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© Stone
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Ados, la soif de célébrité
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Mais que cherchent-ils vraiment ? Ils ont entre 15 et 25 ans.
Leurs idoles ? Loana, Jenifer, Houcine ou Nolwenn. Leur rêve ? Passer à
la télé, être célèbres et, accessoirement, riches. Après ? Ils verront
bien. Pour toute une génération, les “Popstars”, “Star Academy”, “Loft
Story” sont les clés du futur. Enquête.
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ickaël
Nabet n’hésite pas une seconde. « Quand on est célèbre, tout le monde
nous aime ! » Il vient d’avoir 18 ans. Ses modèles sont les chanteurs
Daniel Levi et Pascal Obispo. Il habite Clichy-sous-Bois, en
Seine-Saint-Denis. Il arrive au rendez-vous en scooter Piaggio gris
métallisé. Il est vêtu "streetwear", baskets dernière mode et
petit bonnet noir. Il est accompagné d’Orly Chiche, 18 ans également.
Elle veut être "connue", comme lui. Plutôt grâce à la
musique, comme lui. Ça peut aussi être autre chose : faire de la
figuration, jouer dans une publicité. Mais surtout, passer à la télé.
« En tout cas, il faut être connu d’abord. Ensuite, on pourra faire
ce qui nous plaît », assurent-ils tous les deux. Mickaël a laissé
une petite annonce sur le site Internet de “Casting magazine”, sur le
conseil d’une amie. Il a rédigé son texte comme des centaines d’autres
jeunes de 15 à 25 ans, fautes d’orthographe et exclamations
comprises : « Je cherche tous ce qui ce rapporte au milieu
artistique, je fais de la musique (piano), je cherche aussi de la
figuration… merci de me contacter c’est mon rêve et je le vivrai avec
vous ou non !!!! » Pour l’instant, personne ne l’a contacté,
à part “Psychologies magazine”. Mais, pour lui, « c’est déjà un
bon début, même si mes parents m’ont dit que ça ne servait à rien de
venir ».
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La télévision, nouvelle baguette magique
Beaucoup de lecteurs de “Casting” pensent la même chose. Créé en 1992
en pleine explosion top models (Claudia Schiffer, Kate Moss, Naomi
Campbell…), ce magazine est aujourd’hui, selon sa direction, diffusé à
cent mille exemplaires. Les lecteurs envoient des lettres, des annonces
ou des photos comme autant de bouteilles à la mer. « Les deux
tiers de nos lecteurs demandent une aide précise, des adresses pour
entrer dans le milieu », explique Stéphane Aitassa, son rédacteur
en chef adjoint. Mais ceux du dernier tiers sont persuadés qu’ils vont
« tout déchirer ». Ça marche pour Jenifer, Nolwenn et
Jean-Edouard, alors, « pourquoi pas moi ? »
Parfois, les demandes vont loin. Une jeune fille de Marseille n’a pas
hésité à envoyer des photos d’elle collées sur une grande feuille
d’écolier, toute nue, sans autres éléments que son adresse et ses
mensurations. Un cas extrême, mais envoyé quand même dans le cadre de
la rubrique « Votre photo », la plus lue du magazine !
« Le désir d’être célèbre chez les adolescents n’est certes pas
nouveau, poursuit Stéphane Aitassa. Il suffit de se souvenir de la période
hystérique des yé-yé, des rockers ou des starlettes des années 60. Mais
le grand bouleversement, ç’a été le développement du “carré magique”,
la télévision. Aujourd’hui, il n’y a plus besoin d’être repéré par un
producteur ou par un “booker”, ou de travailler ses talents. Du jour au
lendemain, on peut se retrouver célèbre sans rien faire. »
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Le succès comme bouclier
Même si ce désir n’a rien de nouveau, le phénomène, selon les
spécialistes de l’adolescence, s’est exacerbé. Le pédopsychiatre
Stéphane Clerget (auteur de “Ils n’ont d’yeux que pour elle” Fayard,
2002) l’a constaté dans ses consultations, aussi bien dans son cabinet
chic du XVIe arrondissement de Paris qu’à l’hôpital de Cergy, dans le
Val-d’Oise. « Les parents regardent la télé au lieu de regarder
leurs ados. Donc, si les ados veulent être regardés par leurs parents,
il faut qu’ils passent à la télé. » Stéphane Clerget se souvient de la
remarque d’une jeune fille, sur le plateau de “En juin, ce sera bien”
sur La Cinquième (France 5), émission à laquelle il collaborait :
« Moi, j’aimerais bien être psychologue, comme ça, je passerais à
la télé. »
Pour le psychiatre, l’une des explications de l’augmentation du
phénomène est en grande partie liée au déclin des rites de passage
adolescents, autrefois accompagnés par les adultes. Aujourd’hui,
ils sont de plus en plus du ressort de l’ado lui-même. Comme si la
télévision avait pris en charge ce que la société a laissé de côté
en instaurant une série d’épreuves initiatiques : séparation
d’avec la famille, relookage vestimentaire, désignation d’élus. En eux
vont se reconnaître les anonymes, lesquels résolvent leur angoisse
adolescente par procuration : « La célébrité protège,
poursuit Stéphane Clerget. Elle incarne l’illusion d’une immunité
psychologique contre les bouleversements du corps, le changement des
relations amicales, familiales. C’est aussi une manière de se décoller
des parents en se faisant appeler, élire par le groupe social. »
Une séparation en fanfare du vaisseau familial d’autant plus rapide et
pratique en apparence qu’elle est indolore et, surtout, extrêmement
valorisante pour… les parents. « Tous les ados rêvent de quitter
leurs parents, non seulement sans leur faire de mal, mais en leur
faisant plaisir. Or, qu’est-ce qui accomplit le plus rapidement et le
moins douloureusement ce décollement, sinon la célébrité ?
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Se montrer pour se faire entendre
De leur côté, Mickaël Nabet et Orly Chiche rêvent de célébrité pour des
raisons assez différentes. Le premier, parce qu’il « ne se voit
pas se lever à la même heure tous les matins ». La seconde, parce
qu’elle aimerait bien « être au-dessus des autres ».
En revanche, tous deux veulent manifestement rendre publics, médiatiser
leur jardin secret, leurs talents intimes. « Il ne faut pas
oublier qu’il s’agit avant tout d’un désir littéral de se faire
entendre, précise à son tour le psychanalyste Serge Tisseron
(auteur de “L’Intimité surexposée”, Odile Jacob, 2002). Les enfants
grandissent aujourd’hui dans une culture familiale moins autoritaire
qu’avant. Mais du coup, les parents ne savent plus dire ce qu’ils
attendent d’eux. Les ados se sentent investis d’une mission, mais ils
ne savent pas très bien laquelle. Conséquence : la célébrité
médiatique vient combler ce flou. »
Il ne faut pas oublier non plus la relation nouvelle que nous
entretenons avec les images. A l’heure du tout-digital et d’Internet,
la place de l’image dans les familles a crû de façon exponentielle.
« Quand des enfants ont été filmés très tôt à la caméra numérique,
parfois mis sur le Net à un stade embryonnaire, il ne faut pas
s’étonner qu’ils veuillent rester dans le poste ! », s’amuse
Serge Tisseron. Effet direct de cette médiatisation familiale précoce :
c’est comme si la présence au monde passait par les médias. De la même
façon, les psychiatres insistent sur le caractère réaliste et
finalement très professionnel du désir adolescent de célébrité.
« Il y a quinze ans, Vanessa Paradis réussissait à devenir une
star grâce à un milieu familial issu du cénacle. Aujourd’hui, “Star Academy”
met le succès à la portée de milieux modestes. Même si cela concerne
peu d’élus, ils voient cela comme une simple opportunité
professionnelle. »
Mickaël, qui cherche un emploi après avoir arrêté l’école à 16 ans, et
Orly, qui passe son bac ES cette année, l’ont très bien compris.
Intériorisé. « L’important, c’est d’être vu, remarqué. Etre connu
d’abord. Pour ensuite s’exprimer et travailler. » Ils prennent
l’exemple de Priscilla, chanteuse de 13 ans qui a déjà vendu six cent
mille exemplaires de son premier disque. Elle était venue comme
spectatrice dans le public de “Y’a pas photo”, l’émission de Bataille
et Fontaine sur TF1. Elle a demandé à chanter. « Et ç’a marché,
poursuit Orly, admirative. Elle, on l’a reconnue ! » Du coup, Orly a
écrit plusieurs fois pour participer à “C’est mon choix”, sur France 3.
Elle attend la réponse. Quant à Mickaël, en attendant la gloire, il est
déjà très content d’avoir été interviewé par “Psychologies magazine”.
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TELE :
Une usine à fantasmes
En 2002, la psychologue Nine Archancourt (le nom de la psychologue a
été changé en raison des strictes clauses de confidentialité imposées
par la société de production) a accompagné un casting de “Loft Story 2”
diffusé sur M6 (1). Elle nous livre ses impressions.
Psychologies : Qu’est-ce qui vous a
frappée chez ces jeunes candidats ?
Nine Archancourt : Nous étions chargés de "dégrossir",
parmi huit cents à mille candidats. Les files étaient impressionnantes.
Ils étaient capables d’attendre sous la pluie. Passés les deux premiers
jours, j’ai senti beaucoup d’ennui, de solitude. Je me souviens d’une
fille qui a répondu oui à la question : « Seriez-vous prête à
faire l’amour devant la caméra ? » Mais quand on lisait sa
réponse à : « Comment était votre dernière relation
amoureuse ? », c’était : « Il me battait. »
Triste.
Qu’y avait-il, au fond, dans ce désir de
passer un casting ?
Une pensée magique. Sur un coup de baguette, tout l’être serait
transformé, les carences affectives résolues, l’indécision scolaire
dissipée. Cette situation de jeu allait leur permettre de prendre
forme, de se rassembler, de se ressembler, de devenir une personne.
Comme s’ils s’accrochaient à l’image médiatique en disant :
« Sauvez-moi de cette piètre représentation de moi ! »
1- M6 s’apprête à lancer une nouvelle émission, “Pop Idol”. Pour
le casting, qui se déroule jusqu’au 14 mars, la chaîne attend quelque
dix mille candidats potentiels. Trente seront retenus !
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PARENTS IMMATURES :
Les parents sont-ils responsables de la « pulsion de célébrité » des
adolescents ? Pour Philippe Gutton, pédopsychiatre et directeur de la
revue “Adolescences”, leur responsabilité est certaine. « Notre culture
promeut l’apparence, la réussite. Comment voulez-vous que les
adolescents y échappent ? Ils cherchent un miroir dans le regard des
autres. Mais le désir de reconnaissance, sociale notamment, c’est
surtout le problème des adultes. »
Compétition, recherche de signes extérieurs de richesse… : d’après
Gisèle Harrus-Révidi, auteur de “Parents immatures et enfants-adultes”(Payot,
2001), les parents seraient en proie à un « narcissisme pauvre ». Une
volonté de s’épanouir centrée sur le clinquant qui rejaillit sur
l’adolescent. « Celui-ci prend pour soi ce désir de réussite rapide et
matérielle. S’il veut être reconnu par ses parents, il vaut mieux qu’il
passe à la télévision plutôt que d’avoir un “20” en maths », explique
la psychanalyste, qui prend l’exemple de Sandrine Bonnaire : malgré
tous les films dans lesquels elle a joué, seule la série “Une femme en
blanc” l’a fait reconnaître comme comédienne par ses parents.
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Article sélecté par CHINAN CRINA
XII B
Coll. Nat. «V. Alecsandri»Bacău
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