Doit-on parler des problèmes de couple aux enfants ?
Certains parents estiment qu’en vertu d’une nécessaire transparence de la communication au niveau
familial, il est utile de faire part aux enfants des problèmes rencontrés par
le couple. Cette illusoire cogestion nous semble pour notre part dangereuse.
Quelques réflexions à ce sujet :
- le risque majeur d’un tel mélangge des genres est d’induire chez l’enfant une
sérieuse confusion sur sa place dans la famille. Fruit de l’amour supposé du
couple de ses parents ( et rappelons qu’il a besoin de construire son
identité sur ce dernier ), il se retrouve soudain projeté dans un rôle
d’adulte voyeur d’une réalité qu’il n’a pas à connaître ( non parce
qu’elle est en soi taboue ) mais parce que simplement elle n’est pas
audible pour lui en termes de représentation du couple ;
- les enfants ne sont pas des granndes personnes en modèle réduit et la paradoxe
d’une telle situation de confidence ( vécue souvent de manière tout à fait
traumatique par certains enfants comme un véritable viol de leur intimité et de
leur image du monde ) est que l’enfant se trouve projeté malgré lui dans
une situation d’adulte, par la responsabilité directe d’un adulte qui se
comporte lui-même comme un enfant ;
- le message clair à faire passer à l’enfant est qu’il existe des problèmes
d’enfants et des problèmes d’adultes. Si, sur les premiers, vous êtes toujours
à l’écoute des ses besoins et de ses questions, respectant en cela le contrat
tacite et moral de poursuivre votre rôle de parent, les seconds appartiennent
de plein droit aux adultes et il n’a pas à s’en mêler ;
- l’enfant a besoin de pouvoir rêvver le monde avant que de l’expérimenter et
lui faire découvrir de manière brutale vos problèmes d’adulte risque de
l’empêcher justement de le devenir ;
- il est certain pour autant que, s’il est possible de ne pas intégrer l’enfant
comme témoin des problèmes du couple, il est parfois plus difficile de le tenir
en dehors des manifestations de certaines crises ou disputes. On veillera
pourtant à limiter ces dernières à des espaces privés ( il
y a peu de choses aussi traumatisantes et aussi peu formatives pour un enfant
que de voir ses parents se déchirer ) et, en cas d’éclat, à répondre à ses
questions avec un langage approprié et surtout rassurant. N’oubliez pas qu’en
lui parlant de vous, vous lui parlez de lui