SIXIEME SENS
Réalisation et scénario :
M. Night Shyamalan
Photographie :
Tak Fujimoto
Musique : James
Interprètes :
Bruce Willis (Malcolm Crowe), Haley Joel Osment
(Cole Sear), Toni Collette (Lynn Sear), Olivia Williams (Anna Crowe), Trevor
Morgan (Tommy Tammisimo)
Résumé
Hiver 1998. Le psychologue Malcolm Crowe fête avec sa femme, Anna, une
distinction remise par le maire de Philadelphie. Le soir même, il
est agressé par un ancien patient, Vincent Gray, qui lui
reproche de n'avoir pas su l'aider et lui
tire dessus avant de se suicider.
L'automne suivant Malcolm entame
une thérapie sur le jeune Cole Sear, garçon solitaire qui semble présenter des troubles psychiques.
Rapidement
une confiance mutuelle s'installe. Les symptômes de Cole rappellent étrangement ceux de Vincent Gray et offrent au psychologue
l'occasion de se racheter.
Quand Cole révèlera
son secret (il voit des morts), Malcolm, dont les rapports avec sa femme devenue dépressive se dégradent de jours en jours, comprend que la psychologie est impuissante à sauver le jeune
garçon de ses cauchemars. Il préconise
de l'interner.
A force de patience et d'écoute et grâce aux enregistrements des entretiens
avec Vincent Gray, Malcolm découvrira l'existence réelle des spectres de Cole. Commence alors un dialogue difficile avec les fantômes. Débarrassé de sa peur,
Cole accepte de communiquer
avec sa mère. Il libère aussi
Malcolm de son sentiment de culpabilité.
Cet apaisement
amènera Malcolm à découvrir la vérité sur ses rapports avec Cole et sur l'indifférence de sa femme : il
est lui-même un spectre, assassiné en hiver 1998 par Vincent Gray.
Un
fantastique sobre
Sixième
sens est
un film de genre. Il appartient à
une tradition particulièrement
florissante du cinéma nord américain : le film fantastique, dont le principe est de mettre le monde réel en présence de phénomènes
incompatibles avec les lois naturelles.
Le film de M. Shyamalan s'y
conforme à travers le personnage
de Malcolm Crowe en confrontant la rationalité du psychologue et les visions macabres
de Cole Sear.
Loin des monstres classiques comme Dracula ou la créature de Frankenstein, très présents dans
le cinéma d'avant-guerre, Sixième Sens fait partie du nouveau fantastique américain inauguré par des réalisateurs comme Roman Polanski avec Rosemary's baby (1968). Un fantastique qui met l'accent sur l'identification
des spectateurs avec les personnages
en situant l'action dans un univers quotidien aux décors banals et familiers.
En cela il est comparable à des films d'ordre plus psychologique, aux atmosphères étranges ou imprégnées
de terreur et d'angoisse comme Shining (Stanley Kubrick,
1980), Poltergeist (Tobe Hopper, 1982) ou Ghost (Jerry Zucker, 1990).
Des œuvres qui abordent le surnaturel en délaissant les effets spectaculaires au profit
d'un atmosphère d'angoisse diffuse. Une approche
héritée du réalisateur français Jacques Tourneur dont les films fantastiques des années quarante (La Féline, Vaudou, etc.) montrent des personnages menacés par un danger latent dans des drames où les péripéties
sont nivelées.
Le scénario de M. Shyamalan va
donc s'évertuer à atténuer les effets d'épouvante en les limitant à quelques
scènes dans le film. Les fantômes seront, la plupart du temps, montrés de loin ou de manière très rapide.
La présence des revenants n'est
signifiée que par des signes indirects
comme les tiroirs qui s'ouvrent d'eux-mêmes, la température qui descend en flèche
ou des éclairs discrets près de Cole sur des photographies.
Malgré tout, les procédés propres au genre fantastique sont employés :
les ombres qui révèlent une nature cachée ou la dangerosité d'une situation, les plans sur
des statues de bronze, les décors gothiques, d'une église ou
les angles de prise de vue vertigineux.
Les contraintes du scénario
Autre procédé
fréquent dans le cinéma fantastique et dans les thrillers : la révélation finale (twist) qui vient
bouleverser l'idée que le spectateur s'était faite du
film. Dans Sixième sens le piège fonctionne
grâce aux ellipses et aux fausses pistes savamment ménagées par le réalisateur.
Les ellipses permettent de ne pas montrer Malcolm en tant que revenant .On ne le voit jamais
ouvrir
La révélation vient
au dernier moment, brutale, entrecoupée
de flash-back et de voix lointaines, bref, de tout ce qui aurait dû
permettre au spectateur de comprendre la situation dès la
mort de Malcolm. Elle rappelle, dans
le principe et dans la forme, la révélation de Usual Suspects (1995). Mais
aussi
L'effet est jubilatoire car il force le spectateur à revenir sur
tout ce qu'il croyait être acquis.
On prend soudainement
conscience des procédés machiavéliques
de M. Shyamalan et des contraintes
narratives et techniques imposées au scénario :
les silences embarrassés de Cole, le jeu des regards, le travail minutieux
sur la localisation des
sons, etc.
Un regard sur
la société
Un
des autres aspects propres
au cinéma fantastique est la critique ou la caricature sociale. Ce cinéma conteste
une réalité en faisant émerger des êtres, des mondes ou des facultés improbables, le but étant de
faire vaciller nos
convictions les mieux ancrées.
Sixième Sens n'échappe pas à la loi du
genre.
L'ironie porte
sur plusieurs aspects de la
société nord-américaine :
la carrière
exemplaire de Malcolm est nuancée. Malgré son amour et ses sacrifices, son rationalisme
conduit à des erreurs tragiques (le suicide de Vincent Gray, hors champ, est suivi d'un plan sur la photographie d'un groupe d'amis triomphants : effet de contraste significatif).
la population de Philadelphie, en dehors les personnages principaux, est toujours montrée
sous forme des groupes rangés en colonne, homogènes et fermés à l'extérieur,
donc à " la vérité ". Qu'il s'agisse de la classe, du groupe de parents d'élèves qui braquent en même temps cinquante caméscopes ou des invités à l'enterrement
d'une petite fille. Cole et Malcolm, isolés, pénètrent ces groupes
pour amener des vérités dérangeantes.
Enfin, l' "
american way of life " est malmené à
travers certaines images
(Cole seul face au drapeau américain), à travers
des caricatures des représentations américaines naïves (le discours
trop positif du professeur sur l'histoire du palais
de justice, la publicité d'un sirop
pour la toux).
La critique porte
donc sur un monde jugé trop conformiste (les rites sociaux) et trop rationnel
(Malcolm qui juge Cole fou,
le médecin qui soupçonne