Des chrétiens entre athéisme et islam :
regards sur la question religieuse en Asie centrale soviétique et post-soviétique
Préface de Patrick Michel, Paris,
Maisonneuve & Larose - IFEAC, 2003, 406 p.
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Indépendantes
depuis plus d'une décennie, les cinq républiques post-soviétiques
d'Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan),
majoritairement musulmanes, recensent d'importantes minorités chrétiennes,
orthodoxes, catholiques et protestantes. À la différence des communautés
religieuses du Proche et Moyen-Orient, celles d'Asie centrale sont avant
tout des minorités européennes (Russes, Allemands, Polonais, Arméniens,
Grecs...) installées dans la région depuis la colonisation russe du XIXe
siècle. Le christianisme tend également à devenir autochtone puisque,
depuis la chute de l'URSS, de nombreuses missions, essentiellement
protestantes, convertissent de plus en plus de Kazakhs, de Kirghizes,
d'Ouzbeks, etc. Ces chrétiens constituent un cas unique puisqu'ils ont conjugué l'expérience soviétique d'un athéisme d'État militant à une situation de minorité religieuse en milieu musulman. Une foi minoritaire peut se révéler pertinente pour analyser, sous un angle à la fois historique, sociologique et politique les rapports entre groupes nationaux et les critères de regroupement communautaire. Les chrétiens d'Asie centrale permettent donc de mener une réflexion sur la manière dont de nouveaux États, tout juste apparus sur la scène internationale, gèrent les rapports entre une institution étatique de plus en plus autoritaire, un islam de moins en moins maîtrisé et un christianisme considéré comme la religion des anciens colonisateurs.
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Sommaire
:
Préface
de Patrick Michel
Introduction
Première
partie. Les relations État-Église
en
Asie centrale soviÉtique (1945-1991)
Chapitre
premier. État et christianisme en Asie centrale
avant
la Seconde Guerre mondiale
A. Les antécédents chrétiens en Asie centrale pré-soviétique
B.
La religion dans les premières années du pouvoir soviétique
1.
Les fondements idéologiques de l'athéisme
2.
Le répit centrasiatique des années vingt
3.
Une entrée par paliers dans le système répressif
Chapitre II. L'ère des premiers compromis, 1945-1953
A.
Vers une nouvelle dialectique État / religion ?
1. La Seconde Guerre mondiale et la résurgence officielle du religieux
2.
La nouvelle donne de l'après-guerre : un compromis irréversible
3.
Classer pour mieux maîtriser
B.
Une plus grande tolérance pour les Églises d'Asie centrale
1.
Le rapport nation-religion et la naissance d'un discours historique
légitimateur
2.
La situation "coloniale" des Russes d'Asie centrale
3.
Les avantages de l'éloignement
C.
Un dilemme commun : coopérer ou non avec l’État
1.
Entre reconnaissance et clandestinité : un choix difficile
2. Uniformité ou diversité des regards réciproques État-Église
Chapitre III. Le processus de différenciation régionale et confessionnelle sous Khrouchtchev
A.
Les modalités d'une nouvelle campagne athéiste
1.
Le retour à l'orthodoxie léniniste en matière religieuse ?
2.
Une approche procédurière du conflit avec la religion
B.
La particularité centrasiatique : une terre d'exil et d'exploitation économique
1.
L'accentuation de la diversité nationale
2.
La spécificité allemande du Kazakhstan
C.
La naissance d'une dissidence religieuse et son impact en Asie centrale
1.
La tentation de la soumission et la dissidence interne
2.
La naissance des mouvements dissidents
Chapitre IV. De Brejnev à Tchernenko : une stagnation religieuse ?
A.
Évolution et stagnation de la question religieuse
1.
Une tolérance de façade
2. La Constitution de 1977 et ses conséquences en matière religieuse
3. La différenciation centrasiatique
4.
L'évolution de la situation chrétienne en Asie centrale
B.
"Surveiller et punir" en Asie centrale
1.
Réduire les enregistrements et les constructions d'édifices
2.
Restreindre toute forme de sociabilité religieuse
3.
Campagnes et délations
C.
L'essor religieux et la dissidence en Asie centrale
1.
Les difficultés de l'Église orthodoxe
2.
Une dissidence tous azimuts chez les protestants
Chapitre V. Politique et religion sous Gorbatchev
A.
La religion, une composante peu à peu reconnue de la société
1.
Une ouverture encore timide (1986-88)
2.
L'inévitable officialisation du rôle
de la religion
3. Des bénéficiaires encore inégaux ?
B.
Les hésitations centrasiatiques face aux réformes de la perestroïka
1.
Les premières tensions entre le centre et la périphérie
2.
La méfiance du pouvoir envers l'islam
C.
Vers une reconnaissance officielle du christianisme en Asie centrale
1.
Les dernières résistances des républiques du Sud
2.
L'épanouissement public du christianisme
Partie
II. Approche sociologique du christianisme en Asie centrale
Chapitre premier. La motivation religieuse.
A.
La présence physique des Églises, condition sine
qua non d’une pratique religieuse ?
1.
L’omniprésence relative de l’Église orthodoxe
2.
La renaissance catholique
3.
La situation des luthériens
4.
Le contrepoids des "sectes" ?
B.
Les Églises : encadrement, structures et discipline
1.
Présence et enjeu des édifices de culte
2.
Le poids du facteur financier
3.
Le personnel religieux
4.
Les relations avec les structures de Russie et d’Occident
C.
Entre connaissance du dogme et pratique rituelle
1.
Un dogme mal maîtrisé
2. Rite et ritualisme en Asie centrale
Chapitre II. La foi, une manifestation culturelle et nationale
A.
Les chrétiens, des nationalités minoritaires
1.
Le poids des Russes en Asie centrale
2.
Les autres Slaves
3.
Minoritaires dans la minorité
B.
La sécurité communautaire : culture et tradition
1.
L’Église, un véhicule de culture
2.
L’Église en tant que tradition : le rapport au passé
3. Formes et expressions de la tradition en Asie centrale
C.
L'affirmation d'un sentiment national fort
1.
Le regroupement des chrétiens d’une même nationalité
2. Ouverture ou fermeture : question linguistique et prosélytisme
Chapitre III. Une expression politique par le prisme religieux ?
A.
Le cadre soviétique : quand le sacré investit le profane
1.
La foi comme réponse paradoxale à la propagande soviétique
2.
L'Église, un engagement politique virtuel ?
3.
Les limites du phénomène des "pratiquants non croyants"
B.
Pour une sociologie du croyant politique ?
1.
Les Églises "classiques", orthodoxe, catholique et luthérienne
2.
Les mouvements protestants officiels
3.
Les courants protestants dissidents
C.
La religion comme dissidence en Asie centrale
1.
Une double dissidence : contre le pouvoir, contre le clergé
2. La diversité des modes d'opposition religieuse
Partie
III. Une entité et une identité chrétiennes centrasiatiques au lendemain de l'indépendance ?
Chapitre
premier. Autorités politiques et mouvements chrétiens : un nouveau
rapport de force ?
En
guise d'introduction : la "résurgence" de l’islam
A.
Le nouveau cadre juridique d’expression de la religion
1.
Une laïcité réaffirmée lors de l'indépendance
2.
La progressive révision des législations
3.
Le débat sur les "sectes" et ses enjeux
B.
La mise en pratique des nouvelles législations
1.
L’impact de la législation
2.
Les différentes modalités de pression politique
C.
Pour une analyse comparée des cas centrasiatiques
1.
La primauté du religieux sur le national : le Moyen-Orient
2.
Des États laïcs à majorité musulmane. Le modèle turc ?
3.
Le maintien d'une unité post-soviétique en matière religieuse
Chapitre II. Un renouveau chrétien en Asie centrale ? Structures et missionnariat
A.
Les conséquences de la chute de l’URSS : une restructuration systématique ?
1.
Église orthodoxe et mouvements d'origine russe
2.
Les mouvements dits "d'origine étrangère"
3.
Une nouvelle donne démographique : l’émigration
B.
Le kaléïdoscope missionnaire : approche du catéchumène centrasiatique
1.
Un prosélytisme tous azimuts ? Les différentes cibles
2.
Les modalités multiples du missionnariat
3.
L’antagonisme entre locaux et missionnaires étrangers
4.
La voie vers l’autonomie : l'ex-citoyen soviétique et l’autochtone
C.
La concurrence marchande du spirituel
1.
Les modes de diffusion de la littérature religieuse
2.
Les enjeux de l'éducation, de la formation et de la technologie
3.
Les organisations caritatives : humanitaire ou prosélytisme ?
Chapitre III. Être chrétien en Asie centrale post-soviétique
A.
Relations interreligieuses et interconfessionnelles : un dialogue limité
1.
Un débat théologique quasi inexistant
2.
De la légitimité d’être présent en Asie centrale
3.
Sentiment de concurrence et rejet mutuel
B. La religion : nouveau contexte, nouveau rôle ?
1.
Le poids du passé ? "Tradition" et "modernité" en
Asie centrale
a.
La sécularisation, un phénomène global
b.
La foi en URSS et ex-URSS : continuité plus que rupture
c.
Des sociétés orphelines de la centralité ?
d.
Individualisation et/ou regroupement : les limites du cas centrasiatique
2.
Pratiquant, pèlerin et converti en Asie centrale
a.
Les figures théoriques du croyant
b.
La fin du pratiquant régulier?
c.
La progression de la religiosité pèlerine
d.
L’émergence de la figure du converti
C. Des expressions chrétiennes spécifiques à l'Asie centrale ?
1.
La religion entre relativisation et fonction normative
a.
Diversité et uniformisation des mouvements religieux
b.
Crise de l’institution religieuse ou de la foi ?
c.
La religion comme frein au "mouvement"
2.
Métaphorisation et folklorisation du christianisme centrasiatique
a. La métaphorisation, un processus de concurrence religieuse
b.
La folklorisation et l'expression du sentiment minoritaire
c.
De l'appartenance culturelle aux revendications nationales
Conclusion
Bibliographie
chronologie
index