La face cachée des Dieux - Chapitre 10

Les jours suivants, la princesse les passa en compagnie de Shaka. Après un premier moment de confusion et d’embarras – un chevalier qui fréquente, bien qu’en tout bien tout honneur le lit de sa déesse, ça fait tout de même mauvais genre - , une sorte de complicité innée s’établit entre eux. Saori découvrit avec étonnement et ravissement un Shaka bien différent de celui qu’elle connaissait : intelligent ( mais elle n’en avait jamais douté ), d’une culture et d’un humanisme débordants. Et doté d’humour aussi , qui l’eût cru ?

Après plusieurs jours passés dans le calme du Palais, la petite souris qui avait mis toute la valetaille en émoi fit une nouvelle apparition aussi subite que fantomatique … et Shaka rentra officiellement d’Inde. Il vint présenter ses respects à sa déesse, accompagné des autres chevaliers d’or. Pour lui et la princesse, ce fut un moment jubilatoire de complicité partagée au travers de regards que les autres ne pouvaient soupçonner.

Ils décidèrent de continuer à se rencontrer en dehors des manifestations officielles pour échanger leurs états d’âme ou leurs points de vue sur tel ou tel sujet. Mais au su et au vu de tous, cette fois. Saori avait un peu peur que Shaka ne soit montré du doigt par les mauvaises langues du Sanctuaire – Milo en tête – mais il n’en fut rien. Tout se passa dans l’indifférence générale.

Le matin, avant que le soleil ne devienne trop fort, ils se rejoignaient à un petit temple à demi en ruines, perdu au milieu des oliviers et des buissons de lauriers-roses, où personne ne venait jamais. Le chant des cigales y emplissait l’air, et de là-haut, on avait une vue imprenable sur tout le Domaine, jusqu’à la mer que l’on apercevait tout au loin.

Deux semaines après le « retour «  de Shaka, le chevalier de la Vierge eut la surprise de la voir déjà arrivée – d’ordinaire, c’était lui qui attendait qu’elle en ait fini avec la paperasse du matin.

-         Tiens, j’ai un cadeau pour toi, lui dit-elle après qu’il se fut installé à ses côtés sur les marches de marbre, sans cérémonie comme elle le lui avait demandé. C’est arrivé ce matin. Je voulais te le donner pour ton anniversaire, mais je n’ai pas pu attendre !

Elle lui tendit une enveloppe d’assez grande dimension, à l’en-tête de la Préfecture de Police de Tokyo.

Il la regarda , surpris.

-         Qu’est-ce que c’est ?

-         Ouvre, et tu verras bien !

Il fit sauter le sceau d’un coup d’ongle, et plongea sa main à l’intérieur .

C’était un porte-folio de cuir, qu’il ouvrit. Il contenait un dessin, celui d’une très belle femme, vêtue à l’indienne d’un sari blanc. Ses yeux blonds et ses yeux clairs dénotaient de son appartenance à la minorité aryenne. Souriante, elle se tenait assise au bord d’un bassin de lotus en fleurs, ses longues mains sagement posées sur ses genoux, et derrière elle se devinait au milieu de feuillages la forme gracieuse d’un temple.

Il l’admira pendant un moment, puis se hasarda à poser la question qui lui brûlait les lèvres

-         Qui est-ce ?

-         Je te présente ta mère , Shaka.

Saori assista alors à une scène inédite : le stoïque et imperturbable chevalier de la Vierge devint pâle comme la mort, et  ses longs doigts fins se crispèrent sur le porte-folio.

-         Ma …. mère ?

-         Oui.

Les prunelles bleu azur s’embuèrent de larmes trop longtemps contenues. Saori préféra le laisser seul et reprit le chemin du Palais d’un pas léger.

 

Il vint la retrouver au Palais plus tard, les yeux encore rouges et l’enveloppe serrée contre son coeur . Saori demanda aux serviteurs médusés par cette apparition de bien vouloir les laisser seuls, et le fit asseoir à ses côtés.

-         Je ne sais rien d’elle, même pas son nom .  Comment avez-vous fait ?

-         Disons que j’ai de bonnes relations avec la Police de Tokyo. L’inspecteur-chef qui était en charge du dossier quand j’ai porté plainte après qu’Ikki ait volé l’armure d’or du Sagittaire pendant le tournoi intergalactique est un ami. Je lui ai simplement demandé de me prêter les services d’un de ses hommes , spécialisé dans les portraits-robot. Il est allé sur place en Inde, dans le temple où tu es né, et a réussi à en établir un avec l’aide des moines qui avaient côtoyé ta mère. Heureusement, la plupart d’entre eux ont une bonne mémoire visuelle !

Shaka eut un petit rire de gorge qui trahissait sa nervosité. Il paraissait toujours très ému. Saori lui prit doucement la main, et s’aperçut qu’il tremblait.

-         Ca va ?, s’enquit-elle.

-         Oh, oui. Ca n’a jamais été aussi bien ! C’est juste que personne ne m’a jamais fait … ce genre de cadeau. Comment avez-vous su que je rêve d’elle, souvent, la nuit ?

Saori se pencha vers lui, et sur le ton de la confidence, lui susurra à l’oreille :

-         Tu parles en dormant ….

Il rougit, encore mal à l’aise de s’être réveillé dans le lit de la princesse, puis sourit en se mordant la lèvre. Elle ne lui dit pas qu’elle aussi rêvait de connaître la sienne, dont elle ignorait tout.

-         Pour ne rien te cacher, poursuivit-elle, j’ai demandé une enquête plus poussée. Les policiers là-bas vont essayer de trouver d’autres indices sur ta mère. Peut-être as-tu de la famille, un père, des frères et soeurs. Je ne veux pas te donner de fausse joie : jusqu’ici, ça n’a rien donné. Essayer de faire la lumière sur des événements qui se sont déroulés il y a vingt ans de cela n’est pas facile, surtout si les témoins sont éparpillés comme c’est le cas, apparemment. Mais on ne risque rien à essayer, n’est-ce pas ?

-         Je comprends. Merci, en tout cas …

-         Pas de quoi, je dois bien ça à mes chevaliers, après tout. Mais en échange, je voudrais que tu me promettes une chose.

-         Quoi donc ?

-         Que tu vas faire un effort pour avoir un minimum de relations avec d’autres personnes. Tu ne peux pas rester éternellement seul, à te morfondre dans tes appartements !

-         Ils ne veulent pas de moi, Majesté, lâcha-t-il sans parvenir à dissimuler son amertume.

-         C’est parce qu’ils ne te connaissent pas . Ton statut de réincarnation de Bouddha ne te donne pas que des devoirs, Shaka. Tu as aussi le droit d’avoir une vie un minimum normale. Regarde-moi : réincarnation d’Athéna ou pas, je fais enrager ce pauvre Mu qui est pourtant une crème d’homme, je me dispute avec Seiya pour un oui ou pour un non, je monte sur des guéridons pas toujours très stables …

-         HEIN ?

Shaka la regardait avec des yeux ronds. Dans son esprit, il devait penser que le soleil de Grèce lui avait un peu trop tapé sur la tête. Mais elle n’en avait cure.

-         Je dois repartir pour Tokyo demain pour présider le conseil d’administration de la Fondation Graude. Promets-moi que tu iras à la petite fête pour l’anniversaire d’Aiolia.

-         D’accord, consentit-il, avec un peu d’appréhension. Mais je ne crois pas que je recevrai un carton d’invitation !

-         Oh, que si !, s’exclama-t-elle, une lueur mystérieuse dans le regard.

 

 

  Chapitre 11

 

Retour à la page de Perséphone

 

 

Hosted by www.Geocities.ws

1