Le beau r�ve qui cherchait un r�veur.
Un r�ve qui se trouvait beau, il en �tait s�r !, cherchait un r�veur.  Mais un r�veur qui r�alise ses r�ves, �a ne court pas les nuits, et encore moins les jours.  C'est difficile � trouver.

  Le r�ve savait qu'il pouvait se r�aliser, mais il avait besoin d'une t�te et d'un coeur.  Alors il continuait � chercher partout.

  Le jour, les �tres qu'il rencontrait avaient une t�te fort occup�e et bien remplie.  Le r�ve avait bien essay� d'y trouver un petit coin.  Parfois, il y arrivait, mais il �tait vite d�log� par des chiffres, des r�unions, des rencontres . . .  et toutes sortes de pens�es qui filaient en tout sens.  Notre beau r�ve en sortait �tourdi et . . . d�courag�.

  Quand les t�tes n'�taient pas pleines de chiffres et de pens�es, tr�s s�res d'elles, elles avaient parfois de grands trous.  Et d�j� d'autres r�ves.  Le beau r�ve connaissait bien ces t�tes-l� pour les avoir visit�es souvent.  Il pouvait y demeurer le temps qu'il voulait.  Il sentait bien qu'il n'�tait qu'un r�ve de plus.  Jamais, il ne deviendrait une r�alit� dans ces t�tes-l�, m�me si le coeur �tait bon.  Il s'y sentait quand m�me plus � l'aise que dans les autres t�tes pleines de chiffres, d'horaires et de pens�es bien agit�es.

  Les grosses t�tes �tant fort o
ccup�es, toutes les places �taient prises.  Le beau r�ve aurait pu entrer dans le coeur, mais il �tait trop petit.

  Les t�tes moins grosses
n'avaient pas plus d'espace.  L�, tout �tait bien rang�, ordonn�.  Il ne fallait jamais rien d�placer.  Le coeur �tait bien disciplin� aussi.  Le beau r�ve n'avait donc aucune chance.  De plus, on ne l'invitait pas � entrer.  Il n'�tait pas attendu et ne le serait jamais.

  Apr�s quelques temps, le beau r�ve se demanda s'il �tait
vraiment beau et s'il pouvait, apr�s tout, se r�aliser ?

  Il en avait d�j� �t� si s�r ! ...
On ne le prenait pas au s�rieux.  Il douta de lui et en vint � se demander si sa destin�e n'�tait pas seulement de faire r�ver les gens quelques heures ou quelques instants.  N�anmoins, en parvenant � trouver une t�te bien faite et un coeur bien grand, il sentait qu'il se r�aliserait si on lui en donnait le temps.

  La nuit, les t�tes et les coeurs ressemblaient � ce qu'ils �taient le jour.  Le beau r�ve n'en trouvait pas beaucoup qui s'abandonneraient compl�tement.  Lorsque l'occasion se pr�sentait, il pouvait entrer, mais le plus souvent, on le renvoyait d�s le r�veil.

  Un jour, il vit une petite t�te ronde avec beaucoup d'espace.  D'autres r�ves y logeait d�j�.  Le coeur �tait grand.  Donc, une bien belle t�te pour un beau r�ve !  Il se risqua � entrer et fut invit� pour tr�s longtemps.  Des ann�es !  Le r�ve s'�panouit rapidement dans ce lieu favorable et devint heureux !  Ce fut irr�sistible.

  D'autres beaux r�ves observaient la situation et, stimul�s, ils trouv�rent preneurs.  Les �tres qui les logaient aimaient se rencontrer et se regrouper en petits noyaux, de ci de l� sur la terre.

  Comme les r�ves nous visitent plus souvent quand on dort, une �cole vit la nuit :
L'Acad�mie des Beaux R�ves � R�aliser.
 
Des enfants, des adolescents et des �tres au soir de leur vie la fr�quentaient, puisque ce sont les plus faciles � rejoindre.  Apr�s quelques temsps, ils attir�rent d'autres personnes de tout �ge.  Les r�ves prenaient forme.

  La terre poussa un grand soupir.  Son r�ve � elle pouvait maintenant se r�aliser.

(Conte de Rollande St-Onge, Petites histoires, peut-�tre vraies.)
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