Le cinéma à l’école, de la maternelle au lycée
3 décembre 2001
" L’enfant ne peut connaître un épanouissement harmonieux et équilibré
que si son intelligence rationnelle et son intelligence sensible sont
développées en harmonie et en complémentarité…
L’école est un lieu privilégié pour ouvrir l’enfant à des techniques et
des formes d’expression qui touchent à sa sensibilité dans la vie
quotidienne…"
Le plan "
cinéma à l’école " s’inscrit dans le cadre du " plan de cinq ans pour
le développement de l’éducation artistique et culturelle ", annoncé
conjointement par Catherine Tasca, ministre de la Culture et de la
Communication et par Jack Lang, ministre de l’Education nationale le 14
décembre 2000 et appliqué depuis la rentrée 2001 dans les écoles maternelles et
élémentaires, les collèges et les lycées. Il s’adresse aux élèves et aux
enseignants en associant des artistes et des professionnels de la culture. Il
concerne tous les champs artistiques : cinéma, musiques, arts visuels, danse,
théâtre, littérature, patrimoine, design, architecture, goût… Il se traduit
également par l’élaboration de nouveaux programmes pour le premier degré et le
renouvellement de ceux du lycée, la mise en place de formations spécifiques
pour les enseignants, l’établissement de partenariats entre le monde des arts
et le monde scolaire.
L’objectif du plan
" cinéma à l’école " est d’apporter ou de conforter une première
culture du cinéma comme art.
Les élèves découvriront, grâce à l’école et à
ses partenaires, des films de multiples horizons. Cela se fera lors de séances
collectives dans les salles de cinéma en s’appuyant, entre autres, sur les
dispositifs existants (comme École et cinéma) mais aussi grâce à une présence
dans les écoles, de films sur DVD. Ces films, loin d’être des films dits "
pour enfants ", donneront l’idée la plus haute et la plus universelle du
cinéma. Ils seront approchés d’abord comme œuvres d’art. Ils ouvriront à
d’autres approches artistiques (plasticiennes, musicales), à des enseignements
plus classiques (études de langues, expression orale) et à la rencontre
d’autres civilisations.
Ils aborderont le cinéma comme langage :
certains DVD approcheront les notions-clés du cinéma comme celles de "
point de vue " ou de " plan ", selon une pédagogie de la "
mise en rapport " d’extraits.
Enfin, ils
pourront faire l’expérience individuelle d’un passage à l’acte de la création,
grâce aux nouveaux outils de production numérique, mini caméras DV et
programmes de montage simples sur ordinateur.
Classes à Projet Artistique et culturelle
cinéma (Classes PAC-cinéma)
Parmi les nombreuses mesures entrées en vigueur,
la classe à projet artistique et culturel (PAC) est la plus importante. Elle
propose une situation d’enseignement artistique qui s’intègre dans les
programmes et les horaires habituels de la classe. Elle permet de conduire un
projet artistique sous la responsabilité d’un enseignant volontaire, avec le
concours d’un artiste ou d’un professionnel de la culture. Elle concernera à
terme tous les élèves 4 fois dans leur scolarité (maternelle, école
élémentaire, collège, lycée).
La classe à projet artistique et culturel (PAC)
cinéma s’inscrit dans le cadre général défini pour l’ensemble des classes à
PAC.
Elle est l’occasion pour chaque enfant de croiser
sur son chemin quelqu’un dont le cinéma est le métier. Ce peut être aussi bien
un chef opérateur, qu’un scénariste, un ingénieur du son, un acteur ou une
scripte. Cet intervenant participe alors, avec ses compétences et ses
expériences propres, à la concrétisation du projet qu’il contribue à mettre en
œuvre avec l’enseignant.
La classe à PAC nécessite l’utilisation de
nouveaux outils, simples et légers, techniquement accessibles à tous : un
lecteur de DVD, une mini caméra DV, un programme de montage élémentaire sur
ordinateur. Dans un premier temps, si l’école ou l’établissement n’est pas
entièrement équipé, la classe à PAC cinéma s’appuiera sur une aide logistique
(en compétences et matériel) apportée par des réseaux comme ceux des CRDP, CDDP
et de la Ligue de l’enseignement.
La classe à PAC-cinéma ne manquera pas de
rejaillir sur l’ensemble de l’école ou de l’établissement.
La présence de films et d’outils pédagogiques sur
DVD, l’accès à un petit matériel de tournage et de montage devrait bénéficier
très vite à d’autres élèves qu’à ceux de la classe à PAC.
C’est toute la pédagogie de l’établissement qui
devrait être influencée par l’introduction des œuvres et des outils cinéma au
cœur de l’enseignement.
Dirigée par Alain
Bergala, cette collection, produite par le Centre national de Documentation
Pédagogique (CNDP), a été conçue pour accompagner en cinéma le plan de cinq ans
pour le développement des arts et de la culture à l’école. Elle se constituera
au rythme de dix à vingt titres par an.
Ces DVD ne sont pas
" ciblés " pour une tranche d’âge définie. C’est d’une autre
stratégie pédagogique dont il s’agit : penser des modes d’utilisation variés et
évolutifs selon l’âge et la maturité des élèves. Par exemple, à partir du même
DVD, quelques brèves séquences peuvent être regardées en version française en
section maternelle, puis le film en entier, en version originale sous-titrée en
français, en cours moyen, et enfin au lycée en version originale sous-titrée
intégralement en anglais. Les sujets produits spécifiquement pour chacun de ces
DVD ne s’adressent pas forcément à une seule tranche d’âge : c’est à chaque
enseignant d’évaluer les éléments de ces DVD dont il a besoin à tel ou tel
moment, avec tel ou tel groupe, selon l’avancée du travail. Ces DVD doivent en
quelque sorte accompagner les élèves tout au long de leur scolarité, avec des
entrées différentes au cours de leur évolution.
Nous avons la conviction
que le cinéma doit être quotidiennement présent dans l’école, au même titre que
les livres, les disques ou les reproductions de tableaux.
La première visée de
cette collection est de constituer les bases d’une culture cinématographique
indispensable. Les films proposés sont des œuvres dont la qualité artistique
est indiscutable. Ce ne sont pas des films dits " pour enfants " mais
des œuvres pouvant concerner aussi bien des élèves du primaire que de
terminale, voire des étudiants en cinéma et des cinéphiles. Ils ont été choisis
pour donner une vision ample et universelle de ce que peut le cinéma, quand il
est au mieux de lui-même : nous donner accès à d’autres vies, à d’autres
cultures, à d’autres imaginaires, à d’autres langues. Mais aussi à ce qu’a produit de meilleur, artistiquement, un siècle de
cinéma, sans tenir compte des modes et des pressions liées à une actualité
éphémère. Au fil des ans se constituera ainsi une cinémathèque de classe, ou
d’établissement, qui permettra à chaque enfant de faire les bonnes rencontres
indispensables pour apprendre à aimer le cinéma, tout le cinéma.
L’autre visée de cette
collection est de permettre aux élèves et aux enseignants d’approcher ensemble
le cinéma, comme art et comme langage, sans être intimidés par le poids d’un
savoir requis. Nous avons essayé d’imaginer une approche de cet art la plus
légère possible en didactisme. Ces DVD sont conçus pour apprendre en regardant
et comprendre en comparant. L’intelligence du cinéma ne doit pas venir d’un
discours préalable surplombant mais de la possibilité de comparer, en circulant
dans le DVD, des films qui s’éclairent les uns les autres.
La collection " L’Eden CINEMA " est composée de deux types de DVD
:
Rencontre d’un film : ces DVD regroupent
autour d’une œuvre majeure des films ou des documents permettant d’approcher
l’œuvre indirectement, en les mettant en rapport avec elle. Parmi ces
documents, un portfolio permet de tracer des lignes de fuite vers d’autres
formes d’art.
Langage du cinéma (le point de vue, le plan,
le montage, etc.) : ils permettent à chacun de penser une question essentielle
du cinéma par la simple circulation-comparaison entre des séquences nombreuses,
riches, soigneusement choisies dans l’histoire du cinéma. L’intelligence de ces
questions naîtra de ces circulations fléchées et de la simple mise en rapport
de ces fragments de films.
La fabrication de ces
DVD " pas comme les autres " (séquençage détaillé et précis,
impossibilité de zapper en cours de séquence, sortie de séquence programmée,
mode de circulation, version sous-titrée intégralement dans la langue
originale) a été conçue pour répondre à leur vocation spécifique d’outils
précis pour une approche fine, et en douceur, du cinéma.
Ce premier programme de
DVD 2001-2002 a pour ambition de donner l’idée la plus universelle et la plus
haute, artistiquement, du cinéma.
Le cinéma français se
devait d’être représenté dans sa tradition du " premier film " consacré à l’enfance, enfance de l’art et enfance du
cinéaste indissociables. Les 400 coups de François Truffaut s’imposait comme
naissance d’un grand cinéaste, comme acte de fondation du dernier grand
mouvement collectif de cinéma en France – la Nouvelle Vague –, et surtout comme
film net et poignant sur une enfance aux prises avec la difficulté de trouver
sa place et son chemin, pour grandir, entre désir d’intégration et sourde
révolte, entre famille naturelle et fratrie d’élection, entre les
incompréhensions de l’école et une culture intimement vécue.
Le grand
cinéma américain classique a été au cœur de la cinéphilie de toutes les
générations. Les Contrebandiers de Moonfleet, réalisé par un grand cinéaste
allemand devenu américain après avoir fui le régime nazi, Fritz Lang, est l’un
de ces films dont la rencontre, dans l’enfance, a suscité le plus de passions
attestées du cinéma. Son sujet : un enfant adopte un père qui est un
hors-la-loi et se trouve exposé au Mal sur le chemin de son apprentissage de la
vie – en fait un film qui concerne les enfants d’aujourd’hui comme ceux d’hier.
La chance a voulu que
l’un des plus grands cinéastes apparu depuis une vingtaine d’années, Abbas
Kiarostami, ait consacré un film qui appartient déjà au patrimoine universel du
cinéma : Où est la maison de mon ami ?. Il parle de l’apprentissage par un
jeune garçon, dans un village iranien, des rapports de la Loi et de la
conscience individuelle. Ce film contemporain conjugue toutes les qualités que
l’on est en droit d’attendre d’une œuvre de cinéma accessible à des enfants.
Il nous a semblé
important que chaque année un DVD permette l’approche cinématographique d’une
civilisation ou d’un continent plus éloigné culturellement de nos habitudes. Donner
un accès immédiat à l’autre, à des vies et des modes
de pensée qui ne sont pas directement les nôtres, a toujours été une des vocations
majeures du cinéma. Les quatre films qui composent le DVD Cinémas d’Afrique
permettent d’approcher, à travers des récits d’enfance pour trois d’entre eux,
l’Afrique des villes et l’Afrique des villages.
Le ministre de
l’Éducation a tenu personnellement à ce que soit présent, dans tous les lycées,
un DVD constitué de trois heures d’extraits de Shoah, choisis pas son auteur
Claude Lanzmann, pour que le devoir de mémoire ne reste pas un vœu pieux ni un
vain mot, et que le cinéma, au meilleur de sa capacité à ouvrir les
consciences, soit la voie d’accès sensible et concrète à une réflexion sur ce
passé précis.
Petit à petit, le cinéma
(1) est le plus innovant de cette première livraison de DVD. Il articule, selon
des chaînages multiples, une trentaine de films courts et d’extraits de films,
venus de toutes les époques, de toutes les techniques et de tous les horizons
du cinéma. Il permet d’approcher le cinéma dès les classes maternelles et
jusqu’aux écoles d’art, en faisant pétiller les idées par le simple
rapprochement de ces fragments de cinéma et par le feuilleté de ces
enchaînements rizhomatiques.
La plupart de
ces films (Les 400 coups, Les Contrebandiers de Moonfleet, La petite Vendeuse
de soleil, Rabi, Où est la maison de son ami ?) étaient déjà inscrits dans un
dispositif national (École et cinéma, Collège au cinéma, Lycéens au cinéma). Ainsi
les élèves auront l’occasion de voir les films en salle, en copie cinéma, dans
le cadre des actions de ces dispositifs, et de les retravailler ensuite de près
et en détails, en classe, grâce aux DVD, et aux multiples compléments
d’approche qu’ils proposent.
Les petits cahiers, une nouvelle collection pédagogique
La collection
les petits cahiers, co-produite par les Cahiers du Cinéma et le Centre National
de Documentation pédagogique, a pour objectif d’initier les étudiants,
enseignants ou lycéens, les autodidactes et autres amateurs, à un cinéma
éclairé. Les petits cahiers font la paire : une étude de synthèse pour former
le regard du spectateur ; des documents commentés pour ouvrir des pistes
nouvelles au lecteur. La collection est dirigée par Joël Magny (critique et
historien du cinéma) et Frédéric Strauss (journaliste de cinéma et auteur d’un
livre d’entretiens avec Pedro Almodovar).
Format : 135x190 – 96
pages – 35 photos – 58.71 Frs (8.95 euros)
Mise en œuvre de la
pensée d’un cinéaste, le plan peut résulter du geste d’un seul homme ou
mobiliser toute une équipe et de nombreux outils. Pour le spectateur, le plan
participe à la compréhension du récit et de l’espace-temps du film, ainsi qu’à
la perception des formes, des couleurs, des mouvements. Cinq films
accompagneront le lecteur ou feront l’objet d’analyses détaillées : Les 400
coups (François Truffaut, 1959), Playtime (Jacques Tati, 1967), Où est la
maison de mon ami ? (Abbas Kiarostami, 1988) et Pather Panchali (Satyahit Ray,
1955). Les commentaires des documents de travail de François Truffaut et Fritz
Lang apportent au lecteur un éclairage concret sur le plan comme élément de la
création cinématographique.
Emmanuel Siéty est
étudiant-chercheur à paris III et conférencier au département pédagogique de la
Cinémathèque française.
" Le Point de vue – Du regard du cinéaste à la vision du spectateur
" par Joël Magny
Le photographe amateur,
le cinéaste, aujourd’hui le manieur de caméra DV est bien obligé de se placer
quelque part pour regarder et enregistrer quelque chose. Il a nécessairement un
" point de vue " sur ce qu’il montre, puisqu’il ne peut faire
autrement. Appellons cela " point de vue quelconque " ou " point
de vision ". En revanche, celui qui se pose quelques questions sur ce
qu’il veut montrer et surtout comment il veut le montrer, est amené à faire des
choix pour transmettre une " vision " au sens fort du terme, une
manière de voir le monde.
Cette approche repose
sur de nombreux classiques du cinéma, des 400 coups de François Truffaut à
Bonjour de Yasiro Ozu, Alfred Hitchcock avec Fenêtre sur cour (1954) et Fritz
Lang avec Chasse à l’homme (Man Hunt, 1941).
Le montage est
unanimement considéré aujourd’hui non seulement comme un élément essentiel du
" langage cinématographique ", mais aussi comme le plus spécifique. Pour
mieux comprendre la richesse du montage, il est passionnant d’en traquer les
signes annonciateurs dans le cinéma des premiers temps, de suivre les moments
forts de son apparition au long des années dix et vingt parallèlement à la
lente institution d’un nouveau mode de représentation, afin d’observer son
devenir jusqu’à nos jours. Le montage n’est pas un moyen " naturel ",
ni le fruit d’une soudaine révélation, mais la résultante d’une évolution
dialectique, toujours en cours, souvent erratique, jouant à la fois avec
l’expérimentation formelle de quelques cinéastes et la lente maturation du
regard des spectateurs.
Le raisonnement de
l’auteur s’appuie très précisément sur une iconographie riches, constituée de
séquences de photogrammes de grands classiques du cinéma et sur des documents :
reproduction des instruments de travail des monteurs dans la pratique de leur
métier.
Vincent Pinel,
chef-monteur des premiers films de René Féret et de Robert Guédiguian, fut
responsable de l’Unité Cinéma de la Maison de la Culture du Havre puis
conservateur des films à la Cinémathèque française. Il est l’auteur ou le
co-auteur d’une quarantaine d’ouvrages sur le cinéma
XII-B.