tous, les mêmes obscénités écrites partout, le même genre de personnes assises sur ces bancs qui attendent leur tour.
Je dénotais dans cet environnement. Maintenant oui mais il y a quelques années non.
J’ai regardé ma montre, 10 minutes que j’étais là. J’ai cherché un truc dans mon sac histoire de m’occuper, je l’ai rangé, 30 secondes étaient passées. Ca n’avançait pas. J’ai sorti un livre et j’ai commencé à lire.
Le temps est passé. Le bruit de la serrure m’a sorti de ma lecture. J’ai rapidement bu le reste de ma bouteille d’eau et je l’ai rangé dans mon sac. Je savais qu’ils pouvaient être vache et que je n’étais pas sûre de pouvoir boire durant la garde à vue.
C’était ce même flic qui m’avait embarqué. Il m’a demandé de me lever et de le suivre. Il m’a a nouveau mis les menottes et je l’ai suivi dans le dédale des bureaux.
Il m’a fait m’assoire ; j’ai posé mon sac devant moi. Il me l’a pris et a commencé à le vider. Il a noté tout ce qu’il y avait à l’intérieur : un agenda, une photo, mes cours, une bouteille vide en plastique, mon livre, une trousse, un trousseau de clefs, un baume pour les lèvres, un porte monnaie avec 15 euros et 32 centimes, un chéquier, une carte de crédit. J’ai également enlevé ma montre, ma chaîne, mes 2 bracelets et ma bague.
Flic jeune Nom, prénom, date, lieu de naissance, nom des parents.
Jude Thomas Jude. Née le 28 novembre 1979 à Sarras. Ardèche. Sarah et Bertrand Thomas.
Flic Jeune À partir de maintenant, 18h16 vous êtes en garde à vue. Vous avez quelque chose à dire ?
Jude Je n’ai rien à déclarer. J’ai le droit de prévenir quelqu’un.
Jeune flic Oui.
Jude J’ai le droit de voir un avocat dans les 3 premières heures de ma garde à vue et je ne parlerai qu’en présence de mon avocat.
Jeune flic Vous avez l’air d’être une habituée
Il m’a ensuite pris les empruntes. Peu de temps après, il est revenu avec un extrait de mon casier judiciaire.
Jeune flic J’ai votre casier. Vous fuguez de chez votre mère le 26 juin 1993. Il y a quelque chose qui cloche dans votre casier. Vous êtes soupçonnées de prostitution et de consommation de drogue. Vous avez toujours réussi à passer à travers les mailles du filet mais cette fois-ci vous tombez pour meurtre. Vous avez assassiné un certain Lucas Damotto.
Jude Je n’ai rien à déclarer
J’ai refusé de parler. Je me suis enfermée dans le silence. Je n’avais pas peur et j’avais tout mon temps. Il me restait plus que ça. Ils m’ont posé de nombreuses questions, le pourquoi du comment mais j’ai refusé de répondre. Pour moi je n’étais pas coupable, c’était de la légitime défense et j’avais besoin d’un avocat pour mettre toutes les chances de mon côté.
Lorsque j’ai eu le droit d’appeler quelqu’un, j’ai composé son numéro, automatiquement, par réflexe. 06 71 83 13 18
Jude Allez, je t’en prie, répond Tom.
Tom Thomas à l’appareil.
Jude Tom
c’est Jude
Tom Jude…
Ca me faisait bizarre d’entendre sa voie, j’étais émue. J’ai essayé de ne rien laisser paraître, je ne sais pas si ça a marché.
Jude Oui, c’est moi, écoute, je n’ai pas beaucoup de temps, je n’ai droit qu’à un appel. J’ai été arrêtée, je suis accusée de meurtre.
Tom Quoi ! Mais comment…
Jude Je n’ai pas le temps de t’expliquer. Trouve moi un avocat. Je t’en prie. Tu le feras ?
Tom Oui. Bien sûr.
Jude Merci.
Tom Ca va aller ?
Jude Je ne sais pas
Lorsque j’ai raccroché, j’ai été partiellement soulagée. Il allait m’aider. Je le savais déjà, il ne m’avait jamais laissé tombé ni déçu. Ca m’a ramené à notre histoire. Mon esprit s’est évadé. Ce flic me posait toujours des questions mais j’étais ailleurs ; j’avais appris à faire ça quand je faisais mes passes ; physiquement là mais heureusement ailleurs par l’esprit.
Thomas, Tom, Tommy. Je l’ai rencontré presque deux ans auparavant.
J’étais allée revendre des CDs dans un de ces magasins où on achète d’occasion. Je suis allée au fond du magasin pour m’adresser au vendeur. On a engagé la conversation tout en faisant les papiers de vente, banal. Je n’écoutais que d’une oreille distraite, je le regardais et je regardais surtout mes papiers. C’était rare que je sorte mes papiers d’identités, il fallait que j’aie une occasion, j’avais l’impression qu’on voyait qui j’étais. Il a regardé la photo et il m’a regardé. Ca m’a fait stresser. Il n’était pas mal mais j’étais pressée, fatiguée et je ne faisais pas vraiment attention à lui. J’ai tout de même remarqué son sourire, craquant. Il m’a rendu mes papiers, je suis allée à la caisse et il m’a payé.
C’est lorsque je suis sortie du magasin que j’ai entendu mon nom.
Vendeur Jude !
Je me suis retournée, j’avais eu peur en entendant crier mon nom dans la rue.
Jude Oui
Tom Thomas
Jude Non, mon nom de famille se prononce Thomas, avec un S.
Tom Non, je m’appelle Thomas, Tom, Tommy.
Je me suis un peu détendue.
Tom Tu fais quelque chose ce soir ? On pourrait aller boire un verre
Là je l’ai regardé avec plus d’attention. Il avait un sourire timide, attendant une réponse. Des dents blanches, un peu espacées devant, des yeux bleus. C’est bizarre, je n’avais pas remarqué ses yeux, j’étais myope ou quoi ! Il faisait 1m85, peut être plus. Vraiment très mignon en fait.
Jude Je…oui, pourquoi pas.
Son sourire s’est élargi. Il m’a donné rendez-vous dans un bar connu à 9 h moins le quart. Je suis rentrée chez moi en me demandant ce qu’allait être la soirée.
Je l’ai retrouvé au bar, je suis arrivée avec 5 minutes de retard, je n’aimais pas être en avance ni à l’heure. Il m’attendait déjà. Nous avons discuté, rigolé. Je me suis tout de suite sentie très à l’aise avec lui. Il était vendeur à mis temps pour payer ses études de droit, il était en maîtrise. Moi j’étais en licence d’histoire.
Nous avons vraiment accroché, et vite.
Il n’était pas comme tous les hommes que j’avais pu rencontrer ; il était gentil, patient, il se dégageait une grande douceur de lui. J’avais confiance en lui
Je crois que j’ai complètement craqué ce soir là et ce fut le début de ma grande histoire d’amour.
La garde à vue ne leur a donné aucun renseignement, ils avaient seulement mon casier. Pendant une bonne heure ils m’ont posé des questions auxquelles je n’ai pas répondu.
Ils ne tarderaient pas à revenir me voir, quand ils auraient appris qui j’avais descendu M Damotto fils. En effet ; Lucas était bien connu des services de police du Sud de la France, comme toute la famille Damotto d’ailleurs. Je savais qu’il allait y avoir des remous.
Je suis donc restée enfermée dans mon mutisme.
Je me sentais seule et tout ce que je savais c’était que j’avais envie de voir Tom, j’avais besoin de le voir. J’avais réussi à ne pas craquer, à ne pas l’appeler durant ces quelques mois loin de lui mais là…
Avant cet appel, on avait en quelque sorte coupée les ponts. J’avais rompu, je ne le voulais pas réellement mais plus notre relation avançait plus la probabilité qu’il découvre mon passé augmentait. Je savais qu’il m’aimait mais je ne voulais absolument pas voir son regard changer en se posant sur moi au moment où il aurait découvert toute la vérité.
Il savait que je cachais quelque chose. Au début il avait été patient mais au fur et à mesure mes secrets avaient pris de plus en plus de place jusqu’à ce que je craque et que je casse tout. Il n’avait pas compris, il n’avait rien vu venir.
J’avais rompu 6 mois auparavant alors qu’on s’aimait et on n’avait plus eu de contact jusqu’à ce coup de fil.
C’est fini entre nous alors que je l’aime encore et que c’est probablement l’homme de ma vie.
Vers les 21 heures, mon avocat est arrivé, enfin. Un flic l’a fait entrer.
Cet avocat n’avait pas l’air mal, je m’y connaissais en avocat, j’en avais vu un certain nombre alors je me suis décidée à tout raconter.
Il a posé ses affaires, a sorti un cahier, un stylo.
Je l’ai regardé pendant qu’il déballait ses affaires, la quarantaine passée, une certaine prestance, brun, du charme
Avocat Mademoiselle Thomas je suppose, je me présente, maître Adams.
M. Hernandez m’a appelé pour que je vous défende. J’ai rapidement lu le dossier, je ne connais pas grand chose et…
Jude …Ne vous fatiguez pas, je vais tout vous dire. Il s’appelait Lucas Damotto. Il était originaire de Perpignan. Je lui ai tiré dessus, je l’ai tué mais je ne suis pas coupable.
Mon avocat a essayé de ne pas trop tiquer. Je savais que je pouvais lui dire que j’avais tiré car je savais qu’il était tenu au secret professionnel.
Jude C’était de la légitime défense. Il est venu à mon école pour me chercher et je me suis défendue.
Avocat Ca sera à la cour d’en juger. D’après les témoins, c’est vous qui avez apparemment sorti l’arme en premier.
Jude C’était son arme et vous ne le connaissez pas comme moi, si ça n’avait pas été moi, c’est lui que vous défendriez pour meurtre à l’heure qu’il est.
Il n’a rien dit, il attendait la suite.
Jude Sous ses apparences bien propres sur lui, Lucas n’était vraiment pas un sain. Vous devriez vous procurer un extrait de son casier judicaire. Notez, Lucas Damatto avec 2 T.
Avocat Et qu’est ce que ça va m’apprendre ?
Jude Propriétaire de plusieurs bars, d’agences immobilières. Pour les activités annexes, proxénétisme, trafique, meurtre.
Avocat Pardon ?
Jude Lucas était bien connu des services de police de Perpignan, Montpellier... Quand j’ai réussi à couper les ponts, il prenait des contacts avec la pègre marseillaise. Ca remonte à 4 ans.
Avocat Pourriez vous tout m’expliquer ?
Jude Vous avez du temps j’espère ?
A ce moment là, un flic a ouvert la porte.
Flic Vous avez 1 heure.
Le flic est rapidement ressorti.
Je l’ai regardé dans les yeux, pour voir si j’arrivais à le jauger puis j’ai baissé le regard. Là il allait falloir que je me replonge dans mon passé, une ancienne vie dont j’avais cherché par tous les moyens à sortir. J’avais réussi à sortir de cette situation où je m’étais engluée et là il fallait que j’y replonge.
Je me suis lancée, il était face à moi et attendait mes explications, mon histoire.
Je ne l’ai pas regardé durant tout mon récit. J’étais ailleurs, dans le passé, 10 ans plus tôt. Il fallait commencer par le début
J’étais une gamine tout ce qu’il y a de normal, à 14 ans j’étais plutôt bien dans ma peau, quoiqu’un peu renfermée, pas du tout sûre de moi en fait. Les garçons, je ne m’y intéressais pas tellement. Je ne voyais même pas la façon qu’ils avaient de me regarder. Avec du recul, j’étais bien faite (tout ce qu’il faut où il faut, déjà un corps de femme), des longs cheveux bruns, de grands yeux, un sourire coquin, mimi tout plein et je ne voyais rien, je ne savais pas. Je ne ressemblais plus à une gamine.
Et puis je suis devenue copine avec Alice, Alice Charon. Elle avait 15 ans et j’aimais son assurance, sa façon un peu désinvolte de se comporter, elle m’attirait comme une lumière attire un papillon. Elle traînait avec des gens un peu plus vieux, des garçons, elle fumait.
J’ai commencé à la suivre quelques fois dans ses sorties, maman ne disait trop rien, elle avait confiance en moi et mes notes étaient toujours aussi bonnes.
Cela n’avait j’avais été facile, nous vivions toutes les 3, maman Jade et moi mais nous nous en sortions bien, même sans homme, sans lui, sans mon père.
Donc, j’ai commencé à traîner avec elle, je rigolais, j’avais l’impression d’être vivante, de n’avoir jamais été aussi bien.
Je me suis mise à boire et à fumer, tabac, shit. Je me sentais bien, cool.
J’étais tout le temps euphorique, tout en donnant parfaitement l’illusion au collège, à ma mère à tous, sauf à Alice. Ca a duré un certain temps.
Puis tout a basculé. Nous avons décidé de partir en week-end toute les 2, on devait retrouver des copains à elle dans le Sud de la France, ce fut ma 1ère fugue.
Je n’en avais pas parlé à maman, je savais qu’elle n’aurait jamais voulu, ça avait changé à la maison, mes notes avaient baissé, je passais en seconde de justesse ; mon attitude était différente, je m’habillais différemment également, un peu plus sexy ; l’ambiance était plus électrique, je ne faisais que m’engueuler avec elle, on ne parlait plus, on criait, j’étouffais.
Ces quelques jours, cette fugue, ça a été génial, on a rigolé durant le trajet, tout le temps en fait.
Nous étions dans une maison avec ces garçons qui nous avaient invité. C’étaient des copains d’Alice, je les avais vu quelques fois avant de partir.
Ils étaient plus vieux, environ 20 ans, avaient le permis et nous montraient plein de choses, nous sortaient et nous ont fait rencontré du monde. On faisait de grandes fêtes dans la maison, s’était fête non-stop.
Les sortis étaient différentes, on allait en boite, dans des endroits branchés, on buvait, on fumait, tout le temps, ils avaient de l’argent et ils nous offraient des vêtements pour sortir.
Nous faisions plus vieilles, sexy mais moi j’étais toujours un peu bébé dans ma tête, je n’avais pas d’expérience des garçons, j’en avais juste embrassé un, Alexis alors qu’Alice avait déjà des relations sexuelles, notamment avec Grégoire et Fred.
Moi je me sentais quelques fois un peu perdue mais je les laissais faire.
Au bout d’une semaine j’ai prévenu maman par téléphone que j’étais partie en vacance, que j’allais bien, qu’elle ne devait pas s’inquiéter. Non je ne voulais pas rentrer tout de suite, non je ne voulais pas lui dire où j’étais, bref, ça a fini en engueulade, j’ai raccroché.
Bien entendu elle avait appelé la police mais moi je m’en foutais, je voulais vivre comme je l’entendais.
Et puis un jour on l’a rencontré ; nous étions déjà allés dans ce club privé et je ne l’avais pas vu, contrairement à lui.
C’est à cette époque que j’ai découvert des choses, le pouvoir que je pouvais avoir sur les hommes, je ne savais pas comment l’utiliser mais je voyais comment ils pouvaient me regarder.
Et ce soir là, je l’ai rencontré. Lucas, Lucas Damotto. Lorsque j’ai posé les yeux sur lui, j’ai été foudroyée, je suis tombée follement amoureuse de lui. Je ne voyais que lui et il ne semblait apparemment pas me voir.
Je le trouvais incroyablement beau, il m’hypnotisait, j’avais une sensation bizarre au fond de moi, comme un agréable chatouillis au fond de l’estomac. J’étais euphorique, je m’imaginais plein de choses rien qu’en le regardant.
Il connaissait apparemment Grégoire et Fred ; il est venu à notre table, il nous a offert à boire, il ne m’a pas regardé, ils ont discuté de leurs histoires. Alice et moi savions que ça ne nous regardait pas, nous dansions de notre côté, nous avions appris que nous ne devions pas les déranger dans leurs histoires.
Alice avait bien vu les petits regards furtifs que je jetais dans leur direction, et ça la faisait rigoler. Elle aussi le trouvait à son goût et ça m’inquiétait car je me disais qu’en face d’elle je n’avais aucune chance, je ne faisais pas le poids. Elle était sûre d’elle, elle savait parler aux garçons, aux hommes, avait de l’expérience, elle l’aurait, j’en étais sûre. Je la voyais lancer des regards langoureux dans sa direction et ça me nouait l’estomac.
Après avoir dansé, Alice et moi sommes allés boire un autre verre. Ce soir là, bizarrement je n’avais pas tellement bu contrairement à Alice, et tant mieux.
J’allais m’asseoir quand il s’est approché de moi, de moi et pas d’elle.
Lucas Salut Judy
Jude Moi je m’appelle Jude.
Lucas Judy, moi je m’appelle Lucas. Je t’offre un verre ?
Jude Je vous remercie, mais non.
Là je me suis dit que j’avais commis une erreur et qu’il allait s’intéresser à Alice.
Lucas Tu fais quelque chose demain après-midi ?
Jude Oui, non, enfin non. Rien, pourquoi ?
Lucas Je pourrais te faire connaître le coin. Je passe te prendre à 14h30.
Jude D’accord. J’habite à…
Lucas Je sais. A demain Judy.
Il est parti sans se retourner, je ne le quittais pas des yeux et je me suis mise à sourire bêtement. Je me suis tournée vers Alice, elle était sur un fauteuil et elle a bu 3 verres cul secs. Elle avait l’air bizarre, je ne n’aimais pas la voir dans cet état là. J’ai décidé de ne pas y faire attention, de ne pas parler de ce qui venait de se passer. De toute façon, je ne savais pas si elle avait entendu la conversation.
Je me suis approchée, je me suis assise à côté d’elle et je l’ai regardé. J’ai pris un verre que j’ai bu cul sec
Jude On va danser ?...Allez !
Je l’ai prise par la main, elle a souri e nous avons passé le reste de la nuit à danser. Nous avons rigolé, ce moment de tension semblait s’être estompé. Les garçons nous ont rejoint, c’était une ambiance très cool.
Nous sommes allées nous coucher tôt dans la matinée. Comme souvent, les mecs nous ont presque porté jusqu’à nos lits. Grégoire m’a déposé, m’a enlevé mes vêtements et m’a bordé. Il est parti en m’embrassant sur le front. Aucun des 2 n’avaient jamais essayé quoi que se soit avec moi, je ne sais pas si Alice avait dit quelque chose, les avait prévenu mais tant mieux.
Je me sentais en sécurité avec eux.
Il est doucement sorti de ma chambre, je savais où il allait. Il allait rejoindre Fred et Alice dans sa chambre. Ils faisaient ça de temps en temps, ménage à trois.
Moi je me suis endormie en rêvant à lui, Lucas.
J’ai levé la tête à ce moment là, il me regardait toujours, mais ne disait rien.
Jude Est ce que je pourrais avoir un verre d’eau ?
Avocat Oui.
Il est sorti, je suis restée silencieuse, il est revenu quelques minutes plus tard avec un verre et une carafe. Je me suis servie et j’ai repris mon monologue en fixant mon verre.
Le lendemain. Je me suis réveillé, il était 11h, et d’un coup tout m’est revenu en mémoire, j’ai regardé mon réveil et j’ai sauté de mon lit. Il allait être là dans 3 heures et 27 minutes.
Je suis descendue en courant et puis j’ai stoppé. Je me suis tout à coup souvenu de la réaction d’Alice la veille. Qu’allait-elle dire ?
Quand je suis entrée dans la cuisine, il n’y avait personne, seulement un petit mot disant qu’ils étaient tous les 3 partis à la plage.
J’étais seule. J’ai pris un petit déjeuné consistant tout en écoutant la musique à fond, en fait j’étais excité comme une puce, je ne tenais pas en place, je dansais dans toute la cuisine, je ne me suis même pas assise pour manger.
Sur les coups de 13h00 je me suis rendu compte qu’il était peut être temps que j’aille me débarbouiller.
J’ai fait couler un bain, un bain moussant, j’avais besoin de me décontracter. Je suis restée dans le bouillon pendant une bonne demi-heure, c’était si relaxant.
Ensuite il a fallu que je me décide pour une tenue, sexy, décontractée, je ne savais pas. En plus je ne savais pas où il allait m’emmener.
J’ai finalement opté pour une petite robe courte, avec des fines bretelles et des sandales plates. En ce qui concerne mes cheveux, je ne savais pas, attachés, mais ça faisait gamine, détachés…Ce fut finalement détaché.
J’ai ensuite fait mon sac, crème, bikini, serviette, paréo, chapeau, eau, gâteaux…
14 heures 15 j’étais prête, j’attendais au salon en espérant que ça ne soit pas un rêve.
Il est arrivé pile à l’heure. Je me suis forcée à ne pas courir pour lui ouvrir. Quand je l’ai vu, je l’ai trouvé encore plus beau que dans mes souvenirs. Il avait un bermuda bleu et un polo blanc.
Lucas Prête Judy ?
Jude Je m’appelle Jude, enfin Judy c’est bien aussi. Entrez
Lucas Tu ne vas pas me vouvoyer…
Jude Je vais chercher mon sac…Au fait, on va où ?
Lucas Je comptais te montrer des petits coins sympas et puis on aurait ensuite pu aller se baigner.
Nous sommes sortis. Il était en décapotable, il m’a ouvert la porte, je trouvais ça si élégant de sa part. Nous avons un peu parlé durant le trajet, j’étais intimidée.
Nous nous sommes arrêtés au port. Nous sommes allés nous balader dans les petites rues tout en discutant. Il a acheté des glaces que nous avons dégustées tout en nous promenant, c’était rafraîchissant et ça a un peu plus détendues l’atmosphère. Il faisait chaud et après ce petit tour nous nous sommes dirigés vers un bateau, apparemment son bateau.
Nous sommes grimpé à bord.
Jude Je croyais qu’on allait se baigner ?
Lucas Mais oui. Je ne vais pas à la plage, je jette l’encre au large et je me baigne en pleine mer.
J’avais l’impression que c’était que les riches qui faisaient ça, j’avais l’impression que c’était quelqu’un de raffiné.
Il a pris la barre et nous sommes partis. Lorsque nous avons été dans un coin tranquille et suffisamment loin de la cote, il a jeté l’encre.
Il faisait chaud, j’avais envie de me rafraîchir et je ne savais pas où je pouvais me changer. J’avais peur qu’il trouve ça coincé, digne d’une gamine, d’un bébé que je veuille me changer à l’abri des regards indiscrets alors je me suis éloignée. J’ai enlevé ma culotte et j’ai enfilé mon bas de maillot puis j’ai quitté ma robe. J’étais dos à lui, j’ai commencé à mettre le haut et il s’est placé derrière moi et l’a noué dans mon dos.
Ca m’a fait sursauté, je ne l’avais pas entendu.
Lucas Désolé de t’avoir fait peur, je voulais te donner un coup de main.
Jude Non, j’ai seulement été surprise. Merci.
Lucas Allez, on va se baigner.
Il a plongé et je l’ai suivi, je suis descendue à l’échelle. J’ai mis la tête sous l’eau, c’était si agréable de se rafraîchir. Je nageais bien mais je n’allais jamais très loin du bateau, je ne voyais pas le fond et ça ne me rassurait pas du tout. Lucas est venu nager dans ma direction.
Lucas Tu as peur de t’éloigner du bateau ?
Jude Non.
Lucas Bien sûr
Il souriait et m’a éclaboussé. Je lui ai rendu l’appareil, ça a continué jusqu’à ce que je me retrouve suffisamment près pour le couler. Je n’ai d’ailleurs pas réussi, il avait nettement plus de force que moi et c’est finalement lui qui m’a coulé. Ca m’a surpris et en remontant je me suis accroché à la première chose que j’ai attrapé, il se trouve que c’était lui. Je me suis littéralement pendu à son cou.
Il a nagé jusqu’au bateau moi accrochée à lui. Nous étions à côté de l’échelle, il la tenait des 2 mains et moi j’étais coincée dos au bateau contre lui, assise sur la première marche.
Nous étions très proche l’un de l’autre, il me regardait dans les yeux. Il n’y avait aucun bruit. Je ne savais pas quoi faire ni quoi dire.
Et il s’est littéralement jeté sur ma bouche, j’ai été surprise, j’ai ouvert les yeux en grand, il me regardait, j’ai fermé les yeux. Son baisé s’est fait plus insistant, il l’a approfondi. Je me suis détendu et j’ai alors pleinement apprécié sa langue glissant contre la mienne.
On ne m’avait jamais embrassé de cette manière, remarque j’avais seulement embrassé une autre personne ; et là c’était un homme pour lequel je fondais complètement.
J’aimais cette sensation, je crois que j’ai quelque peu glissé de l’échelle, mes cuisses s’étaient écartées et il était tout contre moi. C’est là que j’ai senti une de ses mains remonter lentement vers mon entre jambe. Par réflexe je les ai resserré, je n’étais plus fixée sur ce baisé mais alors plus du tout. Il a recommencé le même ballet de nos langues tout en écartant à nouveau mes cuisses. Il y avait toujours une certaine tension, mais mes genoux étaient bloqués sur ses hanches.
Ses doigts se sont insinués dans mon maillot de bain. Il a commencé à me caresser.
J’ai reculé et j’ai vu son visage.
Lucas Chut, ne t’inquiète pas, je ne vais pas te faire mal.
Il avait continué. J’allais dire quelque chose mais je n’arrivais plus à me concentrer sur ce que je voulais lui dire et c’est là que j’ai senti ses doigts en mois. J’ai alors retenu mon souffle, puis il a commencé un va et vient, lentement.
Il me regardait et moi je trouvais ça gênant mais si agréable. J’ai voulu l’embrasser fougueusement pour qu’il arrête de me regarder mais il s’est dégagé. Il a retiré ses doigts et j’ai émis une sorte de grognement de désapprobation. J’ai vu son sourire, je ne savais plus du tout où me mettre.
Il a alors recommencé, j’ai poussé un soupir de contentement, ma respiration a commencé à s’accélérer. Il a doucement accéléré le va et vient, mon bassin suivait les mouvements de sa main. J’ai alors basculé la tête en arrière. Il a commencé à m’embrasser dans le cou, le long de la carotide, j’en avais des frissons.
Je sentais une chaleur m’envahir, j’avais envie qu’il aille plus vite. Mes genoux étaient tellement serrés contre lui que j’avais mal aux adducteurs.
J’étais agrippé à Lucas et puis là j’ai senti comme quelque chose qui monte, irrésistiblement, c’était chaud, agréable, j’avais qu’une envie c’est que ça continue. Ca a continué de monter et c’est alors arrivé à un point culminant, ma respiration était saccadée et j’ai alors poussé un gémissement de plaisir.
Il a enlevé sa main de mon maillot et je me suis rapproché de lui. Je suis restée dans ses bras un certain moment jusqu’à ce qu’il m’embrasse les cheveux et qu’il me dise qu’il fallait rentrer. Il est remonté et je suis restée dans l’eau quelques secondes.
Je l’ai suivi et je me suis rhabillée.
Nous n’avons pas parlé. Je ne savais pas quoi dire après ce qui s’était passé. Il m’a déposé devant la maison. Je suis descendue, j’allais entrer quand je me suis retournée vers lui, il fallait que je sache.
Jude Lucas…
Lucas On se voit ce soir, ne t’inquiète pas.
Il est sorti de sa voiture, s’est dirigé vers moi et ma gentiment embrassé le nez.
Lucas A ce soir, et mets quelque chose de sexy.
Jude D’accord.
Il est reparti, et je suis rentrée avec un sourire aux lèvres. Rien que de penser à ce qui s’était passé je devenais pivoine.
Je suis entrée, ils étaient rentrés tous les 3. Les garçons ont voulu savoir ce qui s’était passé, j’ai parlé de la balade et du bateau, bien entendu j’ai omis la séance en pleine mer. Je crois qu’ils ont paru un peu déçus.
Cette réaction m’a déplu, j’ai eu l’impression d’être l’agneau sacrificiel.
Alice est venue me voir dans ma chambre, elle savait qu’il s’était passé quelque chose mais je ne voulais rien dire, je ne savais pas comment elle allait réagir.
J’ai attendu cette soirée avec impatience, je ne savais pas comment il allait être.
Il était 18 heures 30, nous avons pris l’apéro entre nous et nous nous sommes préparés, j’ai cherché quelque chose de sexy à me mettre, j’ai mis des talons hauts, une coiffure plus élaborée, un maquillage plus soutenu…Alice m’a aidé, ça la faisait sourire.
J’étais toute excitée à l’idée de le revoir mais je ne savais pas comment il allait falloir que je réagisse.
Nous sommes sorti manger à l’extérieur sur les coups de 21 heures. Ensuite comme d’habitude, bar et boite. Je me demandais comment on allait se trouver, je ne savais pas où on allait alors comment allait il le savoir ?
Jude Les gars, on va où ? Non parce que…
Fred T’inquiète, on le retrouvera plus tard.
Jude Ok, c’est juste que…Rien
Nous sommes arrivés en boite il était 1 heure et demi. Nous avions une table de réservée, nous avons pris une bouteille. J’essayais de paraître dégagée mais je le cherchais dans la foule, et s’il ne venait pas ? En fait je ne m’amusais pas, j’étais dans l’expectative.
Sur les coups de 2 heure et quart je l’ai vu arriver ; il se dirigeait vers nous. A ce moment là Alice s’est penché vers moi.
Alice Tu vois qu’il est venu.
Jude Je n’ai rien dit
Alice Oui mais tu te disais qu’après ce qui c’est passé cet après-midi…
Je me suis vivement retournée vers elle, comment pouvait elle être au courant ?
Il a salué tout le monde, il m’a fait une bise sur la joue et moi j’étais prête à fondre en larme.
Alice m’a entraîné vers la piste pour les laisser parler. Je ne m’amusais pas.
Le moment des slows est arrivé, Alice s’est faite inviter, un mec m’a invité, j’allais dire quelque chose lorsque j’ai entendu une voie
Lucas Non, c’est pour moi.
Je me suis retournée vers lui, il m’a attiré contre lui.
Lucas Tu es très sexy ce soir.
J’avais retrouvé le sourire, j’étais dans ses bras, j’étais si bien.
Il m’a embrassé comme il l’avait fait cet après-midi et moi je fondais littéralement, je me pressais encore plus contre lui.
Avant que je m’en aperçoive le slow était fini. Il m’a pris par la main et il m’a entraîné vers les canapés. Il s’est assis et je me suis retrouvée sur ses genoux. Il discutait de choses et d’autres avec les gars et je les écoutais en silence.
Sur les coups de 3 heures, il s’est levé, il rentrait, il avait quelque chose à faire le lendemain de bonne heure
Lucas Je te ramène Judy ?
J’ai regardé les autres et sans réfléchir…
Jude Oui
C’est quand je me suis retrouvée dans la voiture que d’un coup j’ai commencé à avoir un peu peur. Qu’est ce qui allait se passer ? J’étais complètement inconsciente, stupide, je savais ce qui allait se passer.
Le trajet s’est déroulé en échangeant quelques paroles.
Lorsqu’il m’a déposé devant la maison, j’ai été déçue et soulagée à la fois.
Il m’a ouverte la porte et il m’a raccompagné jusque sur le pas de la porte, on se tenait par la main. Là il m’a embrassé doucement et il m’a tapé sur les fesses pour que je rentre.
Lucas Bonne nuit Judy. Je passe te prendre demain soir 21 heures. On va au resto.
Il a attendu que je sois rentrée pour partir.
Je suis restée quelques minutes derrière la porte à attendre puis je suis allée me coucher, souriante, heureuse.
Il est venu me chercher à l’heure, comme la veille j’avais fait un effort vestimentaire, je ne faisais pas mon âge.
Nous sommes allés dans un restaurant sympa et nous sommes ensuite allés dans un bar. Là bas il y avait de nombreuses personnes que je ne connaissais pas, Lucas n’était jamais très loin de moi mais ce n’était pas top. Tous étaient plus vieux, j’étais un bébé qui ne connaissait rien à la vie et il était là pour affaire, toujours et encore.
Il a vu que je m’ennuyais alors je crois qu’il a mis fin à sa soirée pour moi plus tôt que prévu. Ca m’a touché mais d’un côté je me disais que si je commençais à lui faire écourter ses soirées, il allait m’en vouloir, se lasser, me larguer.
Lucas Je te ramène ?
Jude Oui, enfin je ne sais pas.
Lucas Ok alors on rentre.
Nous sommes partis et il nous a mené directement chez lui.
Une fois la voiture arrêtée, il est venu m’ouvrir la porte, il l’a refermée, nous étions très proche l’un de l’autre. Il m’a alors attrapé par la taille et je me suis brusquement retrouvée attiré contre lui. De sa main gauche il a caressé mes fesses et m’a attrapé la jambe. Ma cuisse était remontée contre son flan. Je sentais le désir monter, c’était la même sensation que la veille et je me disais que si c’était aussi agréable, je voulais que ça recommence tout de suite.
Je l’attirais encore plus contre moi ; j’ai poussé sur mon pied encore à terre et dans une impulsion mes jambes entouraient complètement sa taille.
Ca l’a surpris, moi aussi.
Il a commencé à faire glisser ses mains sur mes cuisses en les remontant vers mon string. Elles ont commencé à doucement s’insinuer dessous. Je voulais qu’il recommence
Jude Lucas…
Lucas Oui Judy, qu’est ce qu’il y a ?
Jude Et bien…
Lucas On va monter.
Jude Je…
Lucas Je sais.
Je suis redescendue, il m’a pris par la main et nous sommes montés jusque dans sa chambre. J’étais intimidée. C’était grand, tout était grand, le lit, l’armoire…je ne me sentais pas très à l’aise.
Il s’est assis sur son lit et m’a attiré à lui. Il a un peu remonté ma robe et a descendu mon string. Ses mains étaient toujours sous ma jupe, sur mes fesses et il me les a attrapés pour me serrer d’encore plus prêt. Son pouce caressait mon entrejambe et au souvenir de ce qui s’était passé, mes jambes s’écartèrent un peu plus. Là encore il a souri.
Jude Pourquoi tu souris ?
Lucas Parce que tu aimes ce que je te fais.
Quand il a dit ça, j’ai senti le chaud me monter aux joues.
J’ai commencé à défaire sa chemise, mes gestes étaient un peu maladroits. Une fois qu’elle a été ouverte, je me suis penchée pour embrasser son torse. Il avait glissé sa main entre mes cuisses et j’ai alors un peu plus senti ses doigts en moi.
Je me suis attaquée à sa ceinture, j’avais les mains qui tremblaient et j’ai eu un peu de mal mais j’ai réussi à ouvrir sa braguette et à faire glisser son pantalon. J’ai ensuite passé une main timide sur son boxer.
Il a complètement retiré ma robe, il m’a attrapé par la taille et m’a fait basculer sur le lit.
Il m’a embrassé tout le corps, tendis qu’il me maintenait les poignets au-dessus de la tête avec sa main droite. Et puis il me les a lâchées. Il me caressait la poitrine, c’était si agréable, j’avais des frissons, il s’est mis à s’amuser avec mes seins, ils étaient tout durs.
Il est descendu vers mon entre jambe, je l’ai regardé faire, j’étais un peu anxieuse, on ne m’avait jamais fait ça. Il m’a seulement dit « relax, tu vas aimer »
Il a écarté mes cuisses et j’ai vu disparaître sa tête. Je sentais son souffle, il m’a embrassé l’aine et puis j’ai doucement senti sa langue.
Lucas Détend toi Judy. Je ne vais pas te faire mal
Jude …Je sais.
Il a commencé à lécher doucement toute mon intimité puis d’un coup il s’est mis à sucer mon clitoris. Cette nouvelle sensation était, déroutante. Ma main serrait les draps, mon corps commençait à s’arc-bouter.
Il a recommencé à donner des coups de langue mais plus rapidement, plus accentué ; mon bassin suivait ses mouvements et là j’ai senti ses doigts s’introduire en moi, doucement au début puis de plus en plus vite. Je gémissais, mes cuisses commençaient à se resserrer autour de sa tête ; ma main droite lui caressait les cheveux.
Je sentais que ça montait et puis d’un coup il a arrêté, dans un souffle j’ai exprimé mon mécontentement. Il savait que j’allais atteindre l’orgasme et il s’était arrêté exprès.
Jude Non, continue.
Lucas Attend. Regarde-moi.
Il était debout devant le lit, il a enlevé son boxer, j’ai détourné les yeux, il était en érection. Il a attrapé un préservatif puis il est revenu vers moi. Il m’a écarté les cuisses. Quand j’ai senti son gland contre moi, le désir m’a fait pousser un gémissement. Il avait retiré ses doigts et mon corps attendait qu’une chose c’est qu’il recommence. Là j’ai senti une pression et il a commencé à me pénétrer, doucement. J’en avais tellement envie que j’ai attrapé ses fesses. Il y allait doucement au début et dans un coup de bassin il s’est introduit complètement en moi. J’ai alors senti une douleur, j’avais enfoncé mes ongles plus profondément dans son dos, j’avais bloqué sa respiration, la bouche grande ouverte.
Lucas Regarde moi. Ouvre les yeux.
Il a arrêté de bouger quelques secondes pour que je m’habitue à cette nouvelle sensation. J’ai ouvert les yeux. Il a alors commencé son va et vient, lentement, le plaisir était plus fort que la douleur qui s’est lentement estompée et j’ai doucement commencé à bouger avec lui.
J’avais qu’une envie c’est qu’il continue.
Le désir a recommencé à monter, j’avais besoin de m’accrocher à quelque chose, quelqu’un, lui ; je maintenais plus fermement Lucas contre moi.
Et puis tout a coup, j’ai atteint un point culminant, mes muscles se sont détendus, mon cœur tapait dans ma poitrine, j’étais en sueur et mes jambes tremblaient.
J’ai eu un orgasme avant Lucas ; peu de temps après il s’est écroulé sur moi.
Je l’ai entouré de mes bras, je voulais le garder tout contre moi. Il a ensuite roulé sur le côté, a enlevé le préservatif et m’a attrapé par le cou. Je me suis retrouvée allongée contre lui dans ses bras.
Lucas Ca va ?
Jude Oui
Je lui ai fait un bisou sur la joue, je souriais. Je venais de faire l’amour pour la première fois avec l’homme que j’aimais, j’étais heureuse.
Nous nous sommes endormis dans les bras l’un de l’autre.
Le lendemain je me suis réveillée seule dans un grand lit. J’ai mis quelques secondes avant de me rappeler de ce qui c’était passé.
Je me suis rhabillée, je suis descendue. Il n’y avait personne, j’ai seulement vu un mot disant qu’il était parti, qu’il fallait que je fasse comme chez moi, qu’un paquet arriverait aux alentours de 11 heures. Il disait également qu’il reviendrait sur les coups de 13 heures.
Voilà comment a commencé ma descente aux enfers.
Ca a été le début.
Pendant une semaine je ne suis presque pas rentrée à la villa, je passais toutes mes nuits avec Lucas. C’est durant cette période qu’il a fait mon éducation sexuelle, il m’a initié à différentes choses, il a été plutôt patient et doux. J’étais folle de lui et je disais oui à tout.
Il était gentil avec moi, je prenais ça pour de l’amour mais c’est moi qui cédais sur tout et malheureusement je ne voyais pas les choses comme ça. A l’époque j’étais complètement aveugle.
A la fin de cette semaine là, il a fallu rentrer. Ca faisait 3 semaines que j’étais partie de chez moi mais je n’étais pas spécialement pressée de rentrer et de le quitter.
Lorsque je lui ai dit au revoir, je me retenais de ne pas pleurer. Il m’aurait dis « reste avec moi » je serai restée. Avant de partir, il m’a laissé une carte avec un numéro où le joindre.
Alice et moi sommes donc rentrés en train. J’avais la précieuse carte dans mon porte feuille et je me retenais de ne pas éclater en sanglots devant elle.
Lorsque je suis arrivée chez moi je me suis faite passer un savon par ma mère et je n’ai plus eu le droit de sortir. Maman me laissait toujours voir Alice, elle n’avait pas compris que j’avais fugué avec elle. La mère d’Alice n’avait pas prévenu la police, c’était une famille bizarre, elle savait que sa fille rentrerait au plus tard fin juillet. Cette petite escapade n’était apparemment pas une première.
Il y avait désormais de nouvelles règles à la maison, plus de sortie, à la rentrée j’étais en 2ème et après le lycée je devais rentrer immédiatement à la maison. Mes notes étaient bonnes en ce début d’année et ma mère s’est un peu détendue.
Alice et moi avons repris nos conneries, j’avais pris l’habitude de fumer et de boire durant l’été et ça me manquait.
Un jour où nous avions séché les cours et que nous cherchions un type pour lui acheter de l’herbe, nous nous sommes faites arrêter.
Nous étions le 15 novembre 1994 et j’étais terrorisée. Je n’avais pas de casier, et Alice qui semblait être plus au courant m’a dit de la fermer. Je n’arrêtais pas de fixer mes menottes, ça m’enserrait les poignets et j’avais l’impression d’être une criminelle. Je ne savais pas ce qui allait m’arriver, j’avais peur d’aller en prison, peur qu’ils appellent ma mère. Lorsque nous avons eu le droit d’appeler quelqu’un, j’ai pensé à Lucas.
Je l’aimais toujours et même si je n’avais eu aucune nouvelle de lui je savais qu’il serait là pour moi. Je ne l’ai finalement pas fait.
En fait, nous avons réussi à leur filer compagnie. Nous nous sommes séparées, j’ai pris la direction de la gare et Alice est rentrée chez elle. Je ne voulais pas rentrer chez moi, .je me disais que c’était impossible alors j’ai décidé de retourner voir Lucas.
Je n’avais pas d’argent, j’ai resquillé dans le train et 10 heures plus tard je me suis retrouvée devant chez Lucas.
Lorsque je suis arrivée il n’était pas là alors j’ai attendu sur le pas de la porte. Je me suis finalement endormie c’est là qu’il m’a trouvé.
Lucas Judy ; qu’est ce que tu fais là ?
Jude Lucas, je ne peux pas rentrer chez moi.
Lucas Allez, rentre.
Je l’ai suivi. Nous sommes allés dans la cuisine, il m’a servi à boire et il m’a préparé un truc à manger. Il m’a ensuite emmené au premier et il s’est occupé de moi. Il m’a fait prendre une douche et il m’a prêté des vêtements, un boxer et un t-shirt.
Il ne disait rien, il attendait que je lui parle et moi j’étais trop perdu pour dire quoique ce soit.
Une fois habillée il est descendue au salon, s’est servi un verre et s’est posé sur le canapé.
Quand je suis descendue, je me suis blottie dans ses bras et je me suis endormie ; ça allait aller, je me sentais en sécurité.
Le lendemain je me suis réveillée dans son lit, il avait du me transporter et ça m’a fait sourire, je croyais qu’on allait continuer là où on en était restés en juillet et au début c’était le cas.
On était tout le temps ensemble mais je ne savais pas ce qu’il faisait réellement, il restait très discret et je préférais ne pas demander pour pas qu’il me trouve trop curieuse.
Il m’avait complètement relooké, je paraissais avoir quasiment20 ans ; il s’occupait de moi. Il m’avait acheté tout un tas de vêtements, j’avais une nouvelle coupe. Il a été adorable pour mon anniversaire, aux petits soins. Il était très attentif au début.
Noël est arrivé, c’est là que j’ai ressenti le manque de ma famille. Je les ai appelés, un jour où j’étais sûr de ne pas les avoir. Je ne voulais pas que ça tourne à l’affrontement où qu’elles arrivent à me faire flancher.
Jude Maman, Jade, c’est Judy. Je voulais seulement vous dire que je vous aime, vous me manquez mais je ne peux pas revenir. Je vais bien mais je ne peux plus revenir, c’est trop tard.
Passez de bonne fête, je pense à vous.
J’ai raccroché, j’étais en larme.
C’est là que ça a commencé à partir en live entre Lucas et moi. Il m’avait initié aux drogues (speed, ecstasy, cocaïne, kétamine… au début j’en prenais de façon récréative et puis après…
Lui aimait la vie de célibataire et rester avec une nana, une gamine c’était pas son truc ; avec du recul je me demande comment il a pu tenir aussi longtemps.
Moi j’étais folle de lui, je voulais faire ma vie avec lui et c’est là que j’ai commencé à voir son vrai visage, il ne faisait plus de chichi avec moi et j’ai découvert ses activités.
Un soir, pendant que je me préparais, il m’a dis de faire un effort, il fallait que je sois gentille avec un futur client que je ne connaissais pas, de ne surtout pas le contrarier, sous aucun prétexte car c’était quelqu’un d’important.
La première fois que je l’ai vu, je l’ai détaillé de la tête aux pieds
Il devait sensiblement avoir le même age que Lucas, pas mal, en fait ils se ressemblaient Lucas et lui, il était gentil, on a discuté, je n’ai pas vu le temps passer, il m’a même invité à danser. Là j’ai jeté un coup d’œil dans la direction de Lucas mais il semblait ne pas faire attention à moi ce soir là. J’ai donc accepté la danse, ce n’était pas important et si ça pouvait lui faire plaisir, ça serait bon pour Lucas.
La danse s’est bien passée jusqu’à ce qu’il me mette la main aux fesses. Je n’ai rien dis, je me sentais très mal à l’aise. Je ne voulais pas faire d’esclandre et j’attendais avec impatience que ça se finisse.
Quand ça a été fini, je me suis aperçu que Lucas n’était plus là ; je me suis dit qu’il ne devait pas être très content parce qu’il avait dû voir la danse avec Vincent et surtout ses mains sur mes fesses. J’ai commencé à stresser. J’ai discrètement pris une ligne d’héro aux toilettes et là, Tony s’est dirigé vers moi pour me donner un mot, c’était de Lucas
« Judy ma puce, je compte sur toi, soi gentille. Il te ramènera »
J’ai tiqué mais je me suis dis qu’il suffisait juste que j’écourte la soirée.
Jude Vincent, ça ne te dérange pas qu’on rentre ?
Vincent Pas du tout.
Je pensais que je m’étais bien débrouillée, que j’allais rapidement retrouver Lucas et c’est là que je me suis aperçue que nous ne prenions pas la bonne route.
Jude Vincent, où tu vas.
Vincent On va chez moi, on ne va pas aller chez toi…et le dernier verre
Jude Je …
Vincent Jude, allez, sois mignonne.
Jude …Ok
Il a été charmant, il m’a ouvert la portière, m’a laissée passer pour entrer dans sa villa. Nous nous sommes rendus au salon. Il nous a servi un verre…Il s’est assis à côté de moi, il s’est rapproché, je n’étais pas à l’aise, il commençait à être entreprenant et je ne savais pas comment gérer cette situation, l’alcool et les drogues que j’avais prises faisaient leur effet.
Jude Vincent, s’il te plait.
Vincent Sois gentille Jude.
Là ça a commencé à tourner, je ne comprenais pas et cette phrase « sois gentille », ma vue se brouillait et d’un coup j’ai entendu « Judy » Mes paupières étaient lourdes, je n’arrivais plus à ouvrir les yeux, il y avait seulement cette voie.
Et il n’y avait que Lucas qui m’appelait comme ça, je me suis détendue alors quand il m’a embrassé je lui ai rendu son baisé, le désir montait et je me suis jetée sur lui. J’étais avec lui, en sécurité, il était venu me chercher. J’ai commencé à le déshabiller et Lucas m’a transporté jusqu’à la chambre et puis il m’a étendue sur le lit. J’avais les yeux fermés, j’étais si bien. Il a commencé à m’effeuiller, j’avais un sourire aux lèvres, il ne m’en voulait pas. On a fait l’amour toute la nuit jusqu’à ce que je m’endorme, assommée par cette nuit, l’alcool et la drogue. J’étais tellement heureuse qu’il soit venu me chercher que j’ai voulu lui faire voir à quel point je l’aimais. Il m’a semblé que c’était un peu différent de d’habitude, plus doux peut être, cette façon qu’il a eu de mettre ses mains dans mon dos pour me redresser, tout en m’embrassant le cou, descendre sur ma gorge, entre mes seins…mais je n’y ai pas prêté attention sur le moment.
Lorsque je me suis réveillée le lendemain, j’étais seule. Ca ne changeait pas de d’habitude par contre, après avoir ouvert les yeux, je me suis rendue compte qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Ce n’était pas le bon lit, pas la bonne chambre, pas la bonne maison.
J’ai commencé à m’affoler ; j’ai ramassé mes vêtements et je suis rapidement descendue.
C’est là que j’ai trouvé un mot et de l’argent.
« T’as été d’enfer Jude. Il y a 1500 francs pour toi et 100 francs pour le taxi. Ferme la porte derrière toi. J’espère qu’on se reverra. Vincent »
Je n’en revenais. Qu’est ce qu’il croyait ! J’étais sous le choc, il me prenait pour une pute ! Qu’allait dire Lucas ?
Je suis partie en claquant la porte, j’ai laissé l’argent et je suis rentrée à pied.
Lucas n’était pas là lorsque je suis arrivée ; c’était préférable. Il y avait un mot disant qu’il avait passé la nuit au bureau, tant mieux.
La première chose que j’ai faite c’est de prendre une douche et j’y ai passé un bon moment. Je n’en revenais pas, qu’est ce que j’avais fait et j’étais consentante, plus que consentante même mais ce n’était pas le bon. J’avais honte de moi. Je ne faisais que penser à cette nuit, des flashs me revenaient et ça me mettait très mal à l’aise. J’avais envie de chasser ses images mais elles revenaient inlassablement.
Je ne voulais plus en parler.
C’est là que Lucas est rentré, il m’a surpris dans la douche.
Lucas Ca va Judy ?
J’ai tiqué quand il m’a appelé comme ça.
Lucas Jude, ça va ?
Jude Oui, juste un peu fatiguée
Lucas J’ai eu Vincent au téléphone, il m’a dit qu’il était très content du moment qu’il a passé avec toi, apparemment tu as été très gentille. J’ai essayé de t’appeler ce matin mais…
Jude Je n’ai pas entendu le téléphone.
Il m’a regardé avec un sourire bizarre que je ne lui connaissais pas. J’espérais qu’il me croyait, mais je sais maintenant qu’il savait tout puisque c’est lui qui l’avait organisé.
Il a été adorable avec moi cette semaine là, il était aux petits soins, je me disais que c’était reparti comme avant et je n’arrêtais pas de culpabiliser. Je prenais tout et n’importe quoi pour oublier, alcool, ecstasy, coke, héro
Une semaine plus tard jour pour jour, nous étions en boîte et là il a sorti la même phrase « fait un effort, sois gentille avec un futur client » J’ai commencé à paniquer.
En plus, celui-là était plus vieux, beaucoup plus que Vincent et physiquement très différent. Il devait avoir la petite quarantaine, un peu bedonnant.
Lui a été tout aussi gentleman que Vincent et c’est quand il a voulu m’embrasser et que j’ai tourné la tête vers Lucas. Nos regards se sont croisés et il m’a souri. C’est comme s’il me jetait dans ses bras. C’est là que j’ai sombré.
Alors je l’ai laissé m’embrasser. Lorsque j’ai senti ses lèvres grasses, et ses mains sur moi, j’en ai tremblé. Peu après il a eu envie de rentrer, je me disais que c’était fini, que j’allais devoir parler avec Lucas.
C’est là que Lucas m’a prise à part, il m’a fait sniffer un rail de coke et…
Lucas Snif moi ça.
Jude Attends…
Lucas On n’a pas toute la nuit. Dépêche Judy !
Je l’ai regardé, il était différent. J’ai sniffé, c’est monté d’un coup, et cette sensation quand ça descend dans la gorge, ce petit goût difficile à décrire… tout se brouille une fraction de seconde pour avoir l’impression ensuite que tout est plus net.
Lucas Tu rentres avec lui. Sois gentille avec lui Judy, c’est clair ? Et cette fois-ci, ne me force pas à aller chercher le fric. Tu prends ce qu’on te donne. Et tiens.
J’avais l’impression qu’on m’assénait un coup, que ce que j’entendais n’était pas possible. Lorsque j’ai ouvert la main, j’y ai vu une boite de préservatif
Lucas Bon, maintenant tu y vas.
J’y suis allée, trop abasourdie pour réagir.
Nous étions à peine dans sa voiture qu’il défaisait sa braguette ; il m’a attrapé par la tête et je me suis retrouvée avec son sexe dans la bouche. Il m’écrasait la tête sur son entre jambe et j’avais l’impression que j’allais mourir. J’espérais que personne ne nous verrait. Alors j’ai commencé à lui faire une fellation. Il n’avait pas mis de préservatif et lorsqu’il m’a éjaculé dans la bouche et que j’ai senti le sperme couler dans ma gorge, j’ai cru que j’allais vomir. J’ai été obligée d’avaler, et c’est seulement à ce moment qu’il m’a lâché la tête.
Je me suis redressée, je me suis essuyé la bouche. Il a refermé sa braguette et il a démarré. Il avait un sourire satisfait.
Nous sommes partis, il faisait la conversation, parlait de lui, je regardais par la fenêtre ; c’était insupportable et puis il a commencé à vouloir mettre sa main dans ma culotte, heureusement on est arrivé au parking de son hôtel. Il a arrêté là sa tentative infructueuse.
Nous sommes arrivés, il s’est garé dans un coin sombre et là, ça a été pire. Monsieur avait des fantasmes. Je le suivais de près lorsqu’il s’est retourné. Il m’a attrapé et m’a coincée, je me suis retrouvée assise sur le capot d’une berline, lui entre mes jambes écartées. Il m’a vaguement embrassé avant de me retourner violemment. Ma tête a cogné sur le capot. Mon sac était à terre et les préservatifs étaient éparpillés. Il en a pris un, se l’ait mis et m’a soulevé ma jupe. Il m’a quasiment arraché ma culotte. Il avait des gestes saccadés, à cause de l’impatience et de l’excitation. Il m’a pénétré violemment, d’un coup et ça a été douloureux. Je le sentais bouger en moi, j’ai eu l’impression que ça avait duré très longtemps. Je me sentais complètement humiliée et je me retenais de pleurer. Quand il a eu fini…
Client n°1 Arrange toi un peu, on y va.
Nous sommes rentrés dans son hôtel, heureusement il n’y avait presque personne. Le calvaire a recommencé lorsqu’il a voulu remettre le couvert. Il s’est endormi juste après avec un sourire satisfait. Moi je me sentais minable et je me suis mise à pleurer en silence.
Il avait posé le fric sur une commode, je l’ai pris et je suis sortie.
Je suis rentrée chez Lucas ; je me disais que j’étais stupide d’y retourner mais je n’avais que lui et nul part où aller. Je suis rentrée à pied, j’avais besoin de marcher et d’être seule. J’ai pleuré tout le trajet et j’avais mal à la tête.
Je suis arrivée il était 6 heures passées. J’ai ouvert la porte doucement mais il m’a apparemment entendu. Je me suis retrouvé devant lui.
Lucas Judy
Jude Excuse moi de t’avoir réveillé.
Lucas Je ne pensais pas que tu rentrerais si tôt.
Jude Désolée. Ecoute je suis fatiguée, j’ai mal à la tête…
Il m’a passé la main sur le visage.
Jude Aïe.
Lucas Qu’est ce que t’as ?
Il a alors allumé la lumière. Ca m’a ébloui.
Lucas Qu’est ce qui c’est passé ? Comment t’as fait ça ?
Jude Ca doit être quand ma tête a heurté le capot.
Sur ce, une grande blonde est descendue.
Aline Lucas…
Lucas 2 minutes Aline.
Aline Je m’habille, je vais rentrer.
Lucas Oui. Bonne idée.
Moi j’étais là, je les regardais tous les 2 à tour de rôle. Lui me regardait de plus près. Il a pris son portable pour demander à Marc de venir pour reconduire Aline.
Elle est redescendue, habillée cette fois-ci. Elle l’a embrassé en me regardant. Marc est arrivé juste après. Comment avait il pu ? Et dans le lit où on couchait en plus !
Lucas Bon, on reprend. Comment c’est arrivé ?
Jude Je ne sais pas, c’est certainement quand ma tête a heurté le capot.
Lucas Comment ça ? Personne ne touche à mes filles. Raconte moi.
Il m’avait assise sur le canapé et a sorti une trousse à pharmacie.
Lucas Je t’écoute.
Comment pouvait il avoir l’air préoccupé alors qu’il me prenait pour une pute et que je l’avais surpris avec Aline ! J’ai voulu le choquer pour qu’il réalise.
Jude Ca doit être quand il m’a coincé et qu’il m’a retournée pour me prendre en levrette sur le capot de la voiture. Ma tête a tapé.
Lucas Il a mis une capote ?
Jude Oui.
Lucas Bon, ça va alors. Il va apprendre qu’on ne touche pas à mes filles comme ça. Prend une douche et tu te couches. On parlera de tout ça demain. Je reviens.
Je suis monté, j’ai pris un bain et je me suis couchée. Je ne me suis réveillée que tard le lendemain. Je n’ai pas vu Lucas de la journée. Je suis restée la journée à traîner en jogging tout en m’empiffrant. J’avais envie de rester tranquille.
Quand Lucas est finalement rentré, il s’est « occupé de moi ». J’avais besoin qu’on parle, j’avais besoin de savoir. Alors c’est ce qu’on a fait.
Jude Lucas, il faut qu’on parle.
Lucas Ecoute Judy, là ce n’est pas le moment.
Jude Si c’est le moment ! Qu’est ce qui se passe ? Tu me mets dans le pieux de types, tu couches avec cette…Aline dans notre lit !
Il s’est retourné et il m’a frappé avec une violence que je ne lui connaissais pas. Ca a été la première fois mais certainement pas la dernière. Je ne m’y attendais pas, je venais de découvrir son vrai visage.
Lucas Qu’est ce que tu crois Jude ! Je fais ce que je veux, je couche avec qui et où je veux, et si je veux dans MON lit, alors c’est comme ça. Tu n’es pas ma copine, on n’est pas ensemble, t’es une de mes filles et tu feras ce que je te dis.
Jude Mais…
Lucas Mais quoi ? Les règles vont changer. D’abord tu déménages.
Jude Quoi !…
Lucas Je vais t’installer dans un immeuble. Franck te donnera toutes les règles. La journée tu fais ce que tu veux, le soir au boulot. Tu gardes 40 % de tout ce que tu gagnes. Ils servent à ton entretient (loyer, électricité, eau, bouffe, vêtement…) Franck gèrera ton fric au début. Quand il pensera que tu es apte à le faire, tu t’en chargeras. Tu auras un portable pour être tout le temps joignable. Tu auras au moins 3 clients par semaine au début. Jamais de clients en dehors de ceux que je te présente.
Jude Lucas, je ne peux pas faire ça…
Lucas Si tu peux. Un p’tit rail et ça repart. Tu t’en es bien sorti jusqu’à présent et tu vas continuer.
Jude Lucas, je t’aime.
Lucas On se reverra de temps en temps.
Jude Mais Lucas…
Lucas Arrête.
Jude Non, je ne veux pas arrêter !
Il m’a à nouveau frappée.
Lucas A ta place, je me calmerai
tout de suite, c’est clair ? Alors tu ramasses tes affaires et tu te
prépares.
Ce soir là j’étais dans un studio, mon nouveau chez moi, seule.
2 jours plus tard j’ai appris par les journaux qu’un homme avait été tabasé par des inconnus. Avec la description qu’ils en faisaient, j’ai deviné que c’était mon client.
Les débuts ont été très durs.
Le studio n’était pas très grand, je ne me sentais pas à l’aise ni chez moi. Je trouvais que c’était froid, sans âme, vide, comme moi.
Je ne parlais à personne, à peine bonjour quand je croisais des filles dans les couloirs. Une partie des « filles de Lucas » habitaient dans le même immeuble que moi, Aline en faisait partie.
Mes seuls contactes extérieurs c’était Franck, Lucas et mes clients. Au début c’était 3 fois par semaine et puis ça a été plus souvent.
Lucas était mon fournisseur en drogues en tout genre, et j’en prenais pour oublier la déchéance dans laquelle j’étais tombée. Je le voyais donc régulièrement, et puis également 2 ou 3 fois par mois pour « autre chose » Je n’arrivais pas à le détester, je l’aimais encore, et ces moments passés avec lui étaient comme une bouffée d’oxygène empoisonné.
Bien sûr, ce n’était pas rose, on n’était pas ensemble, loin de là, il m’emmenait seulement chez lui pour une chose, me sauter, il ne me sortait pas. Après ces séances dans sa propriété, Franck venait pour me ramener.
Je déprimais, je me suis doucement enfoncée, le temps est passé vite, je n’ai rien vu et je ne parlais toujours à personne. Cette période est pour moi comme un énorme brouillard. J’étais tout le temps camée, à force de sniffer de la coke et de l’héro, mon nez saignait souvent.
Ca a été une longue déchéance. Je me suis même faite arrêté, ce soir là j’étais avec un client, j’étais shootée jusqu’à la moelle mais Lucas connaissais du monde, il a réussi à me faire sortir de prison grâce à un flic corrompu. Ca aurait pu être une chance pour moi de m’en sortir mais non, j’y suis passée à côté.
Pendant un moment ça s’est calmé, j’avais moins de client, je devais me faire discrète et puis tout est revenu comme avant.
Ce qui m’a sauvé c’est lorsque je suis tombée malade 15 mois plus tard.
Je suis restée alitée durant presque 2 semaines, j’ai faillie être hospitalisée, mais non.
Lucas s’occupait bien de ses filles et c’est ce qu’il a fait avec moi, il y avait un toubib (ami de la famille) qui venait tous les jours. Cette période m’a permis de décrocher, de revenir dans la réalité, de reprendre pied. J’ai diminué la drogue.
Je me disais que ça allait s’améliorer maintenant que je n’étais plus tout le temps shootée, et puis il y a eu cette soirée, j’ai eu un électrochoc. C’était une soirée comme d’habitude, j’étais « au boulot » avec de nombreuses autres filles. Ca ressemblait à l’anti-chambre d’un bordel. J’étais avec un client, Harry, nous allions certainement monter sous peu ; Harry était derrière moi, il m’embrassait dans le cou, ses mains étaient déjà sur mes seins et il me les malaxait ; c’est là que j’ai ouvert les yeux. Je me suis vue dans le miroir, jusque là, rien de nouveau, je ne me sentais pas belle mais ce n’était pas pire que d’habitude. Et puis mon regard a été attiré par autre chose. J’ai vu Lucas, il était sur un canapé, une fille à califourchon sur lui, elle faisait du « safe sexe », elle se frottait à lui et il me regardait en souriant. Il regardait un autre homme me caresser et rien ne semblait le déranger. C’est la que j’ai réellement compris qu’il se contrefoutait de moi et qu’il s’était toujours foutu me moi.
Je le détestais pour ce qu’il m’avait fait, l’amour est si près de la haine, j’y ai basculé dedans très facilement. Dans mon malheur, cette soirée a été une bénédiction.
J’ai recommencé à sortir au lieu de me terrer toute la journée et à attendre de voir Lucas, à m’intéresser à autre chose, au monde alentour. Je me suis prise en main, désormais je gérais mon argent seule, je m’occupais, je faisais des choses, quelques fois des choses un peu « intellectuelles » qui m’ont fait penser que je ne faisais plus fonctionner mon cerveau depuis trop longtemps. J’essayais d’aller à des expos, j’achetais les journaux, des bouquins, et surtout, j’ai repris mes études. Je me suis inscrite par correspondance (en cachette bien sûr) et j’achetais des « livres d’école ». C’était le premier pas pour m’en sortir. Je savais désormais qu’il y aurait un après, que je n’allais pas rester ici toute ma vie. Je suis allée voir un centre pour les toxicos, et j’ai commencé à prendre un traitement à la méthadone. J’avais arrêté la dope et ce n’était pas facile de tout balancer. Plus d’une fois j’ai failli replonger mais ma haine contre Lucas m’a soutenu.
Je ne parlais à personne de mes nouvelles intentions, je ne voulais pas qu’on me mette des bâtons dans les roues, qu’on me retienne.
Lucas me maintenait tout de même sous sa coupe, il me procurait toujours des drogues mais j’en jetais une bonne partie aux toilettes. Il avait desserré sa surveillance, j’étais très docile, je ne bronchais plus, je faisais tout ce qu’on me disait. C’était la première étape.
Je mettais de l’argent de côté, je préparais mon départ. Une semaine avant mon départ, j’ai loué une chambre de bonne dans laquelle je transportais régulièrement mes affaires, je ne pouvais pas faire de déménagement et malgré tout j’avais accumulé un certain nombre de chose en 4 ans.
J’ai passé mon bac en candidate libre et je l’ai eu avec une mention AB.
Je me suis enfuie le lendemain.
Je me suis terrée pendant 3 semaines et je suis partie avec 2 sacs pour recommencer une nouvelle vie. J’avais 19 ans et je commençais ma vie.
Renouveau :
Je venais de finir mon récit, il savait tout, je n’avais plus rien à ajouter.
Un flic est venu dire que l’heure était finie. Il est sorti, il allait s’occuper de moi, de mon cas du moins. J’ai fini ma garde à vue au même endroit, ils ont encore essayé de m’interroger mais là, c’était fini, je m’en foutais.
Sur le matin, j’ai été transférée au dépôt, un endroit en attendant de voir le juge.
Lorsque je l’ai enfin vu, mon avocat était présent. Bien entendu j’ai plaidé non coupable, contre l’avis de mon avocat d’ailleurs ; mais j’ai tenu bon.
Je suis restée 5 mois en prison avant d’être jugée pour meurtre. Je ne voyais que mon avocat, Tom a voulu venir mais j’ai refusé de le voir ; je ne voulais pas qu’il me voie ici. Il voulait me parler mais je n’ai pas voulu. Il n’a pas abandonné, il était tenace alors il a demandé à maître Adams de me faire parvenir ses lettres. Il m’a écrit et je les ai toutes lues. Elles m’ont réconfortées, elles m’ont fait sentir que je n’étais pas seule, et que quoiqu’il arrive il serait là. Je ne lui ai jamais répondu mais il n’a jamais cessé de m’écrire. J’avais besoin de ses longues lettres, celles dans lesquelles il me disait tous ces mots qui étaient un grand soutien.
La prison n’était pas rose, c’était la première fois que je m’y retrouvais, j’y avais toujours échappé. Ce n’était pas évident mais je n’étais pas dans le bloc de haute sécurité et même si j’étais jugée pour meurtre, j’étais avec des personnes, qui tout comme moi étaient en attente de jugement. Je me faisais petite mais j’avais bien conscience que l’annonce du meurtre de Lucas allait se propager dans le milieu jusque dans les prisons et je pouvais m’attendre au pire, il peut toujours y avoir « des accidents ». Il n’y en eu aucun.
Plus le jour du début du procès avançait, plus j’étais impatiente, je voulais que tout se termine. Même si je me sentais incroyablement soulagée, j’avais également conscience que je pouvais en prendre pour un certain nombre d’années.
Le jour du début du procès, la salle était pleine. J’ai reconnu un certain nombre de personne que je n’avais pas vu depuis un moment.
C’est là que je l’ai vu, il était derrière mon avocat, lorsqu’il m’a vu, il m’a souri pour m’encourager, ça m’a donné envie de pleurer. Je ne l’avais pas vu depuis de nombreux mois, presque un an en fait. Comment pouvait il me regarder avec ce regard alors que j’entrais dans ce tribunal, accusée de meurtre et les menottes au poignets ?
Et puis soudain, je les ai vue toutes les deux, elles venaient d’entrer, Jade et maman. En fait, j’ai eu du mal à reconnaître Jade, je ne l’avais pas vu depuis 10 ans, elle avait 21 ans maintenant mais j’ai reconnu maman, bien sûr elle avait pris un coup de vieux mais c’était la même. Ca n’avait pas du être évident durant toutes ses années. Je les ai vu et j’ai détourné le regard, j’avais honte.
Le procès a duré 10 jours. J’ai du à nouveau raconter mon histoire, toute la salle était silencieuse, suspendue à mon récit. Je ne regardais personne, certainement pas Tom, encore moins ma famille, comment allaient ils me regarder après tous ces aveux ?
Les contre interrogatoires n’ont pas été de tout repos mais je ne voulais pas flancher devant cet avocat ; je savais pertinemment que ma voix tremblait mais jamais je n’ai pleuré.
J’ai également refusé de voir maman et Jade ; ce n’était pas évident pour elles que je les rejette encore mais c’était encore plus dur pour moi ; je n’étais pas encore prête à leur parler.
Les délibérations ont durés 3 jours, 3 jours pendant lesquelles j’ai tout imaginé, tous les scénarios possibles, m’interdisant de trop penser à celui dans lequel je serai libre.
Le 28 juillet, j’ai été acquittée ; je suis sortie du tribunal libre, j’avais écopé d’une peine légère de 13 mois dont 4 mois fermes. J’en avais déjà fait plus de 5, c’était fini.
Lorsque je suis sortie du tribunal, Maître Adam était à mes côtés, et plus loin, j’ai vu Thomas, accompagné de ma mère et Jade.
Fin