Un nouveau Pope

 

 

Chapitre 1

 

Le printemps avait fini par s’installer et avec lui les grosses chaleurs. Shion détestait cette période, car la chaleur étouffante de la Grèce n’arrangeait pas ses rhumatismes. Ah qu’elle était loin sa jeunesse, quand le temps qu’il faisait n’était jamais un frein. En plus, le protocole lui imposait cette lourde robe qu’il avait de plus en plus de mal à supporter. Ces derniers temps il s’était autorisé de ne plus la porter, mais depuis la venue au monde de la nouvelle réincarnation d’Athéna, il n’avait plus vraiment le choix.

 

Il contemplait ce magnifique bébé aux joues roses et potelées qui dormait paisiblement dans son berceau, dans la chambre spécialement aménagée. Lui seul et quelques serviteurs triés sur le volet avaient le droit de se rendre dans cette partie du Palais.
Il pensait à la vie qu’aurait cette enfant, connaîtrait-elle les guerres, ou au contraire, vivrait-elle une existence paisible ? Il ne le saurait pas, car il se savait en mauvaise santé, et qu’à 230 ans sa fin était proche. Il sourit en pensant à son ami Dohko de la Balance parti aux Cinq Pics en Chine quelques 212 ans auparavant et qu’il n’avait pas revu depuis. Vivait-il toujours ? Au fond de lui il savait que oui, mais ça ne restait qu’une intuition.

 

De retour dans son bureau, grande pièce aux meubles de bois massifs donnant sur une terrasse privative ombragée, il se détendit dans son fauteuil. Il regarda la paperasse qui l’attendait, mais ses jambes lourdes le faisaient souffrir, et se décida à aller se détendre dans la fraîcheur des thermes.

L’eau et la fraîcheur des lieux lui faisaient du bien. Il songea avec ironie qu’il devrait y faire transférer son bureau, travailler au frais, les pieds dans l’eau…

Un problème le tracassait depuis quelque temps, celui de sa succession. Deux chevaliers d’or sortaient du lot, de par leur âge, tout d’abord, puisque les autres étaient bien trop jeunes et encore apprentis, puis de par leur expérience et leur notoriété. Le choix entre les deux était difficile car tout les opposait et la charge de Pope était plus un fardeau qu’un cadeau. Le Pope veillait sur le domaine sacré, mais en présence d’Athéna, il jouait plus un rôle de conseiller et de médiateur que de réel décisionnaire.   Il allait falloir mettre les deux chevaliers à l’épreuve pour les départager, même si d’instinct, il savait lequel serait le plus apte.

 

 

Chapitre 2

 

Un jeune homme grand, aux longs cheveux bleus ondulés et portant une armure d’or se dirigeait d’un pas décidé vers le temple de Poséidon, fiché sur la falaise du cap Sounion, lieu de rendez-vous habituel avec son frère jumeau. Saga était excédé par les agissements de ce dernier qui finiraient par lui faire du tort, surtout qu’il était pressenti, il le savait, pour succéder au Pope devenu âgé.

Il finit par arriver mais Kanon n’était pas encore là, ce qui finit de l’énerver. Il décida donc d’attendre et d’essayer de se calmer en regardant la mer.

 

Kanon arriva par le sentier qui venait du village. Il remarqua l’éclat de l’armure d’or de son frère un peu plus loin au bord de la falaise. Cette armure aurait dû être la sienne, Saga ne la méritait pas, il ne savait pas la chance qu’il avait, il était bien trop faible. Il ravala un peu sa haine et rejoignit son frère qui ne daigna même pas le regarder à son approche.

-         Saga, j’étais au village, je n’ai pas fait attention à l’heure.

-         Tu étais avec tes compagnons de beuverie, tu veux dire ! Kanon, il est grand temps que tu grandisses et que tu te rendes compte des obligations qui sont les miennes.

Il finit par le regarder dans les yeux ;

-         Je ne pourrai pas toujours intervenir en ta faveur et te faire sortir de prison chaque fois que tu as un coup dans le nez.

Kanon laissa éclater sa hargne

-         C’est facile pour toi, tu as le beau rôle ! Moi je suis condamné à rester dans ton ombre. Mais je te connais bien ! Je sais que tu brûles de la même soif de pouvoir que moi.

Saga, fou de rage, le frappa au visage et le fit chanceler.

-         Ne raconte pas n’importe quoi, je suis un chevalier d’Athéna, je défends la justice et la paix. Toi, tu es le mal incarné. Comment peux-tu dire que nous nous ressemblons ? Nous n’avons rien en commun !

-         C’est là que tu te trompes !, rugit Kanon, je suis bien placé pour savoir que tu rêves de pouvoir et de richesse, de conquérir la Terre ! Le « brave et valeureux » chevalier d’or des Gémeaux, quelle ironie, hein ?

Saga le frappa de nouveau et redoubla ses coups jusqu’à ce qu’il tombe à terre le visage en sang.

-         Tu vois bien que j’avais raison, c’est là ta vraie nature ! La justice n’est qu’une question de point de vue.

-         Tais-toi ! Je ne t’écouterai plus d’avantage. Tu ne me laisses pas le choix, Kanon. Je vais devoir t’écarter.

-         Que veux-tu dire ?

Saga se rapprocha et le regarda de haut. Il ne lui répondit pas, mais son sourire en disait long.

 

 

Chapitre 3

 

Pendant ce temps là, au Sanctuaire, un chevalier entraînait de jeunes recrues au combat rapproché sous les yeux ébahis d’un jeune garçon d’une dizaine d’années. Aiolos était connu pour être dur dans ses entraînements, mais juste, et d’une extrême douceur et gentillesse. A cause de la chaleur et de l’endroit particulièrement exposé au soleil, l’entraînement devenait vite un calvaire et certaines recrues commençaient à avoir des malaises. Aiolos cessa le combat et leur donna champ libre jusqu’au lendemain matin.

-         Revenez de bonne heure demain matin et on essaiera de trouver un autre endroit moins exposé.

Il se retourna vers le jeune garçon qui lui tendit une gourde remplie d’eau et une serviette.

-         Merci Aiolia, tu es un très bon coach, lui dit-il en lui ébouriffant les cheveux.

-         Et moi ? Quand pourrai-je être aussi fort que toi ?

-         Ah, mais quand tu t’entraîneras sérieusement petit frère ! En tous cas, ce n’est pas en restant assis là à me regarder entraîner les autres que tu progresseras.

-         Mais tu ne veux pas m’entraîner ! Et moi je veux rester avec toi.

-         Je t’ai déjà dit que parce que j’étais ton frère je ne pouvais pas t’entraîner, mais je pourrai te donner des conseils de temps en temps. J’ai déjà parlé de toi à un ami entraîneur, il te prend dans son équipe quand tu voudras. Et puis ça te fera du bien de voir d’autres jeunes de ton âge et de te faire des amis, c’est important, tu sais.

Aiolia acquiesça, mais ne se sentait pas très fier.

-         Alors, tu es prêt à commencer les entraînements ?

-         Oui, d’accord.

-         C’est bien, tu ne le regretteras pas.

 

Ils étaient sur le chemin du retour vers leur maison quand une recrue les rattrapa en hurlant. C’est sur les rotules et dégoulinant de sueur qu’il arriva à leur hauteur :

-         Maître Aiolos… le Grand Pope vous demande au palais…

-         Mon pauvre garçon… très bien, j’y vais tout de suite. Aiolia, s’il te plaît, occupe toi de lui avant qu’il ne s’évanouisse.

 

Il arriva au palais où on lui indiqua que Son Excellence l’attendait dans son bureau. Que pouvait-il bien lui vouloir ? Puis, il se rappela une rumeur qui était arrivée jusqu’à lui, comme quoi le Pope se cherchait un successeur pour assurer l’intérim jusqu’à la majorité d’Athéna. Ce fut donc le cœur battant qu’il frappa à la porte et qu’il entra. Shion l’accueillit avec le sourire et l’invita à s’asseoir.

-         Merci d’être venu aussi vite, chevalier. Sais-tu pourquoi je t’ai fait appeler ?

Aiolos préféra jouer la méfiance :

-         Non, Majesté, je ne sais pas.

La réponse sembla satisfaire Shion.

-         Hmm, je vois que tu es prudent, c’est un bon point. Une rumeur a bien dû parvenir jusqu’à toi, ne serait-ce que par l’intermédiaire des jeunes que tu entraînes.

-         Je n’ai pas pour habitude de prêter grande attention aux rumeurs. Ce ne sont que des semi-vérités.

-         C’est exact, il y a donc un peu de vrai dedans. Alors, dis-moi, qu’as-tu entendu ?

Aiolos hésita, mais devant le regard bienveillant du Pope, il se lança :

-         On dit que vous êtes mourant et que vous cherchez qui sera digne de vous succéder.

-         Voilà qui est franc ! C’est une qualité que j’admire chez toi. Alors, cette rumeur est à moitié vraie. Je cherche un successeur, ça c’est vrai, mais je ne suis pas encore mourant. Que dirais-tu si je te disais que j’hésite entre toi et quelqu’un d’autre ?

-         Je dirais que c’est un grand honneur que vous me faites, mais je ne sais pas si j’ai envie d’une telle responsabilité.

-         C’est une marque de sagesse, au moins tu n’as pas d’ambition mal placée. Veux-tu savoir qui est l’autre personne ?

-         Je crois que je la connais.

-         Ah, et que penses-tu de ce choix ?

-         Je ne suis pas le mieux placé pour vous dire ce que j’en pense, Majesté. Je pense que vous êtes plus à même que moi de savoir à quoi vous en tenir sur les gens.

Shion le dévisagea un long moment. Décidément cet Aiolos lui plaisait.

-         Très bien, chevalier. Je sais ce que je voulais savoir. Tu as un frère, je crois ?

-         Oui, plus jeune.

-         Il veut devenir chevalier ?

-         Oui, mais il ne conçoit pas encore le meilleur moyen d’y arriver. Pour l’instant, il reste près de moi.

-         Ca viendra. Merci, jeune Aiolos. Viens me voir quand tu veux, ma porte te sera toujours ouverte.

-         Merci Majesté.

 

 

Chapitre 4

 

Depuis qu’il avait enfermé son frère Kanon dans la prison du Cap Sounion, Saga était en proie aux remords et aux cauchemars. Il l’imaginait se débattant pendant la montée des eaux dans sa grotte-prison pour ne pas mourir noyé. Par ailleurs, d’étranges pensées avaient pris place dans son esprit tourmenté, il se voyait en train de commettre un meurtre.

C’est donc pris dans le tourbillon de ses pensées, vêtu de ses vêtements de tous les jours, qu’il se rendit au village retrouver les compagnons de Kanon.  Comme il s’y attendait, il les trouva dans leur bar habituel sur la place du village, et bien sûr, ils étaient saouls. Il ne savait pas vraiment ce qu’il comptait leur dire, il verrait bien le moment venu.

Il prit son air le plus décidé et s’avança vers les 3 piliers de bar qui le regardèrent approcher en levant leur verre.

-         A ta santé, Kanon !, lança l’un d’eux. Tu arrives un peu tard aujourd’hui.

-         Et, mais non… attends, ce n’est pas Kanon… lança le deuxième en titubant en en forçant sur sa vue.

-         En effet, je ne suis pas Kanon. Je suis son frère, Saga.

-         Eh, ironisa le premier, Ta Majesté veut se joindre à nous ?

-         Tu sais bien que non, lui répondit le troisième en ricanant, tu sais bien qu’il ne cause pas et qu’il ne boit pas !

Saga ne releva pas et, plus détendu, s’accouda au bar.

-         Je suis venu vous dire que Kanon ne se joindra plus à vous.

-         T’en es sûr ? Lui répondit le premier, à ta place je ne parierais pas là-dessus.

-         Ne l’attendez plus, il a… quitté la Grèce.

-         Tu racontes n’importe quoi !, lui lança le troisième en s’approchant dangereusement. Il ne serait pas parti sans dire au revoir. Et tout le monde sait que tu le détestes !

-         Je vous dis qu’il est parti !, s’emporta Saga, que l’haleine chargée d’alcool de son interlocuteur écœurait.

-         Dis plutôt que tu l’as tué, lui cracha le troisième en le prenant par le col.

Saga devint fou de rage et se dégagea de l’étreinte de son adversaire d’un direct au visage.

Ce fut le début d’une bagarre générale qui s’étendit jusque sur la place principale.

 

Ce fut justement ce moment que choisit Aiolos pour faire son apparition au village pour quelques courses. Il pensait à son frère, qui débutait ce matin même son entraînement, et à son entrevue de la veille avec le Pope.

Il entendit d’abord des cris et des injures qui le tirèrent de sa rêverie, puis en arrivant sur la place, il découvrit le chaos. Des gens affolés couraient dans tous les sens, et des hommes, probablement ivres, se battaient jusque dans la fontaine. Comme il était de son devoir de chevalier de faire régner l’ordre et la justice, il intervint et sépara d’abord les deux hommes dans la fontaine. Il arriva ensuite à se frayer un chemin jusqu’au bar, puisque le noyau de la bagarre devait s’y trouver. Il fut comme happé à l’intérieur par la foule en délire, et commença à son tour de donner des coups de poings. A force il arriva vers le bar, mit KO un gars qui voulait l’assommer avec une chaise et s’apprêta à en frapper un autre quand il stoppa net. L’autre en question fit de même et ils s’observèrent.

-         Saga ?

-         Aiolos ?

 

Il fallut plus de deux heures aux chevaliers et au service d’ordre  pour calmer les esprits et tout remettre en ordre.

Aiolos prit Saga à l’écart :

-         Et maintenant si tu me disais ce qui s’est passé ?

Saga se sentit en faute, il avait soudain l’impression de prendre la place de Kanon, chaque fois qu’il allait le chercher au poste.

-         Ne me parle pas comme à un gamin de 10 ans, je ne suis pas ton frère !

-         Ne commence pas ! Comprends-moi, j’arrive ici au milieu d’une bagarre générale, et qui je vois en plein milieu ?

Saga se radoucit, ses traits changèrent radicalement :

-         Ce n’est pas ce que tu crois. Je me suis retrouvé là, il a bien fallu que je me défende.

-         Le patron du bar dit que c’est toi qui as échauffé 3 de ses clients.

-         Ils étaient ivres. Je venais simplement leur dire que mon frère Kanon, qu’ils connaissaient, avait quitté la Grèce. Ils se sont…emportés.

-         Tu devrais rentrer chez toi, m’est avis que cette histoire va arriver aux oreilles du Pope.

 

Et cette histoire arriva aux oreilles de Shion, qui prit la nouvelle dans un calme apparent. Il fit convoquer Saga et Aiolos dans son bureau, sans rien ajouter.

 

 

Chapitre 5

 

Shion tambourinait sur son bureau avec ses doigts quand on introduisit Aiolos et Saga, tous deux revêtus de leur armure du Sagittaire et des Gémeaux, pour l’occasion. Ses yeux lançaient des éclairs et il attendit patiemment que la porte se referme. Une fois seul en présence de ses deux chevaliers, il se leva, leur tourna le dos, fit semblant de regarder le tableau accroché au mur et commença d’une voix emprunt de nervosité :

-         Dois-je vous faire l’affront de vous rappeler quels sont les devoirs d’un chevalier d’or ?

Il se retourna brusquement et posa brutalement ses mains sur le bureau.

-         Vous avez été choisis pour protéger la Terre, vous êtes les élus de la race humaine, et au lieu de ça !.... on vous retrouve dans une bagarre d’ivrognes aux yeux et au sus de tous les villageois ! J’exige des explications !!

Il n’était plus le Pope qu’Aiolos avait rencontré la veille. Calme, il était déjà imposant, mais furieux, aucun mot ne pouvait le décrire. Il comprenait maintenant toute la signification des mots « craint et respecté », les deux qualificatifs du Grand Pope.

-         Qu’est ce que vous foutiez dans ce bar, bordel ? !!

Saga ne prononçait pas un mot, à son attitude réservée Aiolos comprit qu’il comptait sur lui pour expliquer leur cause au Pope. Il lui revaudrait ça…

Après un regard en coin meurtrier à Saga, il regarda le Pope et se lança dans ses explications, sans rien omettre du récit que Saga lui avait fait plus tôt. Shion sembla se calmer et se rassit, très raide, dans son fauteuil.

-         D’accord… en somme vous vous trouviez au mauvais endroit au mauvais moment, c’est ça ?... Chevalier Aiolos, pourrais-tu aller attendre dans le couloir, je te prie ? J’ai à parler avec le chevalier des Gémeaux.

-         Bien, Majesté.

Il se retira courtoisement, laissant le Pope seul avec Saga.

 

 

Shion essayait de maîtriser sa colère et sa déception. Les deux chevaliers pressentis pour lui succéder s’étaient conduits comme de vulgaires petites frappes de quartier. Inadmissible !

-         Saga, commença-t’il, je sais que ton frère te cause quelques soucis, et qu’il a eu souvent à faire aux forces de l’ordre pour ivrognerie et voie de fait. Mais ça ne te donne pas le droit de te conduire comme tu l’as fait. Les règles sont strictes là-dessus, et moi aussi.

-         Pardonnez-moi.

-         Je ne comprends pas…

 Il se releva et arpenta la pièce, pensant évacuer ainsi plus de son ressentiment. Je ne t’ai jamais tenu rigueur des agissements de ton frère, tu le sais…

-         Je le sais, et je vous en remercie, mais c’est autre chose.

-         Mais c’est quoi ?! Parle, bon sang !

-         Je ne sais pas au juste, une impulsion, aller voir ces hommes et venger l’affront.

-         Venger l’affront ? Qu’est ce que tu racontes ?

-         Kanon et ces hommes ont volontairement mal agi pour entacher mon honneur… Il s’est même fait passer pour moi à plusieurs reprises.

Shion se rappelait de ces histoires, mais il les pensait réglées depuis longtemps. Apparemment elles ne l’étaient pas pour tout le monde. Il se rassit, parfaitement calmé à présent.

-         Il va falloir que l’on trouve une solution concernant ton frère, Saga. Ca ne peut pas continuer. Tu sais quels dessins j’ai pour toi.

-         Oui, Majesté, je sais. Quant à Kanon…

-         Eh bien ?

-         Je l’ai obligé à quitter la Grèce.

-         Ah carrément ?! 

Il n’en revenait pas.

-     Et il est parti ?

Saga opina. Il gardait la tête et les yeux baissés.

-         Très bien… tu peux t’en aller.

Il raccompagna Saga à la porte sachant bien qu’Aiolos attendait derrière.

-         Je ne veux plus jamais entendre parler d’une histoire comme celle-là, j’espère que c’est clair !

-         Très clair !, répondirent Aiolos et Saga.

Il retourna dans son bureau et claqua la porte.

 

Le bruit que fit la porte en claquant résonna dans tout le palais, et les fit sursauter. Ils s’entreregardèrent et Aiolos se jeta dans le premier fauteuil qu’il trouva.

-         Non mais quelle journée ! Je te remercie beaucoup Saga, vraiment !

-         Ta gueule.

Il partit sans se retourner.

 

 

Chapitre 6

 

Saga dormit très mal cette nuit là, toujours en proie à ses cauchemars ; celui de son frère mourant noyé et celui où il se voyait assassiner quelqu’un dont il ne voyait pas le visage.

Le lendemain matin, il se leva et essaya de faire le vide dans son esprit. La première chose à faire était de retourner au Cap Sounion libérer Kanon, il aviserait ensuite.

Sans attendre, il prit soucieux le chemin du Cap Sounion, priant presque pour y retrouver Kanon en vie. Il courait, pensant que ces quelques secondes supplémentaires pourraient sauver la vie de son frère. Il arriva enfin en vue du Cap et vit la prison de loin. Il essaya de distinguer une forme à l’intérieur, mais ne vit rien. Le cœur battant il courut, descendit la falaise jusqu’à la crique et alla jusqu’à la prison.

-         KANON !!

Mais ce qu’il vit à l’intérieur de la prison le cloua sur place. La prison était vide, son frère avait disparu.

 

Il rentra chez lui en pleurant et se maudissant. Il avait tué son frère, son propre sang, la seule famille qu’il avait. Comment pourrait-il vivre avec ça ? Il regarda la mer et pensa à Kanon.

-         Je vais rendre mon armure. Je ne suis pas digne d’être un chevalier d’Athéna.

-         Oh non, tu ne le feras pas ! Je ne te laisserais jamais faire cette bêtise.

-         Encore vous ! Je vous ai déjà dit de me laisser tranquille. Je ne changerai pas d’avis.

-         Mais je ne te demande rien !

Saga sentit soudain une douleur dans son crâne tellement forte qu’il en perdit l’équilibre et tomba de la falaise.

 

Le soir venu Shion aimait aller se détendre au Mont Etoilé, vaste demeure fichée en haut d’un pic où seul le Pope avait accès. Il restait sur la terrasse à prendre l’air frais et regarder les étoiles. Il repensait à ses dernières journées de fou, à cette bagarre insensée au village.

-         Ce sont de vrais gamins ! Mais qu’est ce qui peut bien leur passer par la tête ?

Il essaya de se rappeler sa propre jeunesse mais ne vit rien de comparable. La jeunesse d’aujourd’hui était très différente. 

Il sentit soudain une présence maléfique derrière lui et se retourna surpris. Il ne comprenait pas ce qu’il voyait. Saga des Gémeaux se tenait là devant lui, un sourire aux lèvres, dans une attitude des plus dédaigneuses. Mais ce visage… ce visage n’avait rien de commun avec celui qu’il connaissait. Ses yeux rouges débordaient de haine et ses cheveux avaient pris une teinte grisâtre.

-         Tu me reconnais ?

Et cette voix, ce n’était pas la sienne non plus.

-         Mon Dieu, Saga…

Saga se rapprocha doucement, prenant son temps, prenant plaisir à sentir la peur imprégner cet homme qu’il avait aimé comme un père et tant haï.

-         Tu ne te défendras pas, tu es bien trop vieux.

Il se rapprocha un peu plus, comme un prédateur le regardant dans les yeux, prêt à bondir au moindre geste de sa proie. Il arriva sur la terrasse, son armure scintillait au clair de lune.

-         Adieu, vieillard !

 

Shion ne vit qu’un éclair, puis tout devint noir. Il ne sentit rien quand il bascula sur le sol froid de la terrasse.

Saga s’agenouilla et retourna son corps pour voir s’il était bien mort. Shion leva une main ensanglantée et caressa la joue de son assassin.

-         Mon pauvre enfant…

Saga ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase et abrégea ses souffrances.

 

 

Epilogue

 

Saga déposa le corps sans vie du Grand Pope sur son lit avec plus de douceur qu’il ne s’en croyait capable. Il ne pouvait plus reculer à présent, ce qui était fait, était fait.

Il prit la robe de Shion et le casque rouge au dragon. Il trouva dans une lourde armoire un assortiment de robes et un masque bleu qu’il trouva parfait pour dissimuler son visage.

Il se débarrassa de son armure pour revêtir la robe de Pope, se coiffa du casque et mit le masque. Après un dernier coup d’œil à celui qui avait été le Grand Pope, il se rendit au palais où une grosse journée l’attendait.

Il rangea son armure dans son coffre, aux côté des 11 autres et prit sa place de Pope dans la grande salle.

Il demanda au premier serviteur, surpris, de convoquer tous les chevaliers et tout le personnel pour une réunion extraordinaire, sur un ton sans équivoque. Le serviteur mort de peur devant ce nouveau personnage, obéit sans hésiter.

 

Il se présenta comme étant Arlès, frère cadet du regretté Grand Pope Shion, et son successeur devant les yeux ébahis de l’assemblée. A son grand contentement, personne ne discuta ses affirmations et personne ne demanda non plus pourquoi Saga était absent. Seul Aiolos paraissait suspicieux, mais se garda bien d’intervenir.

 

Shion était mort et demain il aurait de nouveaux serviteurs. Il ne lui restait plus qu’une chose à faire pour être enfin le maître incontesté. A la nuit tombée, il se dirigea vers la chambre où dormait paisiblement le bébé, réincarnation d’Athéna, une dague en or dissimulée sous sa robe.

 

 

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