Paris, Belin, coll. "Asie plurielle", 2007, 184 p.
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Il est dans le monde certains pays méconnus qui, par leur histoire et la place qu’ils sont appelés à occuper au xxie siècle, revêtent un intérêt considérable. Le Turkménistan en fait sans aucun doute partie. Qui, aujourd’hui, du « grand public », connaît ce pays, situé aux marges méridionales de l’ancien empire russe et que l’intégration à l’Union soviétique a plongé dans l’ombre du « grand frère » slave pendant plusieurs décennies ? Pourtant, avant même de susciter les convoitises d’une Russie alors en pleine expansion, le territoire de ce qui deviendra le Turkménistan dispose d’une prestigieuse histoire ancienne qui voit défiler tous les grands empires et conquérants des fameuses « routes de la soie ». Des Parthes à Gengis-Khan, d’Alexandre le Grand à Tamerlan, l’histoire du pays ressemble à celle d’un livre haut en couleur retraçant les moments les plus épiques du vieux continent. En témoignent les nombreux vestiges archéologiques qui feront probablement, avec les richesses naturelles, les beaux jours d’un futur marché touristique.
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Et pourtant, le territoire turkmène et sa population n’ont bien souvent constitué que les marges périphériques des grands empires et non leur centre. Les futurs Turkmènes ont-ils alors été des sujets passifs soumis aux influences de leurs voisins plus que les propres acteurs de leur histoire ? Ou cette vision ne reflète-t-elle que des prismes historiographiques anciens qui ne permettent pas de saisir l’unité de l’histoire turkmène ? Etre au cœur du vieux continent signifie-t-il nécessairement être en son centre politique et culturel ? La constitution tardive de la « nation » turkmène, sous l’influence des processus sociaux et politiques radicaux instaurés par le régime soviétique, rend complexe toute réflexion sur des traits identitaires réélaborés de manière rétroactive et instrumentale. Comment s’est constituée cette nation turkmène mal connue, ayant brassé durant des siècles des populations diverses, iranophones puis turciques, et des apports culturels contradictoires venus du Sud par l’Iran, de l’Est par la Transoxiane et la Sibérie, du Nord par la Russie ? Comment se partager des grandes figures et des moments historiques souvent communs à toute la région et les inscrire dans son panthéon national ? Quelle place est destinée à occuper un héritage russo-soviétique qui, bien que décrié, n’en reste pas moins prégnant pour tout visiteur se rendant dans le pays ? Quel rôle sont appelés à jouer l’islam, les divisions régionales et claniques, les minorités nationales ?
En 1991, le Turkménistan accède à une indépendance qu’il n’a pas réclamé : la liquidation de l’Union soviétique par les trois présidents « slaves » est comprise comme un abandon de Moscou, pressée de laisser les républiques méridionales, considérées comme archaïques, à leur propre sort. L’avenir du pays semble toutefois prometteur : peuplé de moins de cinq millions d’habitants, le nouvel État, décrété « Koweït de l’Asie centrale », se sait riche en hydrocarbures dans un monde en manque d’énergie. Bien que les autorités n’aient cessé de marteler que le xxie siècle serait celui d’un Turkménistan enfin maître de son destin, la réalité s’est avérée plus sombre que prévue. Le système économique soviétique a été en grande partie maintenu mais il a perdu son sens une fois les différents maillons étatiques isolés les uns des autres. Alors que la république turkmène était déjà l’une des moins développées d’Union soviétique, les deux décennies d’indépendance ont brutalement paupérisé la population : domination de la culture du coton, quasi-absence de secteur privé, drames écologiques, liquidation des services publics. Le système politique, quant à lui, s’est avéré une triste reprise des traits les plus caricaturaux du stalinisme : culte de la personnalité, autarcie culturelle quasi complète, isolationnisme sur la scène internationale, mégalomanie nationaliste du discours public, gigantisme des projets de l’État en matière architecturale, corruption massive des organes administratifs, volonté de remodeler la nature.
La place du Turkménistan sur la scène internationale n’en reste pas moins stratégique : la mer Caspienne est appelée à devenir un pôle énergétique croissant, la Russie continue de dominer économiquement la région et de nouveaux voisins permettant d’envisager des désenclavements jusqu’ici impensables s’affirment. L’Iran, partenaire fidèle du Turkménistan, tout comme la Chine, de plus en plus présente, voire le Pakistan et l’Inde, signalent combien l’arène centre-asiatique reste un lieu d’exercice incontournable pour les puissances asiatiques montantes. L’environnement d’un Afghanistan toujours instable, ainsi que celui d’un Ouzbékistan perçu comme le « chaudron » de l’Asie centrale, invitent à une revalorisation du rôle régional que pourrait jouer un Turkménistan que tous invitent à sortir enfin d’un isolationnisme néfaste pour lui-même et pour ses voisins. Le décès du président Saparmurat Niazov en décembre 2006 et la constitution d’un nouveau gouvernement plus ouvert en matière de politique étrangère ont brusquement éclairé des enjeux internationaux restés jusqu’ici sous-jacents et rouvert le « grand jeu » énergétique.
Sommaire :
Introduction
Première partie. Espace, histoire et culture
Chapitre 1. Le territoire turkmène, unité et diversité
Chapitre 2. De l’Antiquité aux khanats, une histoire riche en soubresauts
Chapitre
3 : L’impact sans précédent de la modernisation russo-soviétique
Chapitre
4. La « construction » de la nation turkmène
Deuxième partie. Politique et société
Chapitre
5. Une indépendance modelée par la mégalomanie de S. Niazov
Chapitre 6. Contre-pouvoirs et changements politiques
Chapitre
7. Société et culture : les enjeux de la reconstruction
Troisième
partie. Penser de nouvelles stratégies
de développement
Chapitre
8. Économie, écologie et santé publique
Chapitre 9. Le Turkménistan, futur « Koweït » de l’Asie centrale ?
Chapitre
10. Trouver sa place sur la scène internationale
Conclusion
Bibliographie