La face cachée des Dieux - Chapitre 4
- Pas ici, sortons, intima Mu.
En disant cela, il jeta un regard de travers en direction de Shaka. Visiblement, ce n’était pas Chryséis qu’il souhaitait mettre à l’écart de leur conversation mais celui qui en était le sujet.
Ils passèrent tous deux dans la pièce d’à côté.
- Je vous demande pardon pour tout ce mystère, mais c’était nécessaire pour préserver Shaka, commença-t-il.
- Je comprends. Je pense qu’il ne veut pas que les autres chevaliers d’or , ni qui que ce soit dans le Sanctuaire d’ailleurs, connaisse son état, n’est-ce pas ?
- Exactement.
Mu eut un petit sourire entendu.
- Shaka est redoutable quand il s’agit de dissimuler. Je dois bien avouer que je n’avais rien deviné. Sans un concours de circonstances, ça aurait pu tourner très mal …
Saori fronça les sourcils.
- Que veux-tu dire ?
- Eh bien , commençons par le début si vous le voulez bien. Il y a une semaine de cela, il y avait une réunion générale des chevaliers d’or ici . Elle aurait dû avoir lieu ces jours-ci, mais Aldébaran devait rendre visite à sa famille au Brésil, si bien que j’ai décidé de l’avancer un peu … Je ne vous raconterai pas en détail notre réunion puisque cela n’a aucune importance dans cette affaire. Vous savez comme moi que Shaka n’est pas du genre à monopoliser la parole dans ce genre de situation, mais j’ai remarqué qu’il semblait absent, comme si quelque chose le préoccupait. Alors, après avoir levé la séance, je l’ai pris à l’écart et lui ai demandé si tout allait bien.
- Tel que je le connais, il a dû te répondre que oui. Se ferait-il découper en petits morceaux qu’il dirait encore que tout va pour le mieux.
- Exactement. Je l’ai donc laissé partir, en lui demandant si je pouvais venir le voir le lendemain matin. J’avais trouvé à Jamir un vieux parchemin écrit dans ce qui me semblait être du sanskrit, et je voulais savoir s’il pouvait le déchiffrer pour moi. Comme convenu je m’y suis donc rendu le matin suivant, et j’ai été surpris de ne pas le trouver occupé à méditer quelque part dans son Temple. Il y est d’ordinaire tôt le matin. Comme il n’était pas non plus dans le jardin derrière le Temple, j’ai trouvé ça étrange, mais je me suis dit qu’après tout il était peut-être sorti. Je suis donc rentré chez moi avec mon parchemin sous le bras mais quand je suis revenu à midi, il n’y avait toujours aucune trace de lui. Shaka tient toujours parole, et j’ai commencé à être vraiment inquiet. J’ai donc pris la liberté de rentrer dans ses appartements, pour voir s’il n’avait pas laissé un mot à mon intention.
- Et tu l’as trouvé.
- Oui. Evanoui sur le sol de sa chambre ! Il se tordait de fièvre. Après avoir vérifié qu’il ne portait aucune trace de coups ou de blessures causés par une attaque, je l’ai donc soulevé et déposé sur son lit. Aussitôt je me suis téléporté au dispensaire, où j’ai croisé Chryséis, à qui j'ai demandé de me donner un coup de main. J’ai dû placer Shaka sous perfusion. Il délirait et ne voulait pas se laisser faire, j’ai donc été contraint de lui injecter un calmant. Je n’aime pas agir contre la volonté d’un patient , mais je n’avais guère le choix, s’excusa-t-il.
- Oh, Dieux du Ciel, murmura Saori, qui avait pâli au fur et à mesure que Mu parlait. Crois-tu que son état soit grave ?
- Non , rassurez-vous, il sera vite sur pieds. Pour l’instant il se repose. La fièvre ne devrait pas tarder à tomber avec la perfusion, mais je le garde sous sédatifs. Shaka n’est pas le patient le plus facile à soigner qu’il m’ait été donné d’avoir.
- Et sais-tu ce qui a causé cela ?
- Oh oui, je le sais, hélas. Et je m’en veux de n’avoir rien remarqué plus tôt, croyez-moi. On aurait peut-être pu éviter d’en arriver là ! Suivez-moi.
Ils retournèrent auprès de Shaka , que veillait toujours Chryséis, tel un ange gardien. Mu souleva délicatement le drap qui couvrait son dos. Saori eut un hoquet de stupeur.
Le dos de Shaka était zébré de longues traces violacées, pour certaines à demi-effacées, d’autres bien visibles. Tout autour, la peau semblait enflée et chaude. Une infection.
- J’ai dû rouvrir certaines de ces plaies pendant qu’il était sous calmants, puis les nettoyer. Elles étaient pleines de pus. Avec la chaleur humide que nous avons eue ces jours-ci, la moindre blessure s’infecte très rapidement.
- Mais qui est-ce qui a infligé ces blessures à Shaka ?, s’exclama Saori, partagée entre l’inquiétude et l’indignation.
La réponse de Mu la laissa sans voix.