Deuxième partie :

Chapitre deux : Cassy

 

 

Je regardais la scène de loin, ils étaient tombés dans une embuscade, ça tirait pour se défendre pour ne pas être pris, mais tout semblait déjà joué. Je décidais de ne pas m’approcher, c’était trop dangereux ; si jamais j’étais faite prisonnière, je ne pourrais pas le retrouver.

Je suis restée une dizaine de minutes l’oeil rivé dans le viseur à les observer. J’étais seule contre deux sections de kamikazes blancs, je n’étais pas suicidaire. Je ne pouvais rien faire, je décidais d’attendre, cette section avait peut être une chance d’être seulement fait prisonnier.

J’avais appris qu’ils ne tuaient généralement pas de sang froid mais on ne pouvait jamais prédire en face de qui on se trouvait.

Lorsqu’ils sont finalement partis avec quelques prisonniers et les chevaux, je me suis approchée pour voir s’il y avait encore des personnes vivantes parmi celles qui étaient à terre.

 

C’est là que je l’ai trouvée. Elle me regardait, ses yeux bleus semblaient exorbités. Grâce à sa tenue, je devinais qu’elle était infirmière. Elle était recouverte de boue et de sang. Sa cage thoracique se soulevait difficilement et par petit à couds. J’ai tâté son pouls, j’ai ouvert sa chemise et un carnet coincé sur son estomac a glissé. J’ai alors vu un peu plus haut 2 trous rouges.

Elle avait certainement un poumon perforé. Je savais très bien que je ne pouvais rien faire avec les moyens dont je disposais et avec mes compétences rudimentaires mais je lui ai quand même injecté quelque chose contre la douleur.

Lorsque j’ai vu une bulle de sang sortir de sa bouche, j’ai comme paniqué, j’ai su que tout était fini mais je ne voulais pas abandonner, il fallait que je me batte, elle ne pouvait pas mourir comme ça parce que je n’étais pas capable de la sauver.

C’est à ce moment là que sa cage thoracique ne s’est plus soulevée.

J’ai alors commencé à lui faire un massage cardiaque et du bouche à bouche mais rien n’y a fait. J’ai continué malgré le manque de résultat, elle ne pouvait pas mourir, je ne voulais pas qu’elle meure…1 et 2 et 3 et 4 et 5, souffler… 1 et 2 et 3 et 4 et 5, souffler…une de ses cotes avait cassé, 1 et 2 et 3 et 4 et 5, souffler… toujours pas de pouls…J’ai continué comme ça jusqu’à ce que mes bras me fassent mal puis j’ai abandonné. Elle était déjà morte.

J’ai essuyé le sang que j’avais sur mes mains et sur le visage avec de l’herbe. Je me suis assise et je l’ai regardé. Je lui ai finalement fermé les yeux, je la regardais en me demandant encore ce qui venait de se passer.

 

J’ai pris son carnet, je me disais que sa famille serait certainement contente de l’avoir et je l’ai mis dans ma sacoche. J’ai également enlevé une de ses plaques et ses bijoux, une alliance. Je leur enverrai dans un paquet.

Au vu de son uniforme, elle venait du Bushtar, de la cote Est de l’Australie.

Elle devait être un peu plus vieille que moi mais pas beaucoup plus, 25, 27 ans peut-être.

Elle était belle, de magnifiques yeux bleus, blonde et très bronzée. Sa peau n’avait pas encore la couleur glabre de la mort.

Je suis repartie, laissant les corps où ils étaient, sans prendre la peine de les enterrer. Je ne voulais pas qu’on sache que quelqu’un était passé par là.

 

J’ai continué en direction de Omsk jusqu’à ce qui fasse nuit.

La je me suis arrêté à proximité d’une petite forêt, ça permettait de se camoufler et je pouvais espérer passer une nuit complète.

J’ai accroché Black un peu plus loin et je me suis installée à l’abri d’un arbuste. Je n’avais pas faim, je ne pensais qu’à une chose, me coucher et c’est ce que j’ai fait, je me suis allongée, enfin. J’avais mal partout, mal aux fesses, mal au dos…j’ai apprécié de m’allonger sur la mousse épaisse, d’étirer tous mes muscles. J’ai fermé les yeux et je suis tombée comme une masse, m’endormant à peine la tête posée par terre.

J’ai dormi d’une seule traite jusqu’à l’aube. Lorsque j’ai ouvert les yeux, je me suis sentie toute requinqué, je ne sentais quasiment plus mes courbatures. J’ai eu l’impression que ça faisait une éternité que je n’avais pas fait une nuit complète.

J’ai préparé du riz pour le petit déjeuner et j’ai commencé à ranger mes affaires. J’ai fait une rapide toilette et j’ai attendu que le riz finisse de cuire.

J’étais tranquille, je profitais de ces moments le matin, quand on a plus rien à faire, les quelques minutes qu’on a pour penser à soi uniquement.

 

C’est là que l’image de cette femme s’est formée dans mon esprit, je voulais savoir qui elle était, à quoi elle pensait. J’ai cherché le carnet dans mon sac et je l’ai gardé comme ça quelques minutes. Est ce que j’avais le droit de lire ses pensées ? Non c’est sûr mais si je voulais connaître son identité, il fallait que je l’ouvre, bonne excuse Li An’ tu avais ses plaques et puis de toute façon, elle était morte, alors ça ne la dérangerait pas...Je l’ai ouvert, des lettres en sont tombées, je les ai mises de côté et j’ai commencé à lire.

 

Aujourd’hui nous sommes le jeudi 13 juin 3008 et c’est mon anniversaire, j’ai 12 ans.

Maman m’a offert ce journal en me disant que maintenant j’étais une jeune fille et que j’aurais besoin de quelque chose pour noter les pensées que je ne voudrais plus partager avec elle. Je lui ai dit que je lui dirait toujours tout et elle m’a regardé en riant et en ajoutant « si ça pouvait être vrai »

 

Ca m’a fait sourire, rien qu’en lisant ces quelques lignes je pouvait affirmer qu’une relation vraiment très spéciale la liait à sa mère. Moi ça n’a jamais été le cas ; j’adore maman, on s’entend bien mais nous sommes trop différentes pour être inséparable.

J’ai continué à lire quelques lignes.

 

14 juillet 3008

Je n’ai pas ouvert mon journal depuis quasiment un mois…j’ai pris une décision, j’ai maintenant 12 ans, je sais que ma vie va complètement changer ; j’en suis sûre…

 

A son age je ne pensais pas que ma vie allait radicalement changer alors que non. Le grand bouleversement de ma vie a eu lieu lors de cette soirée au vieux temple d’il y a presque 4 ans.

 

…et je ne vois pas l’intérêt de tout raconter dans un journal comme le fait Charlotte. Aujourd’hui j’ai fait ça, j’ai mangé ça…mois je ne veux écrire que les choses importantes de ma vie.

 

J’ai tourné la page

 

15 septembre 3008

Aujourd’hui je suis devenue une femme comme dit maman. Elle est toute excitée mais moi je ne veux pas qu’elle en parle, surtout à papa. Et puis Jordan qui est toujours en train de m’embêter…

 

Les lignes du carnet se sont brouillées, j’ai alors pensé à Jordan San, qu’est ce qu’il était devenu ? Que faisait il ?

C’est là que j’ai vu l’eau du riz déborder. J’ai vite posé le journal et je me suis précipitée sur la marmite pour la retirer du feu.

J’ai rapidement mangé, j’ai tout rangé et je suis repartie.

Ma chevauchée me laissait largement du temps pour réfléchir à ce que j’avais fait, à ce que j’allais faire. Et dire que j’étais partie depuis quasiment 1 mois... Arrivée à Darkhan, j’avais posté une lettre aux Equiano.

 

M. et Mme Equiano,

Je suis désolée d’être partie sans vous prévenir ni vous dire au revoir mais j’avais peur que vous me dissuadiez. Je crois que je n’aurai pas pu partir si vous vous y étiez opposé.

Il fallait que j’essaie de savoir ce qui lui ai arrivé et à Hanoi je ne peux rien savoir, rien faire, le seul moyen s’est de rendre sur place.

Je ne peux plus rester dans l’expectative, c’est insupportable. J’ai besoin de certitude pour essayer de recommencer à vivre.

J’ai décidé de suivre sa piste grâce aux lettres qu’il m’a envoyées, avec de la chance…priez pour moi et pour lui

Je nous le ramènerai.

J’ai également écrit à mes parents pour essayer de leur faire comprendre pourquoi je devais partir mais je ne suis pas sûre d’y être arrivée ; pourriez vous leur parler, essayer de les convaincre ?

Je vous embrasse.

Li An’

 

La lettre que j’avais écrite à mes parents pour essayer de leur faire comprendre pourquoi je faisais ça n’avait pas été facile. Maman avait tellement peur de perdre l’un d’entre nous ; je ne sais pas si elle supporterait un autre décès de l’un de ses enfants.

Je leur ai écrit car je ne voulais pas que dans le cas où il m’arriverait quelque chose il se le reproche, se disant qu’ils auraient du essayer plus fort ; ils n’auraient rien pu faire pour m’empêcher de partir à sa recherche.

J’avais décidé de suivre l’itinéraire de ses lettres, je ne pouvais pas tellement me fier aux témoignages, ça remontait à un peu plus d’un an, personne ne se souviendrait de lui.

Ce manque de coopération ne m’empêchait pas de poser quelques questions notamment à l’administration militaire mais je n’obtenais pas vraiment de réponses. Ils ne savaient rien.

 

Je savais qu’il fallait que j’aille à Omsk, c’était le dernier endroit qu’il mentionnait.

J’étais quasiment à 1000 Km de cette ville et j’étais très impatiente, je savais qu’elle pouvait me donner la réponse à mes questions. D’ici moins de 2 semaines, j’aurais peut être plus d’informations.

Je décidais de voyager de nuit, je ne voulais pas risquer de me faire capturer durant la journée ; cette région était loin d’être sûre, mieux valait la jouer fine. J’ai donc progressé lentement, me repérant et me dirigeant grâce aux étoiles et à ma boussole.

 

Ce jour là, lorsque je me suis arrêté pour faire une pause, j’ai immédiatement sorti ce calepin. Les quelques lignes que j’avais lu avaient aiguisé ma curiosité.

J’ai donc repris là où je l’avais laissé. Je trouvais ça passionnant.

 

15 septembre 3008

Aujourd’hui je suis devenue une femme comme dit maman. Elle est toute excitée mais moi je ne veux pas qu’elle en parle, surtout à papa. Et puis Jordan qui est toujours en train de m’embêter…J’en ai marre qu’il me demande ce que j’ai, pourquoi aujourd’hui je ne vais pas surfer. Je pourrais d’ici quelques jours mais aujourd’hui je ne pouvais pas. Maman dit que je n’ai qu’à mettre des tampons mais je n’ai jamais essayé, je ne sais pas si…enfin bon, de toute façon, si je veux pouvoir surfer tous les jours comme avant, je n’ai pas le choix.

 

Je me suis souvenue que moi non plus je n’étais pas spécialement heureuse d’avoir mes règles car durant ces périodes j’étais un peu patraque et nettement moins forte sur un tatami. La première fois, je venais d’avoir cours de sport, je suis allée aux toilettes avant d’aller prendre ma douche et je me suis aperçue que ma culotte était toute tâchée. Ce n’était pas rouge ; je n’ai pas compris, c’est lorsque je suis rentrée à la maison que j’en ai parlé à maman que tout est devenu lumineux. Je me souviens encore de son sourire, elle était ravie, elle n’arrêtait pas de dire que désormais j’étais une jeune fille. Et elle aussi avait tenu à en parler à papa malgré mes réticences.

 

16 septembre 3008

Il y a eu une attaque de requin aujourd’hui, Slater le cousin de Jack qui habite sur la cote Ouest s’est fait croquer, il ne lui a pas arraché une jambe mais il a failli mourir. Au fil des années, il y a de plus en plus d’attaque de requin, comment peuvent ils penser qu’on ressemble à des phoques… ça me dépasse ; apparemment les filet qui sont placés au larges ont du être troués. Il va falloir les changer, encore, papa va donc devoir partir demain pour la côte Ouest ; heureusement que ça n’arrive pas beaucoup par chez nous sinon je crois que maman m’interdirait de surfer. Déjà qu’il faut que je traîne mon bébé de frère !

Pour mon voyage de noce, je sais déjà que j’irai à Hawaï, là bas il n’y a pas de requin et il y a les plus beau spots du mondes. J’aimerai pouvoir faire un tube un jour mais pour le moment je n’en ai pas le droit ; ils m’énervent ! Je ne suis plus un bébé, je peux surfer autre chose que les endroits réservés pour les enfants !

 

Elle avait l’air d’avoir un sacré caractère, je crois que j’aurais bien aimé la connaître.

J’éprouvais un peu de culpabilité, je lisais son carnet, c’est privé ; arriver à entrer dans la tête, dans l’intimité de quelqu’un, je trouvais ça un peu gênant.

Ma culpabilité n’a bien entendu pas duré très longtemps et chaque fois que je faisais une pause je sortais ce journal. Je l’avais coincé à l’intérieur de mon kimono pour pouvoir le sortir rapidement. J’en étais devenue complètement accro.

 

20 septembre 3008

Aujourd’hui j’ai repris l’école, fini le week-end et il y avait un nouveau. D’après ce que j’ai entendu de lui, il viendrait du pays des aborigènes ; il s’appelle Jamie. Il a un an de plus mais comme je connais une partie des garçons qui sont en 4ème, ils me l’ont rapidement présenté.

Il est très brun, la peau quasiment noir et il a les plus beaux yeux du monde. Je n’ai pas bien réussi à voir leur couleur, bleu nuit, vert émeraude ; je crois qu’ils changent de couleur. Bref, toutes les filles sont folles de lui.

Je croyais qu’il ne m’avait pas remarqué mais au moment de rentrer ce soir, il est venu vers moi, moi et pas Sally Jhonson ! Il a vu que je portais mon surf et il m’a demandé si c’était facile à apprendre, si JE pouvais lui apprendre, MOI ! J’allais enseigner à un cook, je trouvais ça drôle.

C’est le plus beau jour de ma vie.

Il m’a accompagné à la plage et on a fait connaissance avant que les autres nous rejoignent. Il a 13 ans, il a un grand frère Zack et ses parents ont décidés de s’installer ici à cause du travail de son père.

Il m’a demandé si je pouvais l’aider à choisir un surf. Je lui ai dit que oui et je lui aussi dit que je lui en prêterai un en attendant. Il m’a ensuite raccompagné jusqu’à la maison.

 

1er octobre 3008

Il m’a embrassé ! J’avais une fête avec les copains du surf et vu que Jamie et moi on se voit souvent, tous les jours au collège et après pour surfer. Bref, il s’est intégré à ma bande de copains et à la fête d’Alicia ce soir, il m’a embrassé. Je suis allée à la fête avec Charlotte et puis elle m’a laissée lorsqu’elle a vu Jamie. Lui et moi on est allé se promener sur la plage et il m’a pris la main et il m’a embrassé. Je ne sais pas ce qui s’est passé mais on est officiellement ensemble. La vie est belle !

C + J = Amour

 

Je me suis mise à repenser à mon premier amoureux : N’Guyen San. Il était mon amoureux de maternelle. A 4 ans on se tenait par la main et on se faisait des bisous et puis il est resté mon amoureux en primaire. C’est avec lui que j’ai eu mon vrai premier baiser et puis en entrant au collège on a été séparé car il allait dans un autre établissement. Après 8 ans d’une relation idyllique, nous avons cassé. Je souriais en repensant à lui, c’était mignon.

 

1er janvier 3009 :

Hier je suis allée à la fête du Nouvel An organisé par Greg ; en fait c’est comme une de nos soirées mais cette fois ci, comme c’était spécial, j’ai eu le droit de rester toute la nuit (je les ai suffisamment suppliés pour ça). D’habitude mes parents viennent me chercher à 23 heures mais là... C’était génial. On a même surfé de nuit. Mon premier réveillon…Je m’en souviendrais toute ma vie.

 

4 avril 3009

Il part. Je n’en reviens toujours pas. Il n’osait pas me le dire et maintenant il ne nous reste que 3 jours. A la fin de cette semaine il ne sera plus là. Son père a fini le travail pour lequel il avait été engagé et ils repartent.

La vie est trop injuste ! Je hais ma vie !

 

Vu l’état de la page, je peux dire qu’elle avait bien pleuré. Apparemment elle n’a pas gardé contact avec Jamie.

Au fil du temps, Cassy s’est confié de plus en plus à son journal. Elle y notait ses peines, ses joies, racontait ses histoires de garçons. Il n’y en a pas eu tant que ça. Et puis bien entendu elle a raconté sa première fois. Elle avait 17 ans, quasiment 18. J’ai feuilleté les pages.

 

18 mai 3015

Ca y est, je l’ai fait. Je ne sais pas si ça se voit, si je suis différente mais moi je me sens différente. J’espère que maman ne l’a pas remarqué…

J’avais un peu peur, comme Nick l’avait déjà fait, j’avais peur de ne pas être à la hauteur mais en même temps, heureusement que l’un d’entre nous ait un peu d’expérience.

Mes parents n’étaient pas là, et j’ai trouvé ça rassurant de le faire dans mon lit.

C’était…effrayant (on a déjà admis ça) excitant aussi et douloureux. Il a été très doux mais ça a quand même fait mal. Il m’a demandé si je voulais qu’il arrête mais je lui ai dit que non, tant qu’à faire, autant que ça fasse mal une bonne fois. Et merci mon dieu, je n’ai pas saigné. Je ne sais pas comment j’aurai expliqué ça à ma mère.

J’arrête pas de penser à…quand je l’ai vu se diriger vers mon entre jambe, j’étais pas très, bref, mais ensuite, une fois que tu penses plus à la gêne. C’est le pied.

Je suis contente d’avoir attendue un garçon que j’aime et qui m’aime.

Je languis de recommencer. S’est en pratiquant que ça devient de mieux en mieux.

 

Ca m’a rappelé ma première fois, j’avais 15 ans. Ca n’a pas du tout été aussi romantique qu’elle. Je sortais avec un garçon que je croyais aimer, Vin Duc San. Ca s’est passé après une soirée un peu arrosée. C’est ce qui m’a un peu désinhibée sur le moment, je n’ai pas regretté mais bon. Il avait été doux, c’était relativement bien pour une première fois mais je ne classerai pas ça dans les souvenirs impérissables. Disons que s’il n’avait pas été mon premier…Bref. Avec du recul, je me dis que j’aurais aimé le faire avec quelqu’un que j’aimais profondément. Tant pis ! En même temps je n’allais pas attendre Ian Tsé et mes 19 ans.

 

Cassy parlait souvent de ses activités. Elle surfait presque autant que je passais de temps sur un tatami, et elle était également sauveteur. Elle s’était inscrite chez les sauveteurs juniors et puis elle avait continué après. C’était ça son job après les cours. Je comprenais maintenant comment en étant blonde, elle pouvait être aussi bronzée. Elle passait son temps à la plage.

 

J’ai également cherché le moment où elle avait eu son bal des débutantes pour connaître ses impressions mais apparemment ça ne se faisait pas là-bas. Est ce que ça se faisait uniquement chez nous ?

Les cours que l’on nous donnait à l’école étaient très enrichissant sur le mode de vie dans les autres confédérations, la différence ne résidait pas dans les structures politiques (conseils, gouvernement, différents organes politiques), mais il existait quand même des subtilités, entre autre liées à la langue et au mode de vie.

Les cours que nous prenions durant notre scolarité ne permettaient pas de réellement appréhender toutes ses petites choses, d’ou l’intérêt de partir durant 4 ans à l’étranger ; de s’immerger dans d’autres cultures.

Je n’avais pas pu y aller à cause de ce qui s’était passé, et puis je crois que je ne sais pas si j’y serai allée ; le quitter pour 4 ans alors qu’il venait enfin de prendre conscience de mon existence… Li An’ Shaka San, courageuse mais pas téméraire.

Quelque fois, je me disais que toute cette expérience me manquait. Ca m’aurait apporté une certaine maturité que la vie m’avait apportée, différemment.

Cassy semblait être un caractère fort qui aimait aider les autres, être au contact de personnes. Ca ne m’a donc pas étonné quand elle a entamé des études de médecine après le lycée. Habitant à Sydney, elle a pu rester chez elle tout en suivant les études qu’elle voulait.

 

21 août 3015 :

Aujourd’hui Nick et moi avons décidé de rompre. Je suis effondrée, je crois que même si je m’y attendais, ça ne rend pas la situation difficile. Lorsqu’il m’a dit qu’il avait décidé de partir…disons que je croyais qu’on pourrait toujours continuer mais soyons réalistes. 4 ans à l’étranger pour ses études de géopolitiques. Moi aussi je serais partie mais plus tard, durant mon cursus et ne pas se voir durant 4 longues années…ce n’était pas la peine.

Il part après demain, aujourd’hui c’était la dernière fois que je le voyais avant 4 ans.

 

15 septembre 3015 :

Aujourd’hui c’était la rentrée, le premier jour qui va me mener à ma nouvelle vie. Je serai médecin, enfin dans environ 10 ans mais je suis patiente. C’est vraiment ce que je veux faire.

Je ne connaissais personne, c’était un peu angoissant d’être avec des inconnus mais de toute façon, je suis ici pour étudier ; mes potes je les vois en dehors.

Bien que je sois ici pour travailler, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer qu’il y avait de charmants garçons. Je sais que c’est encore ressent après ma rupture d’avec Nick mais…bon, je ne fais que regarder pour le moment et puis il faut bien avancer même si ça fait encore mal.

Sinon tout est génial, c’est un nouveau monde qui s’ouvre à moi. Le campus est grand, ça bouge, il y a du monde, c’est riche, on peut rencontrer tellement de gens différent…J’adore. J’ai l’impression que ça fuse de tous les côtés.

 

3 octobre 3015 :

Je ne fais que bosser, ras le bol, je n’ai plus le temps d’être secouriste, et j’ai à peine le temps de surfer. Je savais que ça allait être dur mais là…Bon, c’est vrai que si je voulais je pourrais moins bosser et également réussir mais la médecine c’est vraiment ce que je veux faire et comme la première année est la plus dure…En tout cas, mon stage est très intéressant, au début je pensais vraiment que je pourrais continuer à être secouriste mais apparemment non, peut être lors d’un autre stage durant l’année, ou durant mes vacances, on verra. Je ne sais pas, je ne connais pas encore mon emploi du temps complet. Je sais seulement que j’aurais 3 stages différents par an.

Hier j’ai commencé au centre de gériatrie, c’est spécial, je ne fais pas grand chose car je ne suis pas encore capable mais je crois que le fait d’avoir de la présence régulièrement leur fait du bien.

Pour le moment ça me plait.

 

Le nouveau monde dans lequel elle évoluait avait l’air passionnant, elle rencontrait plein de gens différents, elle faisait des expériences nouvelles. Tout avait l’air d’être si…

Quelque fois je regrettais ce que la fac aurait pu m’apporter, bon d’accord je n’avais pas voulu y aller mais…était ce vraiment un choix ? J’étais perdu à l’époque, c’était peut être du à…non, je n’ai jamais vraiment su où j’allais.

Quelque part j’avais l’impression que nous étions une génération sacrifiée, nous n’avions pas le choix ; on pouvait toujours continuer mais notre environnement nous rattrapait invariablement.

Pour le moment, j’avais une certitude et une seule, mes enfants auraient une vie normale, ils iraient à la fac, et ils ne connaîtraient pas la guerre. Je n’envisageais pas les choses autrement. Tout serait à nouveau comme avant. Je n’imaginais pas un meilleur monde où vivre, le monde dans lequel j’avais grandi était parfait.

 

27 octobre 3015

Je reviens d’une fête, je suis un peu étourdi mais ce n’est pas important ; ce qui est important c’est autre chose. Je n’aurais jamais pensé le revoir, d’ailleurs je ne l’avais pas reconnus. C’est lorsqu’il s’est approché de moi pour me parler qu’il s’est présenté que d’un coup tout s’est éclairé. Je savais pourquoi ce grand brun avec ces yeux fantastiques m’était familier ; c’était Jamie, le premier garçon que j’ai aimé, le premier à m’avoir embrassé. Ca m’a fait un choc, une heureuse surprise. Bien qu’on ne soit pas restés en contact, il n’y a pas eu de gêne entre nous ; c’était sympa, détendu. On s’est souvenu du passé avec plaisir. J’ai passé une très bonne soirée et ça faisait longtemps, je n’ai pas vu le temps passer. J’aurais même aimé que ça se prolonge plus longtemps.

Bref, au moment de se séparer, on s’est échangé nos numéros et on s’est donné rendez vous à la plage demain pour surfer.

 

3 janvier 3016 :

J’ai eu tous mes examens, et les vacances ont été géniales, Jamie et moi avons passé beaucoup de temps ensemble depuis qu’on s’est rencontré et durant les fêtes de Noël. Jusqu’à présent je voulais y aller doucement et il l’a très bien compris, je lui avais parlé de Nick mais finalement j’ai su dépasser tout ça.

A Noël on s’est offert des cadeaux et il m’a embrassé. Nous avons passé les fêtes ensemble, maman l’a invité et il s’est très bien intégré à notre famille.

Apparemment il ne comptait pas aller voir sa famille, le trajet aurait duré trop longtemps et si c’était pour rester 2 jours à tout casser, ce n’était pas la peine. Je suis égoïste mais j’ai été contente qu’il soit resté.

Accessoirement, il m’a offert un bracelet, il est magnifique. Je tiens énormément à lui, je le sais.

 

22 janvier 3016 :

Nous avons passé la soirée en amoureux. Il m’a emmené au restaurant et puis nous sommes rentrés chez lui où nous avons fini la soirée. Nous avons fait l’amour pour la première fois hier soir. Au début j’étais un peu nerveuse, j’avais peur de…c’est vrai je n’avais couché qu’avec un garçon mais en fait, tout s’est très bien passé, même mieux que ça. Je l’aime déjà. Il a été...Fantastique !

 

30 juin 3016 :

L’année scolaire est finie, je passe en 2ème année et cet été je vais bosser comme sauveteur, je suis tellement contente de retrouver le rythme que j’aime tellement, plage, surf. Jamie va travailler dans le bâtiment, lui passe également en 2ème année mais en archi.

On va pouvoir aller surfer ensemble tous les jours maintenant que le rythme est plus calme.

 

Apparemment la population de la confédération du Bushtar avait le même rythme que nous, cours le matin et travail l’après midi sauf que pour la médecine le travail avait forcément lieu dans un milieu médical.

Je me demande comment il avait été imposé ce rythme de vie, ce rythme de travail, à une confédération puis à une planète entière, travail une semaine par mois et le reste du temps, loisirs et implication dans la vie de la cité.

Personne n’aurait pensé à remettre en cause ce système qui fonctionnait vraiment très bien, en fait, c’était parfait.

 

J’ai réussi à continuer le trajet sans encombre, ce pays était désert, au sens propre du terme. Il m’arrivait de me sentir seule, abandonnée, je crois que dans ces cas là j’étais contente d’avoir Cassy. C’est ridicule à dire, mais elle était devenue comme une amie. Je connaissais ses pensées, ses secrets, je me reconnaissais quelque fois en elle.

J’ai tourné les pages pour revenir à la résolution qu’elle avait prise tout au début.

 

14 juillet 3008

Je n’ai pas ouvert mon journal depuis quasiment un mois…j’ai pris une décision, j’ai maintenant 12 ans, je sais que ma vie va complètement changer ; j’en suis sûr et je ne vois pas l’intérêt de tout raconter dans un journal comme le fait Charlotte. Aujourd’hui j’ai fait ça, j’ai mangé ça…mois je ne veux écrire que les choses importantes de ma vie.

 

Elle avait toujours gardé la même ligne de conduite. Les années étaient passées et quelque part elle était toujours la même.

 

5 février 3018 :

Mon petit frère est parti, il ne va revenir que dans 4 ans. C’est ding de se dire ça. Il commence par l’Anoaki puis l’année d’après, l’Eurton, ensuite le Shwanti et enfin le Batoa. Il va découvrir tellement de choses. Dire que lorsque nous étions petit je ne le supportais pas car il m’embêtait mais en grandissant nous sommes devenus bien plus proche. Il va me manquer. Ca me fais bizarre. Maman était toute émue, prête à pleurer mais elle s’est retenue devant lui.

 

1er juillet 3018

Charlotte m’a appelée, elle se marrie à la fin du mois. C’est si soudain ! Bon c’est vrai qu’elle et Tim sont ensemble depuis le lycée mais la décision a été rapide…en tout cas, je suis très contente. Elle m’a demandé d’être sa demoiselle d’honneur. J’ai pleins de trucs à penser, son enterrement de vie de jeune fille, l’aider pour sa robe…Je suis toute excitée, c’est la première de mes copines à se marier.

On doit se voir demain pour aller choisir la robe, elle a déjà une idée de ce qu’elle veut porter, une robe longue avec une traîne, de fines bretelles, quelque chose de simple et élégant. Elle ne veut pas ressembler à une meringue.

Je l’ai rassurée en lui disant que de toute façon elle serait magnifique.

 

30 juillet 3018 :

Je suis de retour, le mariage était magnifique, elle était belle ! J’ai trouvé que la cérémonie était très émouvante, j’ai pleuré Charlotte aussi d’ailleurs. Lorsqu’elle a dit ses vœux on sentait l’émotion dans sa voie.

J’ai attrapé le bouquet ! Je crois qu’elle l’a fait exprès de me l’envoyer dessus. Est ce que je vais être la prochaine à me marier ? Jamie et moi on en a déjà parlé mais en rigolant, pour être honnête, je ne faisais pas que rigoler, j’y pense quelque fois. Je sais qu’il est l’homme de ma vie.

 

1er septembre 3018 :

Il y a des bruits qui courent sur des attaques dans le Nord, au delà de l’Anoaki. C’est bizarre, pour le moment se ne sont que des rumeurs. On en parle mais c’est flou. C’est vrai qu’en médecine on est tellement centrés sur nous, sur nos études…tant que ça n’a pas de conséquences directes sur nous…Jamie me ramène sur terre. Lui a l’air d’être nettement plus au courant. On verra.

 

5 septembre 3018 :

Il m’a demandé de l’épouser ! Je n’en reviens toujours pas ! On surfait, disons plutôt que nous discutions assis sur nos planches en attendant de bonnes vagues quand il a attrapé mon surf pour me rapprocher de lui. Il m’a embrassé en me disant qu’il m’aimait puis il a sorti une chaîne de sa combinaison. J’ai vu une bague, un solitaire accrochée à la chaîne. Je n’ai pas réagis tout de suite.

C’est quand il m’a pris la main en me disant « tu veux m’épouser ? » Je n’ai même pas eu à réfléchir, c’était tellement évident. Il m’a passé la bague au doigt et je lui ai sauté au coup. On a atterri à l’eau tous les 2. On a choisi comme date le 1er juillet 3019.

 

15 octobre 3018 :

Nous avons fait un repas où nos 2 familles étaient présentes. J’étais un peu stressée, c’est important les présentations de 2 familles. Bref. Ils sont venus exprès pendant les vacances, ils ont été hébergés chez mes parents. C’est marrant, ses parents se souvenaient de moi. Je suis toute excitée. Ils sont très gentils, j’ai ainsi pu revoir son frère aîné Zack. Je ne me souvenais pas vraiment de lui mais il est sympa.

 

19 octobre 3018 :

Aujourd’hui on il y avait une réunion spéciale. Les rumeurs se sont confirmées. J’ai trouvé ça effrayant. Bon c’est vrai on est loin mais vu notre système politique, c’est pareil, on sera mobilisés. Je ne sais pas quoi en dire, quoi en penser. Est ce qu’on va partir, est ce que je vais être séparée de Jamie. Je me demande quelles vont être les conséquences. Stop. Penser positif. Respirer. Le seul problème c’est que j’ai commencé l’entraînement que tout le monde va devoir suivre, je n’aime pas ce qu’ils nous demandent de faire, les armes à feu... Je n’ai pas trop de problème, je suis sportive, en tant que surfeuse je cours tous les jours, j’ai également découvert l’équitation. C’est marrant, disons qu’il faut être synchro avec son animal. On m’a donné Horus. C’est mon cheval, je vais devoir m’en occuper. Je n’ai jamais eu d’animal. J’attends avec impatience le moment où je serai suffisamment bonne pour galoper dans les vagues.

 

2 décembre 3018 :

Voilà, c’est dit, c’est la guerre. Une intervention armée a été votée. De nombreuses choses vont changer ; dans mon cas, ma formation continue, je suis en 4ème année et maintenant je suis capable d’avoir une réelle utilité notamment sur un champ de bataille et apparemment les universités ont décidé d’accentuer les soins d’urgence dans des situations extrêmes ; traduisez par là les soins infirmiez sur un champ de bataille. Et puis choses complètement ridicule, je vais apprendre à me battre, notamment au corps à corps. Déjà que la pratique des armes à feu…Je ne veux pas apprendre à tuer quelqu’un, si j’ai voulu devenir médecin, c’est pour sauver des vies. Je me pose tellement de questions…

 

Je n’ai jamais pensé comme elle ; bien sûr tuer cet homme il y a de nombreuses années m’a bouleversé, et quelque fois j’en rêve encore. Mais malgré ça, je n’ai jamais pensé ne pas prendre les armes. J’ai toujours eu une âme de battante, et même de combattante.

 

…et puis quand je pense à Jamie, ça me fait bizarre, lui qui pratique le tir à l’arc et le boomerang. Il m’a toujours fait rire avec ça mais il a raison, on peut également tuer avec un boomerang. Je ne veux pas mourir, je veux retrouver ma vie comme elle était avant.

 

23 décembre 3018 :

Jordan est rentré, mon petit frère est enfin de retour. Je trouve qu’il a changé, pas vraiment physiquement, il n’a pas grandi, peut être que ses cheveux sont un peu plus courts mais j’ai l’impression qu’il a mûri. Il est directement rentré de l’Anoaki. C’était la première des 4 confédérations qu’il devait visiter. On n’a pas encore eu le temps de parler et j’attends avec impatience ce moment. C’est ding, c’est là que je vois qu’il m’a manqué. Les lettres ne sont pas suffisantes. On va enfin pouvoir passer les fêtes tous ensemble. Il n’a pas encore rencontré Jamie, j’espère qu’ils vont bien s’entendre. A l’époque Jordan n’arrêtait pas de nous embêter, j’avais l’impression qu’il ne l’appréciait pas vraiment, à moins que ce ne soit que de la jalousie. Croisons les doigts.

 

Il y avait une correspondance dans nos émotions, Liam m’avait manqué comme son frère lui avait manqué. Ce système était dur. Lorsque l’on s’y engageait, il fallait être conscient de cette longue durée.

Et puis je me rappelle cette période, avant de partir, je ne savais pas encore ce qui allait se passer, j’étais encore innocente, naïve également ; en fin de compte, je crois que l’année 3019 m’a tout appris ; mes expériences m’ont permis de grandir. J’étais angoissée par ce qui allait arriver mais également excitée.

 

4 janvier 3019 :

Il va partir, comme lorsque nous étions plus jeune il part, il me quitte. Ce n’est pas le premier, il ne fait pas parti de la première vague et je trouve ça rassurant, d’autres lui transmettront leur expérience mais d’un autre côté…je vois ces hommes qui rentrent, blessés ; je vois ces mémoriaux qui se dressent, c’est effrayant.

Il a reçu sa lettre de convocation, il part fin mai, ça reporte le mariage à la fin de l’année et je ne veux pas attendre. Lui non plus. Nous avons donc décidé d’avancer le mariage au 15 mai. Ca précipite les choses mais je crois que, autant l’un que l’autre, on ne veut pas attendre car peut être…je ne veux pas y penser. Nos 2 familles vont nous aider pour qu’on puisse réaliser notre projet. Finalement je vais me marier avec une robe blanche, courte, en tulle, légère avec un bustier et une couronne de fleur sur la tête. Nous avons décidé que la cérémonie aurait lieu sur la plage et qu’un prêtre aborigène nous marierait.

J’ai peur, mais je suis également excitée, je n’ai jamais été aussi sûre de quelque chose dans ma vie.

Bien entendu c’est dur de tout concilier, études, préparation du mariage et également ma vie mais tout le monde m’aide.

 

14 mai 3019 :

Tout est prêt, j’ai peur mais pas le genre de peur qui vous tétanise, plutôt le genre qui vous donne de l’énergie, qui vous aide à avancer. Demain à cette heure-ci je serai madame Jamie Tinkler. J’espère que tout va bien se passer…Il faut que j’arrive à dormir sinon demain je vais être épuisée.

 

16 mai 3019 :

Je suis officiellement madame Jamie Tinkler. Je suis mariée et la seule chose à laquelle je pense c’est que dans 11 jours il me quitte. Je suis heureuse, je crois que je n’ai jamais été aussi heureuse. Il m’a fait une surprise, il nous a construit une maison, bon elle n’est pas complètement finie, elle l’aurait été si le mariage avait eu lieu en juillet comme c’était prévu au départ mais ce n’est pas important, c’est l’intention qui compte. La cérémonie était comme je l’avais imaginée ; j’étais émue, et quand papa m’a conduit à Jamie…lui aussi avait la larme à l’œil. Le plus beau jour de ma vie. On a fait la fête jusque tard dans le matin.

Nous sommes dans un bungalow que nos parents ont loué pour que nous passions avoir une lune de miel. Ce n’est pas très loin car il ne peut pas s’éloigner avant le départ et aussi car il a encore des entraînements et puis j’ai également mes cours. C’est magnifique. Je ne suis finalement pas allée à Hawaï, on a prévu d’y aller plus tard, après, quand tout sera fini.

 

27 mai 3019 :

Il est parti, voilà, dans 6 mois il sera de retour, pas avant. Je me sens seule, je suis chez mes parents, dans ma chambre, c’est bizarre. Il faut seulement que je m’occupe la tête. Je ne sais pas pourquoi mais je ne m’inquiète pas trop. J’ai mes cours, d’ici quelques semaines j’aurais mes examens et puis il y a aussi la maison à finir. Je surf beaucoup, ça m’aide. Lorsque je suis sur la vague, j’oublie tout.

 

Je me suis souvenue du 2ème tour de Ian Tsé San, je croyais que mon monde allait s’effondrer, que je perdais tout. C’est ce qui s’était passé, je l’ai perdu. Elle n’avait pas eu l’air de s’effondrer comme moi. Je trouvais ses mots plutôt confiant ; peut être ne voulait elle pas lui apporter le mauvais œil.

Elle était apparemment nettement plus forte que moi, du moins psychologiquement. Face aux épreuves je me suis toujours effondrée ; quand Ian Tsé a disparu, quand Pu Yi est mort, chaque fois je me suis relevée mais j’ai eu l’impression d’être moins forte.

 

1er juillet 3019 :

J’ai reçu une lettre de lui, bonne surprise pour aujourd’hui. Dire que c’est la date que nous avions choisi pour nous marier…Il m’a donnée une adresse, je vais pouvoir lui raconter ce qui se passe, lui dire que je passe en 5ème année de médecine, que je vais bientôt emménager dans notre maison et tellement d’autres choses, que je l’aime tellement que ça me fait mal quand je pense qu’il est loin. Bref, lui parler, tout simplement.

 

Je me suis souvenue comme j’attendais avec impatience ses lettres. Chacune était un signe qu’il allait bien, qu’il me reviendrait vivant, que…Je me souvenais avec émotion de cette période, ça m’a fait sourire.

 

15 décembre 3019 :

Il est rentré, en un seul morceau. Il ne m’avait pas donné de jour précis alors lorsqu’il s’est présenté devant la porte…je lui ai sauté dans les bras en pleurant. Il est là, bien sûr il est amaigri mais j’ai récupéré mon mari. Nous avons passé la nuit ensemble, dans les bras l’un de l’autre et ça m’a fait tellement du bien de le sentir à nouveau contre moi. J’aime quand il me touche, j’aime ses baisers, j’aime comme il me regarde quand il croit que je ne le vois pas. J’aime comme je me sens lorsqu’il est prêt de moi…J’ai pleins de projets pour nous, je veux construire une famille avec lui. Tout va être parfait maintenant.

 

18 décembre 3019 :

Charlotte a accouché de Lucas et je suis sa marraine. La maman et le bébé vont bien. L’accouchement a duré près de 21 heures. Elle était épuisée mais heureuse, elle est épanouie et Lucas est beau. Ca me donne envie d’en faire un. J’attends avec impatience ce moment mais c’est trop tôt, j’ai encore mes études à finir. On verra plus tard, beaucoup plus tard.

 

J’ai souri en lisant ce dernier passage, elle avait ce que j’espérais avoir un jour, ce que j’aurais aimé avoir avec lui, ça m’a fait pleurer.

J’ai refermé le journal et je me suis couchée, d’ici 2 jours je serai à Omsk et peut être que là, oui, peut être…

 

13 mars 3020 :

Je suis heureuse, ce matin je me suis réveillée avec cet impression de plénitude…j’aime le mariage, je trouve que ça nous réussi plutôt bien d’ailleurs. Lorsque maman me voit, elle sourit, elle m’a dit qu’elle me trouvait très épanouie, rayonnante même.

On arrive à bien gérer vie maritale et études ; il me rend de plus en plus heureuse.

 

8 septembre 3020 :

Hier c’était la rentrée, 6ème année ; d’ici 2 ans c’est fini. Je me suis enfin décidée sur ma spécialité, lorsque je vois Lucas, j’en suis sûre. Je serai pédiatre. Les grandes spécialités telles que la chirurgie ne m’attirent pas, ne m’ont jamais attiré.

 

2 décembre 3020 :

On a eu la discussion, celle sur la famille que l’on compte fonder et on a discuté du fait que peut être, ça serait bien que l’on soit 3 au prochain noël. On va faire un bébé. Je vais arrêter de prendre mes contraceptifs et peut être que…rien que d’y penser, ça me fait sourire. Avoir un bébé ; vraiment construire une famille.

 

18 février 3021 :

Toujours rien, pas de bébé.

 

07 avril 3021 :

J’ai reçu ma lettre ce matin au courrier. Je pars. Je ne croyais pas partir, je savais que ça pouvait arriver mais je me disais que…je ne sais pas ce que je me disais, qu’est ce que je croyais, qu’il allait y avoir une exception pour moi ? Je pars le 03 juillet. Un an de mariage et quasiment la moitié du temps, voir plus, séparés l’un de l’autre.

J’aurais au moins le temps de finir mon année, comme ça je pourrais reprendre en 7ème et dernière année en revenant. Je me demande s’ils ont fait exprès de me laisser finir.

Si j’avais eu un enfant en bas âge, je ne serai pas partie, Charlotte ne part pas grâce à Lucas. Il a maintenant presque 1 an et demi, il sourit tout le temps et il touche à tout. Je l’aime.

 

03 juillet 3020 :

Je viens de le quitter. Toute ma famille m’a accompagnée au port mais je ne voyais que lui, il avait l’air inquiet. Il a tenu à me donner des conseils que j’ai écoutés avec attention car ça avait l’air d’être important pour lui. Il me manque déjà. Pense positif Cass. J’ai eu mon examen, j’en ai pour 6 mois avant de revenir vers mon cher mari. Jordan n’a pas reçu de lettre de mobilisation pour le moment, je suis soulagée, il est en sécurité. Pense positif Cass.

J’ai une arme, j’en ai l’habitude depuis que je m’entraîne mais je trouve ça effrayant, apparemment je ne suis pas obligée de la porter, tant mieux. Moi je suis là pour soigner, aider les gens.

Je suis fatiguée, je ne sais pas si c’est le stresse mais j’ai envie de dormir.

 

A suivre                                              Retour

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