
L'autre
monde - Chapitre 6
Aussitôt couché, je sombrai dans un sommeil agité et peuplé de fantômes. Je me revoyais dans mon armure de bronze à 16 ans, je revoyais Saori, heureuse et souriante dans un grand pré fleuri, puis le chaos, tout devint sombre et je revis Saga possédé, Abel, Poséidon, Hadès essayer de la tuer. Je revis le poignard d’or de Saga ensanglanté tomber par terre, et je la vis, elle, la gorge ouverte et sa robe blanche couverte de sang.
Je me réveillai en sursaut et en sueur. Je me levai avec difficulté, essayant de chasser ces images de mon esprit. Dehors, la neige tombait toujours, et d’après la lumière, il devait être près de midi. Je pris une douche bouillante pour me détendre et décidai d’aller faire un tour jusqu’à l’autel d’Odin, derrière le château, pour me remettre les idées en ordre.
J’y trouvai Hyoga, revêtu de sa robe blanche en fourrure.
- Tu as déjà prié Odin, pour délivrer Hilda autrefois ?
Il me posa cette question sans même se retourner.
- Oui, c’est vrai.
- C’est même pour toi qu’il a fait apparaître l’armure divine. Joins-toi donc à moi…
- Bonne idée !
Je ne sais pas au juste pourquoi priait Hyoga, mais moi je ne priais pas vraiment. Je n’avais jamais été très porté vers la prière, et heureusement, ma charge de Pope ne me forçait pas à le faire. Je n’avais jamais prié Athéna, au sens religieux du terme, bien sûr. Ce que je fis donc, aux côtés de Hyoga, c’était demander que cet affreux cauchemar s’efface enfin de mon esprit.
Une voix caverneuse sortie des limbes et que j’avais déjà entendu me dit alors : « Tu as vu ce qui était ». Je regardai aussitôt Hyoga, mais il était toujours en prière, n’avait-il donc rien entendu ? Je me mis à penser à ce qu’on venait de me dire.
Nous étions tous les 4 de nouveau réunis dans le salon vers la fin de l’après midi. Je ne savais si la nuit avait porté conseil à mes compagnons, mais à moi, en tout cas, elle avait apporté son lot d’inquiétudes.
Shiryu fumait toujours et ne laissait pas voir ses émotions. Les deux autres non plus, mis à part un soupçon d’inquiétude sur leur front. Etais-je donc le seul si transparent ? Ils attendaient que je parle, après tout, c’était moi qui étais allé les chercher.
- La nuit ne m’a pas vraiment porté conseil, seulement son lot de souvenirs, commençai-je. Mais je sais ce que je vais faire. Athéna a encore besoin de nous. Même sans vous, j’irai.
- Moi, je te suis.
- Pourquoi, Hyoga ? Es-tu encore un chevalier d’Athéna ? Tu pries Odin, tu commandes aux guerriers divins et l’armure divine est tienne.
Shun, me regardait scandalisé.
- Tu as raison, mais au fond de moi, je suis resté un chevalier d’Athéna, fidèle à mes principes, à Athéna et à mon ancien maître Camus. C’est pourquoi je te suis.
- Et toi, Shun ?
- Tu le sais, j’ai raccroché, mais je suis resté fidèle au Sanctuaire, à ma manière, certes, mais Athéna avait approuvé.
- Mais là, que vas-tu faire devant un chevalier d’or qui voudra ta tête ?
- Je ne sais pas, Seiya, mais je n’ai pas dit que je te suivrai cette fois.
- Et moi ? Tu ne me demandes rien ?
- Non, Shiryu, à toi, je ne demande rien.
Nous avons terminé la soirée tranquillement, sans plus nous poser de questions. Le principal avait été dit. Il nous restait une personne à convaincre de venir avec nous, puisque Shun ne pouvait nous accompagner dans « l’autre monde ».
Le lendemain nous étions tous les quatre de retour au Sanctuaire en Grèce. Je n’aurais jamais imaginé à quel point cet endroit me manquerait. Mais toute ma vie était construite autour de Saori et de cet endroit.
- Bon, je vous préviens, il n’est plus l’enfant que vous avez connu.
- Oui, il n’était déjà pas tellement plus jeune que nous, à l’époque, ajouta Shun.
- Et vous aurez une autre surprise. Je préfère vous le dire maintenant, mais sa ressemblance avec son ancien maître me surprend encore moi-même.
- Pourquoi, il ressemble à Mü, tu veux dire ? Demanda Hyoga.
- Non, à Shion ! Vous vous souvenez de lui, nous avions fait sa connaissance pendant la guerre contre Hadès. Vous verrez, c’est flippant. C’est pourquoi je vous avertis. Bon, je lui ai confié les rênes pendant mon absence, il doit être dans la maison du Pope.
Et il y était effectivement, il écoutait les problèmes d’un des chefs de village, que je connaissais bien. A l’écouter, il avait tous les soucis de la Terre !
- Fernando ! M’écriai-je, encore là ? Qu’est-ce qui t’arrive cette fois ? Les récoltes sont mauvaises, ou tu as des rhumatismes ?
- Ah, Majesté, je croyais que vous étiez absent ! Et bien, non, j’ai un souci, l’homme que j’avais choisi pour ma fille, refuse de l’épouser, et…
- Et tu demandais à mon chevalier de l’épouser à sa place !
Tout le monde me regardait parler à ce respectable chef de village comme si j’avais perdu la tête. Kiki, surtout, qui avait pris sa tête dans ses mains et avait un air désolé.
- Fernando, ce n’est pas bien grave après tout. Et cette fois, je ne peux rien pour toi. Tu devrais demander aux prêtresses d’Athéna de te conseiller, elles te prépareront sans doute un filtre d’amour, fis-je en le raccompagnant doucement jusqu’à la porte, mais là, je ne peux rien pour toi.
- Merci de vos bons conseils !! Au revoir !!
Je me retournai vers mes amis restés sans voix.
- Ne vous inquiétez pas ! Il est cinglé !
Chapitre 7