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Scolarité : oui, on peut aimer l’internat
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Fini le temps où pension rimait avec punition. Alliant
sociabilité, autorité et enseignement, l’internat d’aujourd’hui est
plébiscité par nombre de parents et d’adolescents. Il se révèle une
belle école de la vie.
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’internat,
c’est elle qui a voulu y aller. Mathilde, 14 ans, n’arrivait plus à
travailler à la maison. « J’ai deux petits frères turbulents et
mes parents sont très occupés par leur métier, confie-t-elle. J’avais
besoin de calme pour étudier. » En fin d’année, elle a eu du mal à
convaincre son père et sa mère de la laisser partir. « C’était ça ou le
redoublement… »
Boudé pendant près de trente ans par la pédagogie
postsoixante-huitarde, l’internat suscite aujourd’hui un regain
d’intérêt tant chez les parents que chez les adolescents. Au point qu’à
la rentrée dernière, les établissements n’ont pu satisfaire toutes les
candidatures et que le ministre de l’Education nationale, Jack Lang, a
promis la création de structures supplémentaires.
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Sortir de l’enfance
Comment expliquer ce nouvel engouement ? Aux raisons de toujours
(isolement géographique, difficultés sociales ou familiales, souhait de
bénéficier d’un enseignement spécialisé) s’en ajoute une nouvelle,
inscrite dans l’air du temps. « Aujourd’hui, les enfants sont très
choyés par leurs parents, affirme la pédopsychiatre Nicole Catheline,
spécialiste des difficultés scolaires. On fait peu d’enfants, alors on
s’efforce de subvenir à tous leurs besoins. Le danger pour certains est
de ne jamais parvenir à sortir de l’enfance sans l’interposition d’un tiers.
»
« Dans les sociétés dites primitives, il existait des rites de passage
vers l’âge adulte, ajoute Alain Braconnier, psychiatre et
psychanalyste. On envoyait l’adolescent dans la forêt ou vivre en
communauté parmi ses pairs. L’internat peut avoir cette fonction
d’aménager la distance qui permettra au jeune de voler de ses propres
ailes. » A 15 ans, Simon n’avait pas spécialement envie de quitter
le cocon familial. « J’élève seule mes deux enfants dans un quartier
difficile, explique Sylvie. Les résultats de Simon n’étaient pas fameux
et mon travail m’accaparait. Je ne voulais pas passer le temps que
j’avais à lui consacrer à hurler pour qu’il fasse ses devoirs. » Ne
voyant plus d’autre solution, elle lui a proposé l’internat. Simon a
été d’accord. « Après les cours, je n’arrivais pas à me concentrer. Je
regardais la télé ou je traînais avec mes copains. » « Il
avait besoin de repères que je ne pouvais pas lui donner, poursuit sa
mère. L’internat symbolisait l’autorité paternelle qui lui manquait. »
Difficultés scolaires, comportement dépressif ou conduites d’opposition
sont les signes les plus fréquents d’un besoin de l’adolescent de se
décoller du cadre familial. « Lorsque ces signes apparaissent dans
des familles aimantes, c’est bien souvent parce que parents et enfants
sont pris dans un lien anxieux qui se focalise autour du travail
scolaire », indique Nicole Catheline. Un trop-plein d’attention qui,
s’il part d’un bon sentiment, peut se révéler étouffant. « A la maison,
on ne parlait que de mes notes, se rappelle Jonathan, 16 ans. Mes
parents voulaient que je réussisse et je ne me sentais jamais à la
hauteur. J’ai eu besoin d’air ! »
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Une solution mal vécue par les parents
Pour les parents, envisager la solution de l’internat est rarement
facile. « L’éloignement de leur enfant est vécu comme un échec de
leur éducation », analyse Nicole Catheline. « J’ai eu peur que Simon
croie que je me débarrassais de lui, raconte Sylvie. De mon côté, j’ai
dû me faire à l’idée qu’il ne vivrait probablement plus jamais avec
moi. » Quant au père de Mathilde, il s’est senti rejeté par le choix de
sa fille. « Elle est peut-être partie parce qu’elle n’était pas bien
chez nous », redoute-t-il.
La séparation géographique oblige chacun des membres à repenser sa
relation aux autres. « Se séparer ne signifie pas se perdre,
rassure Philippe Jeammet (auteur de “Réponses à 100 questions sur
l’adolescence”, Solar, 2002), psychiatre et psychanalyste. Certains
parents supportent mal de ne plus intervenir dans les devoirs. Mais pour
aider leur enfant à être autonome, ils doivent lui montrer l’exemple en
prenant plaisir à s’occuper d’eux. Même “désagrippés” à lui, ils
restent une toile de fond sécurisante. »
Au début, Lola, 15 ans, appelait ses parents tous les jours : « C’est
moi qui ai voulu partir, mais ils me manquaient. » Pas facile pour
Carole, sa mère, de l’entendre parfois pleurer. « Elle avait fait un
choix courageux, je n’allais pas la ramener sous mon aile à la première
difficulté, dit-elle. Alors je l’écoutais, je l’encourageais, je lui
glissais des petits cadeaux dans ses bagages. » Et Lola, forte de
ces petits réconforts, a fait son apprentissage de l’autonomie.
Apprendre à travailler pour lui-même, c’est le premier bénéfice que
Simon a retiré de l’internat : « Au début, j’avais du mal à accepter de
travailler à horaires fixes. Mais j’étais protégé des distractions. » «
Les progrès scolaires sont souvent rapides, remarque Philippe
Jeammet. Contrairement à ce que l’on peut penser, c’est dans la
contrainte que les jeunes trouvent la liberté. Ceux qui refusent la
contrainte parentale s’accommodent très bien d’une autorité plus neutre
affectivement. »
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De l’inquiétude à la fierté
Un carnet de notes en progression modifie l’ambiance à la maison. De
l’inquiétude à la fierté, c’est un cercle vertueux qui remplace une
spirale de conflits. Plus important, l’amélioration de ses notes est le
signe que l’ado « réinvestit le plaisir à penser qui va lui permettre
de grandir », atteste Nicole Catheline. L’immersion dans le groupe des
pairs n’y est pas pour rien. « J’ai vu des jeunes qui prenaient plaisir
à travailler et qui me l’ont communiqué », explique Simon.
La vie en communauté, Simon adore ça. « Lorsqu’on vit ensemble
vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on est comme une petite famille.
Le soir, on a des discussions sur la vie, on fait des batailles de
mousse à raser, on s’aide pour les devoirs. » Passer de ses parents
à ses pairs, c’est l’occasion d’expérimenter un nouveau mode de
relation, où l’opposition fait place à la stimulation. « Le groupe
a une fonction de miroir et d’ouverture, analyse Philippe Jeammet. Les
jeunes sont confortés par leurs points communs et apprennent beaucoup
de leurs différences. »
Mais le groupe, c’est aussi ce qui inquiète le plus les parents. « Je
n’étais pas rassurée quand ma fille me racontait les pressions qu’elle
subissait de la part des garçons », confie Carole. Premières relations
sexuelles, premiers paradis artificiels, les jeunes font – en internat
comme en externat – toutes les expériences que leurs parents
préféreraient qu’ils ne fassent pas. « La tentation est forte de les
rappeler à la maison, prévient Philippe Jeammet. Le meilleur service à
leur rendre, c’est plutôt de leur donner confiance en leur capacité de
résister aux mauvaises influences. »
Livrés à eux-mêmes, les internes ont à trouver leur place. « Je
m’intègre dans un groupe ou je reste à l’écart ? Je fais comme tout le
monde ou je prends position ? Qui éviter ? Avec qui je gagne à me lier
? Ce tâtonnement est important pour la construction de soi », avance
Alain Braconnier.
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L’apprentissage de la citoyenneté
Très impliqué dans sa communauté, Simon est devenu délégué des
internes. Il se bat pour des enjeux communs : un presse-orange, une
salle pour travailler en groupes. Et il a le projet, avec quelques
copains, de financer l’achat d’ordinateurs par une tombola.
« C’est parce que l’on vit ensemble que je me sens si concerné,
affirme-t-il. Ce que j’apprends là m’aidera plus tard, quand je serai
citoyen. »
Quand il n’est pas imposé au jeune comme une sanction, ni envisagé par
les parents comme une solution miracle, l’internat peut être le lieu
d’une maturation accélérée. « J’ai quitté une petite fille et
je retrouve une jeune femme, s’émerveille Carole. C’est très
rassurant pour des parents de voir que son enfant peut se débrouiller
seul, mais qu’au bout du compte il a toujours besoin de notre amour. »
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CHOISIR UN INTERNAT ADAPTE :
Chaque inspection académique propose une liste des établissements de la
région et dispense des conseils. Le plus important : choisissez en
fonction des besoins de votre enfant. Certains tireront profit
d’une discipline forte, d’autres de convivialité, d’un peu plus de
maths ou d’un enseignement artistique. Rencontrez ensemble la
direction, visitez les locaux et les chambres. Assurez-vous que l’on
peut travailler dans de bonnes conditions et se sentir bien.
On peut intégrer ou quitter un internat entre deux trimestres. Si, au
bout de plusieurs semaines, votre enfant est triste, irritable, ou
qu’il insiste pour rentrer, ne vous acharnez pas. Et prenez la décision
d’interrompre l’expérience, pour lui éviter un sentiment d’échec.
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PENSION OU INTERNAT ?
Adieu la pension, bonjour l’internat !
Exit le pensionnat d’antan aux grands dortoirs, confort rudimentaire et
discipline de fer. Pour les plus enthousiastes, l’internat du XXIe
siècle aurait même un petit goût de colonie de vacances. Mais
attention, l’enseignement y reste rigoureux.
Ce qui fait l’avantage qualitatif de l’internat, ce sont les temps
d’étude obligatoires. Centre de documentation, salles d’informatique,
professeurs disponibles, tous les moyens sont donnés à l’ado pour
réussir sa scolarité. Certains établissements offrent un enseignement
spécialisé, comme le collège de Marciac (Gers) ouvert aux amateurs de
jazz. Avant de regagner leurs chambres (quatre à six lits), les
internes bénéficient parfois de sorties encadrées au théâtre ou au
restaurant. Un foyer permet de regarder un film ou d’écouter de la
musique entre copains.
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