Je regardais la scène de loin, ils étaient tombés dans une embuscade, ça tirait pour se défendre pour ne pas être pris, mais tout semblait déjà joué. Je décidais de ne pas m’approcher, c’était trop dangereux ; si jamais j’étais faite prisonnière, je ne pourrais pas le retrouver.
Je suis restée une dizaine de minutes l’oeil rivé dans le viseur à les observer. J’étais seule contre deux sections de kamikazes blancs, je n’étais pas suicidaire. Je ne pouvais rien faire, je décidais d’attendre, cette section avait peut être une chance d’être seulement fait prisonnier.
J’avais appris qu’ils ne tuaient généralement pas de sang froid mais on ne pouvait jamais prédire en face de qui on se trouvait.
Lorsqu’ils sont finalement partis avec quelques prisonniers et les chevaux, je me suis approchée pour voir s’il y avait encore des personnes vivantes parmi celles qui étaient à terre.
C’est là que je l’ai trouvée. Elle me regardait, ses yeux bleus semblaient exorbités. Grâce à sa tenue, je devinais qu’elle était infirmière. Elle était recouverte de boue et de sang. Sa cage thoracique se soulevait difficilement et par petit à couds. J’ai tâté son pouls, j’ai ouvert sa chemise et un carnet coincé sur son estomac a glissé. J’ai alors vu un peu plus haut 2 trous rouges.
Elle avait certainement un poumon perforé. Je savais très bien que je ne pouvais rien faire avec les moyens dont je disposais et avec mes compétences rudimentaires mais je lui ai quand même injecté quelque chose contre la douleur.
Lorsque j’ai vu une bulle de sang sortir de sa bouche, j’ai comme paniqué, j’ai su que tout était fini mais je ne voulais pas abandonner, il fallait que je me batte, elle ne pouvait pas mourir comme ça parce que je n’étais pas capable de la sauver.
C’est à ce moment là que sa cage thoracique ne s’est plus soulevée.
J’ai alors commencé à lui faire un massage cardiaque et du bouche à bouche mais rien n’y a fait. J’ai continué malgré le manque de résultat, elle ne pouvait pas mourir, je ne voulais pas qu’elle meure…1 et 2 et 3 et 4 et 5, souffler… 1 et 2 et 3 et 4 et 5, souffler…une de ses cotes avait cassé, 1 et 2 et 3 et 4 et 5, souffler… toujours pas de pouls…J’ai continué comme ça jusqu’à ce que mes bras me fassent mal puis j’ai abandonné. Elle était déjà morte.
J’ai essuyé le sang que j’avais sur mes mains et sur le visage avec de l’herbe. Je me suis assise et je l’ai regardé. Je lui ai finalement fermé les yeux, je la regardais en me demandant encore ce qui venait de se passer.
J’ai pris son carnet, je me disais que sa famille serait certainement contente de l’avoir et je l’ai mis dans ma sacoche. J’ai également enlevé une de ses plaques et ses bijoux, une alliance. Je leur enverrai dans un paquet.
Au vu de son uniforme, elle venait du Bushtar, de la cote Est de l’Australie.
Elle devait être un peu plus vieille que moi mais pas beaucoup plus, 25, 27 ans peut-être.
Elle était belle, de magnifiques yeux bleus, blonde et très bronzée. Sa peau n’avait pas encore la couleur glabre de la mort.
Je suis repartie, laissant les corps où ils étaient, sans prendre la peine de les enterrer. Je ne voulais pas qu’on sache que quelqu’un était passé par là.
J’ai continué en direction de Omsk jusqu’à ce qui fasse nuit.
La je me suis arrêté à proximité d’une petite forêt, ça permettait de se camoufler et je pouvais espérer passer une nuit complète.
J’ai accroché Black un peu plus loin et je me suis installée à l’abri d’un arbuste. Je n’avais pas faim, je ne pensais qu’à une chose, me coucher et c’est ce que j’ai fait, je me suis allongée, enfin. J’avais mal partout, mal aux fesses, mal au dos…j’ai apprécié de m’allonger sur la mousse épaisse, d’étirer tous mes muscles. J’ai fermé les yeux et je suis tombée comme une masse, m’endormant à peine la tête posée par terre.
J’ai dormi d’une seule traite jusqu’à l’aube. Lorsque j’ai ouvert les yeux, je me suis sentie toute requinqué, je ne sentais quasiment plus mes courbatures. J’ai eu l’impression que ça faisait une éternité que je n’avais pas fait une nuit complète.
J’ai préparé du riz pour le petit déjeuner et j’ai commencé à ranger mes affaires. J’ai fait une rapide toilette et j’ai attendu que le riz finisse de cuire.
J’étais tranquille, je profitais de ces moments le matin, quand on a plus rien à faire, les quelques minutes qu’on a pour penser à soi uniquement.
C’est là que l’image de cette femme s’est formée dans mon esprit, je voulais savoir qui elle était, à quoi elle pensait. J’ai cherché le carnet dans mon sac et je l’ai gardé comme ça quelques minutes. Est ce que j’avais le droit de lire ses pensées ? Non c’est sûr mais si je voulais connaître son identité, il fallait que je l’ouvre, bonne excuse Li An’ tu avais ses plaques et puis de toute façon, elle était morte, alors ça ne la dérangerait pas...Je l’ai ouvert, des lettres en sont tombées, je les ai mises de côté et j’ai commencé à lire.
Aujourd’hui
nous sommes le jeudi 13 juin 3008 et c’est mon anniversaire, j’ai 12 ans.
Maman
m’a offert ce journal en me disant que maintenant j’étais une jeune fille et
que j’aurais besoin de quelque chose pour noter les pensées que je ne voudrais
plus partager avec elle. Je lui ai dit que je lui dirait toujours tout et elle
m’a regardé en riant et en ajoutant « si ça pouvait être vrai »
Ca m’a fait sourire, rien qu’en lisant ces quelques lignes je pouvait affirmer qu’une relation vraiment très spéciale la liait à sa mère. Moi ça n’a jamais été le cas ; j’adore maman, on s’entend bien mais nous sommes trop différentes pour être inséparable.
J’ai continué à lire quelques lignes.
14
juillet 3008
Je
n’ai pas ouvert mon journal depuis quasiment un mois…j’ai pris une décision,
j’ai maintenant 12 ans, je sais que ma vie va complètement changer ; j’en
suis sûre…
A son age je ne pensais pas que ma vie allait radicalement changer alors que non. Le grand bouleversement de ma vie a eu lieu lors de cette soirée au vieux temple d’il y a presque 4 ans.
…et je ne vois pas l’intérêt de tout raconter dans un
journal comme le fait Charlotte. Aujourd’hui j’ai fait ça, j’ai mangé ça…mois
je ne veux écrire que les choses importantes de ma vie.
15
septembre 3008
Aujourd’hui je suis devenue une femme comme dit maman. Elle
est toute excitée mais moi je ne veux pas qu’elle en parle, surtout à papa. Et
puis Jordan qui est toujours en train de m’embêter…
Les lignes du carnet se sont brouillées, j’ai alors pensé à Jordan San, qu’est ce qu’il était devenu ? Que faisait il ?
C’est là que j’ai vu l’eau du riz déborder. J’ai vite posé le journal et je me suis précipitée sur la marmite pour la retirer du feu.
J’ai rapidement mangé, j’ai tout rangé et je suis repartie.
Ma chevauchée me laissait largement du temps pour réfléchir à ce que j’avais fait, à ce que j’allais faire. Et dire que j’étais partie depuis quasiment 1 mois... Arrivée à Darkhan, j’avais posté une lettre aux Equiano.
M.
et Mme Equiano,
Je
suis désolée d’être partie sans vous prévenir ni vous dire au revoir mais
j’avais peur que vous me dissuadiez. Je crois que je n’aurai pas pu partir si
vous vous y étiez opposé.
Il
fallait que j’essaie de savoir ce qui lui ai arrivé et à Hanoi je ne peux rien
savoir, rien faire, le seul moyen s’est de rendre sur place.
Je
ne peux plus rester dans l’expectative, c’est insupportable. J’ai besoin de
certitude pour essayer de recommencer à vivre.
J’ai
décidé de suivre sa piste grâce aux lettres qu’il m’a envoyées, avec de la
chance…priez pour moi et pour lui
Je
nous le ramènerai.
J’ai
également écrit à mes parents pour essayer de leur faire comprendre pourquoi je
devais partir mais je ne suis pas sûre d’y être arrivée ; pourriez vous
leur parler, essayer de les convaincre ?
Je
vous embrasse.
Li
An’
La lettre que j’avais écrite à mes parents pour essayer de leur faire comprendre pourquoi je faisais ça n’avait pas été facile. Maman avait tellement peur de perdre l’un d’entre nous ; je ne sais pas si elle supporterait un autre décès de l’un de ses enfants.
Je leur ai écrit car je ne voulais pas que dans le cas où il m’arriverait quelque chose il se le reproche, se disant qu’ils auraient du essayer plus fort ; ils n’auraient rien pu faire pour m’empêcher de partir à sa recherche.
J’avais décidé de suivre l’itinéraire de ses lettres, je ne pouvais pas tellement me fier aux témoignages, ça remontait à un peu plus d’un an, personne ne se souviendrait de lui.
Ce manque de coopération ne m’empêchait pas de poser quelques questions notamment à l’administration militaire mais je n’obtenais pas vraiment de réponses. Ils ne savaient rien.
Je savais qu’il fallait que j’aille à Omsk, c’était le dernier endroit qu’il mentionnait.
J’étais quasiment à 1000 Km de cette ville et j’étais très impatiente, je savais qu’elle pouvait me donner la réponse à mes questions. D’ici moins de 2 semaines, j’aurais peut être plus d’informations.
Je décidais de voyager de nuit, je ne voulais pas risquer de me faire capturer durant la journée ; cette région était loin d’être sûre, mieux valait la jouer fine. J’ai donc progressé lentement, me repérant et me dirigeant grâce aux étoiles et à ma boussole.
Ce jour là, lorsque je me suis arrêté pour faire une pause, j’ai immédiatement sorti ce calepin. Les quelques lignes que j’avais lu avaient aiguisé ma curiosité.
J’ai donc repris là où je l’avais laissé. Je trouvais ça passionnant.
15
septembre 3008
Aujourd’hui je suis devenue une femme comme dit maman. Elle
est toute excitée mais moi je ne veux pas qu’elle en parle, surtout à papa. Et
puis Jordan qui est toujours en train de m’embêter…J’en ai marre qu’il me
demande ce que j’ai, pourquoi aujourd’hui je ne vais pas surfer. Je pourrais
d’ici quelques jours mais aujourd’hui je ne pouvais pas. Maman dit que je n’ai
qu’à mettre des tampons mais je n’ai jamais essayé, je ne sais pas si…enfin
bon, de toute façon, si je veux pouvoir surfer tous les jours comme avant, je
n’ai pas le choix.
Je me suis souvenue que
moi non plus je n’étais pas spécialement heureuse d’avoir mes règles car durant
ces périodes j’étais un peu patraque et nettement moins forte sur un tatami. La
première fois, je venais d’avoir cours de sport, je suis allée aux toilettes
avant d’aller prendre ma douche et je me suis aperçue que ma culotte était
toute tâchée. Ce n’était pas rouge ; je n’ai pas compris, c’est lorsque je
suis rentrée à la maison que j’en ai parlé à maman que tout est devenu lumineux.
Je me souviens encore de son sourire, elle était ravie, elle n’arrêtait pas de
dire que désormais j’étais une jeune fille. Et elle aussi avait tenu à en
parler à papa malgré mes réticences.
16 septembre 3008
Il y a eu une attaque de requin aujourd’hui, Slater le
cousin de Jack qui habite sur la cote Ouest s’est fait croquer, il ne lui a pas
arraché une jambe mais il a failli mourir. Au fil des années, il y a de plus en
plus d’attaque de requin, comment peuvent ils penser qu’on ressemble à des phoques…
ça me dépasse ; apparemment les filet qui sont placés au larges ont du
être troués. Il va falloir les changer, encore, papa va donc devoir partir
demain pour la côte Ouest ; heureusement que ça n’arrive pas beaucoup par
chez nous sinon je crois que maman m’interdirait de surfer. Déjà qu’il faut que
je traîne mon bébé de frère !
Pour mon voyage de noce, je sais déjà que j’irai à Hawaï, là
bas il n’y a pas de requin et il y a les plus beau spots du mondes. J’aimerai
pouvoir faire un tube un jour mais pour le moment je n’en ai pas le
droit ; ils m’énervent ! Je ne suis plus un bébé, je peux surfer
autre chose que les endroits réservés pour les enfants !
Elle avait l’air d’avoir
un sacré caractère, je crois que j’aurais bien aimé la connaître.
J’éprouvais un peu de
culpabilité, je lisais son carnet, c’est privé ; arriver à entrer dans la
tête, dans l’intimité de quelqu’un, je trouvais ça un peu gênant.
Ma culpabilité n’a bien
entendu pas duré très longtemps et chaque fois que je faisais une pause je
sortais ce journal. Je l’avais coincé à l’intérieur de mon kimono pour pouvoir
le sortir rapidement. J’en étais devenue complètement accro.
20 septembre 3008
Aujourd’hui j’ai repris l’école, fini le
week-end et il y avait un nouveau. D’après ce que j’ai entendu de lui, il
viendrait du pays des aborigènes ; il s’appelle Jamie. Il a un an de plus
mais comme je connais une partie des garçons qui sont en 4ème, ils
me l’ont rapidement présenté.
Il est très brun, la peau quasiment noir et il
a les plus beaux yeux du monde. Je n’ai pas bien réussi à voir leur couleur,
bleu nuit, vert émeraude ; je crois qu’ils changent de couleur. Bref,
toutes les filles sont folles de lui.
Je croyais qu’il ne m’avait pas remarqué mais
au moment de rentrer ce soir, il est venu vers moi, moi et pas Sally
Jhonson ! Il a vu que je portais mon surf et il m’a demandé si c’était
facile à apprendre, si JE pouvais lui apprendre, MOI ! J’allais enseigner
à un cook, je trouvais ça drôle.
C’est le plus beau jour de ma vie.
Il m’a accompagné à la plage et on a fait
connaissance avant que les autres nous rejoignent. Il a 13 ans, il a un grand
frère Zack et ses parents ont décidés de s’installer ici à cause du travail de
son père.
Il m’a demandé si je pouvais l’aider à choisir
un surf. Je lui ai dit que oui et je lui aussi dit que je lui en prêterai un en
attendant. Il m’a ensuite raccompagné jusqu’à la maison.
1er octobre 3008
Il m’a embrassé ! J’avais une fête avec
les copains du surf et vu que Jamie et moi on se voit souvent, tous les jours
au collège et après pour surfer. Bref, il s’est intégré à ma bande de copains
et à la fête d’Alicia ce soir, il m’a embrassé. Je suis allée à la fête avec
Charlotte et puis elle m’a laissée lorsqu’elle a vu Jamie. Lui et moi on est
allé se promener sur la plage et il m’a pris la main et il m’a embrassé. Je ne
sais pas ce qui s’est passé mais on est officiellement ensemble. La vie est
belle !
C + J = Amour
Je me suis mise à repenser à mon premier amoureux : N’Guyen San. Il était mon amoureux de maternelle. A 4 ans on se tenait par la main et on se faisait des bisous et puis il est resté mon amoureux en primaire. C’est avec lui que j’ai eu mon vrai premier baiser et puis en entrant au collège on a été séparé car il allait dans un autre établissement. Après 8 ans d’une relation idyllique, nous avons cassé. Je souriais en repensant à lui, c’était mignon.
1er janvier 3009 :
Hier je suis allée à la fête du Nouvel An
organisé par Greg ; en fait c’est comme une de nos soirées mais cette fois
ci, comme c’était spécial, j’ai eu le droit de rester toute la nuit (je les ai
suffisamment suppliés pour ça). D’habitude mes parents viennent me chercher à
23 heures mais là... C’était génial. On a même surfé de nuit. Mon premier
réveillon…Je m’en souviendrais toute ma vie.
4 avril 3009
Il part. Je n’en reviens toujours pas. Il
n’osait pas me le dire et maintenant il ne nous reste que 3 jours. A la fin de
cette semaine il ne sera plus là. Son père a fini le travail pour lequel il
avait été engagé et ils repartent.
La vie est trop injuste ! Je hais ma
vie !
14
juillet 3008
Je
n’ai pas ouvert mon journal depuis quasiment un mois…j’ai pris une décision,
j’ai maintenant 12 ans, je sais que ma vie va complètement changer ; j’en
suis sûr et je ne vois pas l’intérêt de tout raconter dans un journal
comme le fait Charlotte. Aujourd’hui j’ai fait ça, j’ai mangé ça…mois je ne
veux écrire que les choses importantes de ma vie.