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© Stone
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Jeunes : leur premier chagrin
d’amour
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Une rupture à 15 ans, ce
n’est ni un manque de chance, ni une tare, ni une maladie. C’est une
étape utile et structurante. Même si le jeune, tel Werther, est
désespéré. Même si ses parents sont désemparés.
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epuis
trois semaines, Célia ne mange plus, ne se maquille plus, n’appelle
plus ses copines au téléphone et se désintéresse de ses études. Elle a
coupé son bracelet brésilien, s’enferme des soirées entières dans sa
chambre et sanglote toutes les larmes de son corps en contemplant une
photo froissée de son ex-petit ami, Dimitri. Tout est fichu, sali,
détruit : plus jamais elle n’aimera comme elle a aimé ce garçon infidèle
! D’abord amusés et attendris, ses parents s’inquiètent. C’est la
première fois que leur fille de 15 ans est si malheureuse. Ils ne la
reconnaissent plus et donneraient n’importe quoi pour lui éviter cette
souffrance. Ils pensent même l’envoyer consulter un médecin, tant ils
ont peur qu’elle s’effondre. Pourquoi tout de suite penser au pire ?
Pourquoi cette phobie du chagrin ?
Comme toutes les épreuves qui jalonnent notre existence, le premier
chagrin d’amour est essentiel pour mûrir. " C’est un rite initiatique
que tous les adolescents traversent quand ils se sentent prêts à
confronter leur intimité physique et, surtout, psychique, avec l’autre,
l’aimé(e) ", souligne le psychiatre Xavier Pommereau, spécialiste
de l’adolescence (il dirige l’unité médicopsychologique de l’adolescent
au centre Abadie, à Bordeaux).
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Trop attaché aux parents ?
C’est vrai, un ado en plein chagrin d’amour est totalement absorbé par
son malheur. Il le vit avec violence et passion, comme tout le reste.
" Pour lui, c’est très sérieux, précise Gérard Sévérin,
psychanalyste. Il a l’impression d’avoir tout perdu, qu’il n’arrivera
jamais à faire le deuil de cette séparation. Seuls les adultes savent
qu’on se remet de tout et que le premier amour ne sera pas le dernier.
"
Si la souffrance est si violente, c’est parce qu’elle ravive la douleur
d’autres séparations, plus anciennes. " Le tout premier chagrin
d’amour, c’est avec sa maman qu’on le vit, dès ses premiers mois,
explique Catherine Mathelin, psychanalyste. On doit tous renoncer à la
fusion, à l’amour absolu, au désir d’être totalement accepté et pris en
charge, même si on n’en fait jamais vraiment le deuil ! " Ensuite,
il faut renoncer à son amour œdipien et, ça aussi, c’est très
douloureux. Selon Xavier Pommereau, la violence d’un chagrin d’amour
est proportionnelle à l’attachement que l’adolescent éprouve encore
pour ses parents : " Sans en avoir conscience, les adolescents
cherchent à tout prix un substitut affectif à celui des deux parents
dont ils ont du mal à se séparer. Leur petit(e) ami(e) est un “plus que
mère” ou un “plus que père” avec qui ils espèrent vivre un amour idéal,
“pour la vie”. Or cette quête est sans issue. Un “amoureux” ne peut
jamais combler tous les manques affectifs. Alors, quand ils perdent
leur objet d’amour, c’est le drame ! "
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Tristesse ne veut pas dire
dépression
" Tout est de ma faute, je suis trop nulle pour susciter l’amour
d’un garçon ! " Un tel bouleversement fait surgir des mécanismes
de défense en temps normal, discrets, explique Patrice Huerre,
psychiatre psychanalyste. Ainsi Lydia s’autoculpabilise et s’attribue,
par manque d’estime de soi, toute la responsabilité de son échec.
Noémie, elle, rejette la faute sur l’extérieur : " Mes parents ne
m’ont pas laissée aller à cette boum, du coup les autres filles en ont
profité pour me démolir ! " Céline préfère nier la réalité :
" Je sais qu’il pense toujours à moi. " Valérie s’impose un
régime farfelu, persuadée que c’est à cause de ses rondeurs que son
" mec " est parti. Tous ces troubles du comportement sont des
systèmes d’autoprotection. Parce qu’ils sont réactionnels et passagers,
ils n’ont rien d’alarmant, précise Patrice Huerre : " Un
adolescent ne devient pas boulimique, anorexique ou déprimé à cause
d’une déception amoureuse. Si une pathologie aussi grave se déclare,
c’est qu’elle était là avant. La rupture sert alors de révélateur.
"
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Elles en parlent, ils se
taisent
Les filles intériorisent davantage leur chagrin : elles somatisent par
des maux de ventre ou de tête, remarque Xavier Pommereau. Contrairement
aux garçons qui cachent leur douleur sous des airs indifférents, elles
expriment facilement leur souffrance en se confiant à leurs amies ou à
leur journal intime. Les garçons préfèrent réagir par des actes. Ils
deviennent plus agressifs, tentent d’oublier leur souffrance en
collectionnant des aventures avec des filles qu’ils n’aiment pas. Ce
qui n’empêche pas certains d’être romantiques. A 15 ans, Jérémy s’est
découvert un réel talent pour la poésie, grâce à son premier " flop
" : " Je me suis mis à écrire à propos du spleen que je
ressentais. Au début, c’était pour Aurélie, mais c’est vite devenu une
passion à part entière qui m’a guéri et redonné confiance en moi.
"
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Si ça s’éternise, c’est plus
grave
Normalement, un premier chagrin d’amour ne dure qu’un mois ou deux.
D’abord, l’adolescent n’y croit pas et nie la réalité. Ensuite, il
déprime, le temps de désinvestir l’être aimé, de faire le deuil de
cette relation. Puis, il commence à réinvestir le monde extérieur : un
nouvel amour est alors possible. Cependant, il peut arriver qu’un
adolescent, tout comme un adulte d’ailleurs, reste figé à la phase
dépressive. On parle alors de " deuil pathologique ".
Comment différencier un chagrin réactionnel d’une dépression ?
" Tout est une question de durée, explique Patrice Huerre. Au bout
d’un mois, des indices d’une amélioration de l’humeur doivent se faire
sentir. L’adolescent ouvre à nouveau ses livres, il accepte une sortie,
mange sa pâtisserie favorite, retrouve, par instant, le sourire. Même
s’il garde un air sinistre, ces ouvertures montrent qu’un travail
psychique est à l’œuvre, que le jeune reconstruit ce qui lui est arrivé
et relativise les enjeux. "
En revanche, si l’échec sentimental donne lieu à un effondrement qui
s’installe, on est confronté à une pathologie plus sérieuse. La
rupture entre en résonance avec un manque d’estime de soi et une
fragilité narcissique, l’adolescent perd le contrôle, il se sent
abandonné. On l’a " laissé tomber " au sens propre. L’échec
amoureux est en quelque sorte vécu comme l’échec global de toute sa
vie, de tout ce qu’il est. Dans ce cas, sa souffrance morale nécessite
une aide psychologique. Sans trop attendre, il faut l’emmener consulter
un thérapeute. Et que penser d’un adolescent qui n’éprouve aucun
chagrin d’amour ? Cette froideur affective est plutôt mauvais signe,
souligne Patrice Huerre, elle signifie qu’il " se protège par peur
de souffrir, d’être abandonné ou bien qu’il est incapable d’éprouver
des émotions ".
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Valider son chagrin
S’il est inutile de paniquer, il ne faut pas non plus le laisser se
débrouiller seul sous prétexte que c’est son affaire ! Comment le
soutenir efficacement ? D’abord en validant sa tristesse, en le
laissant manifester ses émotions, en acceptant qu’il pleure, qu’il se
fâche, qu’il décroche un peu en classe, qu’il envoie promener ses
grands-parents, etc. On peut aussi le chouchouter : lui préparer ses
desserts favoris, l’emmener au ciné, inviter ses copains à la maison,
demander à ses frères et sœurs de lui changer les idées… Aider son ado,
c’est aussi accepter qu’il ne réagisse pas comme un adulte. Inutile de
lui demander de prendre de la distance ou de mettre sa mésaventure
sentimentale en perspective : pour lui, c’est la première fois !
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Eviter les clichés
Faire comme si on ne voyait rien, minimiser sa peine avec des conseils
clichés – " Ça passera, la vie est belle ! ", " Une de
perdue, dix de retrouvées " – n’arrangent rien. La première fois
que l’on souffre, on croit que ça va durer éternellement. A éviter
aussi : les critiques. Même si son " cinéma " semble surjoué,
il ne faut surtout pas tourner sa passion en dérision. Des remarques
comme " C’est ridicule ! Tu ne vas pas te mettre dans des états
pareils pour une fille aussi nulle, et moche en plus ! " sont
humiliantes et terribles car elles nient toutes les valeurs auxquelles
l’adolescent était attaché.
Bien entendu, entourer ne veut pas dire étouffer. Profiter de son
chagrin pour " récupérer " son ado en détresse par des "
Comme le monde est cruel, nous au moins nous ne t’avons jamais déçue,
nous t’aimons vraiment ! Reste à la maison, ma chérie " ne l’aide
pas. Au contraire. Se montrer trop compatissant enferme l’ado dans des
relations familiales fusionnelles dont il essayait justement de sortir
en tombant amoureux !
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L’éducation sentimentale
Vivre un chagrin d’amour implique qu’on a pu… tomber amoureux. "
Cela signifie qu’on a pu sortir de l’Œdipe, aimer ailleurs que dans sa
famille, quitter l’enfance pour devenir adulte, précise Catherine
Mathelin. Et ça, c’est plus que positif. " Quoi de plus formateur
que de découvrir que l’autre peut éprouver des sentiments très forts
pour soi, mais que son amour n’est ni un dû ni un acquis. Quoi de plus
enrichissant que d’expérimenter une nouvelle gamme de sentiments ? Quoi
de plus excitant que de ressentir pour la première fois de troublants
émois physiques ? Ce sont les premiers pas de l’éducation sentimentale.
" Quand Pauline m’a largué, j’ai beaucoup souffert, raconte
Sébastien, 14 ans. Ensuite, j’ai réfléchi. J’ai réalisé que je l’avais
“inventée”, qu’elle n’avait rien à voir avec la fille que j’espérais.
Je me suis emballé. J’ai craqué pour ses yeux verts, sans attendre de
la connaître. La prochaine fois, je ne me laisserai pas piéger comme ça.
Même si une fille me plaît beaucoup, je prendrai le temps de l’écouter
avant ! " Le début de la maturité ?
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AIDE : Une ligne pour confier
sa peine
Sur Fil Santé Jeunes, un Numéro Vert réservé aux jeunes en
difficultés, Nathalie Isoré aide les adolescents à surmonter cette
épreuve. "
Ce qu’ils demandent en priorité : l’écoute d’un adulte de confiance et,
surtout, des conseils. La plupart n’en parlent absolument pas à leurs
parents : c’est leur vie privée. Alors je les aide à mettre des mots, à
assumer leur part de responsabilité. A cet âge, l’amour est très
narcissique. On aime l’autre non pour ce qu’il est, mais poce qu’on
veut qu’il soit : un double ou un idéal. La rupture remet donc en cause
leurs valeurs et la déception en est d’autant plus profonde. Ce que
j’entends le plus souvent c’est : “Il est mignon”, “Elle est canon”,
etc. On est en plein fantasme ! L’altérité, la réalité de la personne
aimée n’est pas prise en considération. Seuls comptent les attributs
extérieurs ! J’essaie de leur faire comprendre qu’aimer, c’est aller
vers l’autre, le découvrir. "
Fil Santé Jeunes : 08.00.23.52.36.
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TENDANCES :
Retour en force du romantisme
Les héritiers de la révolution sexuelle préfèrent la fidélité à l’amour
libre et trouvent que coucher pour coucher, c’est démodé, révèlent deux
vastes enquêtes menées en France et dans cinq autres pays européens,
publiées en août dans “Time” et “l’Evénement du jeudi”.
L’âge moyen du premier baiser est passé de 15 à 14 ans. Celui de
la première relation sexuelle, de 15-16 ans à la fin des années
80, à 17 ans. On flirte plus tôt mais contrairement aux Etats-Unis, où
tout est codé (premier baiser au premier rendez-vous, caresses un peu
plus intimes au deuxième, puis flirt poussé), les ados européens ne
précipitent pas les choses et préfèrent s’adapter à leur partenaire.
78 % des filles et 59 % des garçons exigent la fidélité absolue
en amour. Même si la relation est courte (trois mois en moyenne), elle
doit être exclusive. Les ados sont des " serial monogamists "
(ils vivent une suite de relations monogames). Seuls 7,5 %
d’irréductibles prônent une relation totalement ouverte.
65 % des garçons déclarent faire l’amour par amour (40 % dans
les années 70). 60 % des filles sont amoureuses la " première fois
".
Tous sont toujours insuffisamment informés sur la sexualité, les
moyens contraceptifs et les maladies sexuellement transmissibles. D’où
un nombre de grossesses précoces et de MST encore trop important.
Homosexualité et bisexualité ne sont plus des pratiques taboues
mais des choix assumés. Une tolérance qui ne s’accompagne pas d’une
augmentation de l’homosexualité, au contraire.
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Catherine Marchi
octobre 1999
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Article sélecté par CRINA CHINAN
XII B
Coll. Nat. «V. Alecsandri» Bacău
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