| Conte indien : Le bonheur. |
| Enroul� dans sa peau d'orignal, Vieux Corbeau contemplait le ciel cribl� d'�toiles. Son feu cr�pitait dans le silence de la nuit. Vieux Corbeau ne dormait pas ; il r�vait �veill�. Soudain, il entendit les branches craquer pr�s de lui. Il ne bougea pas. Il aper�ut un grand ours dont les yeux brillaient � la lueur du feu. Vieux Corbeau n'avait pas peur ; l'ours est une incarnation d'un esprit doux et puissant. Il lui dit : "Grand Esprit, qu'apportes-tu de bon � ton serviteur ?" "Quatre d�sirs, r�plique l'ours. Exprime-les et ils se r�aliseront imm�diatement." "Grand Esprit, je suis vieux. Mes os sont us�s, mes jambes sont faibles. Je d�sire �tre jeune de nouveau." Aussit�t, Vieux Corbeau sentit fr�mir tout son corps et il se retrouva jeune et fort, debout pr�s du feu. "Grand Esprit, reprit-il apr�s un moment, � quoi me servirait la jeunesse si je demeure seul sur cette �le d�serte ? Je d�sire une jeune squaw et, avec elle, fonder une famille." Un �clair fendit l'obscurit� et Jeune Corbeau aper�ut, pr�s de lui, une jolie princesse indienne. L'ours se retourna comme pour s'en aller. Jeune Corbeau le retint d'un geste et lui dit : "Tu m'avais promis quatre d�sirs..." L'ours r�pondit : "Fais vite, je dois partir." "Nous sommes seuls et pauvres sur cette �le sauvage. Je d�sire la richesse des hommes blancs." Le tonnerre se fit entendre et l'�le fut �branl�e. Jeune Corbeau se retrouva en smoking noir devant l'entr�e d'un immense et riche ch�teau. Sa princesse �tait habill�e d'une splendide robe d�cor�e de pierres pr�cieuses. Mais Jeune Corbeau regardait le tout sans broncher. Aucune lueur n'illuminait son regard. "Vite, Jeune Corbeau, ton quatri�me d�sir. Je dois partir." Jeune Corbeau reprit : "A quoi me servent toutes ces choses, si mon coeur est vide. Je ne suis pas heureux. Je demande le bonheur." D'une voix qui s'�teignait lentement, l'ours r�pondit : "C'est bien." Vieux Corbeau ferma les yeux et s'endormit paisiblement, comme un enfant, sous le ciel cribl� d'�toiles. |
| F�lix Vall�e, o.m.i d'apr�s une vieille l�gende indienne. Apostolat, volume 63, num�ro 5. |