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LA GASTROPLASTIE

Témoignage: Quand un médecin
devient patient !
J'ai lu avec grand intérêt l'article
sur la gastroplastie paru dans le n°17 (pl 1). Je souhaite vous apporter un
complément d'information ainsi que mon témoignage sur cette intervention. En
effet, je connais la gastroplastie à double titre, comme médecin travaillant
dans un bloc opératoire et connaissant bien cette intervention (ses techniques,
ses indications, ses contre-indications et ses suites opératoires), mais
aussi comme patient qui a pu bénéficier de cette opération. Je souffrais
d'une obésité majeure (jusqu'à 220 kg pour lm90). J'ai pu bénéficier de
cette intervention en Décembre 1996 (je faisais alors 200 kg). Un an après,
j'ai perdu 100 kg et je continue à perdre régulièrement du poids. C'est donc,
vous le voyez. en toute connaissance de cause que je peux vous parler de la
gastroplastie, mais aussi de l'obésité qui m'a accompagné pendant plus de 30
ans.
Deux techniques :
D'un point de vue technique, la gastroplastie peut se faire de 2 manières différentes.
Par une chirurgie « classique », avec une incision médiane (en général de
10 à 15 cm selon les chirurgiens) au-dessus de l'ombilic, soit sous cœlioscopie
ce qui laisse des cicatrices plus petites mais plus nombreuses (4 incisions de 1
ou 2 cm). Pour ma part, j'ai préféré une chirurgie « classique >>
(ouverte) pour différentes raisons que j'expliquerai plus loin. Dans l'article
paru dans le n° 17, les indications et contre-indications citées sont celles
de la gastroplastie par voie cœlioscopique, pour la chirurgie "
ouverte", il y a quelques modifications
Les pathologies endocriniennes ne
constituent pas une contre-indication formelle à l'intervention. En effet, la
plupart des obèses majeurs présentent des désordres métaboliques plus ou
moins importants (hypercholestérolémie, pré-diabète, diabète), et en général,
l'amaigrissement est une très bonne thérapeutique pour diminuer voire même guérir
ces troubles et l'indication opératoire peut néanmoins être posée. Pour ma
part, je présentais, il y a un an un hyperinsulinisme (trop grande quantité
d'insuline sécrétée ce qui correspond à un pré-diabète) qui a actuellement
complètement disparu.
Les contre-indications :
Les contre-indications opératoires citées sont également quelque peu différentes.
L'insuffisance respiratoire, quand elle est importante, est une
contre-indication à l'anesthésie. Pour les insuffisances plus modérées,
elles peuvent contre-indiquer la cœlioscopie qui les accentue, mais ne
contre-indique pas forcément la chirurgie ouverte qui est plus rapide. Enfin,
les insuffisances respiratoires du type du Syndrome d'Apnée du Sommeil (SAS) ne
sont pas une contre indication opératoire, au contraire, puisqu'en général'
c'est la perte de poids qui permet la guérison du SAS. La hernie hiatale, même
volumineuse, n'est pas une contre-indication à la chirurgie ouverte, bien au
contraire, puisque cette voie permet d'abord, outre la gastroplastie, le
traitement de cette hemie hiatale (double bénéfice). Enfin, le Reflux
Gastro-Oesophagien (RGO) n'est pas non plus une contre indication à la
chirurgie ouverte qui va permettre d'associer à la gastroplastie un geste
d'anti-reflux. D'ailleurs, la plupart des obèses présentent un RGO, souvent
fonctionnel (non lié à une anomalie de position de l'estomac), qui disparaît
lorsque le patient a maigri. Pour ma part, je présentais un SAS (ronflement,
fatigue, difficulté de récupération) et un RGO important (je ne pouvais pas
dormir sans ma plaquette de Maalox à coté du lit). Tous ces symptômes ont
actuellement disparu.
La bonne indication:
En fait, la difficulté pour bien poser l'indication opératoire relève souvent
de l'interrogatoire du patient. En effet, si on peut évaluer facilement le
retentissement somatique de l'obésité (par des examens simples), il n'en est
pas de même pour le retentissement psychologique du surpoids. Évaluer les
habitudes alimentaires n'est pas chose aisée et dans un certain nombre de
comportements, la gastroplastie court à l' échec. Cette technique doit rester
une aide et n'est pas une solution miracle. C'est un moyen qui permet aux obèses
de suivre un régime "sans s'en apercevoir" et dans des
conditions de « faim » faciles à supporter. En effet, la gastroplastie réduit
la capacité de l'estomac de telle façon que la prise alimentaire importante
d'un coup est difficile. Mais elle n'empêche pas le « grignotage » surtout
sucré qui, on le sait, est un facteur d'entretien de l'obésité. La
gastroplastie est souvent mise en échec par ces "grignoteurs sucrés",
c'est pourquoi elle doit s'adresser aux gens qui sont devenus gros parce qu'ils
mangent des quantités de nourriture importantes au cours des repas
(hyperphagie), mais qui ne passent pas leurs journées à grignoter comme dans
la boulimie.
Du 74 au 52:
Tout ceci pour dire que le côté psychologique doit être examiné
avant, mais aussi après l'opération, car les gens qui maigrissent beaucoup et
relativement rapidement voient leur image se modifier considérablement et cela
est parfois difficile à gérer psychologiquement. Pour ma part, par exemple, je
suis passé en onze mois d'une taille 74 une taille 52 en pantalon. Cela
surprend quelque peu...
L'amaigrissement rapide et important peut
s'accompagner également d'une peau qui devient flasque et pendante. Certains
patients, une fois leur poids stabilisé, peuvent être ramenés à se faire opérer
par des plasticiens pour enlever ces tabliers de peau disgracieux (Abdominoplastie).
Ceci n'est pas une généralité mais une possibilité, le gros étant souvent
tellement content de ne plus l'être qu'il ne s'arrête pas à ce genre de détail....
Enfin, il faut savoir que la
gastroplastie amène un certain nombre de contraintes alimentaires non négligeables.
Fini les monstrueuses choucroutes-parties ou autre repas gargantuesques, les
repas sont de quantités réduites et n'autorisent pas les excès, même si l'on
craque....
Plus de régime !
Il n'y a pas de régime proprement dit, c'est-à-dire que l'on mange de tout (en
fait on mange comme tout le monde). Mais il faut bien reconnaître que certains
types d'aliments ont plus de mal à passer: le pain, en général la
consommation de pain diminue voire s'arrête (cela gonfle dans l'estomac), la
viande (rouge notamment) que l'on a plus de mal à digérer. L'alcool, que l'on
peut boire normalement, mais si l'on boit un peu trop (dans une fête par
exemple), on ne peut plus manger en même temps (boire ou manger il faut
choisir). Ceci dit, on arrive tout à fait à s'adapter et à s'habituer à ces
contraintes pour vivre tout à fait bien avec son « petit estomac ». Pour ma
part, au bout d'un an, je peux manger une ration identique à celle des gens «
standards >, mais j'en retire la satiété que j'avais avant lorsque je
faisais un gueuleton. Donc, en pratique, je mange un peu moins que cette ration
"standard ".
Pour finir, je dirai que, pour moi, la
gastroplastie à été très bénéfique mais il ne faut pas penser qu'elle le
sera pour tout les « gros ». Chaque personne est un cas particulier et la décision
d'avoir ou non recours à l'une des formes de la gastroplastie doit rester
personnelle, prise après mure réflexion, et en toute connaissance des
transformations, en bien ou en mal, que cela va entraîner dans sa vie. Ce n'est
pas une solution miracle, c'est un moyen d'aide parmi d'autres.
Philippe PAGET
Docteur en Médecine

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