Nota : Je dédicace cette petite histoire
à Perséphone, je pense qu’elle se reconnaîtra sans peine dans le personnage
de Lucie.
Le
voyeurisme est un vilain défaut
- Bon, t’es prête ?!, lança un peu énervée Léa , une petite brunette déjà en position de partir, en simple bikini et serviette sur l’épaule.
- Mais oui, j’arrive ! Pars devant , je te rejoins si tu as peur d’être en retard.
- En retard, non, ils n’ont pas d’heure. Mais je préfère être là avant eux.
Lucie sortit enfin de la chambre habillée d’une robe très décolletée et détailla un peu amusée son amie Léa sur la pas de la porte.
- Vous autres gémeaux n’avez décidément aucun complexe !
- Et tu t’en plains ?
Lucie fit mine de réfléchir puis lança : - Oh que non ! Mais sans vouloir te vexer il est plus beau que toi en maillot de bain !
- En maillot ? Au moins dans les thermes, il ne s’encombre pas de pareille futilité !
- Il fait plus chaud tout d’un coup ou bien c’est moi ?; fit Lucie en se saisissant de l’éventail sur la commode.
- Un peu des deux, peut-être ? Bon, on y va ?
Les deux amies marchaient allègement vers la plage, sous le soleil écrasant de juillet, en se demandant qui serait là. Les spéculations allaient bon train, les deux jumeaux étaient nommés favoris. Puis Lucie stoppa net :
- Ouille ! Cache-toi vite !
- Quoi ?
Léa regarda soudain en direction de la plage et par réflexe s’accroupit à son tour.
La vision qui s’offrait aux deux amies était inespérée, et valait bien plus que 10 lingots d’or pur, elle valait la damnation éternelle ! Le blond Shaka sortait de l’eau en essorant sa longue chevelure telle une Aphrodite émergeant de son coquillage, Mu, assis sur un rocher semblait attendre qu’une sirène l’attire au fond de l’eau, et Saga ( à moins que ce ne soit Kanon ? ) était étendu de tout son long sur une serviette et laissait les rayons du soleil caresser son superbe corps d’athlète. Si cette vie était un enfer, alors le paradis pouvait attendre.
Lucie restait bouche bée, les yeux tous collés devant ce spectacle féérique, à fondre littéralement sur place. Heureusement pour elle, Léa la tira de là en la secouant.
- Enfer et damnation, maugréa-t-elle entre ses dents tout en secouant son amie, si tu n’avais pas mis autant de temps pour mettre une simple robe, on y était avant eux, et on serait avec eux en ce moment.
- Alors pourquoi ne descendez-vous pas ?
Léa sursauta au son de cette voix toute proche qu’elle connaissait bien. Elle tourna la tête pour se retrouver nez à nez avec un caleçon de bain blanc parsemé de petits cœurs rouges. Si la voix pouvait encore laisser des doutes sur l’identité du gêneur, le caleçon, lui, n’en laissait aucun !
- Kanon !, parvint-elle à articuler.
- Lui-même, ma belle.
Et sans plus de ménagement, il chargea les deux jeunes femmes sur ses épaules, comme de vulgaires sacs de patates, et leur fit faire dans cette position inconfortable le trajet qui les séparait de l’endroit qui les faisait tant rêver encore une minute plus tôt.
Shaka sortit de sa rêverie en apercevant Kanon laisser tomber sur le sable son lourd fardeau. Les deux pauvres filles auraient bien aimé se cacher dans le trou de souris le plus proche.
- Mais qu’est-ce que je vois là ?, s’enquit Shaka de toute sa superbe hauteur et un sourire narquois aux lèvres. Ne serait-ce pas nos deux admiratrices qui sont servantes au palais ?
- Il n’y a pas de sot métier !, s’indigna Lucie, rouge de confusion, oubliant presque qu’elle parlait à l’incarnation de Bouddha, tant il était vrai qu’elle le prenait plus pour la réincarnation de la beauté parfaite.
- Et qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour avoir le plaisir de vous admirer… rajouta Léa sur le ton de la plaisanterie.
Tous ces haussements de voix n’eurent pour effet que de réveiller le beau Saga qui, à défaut de se faire bronzer, s’était endormi au soleil. Il se contenta de regarder d’un œil détaché la scène en baillant, et comme un lion fatigué, traîna des pieds pour se remettre à l’eau. Tout ce qui restait de lui était sa longue chevelure bleue qui flottait et ondulait au gré des vagues.
Rien n’énervait plus Léa que l’indifférence de Saga, alors qu’elle aurait donné n’importe quoi pour qu’il s’intéresse à elle ne serait-ce qu’une fraction de seconde. Lucie, elle au moins avait plus de chance, Shaka lui parlait, même si ce n’était que pour lui spécifier sa supériorité ou se moquer d’elle comme tout à l’heure, mais au moins il ne faisait pas comme si elle n’existait pas. Heureusement que Kanon était plus « sociable », et malgré ses grands airs, il parlait à tout le monde, du chevalier à la servante. Peut-être qu’un petit séjour au Cap Sounion ferait du bien à certains.
- Allez les filles, à l’eau !, proposa Kanon prenant son air innocent, maintenant que vous êtes là, ce serait bête de ne pas en profiter.
Léa, déjà en maillot de bain, se précipita dans l’eau comme dans un refuge. La chose ne fut pas aussi aisée pour Lucie qui devait défaire sa robe, et sous les yeux de Kanon et Shaka, l’entreprise s’avéra plus dure que prévue. Petit clin d’œil des deux chevaliers, qui ne lui laissèrent pas le temps d’atteindre le premier bouton, Shaka lui prit les pieds, Kanon la souleva par les aisselles et hop ! Une femme à la mer !... la pauvre fille ne savait pas nager.
- Léa !! au secours !
Léa rebroussa chemin pour aider son amie, mais au moment où Lucie commençait à couler, des cheveux mauve apparurent sur les vagues, et le beau Mu, jusqu’ici toujours perché sur son rocher, sauva la presque-noyée en la portant dans ses bras. Kanon et Shaka qui avaient bien failli se mettre à l’eau en entendant les cris de la malheureuse, assistèrent à la scène en se tordant de rire sur le sable. Kanon surtout, Shaka dans sa réserve habituelle de Bouddha sacré, ne riait jamais, il souriait tout au plus.
Léa arriva à son tour sur le bord de l’eau, saisit Kanon par le bras et l’entraîna dans l’eau. Il se laissa faire évidemment, il était beau joueur.
- Kanon, pour la Nième fois ! Lucie ne sait pas nager !, lui hurla Léa dans les oreilles.
- Bon ça va, elle n’a rien, regarde, elle fait semblant d’être évanouie dans les bras de Mu.
- Semblant ??
- Ma pauvre Léa, tu ne comprendras jamais rien aux femmes, ricana Kanon.
- J’en suis une, espèce de crétin des Alpes !
- Mais tu réagis comme un mec. Si tu veux que mon frère te regarde, mets les décolletés de ta copine.
- Pff, même toute nue il ne me regarderait pas.
- Pas faux, fit-il avec le sourire. Il rêverait de prendre la place de Shaka.
- Quel gâchis, soupira Léa.
Une tête blonde apparut pile entre les deux.
- On parle de moi, peut-être ?, demanda une voix doucereuse.
- Mais oui, tu es le centre de l’univers, non ?, railla Léa qui le supportait de moins en moins.
- Désolé pour ta copine, j’avais oublié qu’elle ne savait pas nager. Mais ça lui sert, regarde, elle en est déjà au bouche-à-bouche avec Mu.
- Ouais, elle est intelligente, elle au moins !
Le soir venu, la journée n’avait pas été négative pour tout le monde. Lucie regardait dans le vide, un sourire satisfait aux lèvres.
- Dis moi une chose, juste entre nous…, commença Léa, tu sais nager ou pas ?
- Pff, quelle question ! Bien sûr que oui, mais c’est tellement plus amusant de prétendre le contraire ! Bon, ce n’est ni Kanon, ni Shaka qui m’ont repêchée, mais bon, je ne vais pas me plaindre.
Léa s’effondra sur le canapé à côté de son amie.
- Je vais finir vieille fille !!
- Parce que tu cours après une chimère ! Saga, personne ne l’aura. Sauf…
- Sauf quoi ?
- Sauf moi !
- Hein ? Qu’est-ce que tu racontes, tu as avalé trop d’eau ou quoi ?
Pour toute réponse elle se leva pour ouvrir la porte. Le beau et magnifique Saga attendait derrière, une épaule appuyée sur le chambranle et les bras croisés.
- Ne m’attends pas !, lança Lucie en faisant un au revoir de la main à son amie, restée sans voix et le souffle coupé sur le canapé.
Léa avait juste eu la force de se traîner vers la falaise, et là, elle se laissa tomber par terre. Ses rêves s’étaient envolés. Elle crevait d’une jalousie dont elle ne se serait jamais doutée. Sans s’en apercevoir elle s’endormit dans l’herbe desséchée pour se réveiller le lendemain, au lever du soleil.
- Tu as bien dormi ?, demanda une voix derrière elle.
- Je ne sais pas… tu t’es trompé sur ton frère au fait.
- Je ne t’ai jamais caché que tu ne l’aurais pas.
Elle se leva et rentra chez elle sans même se retourner.
Elle entendit Lucie chanter sous la douche ( faux , comme toujours ), ce qui l’énerva encore plus, et se glissa sans faire de bruit s’enfermer dans sa chambre. Le bonheur des autres peut tellement paraître insupportable des fois !
Sans réfléchir elle ramassa ses quelques affaires. Le Sanctuaire lui était devenu insupportable.
- Mais qu’est-ce que tu fais ?, fit la voix chantante de Lucie derrière elle.
Elle voulut répondre mais les sanglots qu’elle rejetait depuis la veille sortirent à la place. Elle lui claqua la porte pour toute réponse. Lucie eut juste de mettre son pied pour ne pas se la prendre dans le nez.
- Aïe !! Ca fait mal !!, lança-t-elle toujours en riant. Elle alla s’assoir sur le lit, simplement vêtue de sa serviette de bain. J’ai pris la porte sur le pied.Tu m’en veux à mort, je sais. Et à ta place… j’aurais fait pareil.. D’ailleurs c’est ce que j’ai fait pendant longtemps.
- Tu m’en voulais ?! A moi ?, lança Léa entre deux sanglots.
- Bien sûr ! Mais je ne t’en ai rien dit, moi ,au moins. J’ai fait comme si.
- Tu as perdu l’esprit, tu as chopé une insolation hier sur la plage !
- Ahh, fit Lucie en s’allongeant nonchalamment sur le lit. Tu es aveugle décidément.
- De quoi tu parles ?
- Qui est venu te consoler cette nuit ?, qui te fait toujours de grands signes chaque fois qu’il te voit ?, qui blague toujours avec toi ?, et j’en passe…
- Kanon ? Mais il fait ça avec tout le monde, c’est peut-être le plus humain de tous.
- Pas avec tout le monde, non.
Une petite lueur d’espoir traversa enfin les pupilles délavées de Léa.
- Pourquoi tu n’as rien dit ?
- Tu n’en avais que pour le grand Saga… Ah d’accord, je dois dire qu’il y a de quoi…
- Et comment tu t’y es prise ? Question indifférence il battait tous les records.
- Kanon ne t’aurait pas parlé de mon décolleté ?
- Tu charries ?
- Pas du tout, tu serais surprise de savoir à quel point il est comme les autres ! Avec une pointe d’exotisme en plus, cela dit… et puis, il savait Kanon sur tes talons, alors… comme il ne pouvait pas t’approcher, il s’est approché de moi.
- N’empêche ! Vous vous êtes bien moqués de moi, tous autant que vous êtes.
Et elle quitta la pièce, mais sans prendre sa valise.
- Eh !, mais où tu vas ?, demanda Lucie en lui courant derrière.
- Voir un ami, répondit Léa en quittant la maison.
FIN