Groupage de Ioana
Aron-XllC
Coll.Nat.«V.Alecsandri» Bacău
ADOLESCENCE
L’adolescence est une zone de turbulences.
Elle ne « secoue » pas seulement ceux qui la traversent – les adolescents –,
mais aussi leur entourage et, en premier lieu, leurs parents. Confrontés à leur enfant en mutation, ceux-ci
voient en effet s’abolir leurs repères et, désorientés, vivent, pour nombre
d’entre eux, dans la peur de passer à côté d’un problème, voire d’une
catastrophe. D’oů leur quête angoissée auprès des spécialistes : « Mais à
quoi voit-on qu’un adolescent va vraiment mal ? À partir de quand faut-il
s’inquiéter ? » La recherche de signes
Cette recherche de "signes" qui permettraient de savoir ce qui se
passe est compréhensible, car l’adolescent est, pour ses parents, aussi
impossible à saisir que le furet de la chanson. La démarche, cependant, n’est
pas sans danger. Elle présente en effet un risque majeur : celui de mettre les
parents dans une logique de "chasse à la maladie". Leur angoisse les
prédispose à cette traque et leurs craintes ont toutes les chances d’être
majorées par ce que véhicule la notion de "signes". Parler en ces
termes induit l’idée que ces signes seraient les mêmes chez tous les
adolescents, qu’ils auraient chez tous la même signification et constitueraient
toujours les prémices d’un trouble grave.
Or, il n’en est rien. Qu’une jeune fille rechigne à se nourrir ne
signifie pas pour autant qu’elle soit, d’ores et déjà, "une
anorexique". Elle exprime par ce refus de s’alimenter une difficulté à
vivre qu’elle ne parvient pas à dire avec des mots. Sa souffrance peut être plus
ou moins importante, mais elle est toujours singulière. Elle n’a pas le même
sens que celle d’une autre adolescente qui présenterait des troubles
équivalents et doit être, dans chaque cas, décryptée en fonction de l’histoire
personnelle. Figer d’emblée les choses
en mettant une "étiquette" serait une erreur car, à
l’adolescence, tout est en mouvement, le pire comme le meilleur. Ce serait, de plus, une erreur dangereuse,
car les adolescents sont toujours
prompts à s’identifier à l’image d’eux-mêmes qu’on leur propose. Objets
d’un diagnostic, ils peuvent être amenés, si l’on n’y prend pas garde, à la
reprendre à leur compte et à en "rajouter" dans les symptômes pour
"coller au personnage". D'observateurs
à incompétents Dangereuse, la recherche de signes l’est aussi pour les
parents. Prisonniers d’une telle logique, ils se mettent souvent, croyant bien
faire, en position "d’observateurs" de leur enfant. Cette attitude
est dommageable, car leur regard, parasité par l’angoisse, ne leur fait voir
que ce qu’ils redoutent et imaginent.
Elle l’est également pour la relation à leur enfant. Qui
"observe", en effet, "n’écoute" plus. Or, ce dont un adolescent a besoin, ce n’est
pas d’être sous le microscope ni que l’on épie ses faits et gestes, c’est qu’on
l’écoute. L’adolescent qui se sent "observé" par ses parents vit
toujours leur attitude comme une preuve de défiance à son égard. Cela casse à
la fois la confiance qu’il a en eux et celle qu’il peut avoir en lui-même. Car,
quelle que soit la désinvolture qu’il affiche, l’opinion que ses parents ont de
lui compte. Elle est même un appui essentiel pour l’image qu’il se construit de
lui-même. Enfin, contrairement à ce
qu’ils croient, la connaissance de signes ne rend pas les parents plus
"savants". Au contraire. Si ce savoir extérieur à eux-mêmes les rassure
dans un premier temps, il les fait toujours à terme se sentir encore plus
"incompétents". Il les empêche même, dans bien des cas, de suivre une
intuition qui était juste. S’ils refusent de se laisser duper par les
illusoires "modes d’emploi" qu’on leur propose, ici ou là, que
peuvent faire les parents qui s’inquiètent pour évaluer les problèmes de leurs
adolescents ? Les 8 repères Il faut
qu’ils comprennent que s’il n’y a, en matière d’adolescence, ni
"recettes" ni "savoir miracle", il existe des repères qui
peuvent servir de boussole. Quels sont-ils ?
1) L’adolescence n’est pas une
maladie, même si elle fait souffrir. L’adolescent n’est pas
"malade", il est en mutation. La nuance est importante. 2)
L’adolescence ne peut jamais se passer "bien". Ou, plus
exactement, si elle se passe bien – c’est-à-dire sans heurts –, c’est là qu’il
faut s’inquiéter. Une éducation n’est "réussie" que si elle permet
qu’à l’adolescence on se révolte contre elle, et la révolte, ça fait toujours
du bruit… 3) Se rappeler que l’adolescence est l’équivalent d’un vaste chantier.
L’adolescent doit tout démolir en lui pour tout reconstruire et, pour ce faire,
il doit creuser jusque dans les fondations de son enfance. Cette importance du chantier a trois
conséquences : – nul ne peut prévoir avec certitude combien de temps il va
durer ; – un certain "quota" de problèmes est inévitable : des
travaux de cette ampleur ne peuvent s’effectuer sans incidents ; – comme dans
toute rénovation, on n’est pas à l’abri de surprises désagréables. Les plus
graves étant liées à des défauts dans la construction initiale. L’adolescence
agit comme un révélateur de ce qui n’était pas en place depuis l’enfance. Elle
est l’occasion de découvertes douloureuses, mais qui ont un avantage : une fois
les problèmes mis à jour, on peut les régler.
4) Sur quoi porte le chantier ? Sur
tout, c’est-à-dire sur tout ce qui constitue les piliers du psychisme d’un être
humain. L’adolescence remet en chantier : – le narcissisme, l’image, bonne ou
mauvaise, que l’adolescent a de lui-même ; – sa "sexuation" : se
sent-il "vraiment garçon" ? "Vraiment fille" ? – sa
sexualité : qu’aime-t-il vraiment ? Les garçons ? Les filles ? – son
individuation, c’est-à-dire sa capacité à être, à penser et à décider seul ; –
son désir de vie : la force intérieure qui le pousse – ou non – à avoir des
projets, à vouloir se construire un avenir ; – son rapport à la "loi"
: sa reconnaissance – ou non – de la valeur des limites, des règles sociales ;
– son rapport au "social" : aux institutions, aux adultes extérieurs à
la famille, à l’autorité. – sa vie relationnelle : sa capacité à aller vers les
autres, à se faire des amis, etc. 5) Des problèmes (normaux) peuvent donc
surgir à plusieurs niveaux : – le narcissisme : un manque de confiance en
soi. D’autant plus grand que, le corps se transformant, on ne maîtrise plus
l’image que l’on donne aux autres ; – la "sexuation" : une fille
peut, par peur de la féminité, jouer les "garçons manqués" et un
garçon, les "gros durs" parce qu’il craint de manquer de virilité ; –
la sexualité : on la cherche et on se cherche. Des émois naissent, parfois
homosexuels, et ils font peur ; – l’individuation : on hésite à se lancer dans
la vie. On recherche, un peu trop, l’assentiment des parents ou leur aide pour
des choses que l’on devrait faire seul ; – les projets : on interroge le sens
de la vie. Avancer, mais pourquoi faire ? – la loi : on refuse de "payer
le prix", de travailler. On flirte avec les interdits, on frôle la
délinquance ; – la vie relationnelle : on n’arrive pas à se "faire des
copains" ou bien on devient, au contraire, l’otage de sa "bande"
et l’on semble abdiquer toute personnalité, etc. 6) Si
tant de problèmes sont "normaux", à partir de quand faut-il
s’inquiéter ? La réponse est simple : lorsque les problèmes sont vraiment
trop importants ou lorsqu’ils durent vraiment trop longtemps. Un adolescent qui est replié sur lui-même,
qui n’a aucun copain, qui n’a pas de vie affective – pas de "petit"
ou de "petite amie" –, qui abandonne totalement ses études, ou qui,
triste, semble n’avoir aucun désir de vie et aucun projet, et, bien entendu, un
adolescent qui "se lance" dans la délinquance – même mineure –
doivent inquiéter. Comme doit inquiéter
un adolescent qui reste enfermé dans une guéguerre sans fin, à propos de tout
et de rien, avec ses parents, car c’est souvent, pour lui, une façon d’éviter
les vraies questions. 7) Que faire si l’on sent venir un danger ?
On peut évidemment proposer à l’adolescent de l’emmener consulter. Mais il
est souvent plus judicieux que les parents voient d’abord, seuls, un
spécialiste pour lui faire part de leurs craintes. Cela leur permet de les évaluer
et d’étudier avec l’aide du professionnel le type d’aide à apporter à
l’adolescent. Et, si l’adolescent refuse de consulter, de bénéficier, eux,
d’une aide pour les problèmes qu’ils rencontrent avec lui. 8) A
l’intention des parents qui continueraient à se culpabiliser à l’idée qu’ils ne
sont pas parfaits : cessez de vous flageller ! Pour devenir adultes, vos
enfants ont besoin de se détacher de vous et, pour un temps, de vous rejeter.
C’est donc une chance pour eux que vous ne soyez pas parfaits. Si vous l’étiez,
ils ne pourraient jamais vous quitter… DIALOGUES
ENTRE ADOS : Sur Psychologies.com
Timidité, homosexualité, déprime, etc.,
est devenu un lieu oů les jeunes expriment leur désarroi sans
fausse pudeur. Lucy, 20 ans : « Je ne fais rien. Je suis étudiante en école de
commerce et je me demande ce que je fais là. Mais il y a longtemps que je me
suis fait une raison : ma vie est et restera toujours pourrie ! » Flore,
19 ans : « Je pense être victime de phobie sociale. […] En fait, je ne suis
pas une sauvage qui refuse tout contact avec autrui. Je redoute simplement le
jugement des autres. » Noémie, 18 ans : « Avant, j’étais un
vrai garçon manqué. Je n’avais pas de copines. Je me disais que cet excès de
“virilité” venait d’un surplus d’hormones mâles et qu’un jour, je me rendrais
compte de mon homosexualité. Aujourd’hui, je m’entends beaucoup mieux avec les
filles, je suis en accord avec ma sexualité et avec les hommes, je soigne mon
apparence… Tout baigne quoi…
Claude Halmos mars 2002

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