C'est quoi au juste un Miracle ?

  Dans la Bible, tout est attribu� � l'action directe de Dieu, tandis que les causes secondes, ou pour le dire plus simplement, les lois de la nature, sont ignor�es.  De nos jours, on connait beaucoup mieux les lois de la nature, et de ce fait l'id�e de miracle devient plus difficile � admettre.  Certains th�ologiens contemporains, voulant tenir compte des derniers d�veloppements de la science, ont d�fini le miracle comme une exception  aux lois de la nature, par une intervention directe de Dieu.  Mais cette d�finition est chaudement contest�e.  Pour affirmer qu'un miracle viole les lois de la nature, il faudrait d'abord connaitre toutes ces lois, ainsi que leurs limites.  Or, justement, nous ne les connaissons pas toutes, loin de l� .  De plus, faire intervenir Dieu directement  est �galement hasardeux.  Le th�ologien Karl Rahner dit que le miracle, entendu comme une entorse que Dieu ferait aux lois de la nature est hautement improbable.  Un autre th�ologien affirme que le miracle est au-dessus des lois, non en ce sens qu'il les contredit ou les viole, mais en ce sens qu'il les utilise � sa fa�on.  Il devrait �tre clair pour tous que la mani�re d'agir de Dieu n'est pas la n�tre.  Dans son action, il n'y a ni avant, ni pendant, ni apr�s : tout cela se produit dans le m�me instant.

  Il est �galement hasardeux d'affirmer que Dieu vient suppl�er lui-m�me aux lois naturelles, comme s'il les avait faites pour les violer par la suite.  La science ne pourra jamais conclure � un miracle, puisqu'il ne rel�ve pas uniquement du domaine de l'observation.  Elle ne peut que conclure � un ph�nom�ne inexpliqu�.  Si l'hommme de science admet un jour l'intervention de Dieu, ce sera au nom de sa foi, jamais au nom de la science.  La notion de miracle est impensable du point de vue scientifique, car la science ne peut d�montrer qu'il y aurait, ici ou l�, et preuves scientifiques en mains, une initiative divine en jeu.  La vrai question est donc de savoir si oui ou non Dieu peut intervenir dans le monde et montrer qu'il est proche de nous.  On ne voit pas pourquoi il ne le pourrait pas.  Le grand tort de la d�finition moderne du miracle, c'est donc de passer � c�t� du climat de foi absolument n�cessaire pour qu'il y ait miracle.  Parler de miracle, c'est non seulement voir quelque chose d'insolite, mais aussi et surtout lui trouver son sens auquel il est intimement li�.  Or, ce n'est que dans une atmosph�re de foi que le miracle prend tout son sens et donc sert de signe,  comme le dit saint Jean, lui qui, au mot miracle substitue toujours le mot signe.  Il n'y a pas de miracle sans un contexte religieux.  On a donc raison de dire que les miracles de J�sus ne sont pas l� pour �pater, mais comme autant de signes du Royaume de Dieu parmi nous.

  En revanche, un signe n'a pas de valeur absolue et ne s'impose pas par lui-m�me. Il a besoin d'�tre interpr�t� par celui qui le voit.  Le th�ologien Karl Rahner a bien raison quand il dit que discerner le miracle comme signe divin et croire en Dieu, c'est tout en un.  Un miracle n'est jamais un fait isol�, mais un appel venu de Dieu et re�u par l'homme et qui provoque l'�tonnement .  Une intervention divine au sens d'une acton de Dieu directement visible est un non-sens th�ologique.  Pour Dieu tout est ordinaire, car, lorsqu'il agit, il ne peut agir que comme Dieu.  C'est � nos yeux seulement que cela parait miraculeux.  Comment Dieu fait-il des choses �tonnantes sans bousculer les lois naturelles, cela demeure son secret.  Mais, chose certaine, il ne fait pas du sp�cial pour nous �pater.  Quand il agit, il le fait n�cessairement dans le temps, mais non en prenant du temps.  Il agit dans l'espace, mais sans utiliser l'espace, comme nous sommes tous oblig�s de le faire en tant qu'�tres humains.  Le temps et l'espace sont comme un fond de sc�ne pour son action, mais jamais des moyens n�cessaires � son action.  S'il n'agissait pas dans le temps et dans l'espace, nous ne pourrions rien voir et du coup rien comprendre.  Puisque le miracle est un signe de sa bont� et de son amour pour nous et de  sa pr�sence parmi nous, il faut bien que le signe nous atteigne d'une fa�on ou d'une autre, autrement ce n'est plus un signe.

  Si tout ce qui pr�c�de a �t� bien compris, on ne peut donc pas dire que tout ce qui reste inexpliqu� dans l'�tat actuel de la science oblige � crier au miracle.  Il peut fort bien y avoir gu�rison r�elle et constat�e, sans que tout le monde y voie un miracle.  On ne pourra le faire qui si on devine sous ce fait inexplique une intention et une intervention divines, un signe d'en haut qui interpelle notre foi.  Ici, la foi agit � la mani�re d'un second regard, un regard int�rieur qui nous invite � r�agir et � deviner la main d'un Dieu d'amour qui se tend vers nous.  Mais ce n'est que dans un climat de foi que quelqu'un peut voir la mains tendue et une pr�sence aimante � nos c�t�s.  Si la gu�rison est objective, c'est-�-dire constatable, le miracles, lui, n'est pas objectif et pesable � la balance.  Il ne fait pas appel � nos connaissances sicentifiques m�me les plus �volu�es, mais il nous invite � regarder du c�t� de Dieu pour y trouver une explication compl�te.  En effet, dire qu'il y a vraiment gu�rison n'est pas encore une explication satifsfaisante, c'est simplement une constatation.  Il y en a qui s'en tiennent � cela, tandis que d'autres, mus et �mus par leur foi, y voient, comme le dit saint Luc, le doigt de Dieu, la pr�sence aimante de l'Esprit Saint.

Marcel Provost. Novembre 1996
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