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Article de Claude William Genest
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L'économie verte : un peu de réalisme.
NOTRE SYSTÈME DE COMPTABILITÉ TORDU NOUS CACHE LA VÉRITÉ

 

Les gens d'affaires exigent de connaître les résultats. « Pour savoir où nous allons », expliquent-ils avec raison, « il nous faut savoir exactement où nous allons ». Présentement, l'évaluation de l'état de l'économie est fondée sur le Produit Intérieur Brut. Malheureusement, cette statistique démodée donne une image grossièrement déformée de la réalité.

Voyez plutôt les exemples suivants :
-  Un pétrolier laisse échapper sa cargaison dans l'océan, détruisant des centaines de kilomètres de côtes. S'agit-il d'une augmentation ou d'une diminution du PIB ?
-  L'incidence des maladies, des crimes et des divorces connaissent une forte hausse... Augmentation ou diminution ?
-  Des forêts sont rasées et les couches arables se dégradent dans des zones d'aménagement, étouffant toute vie aquatique pendant des décennies. Faut-il ajouter ou soustraire du PIB ?

Croyez-le ou non, puisque tous ces événements engendrent des activités économiques, on les ajoute au PIB ! Celui-ci est compté sur une calculatrice qui n'a pas de bouton de soustraction ; il n'existe littéralement aucune possibilité d'effectuer une soustraction dans le PIB, quels que soient les effets négatifs sur notre qualité de vie...

Les économistes classiques, en réponse à ces faits inquiétants, rétorquent que puisqu'il n'existe aucun moyen d'évaluer « objectivement » les services à l'écosystème, il est sensé de simplement les ignorer. C'est ce que l'on appelle « extérioriser » les coûts.

Mais même si nous ne nous entendons pas sur la valeur du capital naturel, social et humain, ne pouvons-nous pas au moins nous entendre qu'il vaut plus que son évaluation présente, c'est-à-dire zéro ?

Où est l'argent ... ?

Les partis politiques traditionnels nous promettent sans vergogne d'augmenter les dépenses pour les services et l'infrastructure tout en réduisant les taxes, sans offrir le moindre indice sur la façon d'accomplir ce tour de magie.

Peut-être devraient-ils apprendre à soustraire afin de commencer à compter ce qui compte vraiment et pas seulement ce qui est comptabilisable.

Nos chefs politiques vantent une économie qui a connu une croissance inégalée au cours des deux dernières décennies, malgré tous les indicateurs de qualité de vie qui nous révèlent une tout autre réalité.

Santé, sécurité, éducation, itinérance, toxicomanie, suicides, dépression, burnout, qualité de l'air, qualité de l'eau, forêts, qualité de la nourriture, circulation automobile, infrastructures, cohésion de la communauté, etc., où que l'on pose son regard, les choses empirent au lieu de s'améliorer. Cette liste nous rappelle que la « qualité de vie » a peu à voir avec la « quantité d'articles » qui, selon le PIB, est la seule mesure acceptable de la « prospérité ».

En effet, même en tenant compte des normes bizarres de la comptabilité traditionnelle, une économie extractrice et destructrice nous ruine - les bénéfices économiques tant vantés ne sont qu'illusion - La vague de prospérité économique n'a en fait bénéficié qu'à quelques élites (86 % des hausses des marchés des actions entre 1989 et 1997 ont bénéficié à 10 % des familles, et 42 % au 1 % le plus riche. Le niveau des revenus après impôts bénéficiant aux 60 % de la classe moyenne est le plus bas depuis 1977 [1]. Pour le reste d'entre nous, les salaires réels ont à peine augmenté et dans certains cas, ont même baissé ! (en tenant compte de l'inflation, le salaire horaire moyen en 1998 était 7 % inférieur à celui de 1973 [2]). Au cours de cette même période, les heures de travail ont augmenté au point que nous avons maintenant devancé les Japonais comme peuple le plus surmené sur terre. (Selon les statistiques du Bureau of Labor, le Nord-Américain typique travaille maintenant 350 heures de plus par an que l'Européen moyen, soit près de neuf semaines complètes.)

Nous travaillons plus, gagnons moins et détruisons en même temps notre prospérité future. Posons plutôt la vraie question : comment une augmentation du système de production et de consommation qui est la cause du problème peut-il être une solution ?

Et pourtant, c'est exactement ce que notre gouvernement nous propose. Il est évident qu'il nous faut une dose de réalisme. Nous avons besoin de l'Economie Verte. Votez Vert ce printemps !


[1] The Wall Street Journal, 15 mars 1999, p. A6.

[2] Données du Commerce Department's Bureau of Economic, rapportées dans State of Working America 1998-99).

 

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