| mal d'aurore... chant sixième | ||||||||||||||||
![]() |
||||||||||||||||
| LES CHANTS DE MALDOROR D'Isidore Ducasse, comte de Lautréamont Chant sixième 1 (pp. 227-229) Les chants précédents n'étaient qu'une introduction à un travail plus important, c'est-à-dire à un roman. Vous, dont le calme enviable ne peut pas faire plus que d'embellir le visage, ne croyez pas qu'il s'agisse encore de pousser, dans des strophes de quatorze ou quinze lignes, ainsi qu'un élève de quatrième, des exclamations qui passeront pour inopportunes, et des gloussements sonores de poule cochinchinoise, aussi grotesques qu'on serait capable de l'imaginer, pour peu qu'on s'en donnât la peine; mais il est préférable de prouver par des faits les propositions que l'on avance. Prétendriez-vous donc que, parce que j'aurais insulté, comme en me jouant, l'homme, le Créateur et moi-même, dans mes explicables hyperboles, ma mission fût complète? Non : la partie la plus importante de mon travail n'en subsiste pas moins, comme tâche qui reste à faire. Désormais, les ficelles du roman remueront les trois personnages nommés plus haut : il leur sera ainsi communiqué une puissance moins abstraite. La vitalité se répandra magnifiquement dans le torrent de leur appareil circulatoire, et vous verrez comme vous serez étonné vous-même de rencontrer, là où d'abord vous n'aviez cru voir que des entités vagues appartenant au domaine de la spéculation pure, d'une part, l'organisme corporel avec ses ramifications de nerfs et ses membranes muqueuses, de l'autre, le principe spirituel qui préside aux fonctions physiologiques de la chair. Ce sont des êtres doués d'une énergique vie qui, les bras croisés et la poitrine en arrêt, poseront prosaïquement (mais, je suis certain que l'effet sera très poétique) devant votre visage, placés seulement à quelques pas de vous, de manière que les rayons solaires, frappant d'abord les tuiles des toits et le couvercle des cheminées, viendront ensuite se refléter visiblement sur leurs cheveux terrestres et matériels. Mais, ce ne seront plus des anathèmes, possesseurs de la spécialité de provoquer le rire : des personnalités fictives qui auraient bien fait de rester dans la cervelle de l'auteur; ou des cauchemars placés trop au-dessus de l'existence ordinaire. Remarquez que, par cela même, ma poésie n'en sera que plus belle. Vous toucherez avec vos mains des branches ascendantes d'aorte et des capsules surrénales : et puis des sentiments! Les cinq premiers récits n'ont pas été inutiles; ils étaient le frontispice de mon ouvrage, le fondement de la construction, l'explication préalable de ma poétique future […]. 2 (pp. 230-232) Maldoror se rapproche des agglomérations humaines pour satisfaire ses penchants. Notre héros s'aperçut qu'en fréquentant les cavernes, et prenant pour refuge les endroits inaccessibles, il transgressait les règles de la logique, et commettait un cercle vicieux. Car, si d'un côté, il favorisait ainsi sa répugnance pour les hommes, par le dédommagement de la solitude et de l'éloignement, et circonscrivait passivement son horizon borné, parmi des arbustes rabougris, de ronces et de lambrusques, de l'autre, son activité ne trouvait plus aucun aliment pour nourrir le minotaure de ses instincts pervers. En conséquence, il résolut de se rapprocher des agglomérations humaines, persuadé que parmi tant de victimes toutes préparées, ses passions diverses trouveraient amplement de quoi se satisfaire. Il savait que la police, ce bouclier de la civilisation, le recherchait avec persévérance, depuis nombre d'années, et qu'une véritable armée d'agents et d'espions était continuellement à ses trousses. Sans, cependant, parvenir à le rencontrer, tant son habileté renversante déroutait, avec un suprême chic, les ruses les plus indiscutables au point de vue de leur succès, et l'ordonnance de la plus savante méditation. Il avait une faculté spéciale pour prendre des formes méconnaissables aux yeux exercés. Déguisements supérieurs, si je parle en artiste! Accoutrements d'un effet réellement médiocre, quand je songe à la morale. Par ce point, il touchait presque au génie. N'avez-vous pas remarqué la gracilité d'un joli grillon, aux mouvements alertes, dans les égouts de Paris? Il n'y a que celui-là : c'était Maldoror! Magnétisant les florissantes capitales, il les amène dans un état léthargique où elles sont incapables de se surveiller comme il le faudrait. Etat d'autant plus dangereux qu'il n'est pas soupçonné. Aujourd'hui il est à Madrid; demain, il sera à Saint-Pétersbourg; hier, il se trouvait à Pékin. Mais, affirmer exactement l'endroit actuel que remplissent de terreur les exploits de ce poétique Rocambole, est un travail au-dessus des forces possibles de mon épaisse ratiocination. Ce bandit est peut-être à sept cents lieues de ce pays; peut-être, il est à quelques pas de vous. Enigme : Comment le pont du Carrousel put-il garder la constance de sa neutralité, lorsqu'il entendit les cris déchirants que semblait pousser le sac! 3 (pp. 232-236) A vingt heures et demie, la rue Vivienne est déserte; Mervyn, jeune expatrié anglais, y passe. Maldoror le suit de loin, et le jeune homme est oppressé jusqu'à son arrivée chez lui. Les magasins de la rue Vivienne étalent leurs richesses aux yeux émerveillés. Eclairés par de nombreux becs de gaz, les coffrets d'acajou et les montres en or répandent à travers les vitrines de gerbes de lumière éblouissante. Huit heures ont sonné à l'horloge de la Bourse : ce n'est pas tard! A peine le dernier coup de marteau s'est-il fait entendre, que la rue, dont le nom a été cité, se met à trembler, et secoue ses fondements depuis la place Royale jusqu'au boulevard Montmartre. Les promeneurs hâtent le pas, et se retirent pensifs dans leurs maisons. Une femme s'évanouit et tombe sur l'asphalte. Personne ne la relève : il tarde à chacun de s'éloigner de ce parage. Les volets se referment avec impétuosité, et les habitants s'enfoncent dans leurs couvertures. On dirait que la peste asiatique a révélé sa présence. Ainsi, pendant que la plus grande partie de la ville se prépare à nager dans les réjouissances des fêtes nocturnes, la rue Vivienne se trouve subitement glacée par une sorte de pétrification. Comme un cœur qui cesse d'aimer, elle a vu sa vie éteinte. Mais, bientôt, la nouvelle du phénomène se répand dans les autres couches de la population, et un silence morne plane sur l'auguste capitale. Où sont-ils passés, les becs de gaz? Que sont-elles devenues, les vendeuses d'amour? Rien… la solitude et l'obscurité! Une chouette, volant dans une direction rectiligne, et dont la patte est cassée, passe au-dessus de la Madeleine, et prend son essor vers la barrière du Trône, en s'écriant : «Un malheur se prépare.» Enigme : Savez-vous que, lorsque je pense à l'anneau de fer caché sous la pierre par la main d'un maniaque, un invincible frisson me passe par les cheveux? 4 (pp. 236-240) Mervyn rentre chez lui; ses parents s'inquiètent de son malaise, tentent de le soigner, mais il délire puis tombe en léthargie. Maldoror, pendant ce temps, les espionne. Le fils de famille se jette sur un sofa, et l'émotion l'empêche de parler. Sa mère, à la robe longue et traînante, s'empresse autour de lui, et l'entoure de ses bras. Ses frères, moins âgés que lui, se groupent autour du meuble, chargé d'un fardeau : ils ne connaissent pas la vie d'une manière suffisante, pour se faire une idée nette de la scène qui se passe. Enfin, le père élève sa canne, et abaisse sur les assistants un regard plein d'autorité. Appuyant le poignet sur les bras du fauteuil, il s'éloigne de son siège ordinaire, et s'avance, avec inquiétude, quoique affaibli par les ans, vers le corps immobile de son premier-né. Il parle dans une langue étrangère, et chacun l'écoute dans un recueillement respectueux : "Qui a mis le garçon dans cet état? La Tamise brumeuse charriera encore une quantité notable de limon avant que mes forces soient complètement épuisées. Des lois préservatrices n'ont pas l'air d'exister dans cette contrée inhospitalière. Il éprouverait la vigueur de mon bras, si je connaissais le coupable. Quoique j'aie pris ma retraite, dans l'éloignement des combats maritimes, mon épée de commodore, suspendue à la muraille, n'est pas encore rouillée. D'ailleurs, il est facile d'en repasser le fil. Mervyn tranquillise-toi; je donnerai des ordres à mes domestiques, afin de rencontrer la trace de celui que, désormais, je chercherai, pour le faire périr de ma propre main. Femme, ôte-toi de là, et va t'accroupir dans un coin; tes yeux m'attendrissent, et tu ferais mieux de refermer le conduit de tes glandes lacrymales." Enigme : Dirigez-vous du côté où se trouve le lac des cygnes; et, je vous dirai plus tard pourquoi il s'en trouve un de complètement noir parmi la troupe, et dont le corps supportant une enclume, surmontée du cadavre en putréfaction d'un crabe tourteau, inspire à bon droit de la méfiance à ses autres aquatiques camarades. 5 (pp. 240-246) Mervyn reçoit une lettre de Maldoror, qui lui promet amour et protection et lui donne un rendez-vous sur le pont du Carrousel. Ceci change le comportement du jeune homme et sa vision de l'univers. Il accepte le rendez-vous. Je serais curieux de savoir comment vous avez appris l'endroit où demeure mon immobilité glaciale, entourée d'une longue rangée de salles désertes, immondes charniers de mes heures d'ennui. Comment dire cela? Quand je pense à vous, ma poitrine s'agite, retentissante comme l'écroulement d'un empire en décadence; car, l'ombre de votre amour accuse un sourire qui, peut-être, n'existe pas : elle est si vague, et remue ses écailles si tortueusement! Entre vos mains, j'abandonne mes sentiments impétueux, tables de marbre toutes neuves, et vierges encore d'un contact mortel. Prenons patience jusqu'aux premières lueurs du crépuscule matinal, et, dans l'attente du moment qui me jettera dans l'enlacement hideux de vos bras pestiférés, je m'incline humblement à vos genoux, que je presse. Enigme : La queue de poisson ne volera que pendant trois jours, c'est vrai, mais, hélas! la poutre n'en sera pas moins brûlée; et une balle cylindro-conique percera la peau du rhinocéros, malgré la fille de neige et le mendiant ! C'est que le fou couronné aura dit la vérité sur la fidélité des quatorze poignards. 6 (pp. 246-247) Maldoror se regarde dans un miroir et revendique ses crimes. Je me suis aperçu que je n'avais qu'un oeil au milieu du front! Ô miroirs d'argent, incrustés dans les panneaux des vestibules, combien de services ne m'avez-vous pas rendus par votre pouvoir réflecteur! Depuis le jour où un chat angora me rongea, pendant une heure, la bosse pariétale, comme un trépan qui perfore le crâne, en s'élançant brusquement sur mon dos, parce que j'avais fait bouillir ses petits dans une cuve remplie d'alcool, je n'ai pas cessé de lancer contre moi-même la flèche des tourments. Aujourd'hui, sous l'impression des blessures que mon corps a reçues dans diverses circonstances, soit par la fatalité de ma naissance, soir par le fait de ma propre faute; accablé par les conséquences de ma chute morale (quelques-unes ont été accomplies; qui prévoira les autres?) spectateur impassible des monstruosités acquises ou naturelles, qui décorent les aponévroses et l'intellect de celui qui parle, je jette un long regard de satisfaction sur la dualité qui me compose... et je me trouve beau! Beau comme le vice de conformation congénital des organes sexuels de l'homme, consistant dans la brièveté relative du canal de l'urètre et la division ou l'absence de sa paroi inférieure, de telle sorte que ce canal s'ouvre à une distance variable du gland et au-dessous du pénis; ou encore, comme la caroncule charnue, de forme conique, sillonnée par des rides transversales assez profondes, qui s'élève sur la base du bec supérieur du dindon; ou plutôt, comme la vérité qui suit : "le système des gammes, des modes et de leur enchaînement harmonique, ne repose pas sur des lois naturelles invariables, mais il est, au contraire, la conséquence de principes esthétiques qui ont varié avec le développement progressif de l'humanité, et qui évolueront encore;" et surtout, comme une corvette cuirassée à tourelles! Enigme : Ainsi sera réalisée la prophétie du coq, quand il entrevit l'avenir au fond du candélabre. Plût au ciel que le crabe tourteau rejoigne à temps la caravane des pèlerins, et leur apprenne en quelques mots la narration du chiffonnier de Clignancourt! 7 (pp. 248-253) Un fou, Aghone, fait du funambulisme sur un banc et raconte son histoire à Maldoror : son père ne pouvait boire à cause du devoir qu'il avait de nourrir sa famille. Le futur fou ayant acquis un serin pour ses sœurs, les trois Marguerite, le père tua l'oiseau et les sœurs se laissèrent mourir de chagrin. Maldoror le couronne tel un roi et se l'attache. Les trois Marguerite ne laissaient point écouler aucune larme, et leur visage ne perdait point sa fraîcheur pourprée; non... elles restaient simplement immobiles. Elles se traînèrent jusqu'à l'intérieur du chenil, et s'étendirent sur la paille, l'une à côté de l'autre; pendant que la chienne, témoin passif de leur manoeuvre, les regardait faire avec étonnement. A plusieurs reprises, ma mère les appela; elles ne rendirent le son d'aucune réponse. Fatiguées par les émotions précédentes, elles dormaient, probablement! Elle fouilla tous les coins de la maison sans les apercevoir. Elle suivit la chienne, qui la tirait par la robe, vers le chenil. Cette femme s'abaissa et plaça sa tête à l'entrée. Le spectacle dont elle eut la possibilité d'être témoin, ne pouvait être que navrant, d'après les calculs de mon esprit. J'allumai une chandelle et la lui présentai; de cette manière, aucun détail ne lui échappa. Elle ramena sa tête, couverte de brins de paille, de la tombe prématurée, et me dit : "Les trois Marguerite sont mortes." 8 (pp. 253-257) Le Créateur envoie un archange pour défendre Mervyn. Il se tient sur la pointe d'un écueil au milieu de la mer. Maldoror l'épie sur la plage. Tandis que le tourteau le somme de renoncer à ses projets, Maldoror demande à ce que le Créateur descende lui-même et semble se rendre. Le crabe se découvre et Maldoror le tue en lançant son bâton. Il emporte sur son dos la dépouille rejetée par la mer, puis se mêle à des cygnes blancs, qui l'évitent car il est noir. Le Tout-Puissant avait envoyé sur la terre un de ses archanges, afin de sauver l'adolescent d'une mort certaine. [...] Pour ne pas être reconnu, l'archange avait pris la forme d'un crabe tourteau, grand comme une vigogne. Il se tenait sur la pointe d'un écueil, au milieu de la mer, et attendait le favorable moment de la marée, pour opérer sa descente sur le rivage. L'homme aux lèvres de jaspe, caché derrière une sinuosité de la plage, épiait l'animal, un bâton à la main. Qui aurait désiré lire dans les pensées de ces deux êtres? Le premier ne se cachait pas qu'il avait une mission difficile à accomplir : "Et comment réussir, s'écriait-il, pendant que les vagues grossissantes battaient son refuge temporaire, là où mon maître a vu plus d'une fois échouer sa force et son courage? Moi, je ne suis qu'une substance limitée, tandis que l'autre, personne ne sait d'où il vient et quel est son but final. A son nom, les armées célestes tremblent; et plus d'un raconte, dans les régions que j'ai quittées, que Satan lui-même, Satan, l'incarnation du mal, n'est pas si redoutable." Le second faisait les réflexions suivantes; elles trouvèrent un écho, jusque dans la coupole azurée qu'elles souillèrent : "Il a l'air plein d'inexpérience; je lui réglerai son compte avec promptitude. Il vient sans doute d'en haut, envoyé par celui qui craint tant de venir lui-même! Nous verrons, à l'œuvre, s'il est aussi impérieux qu'il en a l'air; ce n'est pas un habitant de l'abricot terrestre; il trahit son origine séraphique par ses yeux errants et indécis." Enigme : C'est ainsi qu'il préludait à l'incroyable événement de la place Vendôme! 9 (pp. 258-260) Mervyn va au rendez-vous; Maldoror le fourre dans un sac et en frappe le parapet du pont. Il donne ensuite le sac à des bouchers en faisant passer Mervyn pour un chien à abattre, mais ils le libèrent. Le corsaire aux cheveux d'or, a reçu la réponse de Mervyn. Il suit dans cette page singulière la trace des troubles intellectuels de celui qui l'écrivit, abandonné aux faibles forces de sa propre suggestion. Celui-ci aurait beaucoup mieux fait de consulter ses parents, avant de répondre à l'amitié de l'inconnu. Aucun bénéfice ne résultera pour lui de se mêler, comme principal acteur, à cette équivoque intrigue. Mais, enfin, il l'a voulu. A l'heure indiquée, Mervyn, de la porte de sa maison, est allé droit devant lui, en suivant le boulevard Sébastopol, jusqu'à la fontaine Saint-Michel. Il prend le quai des Grands-Augustins et traverse le quai Conti; au moment où il passe sur le quai Malaquais, il voit marcher sur le quai du Louvre, parallèlement à sa propre direction, un individu, porteur d'un sac sous le bras, et qui paraît l'examiner avec attention. Les vapeurs du matin se sont dissipées. Les deux passants débouchent en même temps de chaque côté du pont du Carrousel. Quoiqu'ils ne se fussent jamais vus, ils se reconnurent! Vrai, c'était touchant de voir ces deux êtres, séparés par l'âge, rapprocher leurs âmes par la grandeur des sentiments. Du moins, c'eût été l'opinion de ceux qui se seraient arrêtés devant ce spectacle, que plus d'un, même avec un esprit mathématique, aurait trouvé émouvant. Mervyn, le visage en pleurs, réfléchissait qu'il rencontrait, pour ainsi dire à l'entrée de la vie, un soutien précieux dans les futures adversités. Soyez persuadés que l'autre ne disait rien. Voici ce qu'il fit : il déplia le sac qu'il portait, dégagea l'ouverture, et, saisissant l'adolescent par la tête, il fit passer le corps entier dans l'enveloppe de toile. Il noua, avec son mouchoir, l'extrémité qui servait d'introduction. Comme Mervyn poussait des cris aigus, il enleva le sac, ainsi qu'un paquet de linges, et en frappe, à plusieurs reprises, le parapet du pont. Alors, le patient, s'étant aperçu du craquement de ses os, se tut. Scène unique, qu'aucun romancier ne retrouvera! 10 (pp. 260-266) Une queue de poisson remue au fond d'un trou. Le crabe tourteau, ressuscité, lui donne deux ailes d'albatros, mais elle s'envole tout raconter à Maldoror qui la tue par sécurité. Une poutre réclame vengeance, mais le Créateur, métamorphosé en rhinocéros, lui dit que cette mort est méritée. Le fou couronné brûle la poutre, reprend l'anneau caché sous la pierre et l'attache à une corde de soixante mètres de long. Les quatorze poignards sont prêts à toute éventualité. Un chiffonnier a raconté au tourteau le calvaire de Mervyn dans le sac. Maldoror et le fou ligotent le jeune homme et attachent la corde au sac et au sommet de la colonne Vendôme. Marldoror tournoie Mervyn comme une fronde, lâche le câble et Mervyn traverse la Seine comme une comète pour aller frapper le dôme du Panthéon, où son squelette est resté suspendu. Le rhinocéros avait appris ce qui allait arriver. Couvert de sueur, il apparut haletant, au coin de la rue Castiglione. Il n'eut même pas la satisfaction d'entreprendre le combat. L'individu, qui examinait les alentours du haut de la colonne, arma son revolver, visa avec soin et pressa la détente. Le commodore qui mendiait par les rues depuis le jour où avait commencé ce qu'il croyait être la folie de son fils et la mère, qu'on avait appelée la fille de neige, à cause de son extrême pâleur, portèrent en avant leur poitrine pour protéger le rhinocéros. Inutile soin. La balle troua sa peau, comme une vrille; l'on aurait pu croire, avec une apparence de logique, que la mort devait infailliblement apparaître. Mais nous savions que, dans ce pachyderme, s'était introduite la substance du Seigneur. Il se retira avec chagrin. |
||||||||||||||||
| Gustav Klimt | ||||||||||||||||
| quelques liens | ||||||||||||||||
| chant cinquième | ||||||||||||||||
| bio | ||||||||||||||||
| Name: | alexandre pouliquen | |||||||||||||||
| Email: | [email protected] | |||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||