� pas feutr�s, il d�ambule � contre-temps
presqu'invisible le visage masqu�.
Aveugler de fatigue il longe les murs de ces couloirs
d'intol�rances
Ne pas parler
Plut�t se taire
�tre l'ombre de son miroir
feindre...
faire comme si...
Les ignorer les autres
les gens bien
ceux qui se gavent de pr�jug�s
ceux qui sont du bon c�t�
ceux par qui le malheur n'arrive jamais.
Souvent il a envie de crier
de crier au secours
au secours � l'aide
aidez-moi s'il-vous-pla�t
mais devant tant d'arrogance
il referme les poings
devant tant de silence
il ne dit plus rien
� quoi bon dire...
il y a trop de langage o� le coeur est absent
derri�re tant de volets
des voix nous assourdissent de longues suites de mots
tirades insipides qui ne servent qu'� b�tir d'immenses
paravents...
Il ne dit plus rien, mais il se rappelle
Il se rappelle de ce matin
de cette clinique froide et aust�re
ou un quelconque m�decin
lui a confirmer ce qu'il savait d�j� : Sida
Ce matin l�...il a march�
march� � travers les rues de la ville
sans se presser
comme un �tranger qui visite un endroit pour la premi�re fois
un regard � droite- un coup d'oeil � gauche
des pas et des pas
sans aucune direction marcher...
marcher pour oublier sa d�chirure
marcher pour se perdre dans la foule
marcher pour r�inventer l'histoire
marcher...marcher...marcher de plus en plus vite
de peur que l'on sache.
Puis...
� bout de souffle
� bout de force
� bout d'excuses
il est rentr� chez lui.
Les jours, les semaines, les mois se sont �coul�s...
Il lui en a fallu du temps
du temps pour comprendre
du temps pour apprivoiser sa maladie
du temps pour accepter l'in�vitable.
Parfois...
Certains jours, apr�s la visite d'un ami ou d'une amie,...les
vrais, ceux qui ne le juge pas
l'espoir s'installe l'espace d'un instant
non pas l'espoir de survivre
mais de vivre tout simplement le temps qu'il lui reste
SON DERNIER COMBAT
sans honte
sans scrupule
sans se cacher
...mourir peut-�tre
mais pas � genoux
mourir avec dignit�
La pluie s'est mise � tomber
sur les carreaux de sa fen�tre
Dans son appartement
le calme se marie � tout son �tre
Combien de temps encore?...
Quelle impotance...
Vivre au jour le jour
mais VIVRE
Sur papier parchemin
�crit � l'encre rouge
il a pos� ces mots:
Je ne veux pas que l'on m'enterre avant que ma mort soit
arriv�e
Je ne veux pas que l'on m'enterre avant que ma mort soit
arriv�e
Texte: LANDRIAULT et FRANCINE DE BROKA
Montr�al, le 5 octobre 1994.
