Question
Comment maintenir une communication vivante avec
les adolescents ?
Réponse
En termes de communication, l'adolescent est un
véritable paradoxe. Plus il ressent le besoin d'être proche de ses parents et
plus il va s'en éloigner ou les tenir à distance. Ainsi, pour accéder à une
certaine autonomie affective, il va brűler ce qu'il a jusqu'ici adoré.
Quelques pistes pour tenter de s'y retrouver.
- La période de l'adolescence vécuue au sein de la famille est souvent la
rencontre plus ou moins simultanée de deux crises : pour l'adolescent, la crise
de maturation qui lui permet de passer du statut d'enfant à celui d'adulte ;
pour l'adulte, la crise du milieu de vie oů, sous l'influence de
l'irruption de la mort par le biais de décès de proches, il commence à compter
le temps qui lui reste (c'est l'époque du milieu du pont)... Cette
caractéristique rend le contact plus électrique et déstabilisant (les
préoccupations existentielles sont en apparence communes).
- Les enjeux auxquels l'adolescentt est confronté ne sont pas les mêmes que les
vôtres. Alors que vous êtes imprégnés de soucis pragmatiques de parents qui ont
eux-mêmes procédé à leurs principaux choix de vie (réussira-t-il dans sa
scolarité ?, trouvera-t-il une place de travail ?, parviendra-t-il à s'intégrer
dans le monde et à mener une vie équilibrée ?, etc.), les adolescents se posent
des questions d'un autre ordre, plus existentielles (quel est le sens de la vie
et de la mort ? ; à quoi bon apprendre et vivre dans un monde qui va à sa perte
et qui ne leur offre pas de place ? ; comment réinventer l'amour à l'heure du
sida ?, etc.). Il est dès lors nécessaire de reconnaître que votre position
respective sur le cycle de vie ne vous permet pas d'avoir la même perspective
et le même type de réponses à vos questions. La reconnaissance de cette
altérité est fondamentale car il existe parfois chez certains parents, une
tentation régressive de participer à la révolte de l'adolescent, confondant en
cela les enjeux de l'accession au statut adulte avec la nécessaire remise en
question de ce dernier. Il n'est donc pas toujours aisé de résister à l'attaque
cumulée de l'agression externe (l'adolescent) et de l'agression interne (son
propre processus de maturation) dans un contexte oů il est paradoxalement
nécessaire de faire front et de maintenir le cap. L'adolescent a en effet
singulièrement besoin que vous marquiez par votre attitude une certaine
permanence car cela est nécessaire à sa propre structuration.
- Pour maintenir un contact vivantt avec l'adolescent, il importe de ne pas
réagir viscéralement, de ne pas foncer tête baissée dans les provocations
(combien de parents font penser aux malheureux taureaux dans l'arène...), de
faire preuve de patience et de disponibilité, de ne pas juger ou dénigrer,
d'exprimer ses sentiments de manière adulte.
- Une fois de plus, et même si ellle est dénigrée en apparence, l'exemplarité de
votre conduite est déterminante. Evitez si possible de sombrer dans l'illusion
du parent-copain, qui tente désespérément de nier l'altérité en suivant
l'adolescent dans ses errances. Vous ne serez qu'artificiellement complices et
fort peu capables de jouer votre rôle structurant. Or, c'est d'investissement
qu'il est question, non de commodité temporaire.
- Efforcez-vous d'appréhender la ssituation à long terme. L'adolescence n'est
finalement qu'un passage nécessaire et structurant vers l'âge adulte. Pour que
votre apport éducatif soit intégré, il doit être remis en question. Plus vous
aiderez l'adolescent à le faire et plus votre relation adulte sera harmonieuse.
Quelles sont les manifestations psychiques de
l'adolescence ?
Réponse
Avec l'adolescence et son corollaire, la puberté,
l'enfant accède à la sexualité génitale. Cela signifie qu'il va désormais se
trouver sous l'emprise de pulsions jusque-là inconnues pour lui. Ces pulsions
vont réactiver le conflit oedipien et les fantasmes qui l'on peuplé.
L'adolescent va ainsi être écartelé entre des fantasmes de type incestueux et
des fantasmes parricides, ce qui va générer en lui une profonde angoisse au
sujet de son nouveau potentiel et de ses éventuelles conséquences. Dès lors,
l'adolescent va entrer dans une double contrainte fort pénible et dont
l'ensemble de la structure familiale va être ébranlée durablement: il va d'une
part souhaiter rejeter ses parents ( à cause de la réactivation des angoisses
oedipiennes ) mais dans le même temps, il va avoir fondamentalement besoin
d'eux pour construire sa propre identité. Quelques précisions pour y voir plus
clair au milieu de trois paradoxes:
- l'adolescent est pris dans un péérilleux exercice d'allez et retour qui peut
se résumer dans le message suivant: vous provoquez en moi de l'angoisse et une
réaction de rejet. Je me place donc loin de vous. Pourtant, à certains moments,
cette distance me fait peur et j'ai besoin de me rapprocher pour puiser en vous
la force de m'éloigner de vous… Si on se rappelle que tous ces messages sont
vécus de manière inconsciente tant par les adolescents que par leurs parents
d'ailleurs, on comprend mieux à quel point la situation est complexe et parfois
désespérante…;
- autre paradoxe. Pour accéder à ll'âge adulte, l'adolescent doit tuer en lui
ces parents qu'il a intériorisés, à partir desquels il s'est construit et
auxquels il s'est identifié pendant une quinzaine d'années. Pour ce faire, il
va devoir revisiter les identifications de son enfance, c'est-à-dire à la fois
régresser et puiser dans le même temps une nouvelle force au sein de son
histoire transgénérationnelle et de sa lignée familiale ( on retrouve ici le
rôle essentiel de l'histoire familiale et en particulier des grands-parents )
pour trouver un ancrage au delà de ses propres parents;
- Assailli par ses pulsions, l'adoolescent va s'efforcer d'y répondre de manière
inconsciente par des mécanismes de défense. Deux d'entre eux seront
privilégiés: l'intellectualisation et l'ascétisme. On peut ainsi assister
paradoxalement à des comportements extrêmes qui se situent apparemment à l'extrême
inverse des pulsions ressenties. Il importe que les parents n'en soient pas dupes
et acceptent ces derniers. Cela peut signifier d'accepter d'interminables
discussions ou le besoin manifesté par l'adolescent d'aller jusqu'au bout de
lui-même en éprouvant se propres limites corporelles.