C'est à cela qu'entend contribuer le texte que Benoît XVI adresse, comme un
frère à ses frères, à tous les prêtres du monde. En relisant, cent cinquante
ans après sa mort, l'itinéraire de Jean-Marie Vianney, ce "curé d'Ars"
qui, il y a quatre-vingts ans, fut proclamé patron des curés par Pie XI, - le
Pape qui, quatre ans auparavant, l'avait canonisé - et qui, pour de nombreux
catholiques, demeure encore un modèle idéal de prêtres, bien qu'un peu estompé
par l'écoulement inexorable du temps.
C'est dans la France profonde, d'abord bouleversée par la tempête
révolutionnaire puis devenue un désert spirituel en raison de l'aversion
anti-chrétienne, que s'écoule toute la vie de ce jeune curé de campagne qui se
vit confier par son évêque une mission aussi difficile qu'émouvante, comme le
rappelle le texte du Pape: "Il n'y a pas beaucoup d'amour de Dieu dans
cette paroisse, vous l'y mettrez". Et cela demeure l'essentiel, comme
Benoît XVI le rappelle avec insistance.
On entend répéter aujourd'hui que les prêtres ne sont plus à la mode, tout au
moins dans les sociétés sécularisées du bien-être, et que leur métier n'est pas
populaire. Sans doute est-ce vrai, tout comme sont vraies les réflexions
affligées sur le matérialisme pratique et sur la déchristianisation diffuse
dans des pays antiquement chrétiens. Mais avons-nous
en définitive jamais connu des situations réellement différentes?
Même du point de vue de la pratique religieuse catholique, les temps ont
toujours été difficiles, comme cela apparaît dans un passage de la lettre du
Pape - "la confession n'était pas plus facile ni plus fréquente que de
nos jours". Malgré tout, Benoît XVI parle du sacerdoce "avec
tendresse et reconnaissance" pour les peines des prêtres "amis
du Christ", et porte encore dans son cœur le souvenir du premier curé
dont il fut le collaborateur.
Au point que l'infidélité tonitruante et proclamée de quelques-uns est un
poids, certes honteux, mais infiniment moins important que les multitudes de
prêtres qui, jour après jour - parfois dans la souffrance et l'incompréhension,
souvent victimes d'offenses et de restrictions, ou même persécutés et tués -
sont dans le monde des témoins du Christ, avec tant de leurs frères religieux
et laïcs. Des témoins d'un Dieu incarné qui frappent et fascinent l'homme
contemporain. Peut-être parce qu'ils sont des signes d'un monde différent.