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Amélie Nothomb, écrivain.
Dernier livre paru : “Métaphysique des tubes” (Albin Michel, 2000).
»Ma réponse vous semblera peut-être paradoxale, mais j’ai eu
conscience de devenir adulte lorsque j’ai compris qu’il n’existe pas
d’adulte. Les enfants vivent dans le mythe d’un âge adulte. Petite, je
pensais moi aussi que je deviendrais une grande personne. Et je croyais que
j’accéderais ce jour-là à toutes sortes de révélations que les enfants
ignorent. Mais vers 17-18 ans, j’ai commencé à découvrir que les adultes
étaient aussi démunis que moi. Je me souviens d’une tante que son mari
venait de quitter. A 33 ans, elle restait seule avec un enfant. Bien sûr,
elle était triste, mais elle disait : “On n’y peut rien. C’est le
destin.” Je découvrais que les grandes personnes se laissaient
porter par les événements, que les adultes aussi pensaient que les
choses n’étaient pas de leur faute, comme des enfants. C’est en me
rendant compte de cette égale fragilité que j’ai pris conscience que, moi
aussi, je devenais adulte. »
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André Comte-Sponville,
philosophe. Dernier livre paru : “Le Bonheur, désespérément” (Pleins
Feux, 2000).
»Quand et comment je suis devenu adulte ? Je n’en sais
fichtrement rien ! Pourtant je ne crois pas être un enfant, ni
infantile. Mais le passage s’est fait progressivement, insensiblement. Pas
un événement, mais un processus, mais un travail, mais une longue
convalescence. L’enfance, pour moi, n’a jamais eu le goût du bonheur. Devenir
adulte, ce fut choisir le bonheur, résolument, contrer l’enfance, je
veux dire contre ma mère, si difficile à aimer, et contre mon père, si
facile à haïr. Cela me fait penser à cette formule d’Oscar Wilde, qui dit à
peu près l’essentiel : “Quand ils sont jeunes, les enfants aiment
leurs parents ; plus tard, ils les jugent ; quelquefois, ils leur
pardonnent. L’adolescent est celui qui juge ; l’adulte, celui qui
pardonne. «
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Macha Méril, comédienne et écrivain. Dernier livre
paru : “Love.baba” (Albin Michel, 2000).
»Sans doute est-ce une première fois qui nous rend adulte. Premier
baiser ? Première fois que l’on fait l’amour ? Pour moi, ce
fut banalement ma première feuille de paye établie à mon nom :
Marie-Madeleine Gagarine. C’était avant les films, mon premier vrai boulot.
Je posais pour Kodak. Je portais un chemisier avec des imprimés foulard
genre Hermès. J’étais mineure, je devais avoir 16 ans et demi, et quand
j’ai reçu la feuille par la poste, je me suis sentie devenir une autre.
Comme si j’étais passée de l’autre côté du miroir. Etre payée
officiellement pour mon travail prouvait que j’étais reconnue comme une
personne à part entière, qui pourrait participer à la vie de la cité. Dès
ce moment, j’ai su que je ne reviendrais jamais en arrière… «
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Mgr Jean-Michel di Falco,
évêque auxiliaire de Paris.
"Encore faut-il savoir de quoi on parle : qu’est-ce qu’être adulte ?
L’est-on jamais sous toutes les facettes de sa personnalité ? Me
concernant, il me semble que j’ai franchi une étape lorsque je suis
devenu moins dépendant du regard des autres. En tant que porte-parole
des évêques de France, j’ai été placé sous les feux de l’actualité pendant
une dizaine d’années. Comme toute personne publique, j’ai dû encaisser tout
ce que l’on pouvait dire de moi : ce qui était juste – que cela me plaise
ou non – et ce qui était injuste et qui me faisait souffrir. Le jour où
j’ai décidé d’être moins attentif à ces propos rapportés et de faire
simplement ce que je pensais devoir faire, de dire ce que je pensais devoir
dire, etc., j’ai eu le sentiment d’avoir passé un cap et d’être devenu plus
adulte. J’avais alors une quarantaine d’années."
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Tahar Ben Jelloun, écricain. Dernier livre paru : “L’Auberge
des pauvres” (Le Seuil, 2000). A paraitre :
“Cette aveuglante absence de lumière” (Le Seuil, 2001).
« La première fois que je me suis senti adulte, mais cela n’a duré que
quelques minutes, je devais avoir 6 ans. Ma tante, qui habitait de
l’autre côté de la médina à Fès, me confia un bijou précieux à remettre
à ma mère. J’étais fier. Je devais, en plus, ne rien dire à mon père,
ni à mon oncle. C’était une mission, un secret. Ma tante me fit confiance.
Je sentis une petite supériorité sur mon frère aîné. Etre adulte n’est pas
un état permanent et définitif. Il est des moments où cela s’impose et
d’autres où il faut laisser de la place à la fantaisie, ce parfum d’enfance
qui met des épices dans la grisaille du temps. »
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Germaine Tillion, éthnologue et résistante de la première heure. Jean
Lacouture lui consacre une biographie : “Le témoignage est un combat” (Le
Seuil, 2000).
« A 93 ans, il y a déjà un bout de temps que je suis née, et j’ai beau
avoir de la mémoire, j’ai oublié cette naissance… Entre 1934 et 1940, j’ai
dirigé quatre missions scientifiques dans le Sud algérien, si bien que la
résistance et la déportation à Ravensbrück n’ont fait que consolider une
maturité que j’avais déjà. Mon sentiment de devenir adulte a peut-être
commencé quand j’ai eu une petite sœur. Mes parents m’ont dit que
j’étais responsable. Nous n’avions que vingt mois d’écart, ce n’est pas
venu tout de suite, mais je me rappelle être devenue attentive : il ne
fallait pas qu’elle se blesse ou qu’elle fasse des bêtises. Un jour, je me
suis même interposée entre elle et un troupeau de vaches pour la protéger.
Je me souviens que ma mère nous avait rapporté une discussion que nous
avions eue ma sœur et moi : “D’abord, on est petite. Puis, on est grande.
Après, on est adulte. Et encore après ?” “On est vieux, disait la cadette.
Mais c’est quoi être vieux ?” Profonde réflexion chez l’aînée (c’est-à-dire
moi), et soudain la réponse : “Etre vieux, c’est être propriétaire !” »
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Georges Wolinski,
dessinateur. Dernier ouvrage paru : “Le Sens de l’humour”, Albin Michel,
2000.
« Je ne me souviens pas bien du jour où je n’ai plus été tout à fait un
enfant, et du jour où je ne suis pas tout à fait devenu adulte. Etais-je un
enfant lorsque je plongeais avec plaisir mon regard dans le décolleté de
mes jolies tantes qui se penchaient sur moi ? Etais-je un adulte, lorsque
j’ai embrassé pour la première fois la bouche d’une jeune fille ? Suis-je
adulte lorsque je constate aujourd’hui qu’on peut être un petit quelqu’un
sans jamais être une grande personne ? Je crois toutefois que je suis
devenu adulte, il y a quarante ans, au retour de la guerre d’Algérie, lorsque
j’ai pris la décision de devenir dessinateur au journal “Hara-Kiri” et de faire partie de la bande à
Cavanna.
On devient adulte lorsqu’on accepte de prendre le risque d’être soi-même. »
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David Douillet, champion du monde de judo et
deux fois médaillé d’or olympique. Auteur de “L’Ame
du conquérant” (Robert Laffont, 2000).
« Longtemps je me suis senti trop petit dans un corps de grand. Du plus
loin que je me souvienne, il fallait toujours que je justifie mon âge, ce
qui m’irritait beaucoup. A chaque visite médicale, le médecin pensait que
je m’étais trompé de classe. Il faut dire que les garçons de 13 ans
mesurant 1,80 m n’étaient pas si nombreux. Gentiment, ma grand-mère
m’excusait : “Il n’est pas en retard, il n’a que 7 ans. Il n’a que 8 ans.
Il n’a que 9 ans…” A l’adolescence, ma grande taille est devenue encore
plus problématique car, manifestement, les filles préféraient les nabots :
“T’es trop grand !” disaient-elles. Heureusement, je n’ai pas tardé à
trouver la parade en devenant plus cérébral que les copains, plus galant,
plus attentionné, bref, plus mûr. Et ça a marché ! En troisième, j’ai
flirté avec ma prof de français et ce jour-là, vraiment, je me suis
senti adulte. »
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Philippe Labro,
journaliste et écrivain. Dernier livre paru : “Manuella”
(Gallimard, 1999).
« Les années d’occupation m’ont obligé à réfléchir comme un adulte face aux
choix – aider les juifs – que faisait mon père. J’ai senti, dans ces
moments-là, que quelqu’un d’autre venait m’habiter et me poussait à un
comportement plus réfléchi, plus prudent et, en même temps, plus
responsable. L’expérience de solitude dans les forêts de l’Ouest américain m’ont encore fait sortir de moi-même pour jouer un rôle
adulte, même si ça n’était qu’un rôle. Mais je pense que le vrai décrochage,
c’est-à-dire, au fond, la perte de l’innocence et la rencontre fréquente
avec le fatum et avec la mort, me sont arrivées pendant la guerre
d’Algérie, à Alger. Même si une expérience de mort approchée (celle qui
m’a fait beaucoup plus tard “traverser”, aller-retour, les rives de l’autre
monde) vous “adultise”, je crois aussi que le
bonheur et la joie absolue qu’apporte la paternité vous repositionne dans
une situation d’adulte, mais d’adulte qui ne vieillit pas ! »
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