News de la familia Dag y Co
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Entry for November 10, 2006
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Tragédie : Papai nous a quittes :


 


Mardi 31 Octobre, c’est l’anniversaire de mon papa, nous posons nos sacs a dos dans l’appartement au retour de près d’une semaine de « baroudage » a Sumatra. Julia se connecte de manière immédiate à son mail (pressentiment ?). Catastrophe : une succession de messages lui font part de l’urgence de parler avec elle, et elle finit par trouver le message qui la fait s’effondrer sous le choc : Papai est décède le samedi sous l’effet de piqûres d’abeilles en furie après que le tracteur ait heurte leur nid, et nous ne le savions pas. Elle prendra l’avion 24 h plus tard pour Lima et Pucallpa (retour le 17).


 


Plusieurs d’entre vous le connaissaient, et vous savez qu’il s’agissait d’un homme attache a sa terre, et a son style de vie de la campagne. Pour quelque raison étrange, il est parti en fin d’après midi pour labourer. A cette heure la, ce n’était pas dans ses habitudes, et le réconfort que nous cherchons nous pousse donc à y chercher un sens lie a sa disparition.


Pour ma part, j’ai pu voir combien il était oppose a suivre une thérapie en milieu hospitalier, et en raison du cancer qui n’allait jamais cesse de le menacer, je veux croire qu’il a échappé a des pénibles traitements qu’il n’aurait pas approuvé. Pour lui, une belle fin prématurée avait sans doute plus de valeur qu’une agonie plusieurs mois ou même années plus tard. Il l’a dit de façon verbale, et je crois qu’il en était profondément convaincu. C’est donc dans nos pensées et l’évocation des souvenirs qu’il existera désormais exclusivement.


 


Si vous n’y voyez pas d’inconvénients, je voudrais vous raconter quelques aspects de sa vie, tellement liés a l’histoire de Julia et donc a la notre, d’une certaine façon.


 


L’après guerre n’a été facile pour aucun pays, mais dans le cas du Japon, le défi était incommensurable, et tous les anciens qui ont vécu les terribles pénuries et malnutritions des années 40 et 50 sont encore sensibles a ces souffrances. On peut le voir dans les inspirations artistiques de différentes nature : littérature, cinéma, dessins animes… ce qui nous parvient du Japon aujourd’hui est encore souvent de près ou de loin sous cette influence. Par ailleurs, le choix de Shinzo Abe comme Premier Ministre est un jalon déterminant car c’est le premier homme d’Etat qui soit arrive à la tête du pays bien qu’étant né après la défaite de la guerre. Bon, je crois que sans entrer dans les détails, vous pouvez me comprendre lorsque j’évoque la dureté impitoyable des années d’après Hiroshima au Japon.


 


Papai est ne en 1938, donc il avait l’age de Cynthia et Chris quand tout cela l’a touché au plus profond. En raison de cette détresse, en particulier a Kumamoto, ou habitait la famille (face a Hiroshima et Nagasaki), le grand père de Julia avait décide d’aller contre la volonté de sa femme et de répondre a l’appel du gouvernement pour une émigration massive vers le Brésil. « Un futur extraordinaire » disaient-ils. « N’emportez rien, vous aurez tout le confort sur place, nous nous en chargeons ». La réalité était très différente…


 


Quelques mois après l’arrivée a Manaus, au terme d’un voyage et d’une installation très éprouvants, le papa de Satoru (nom du papa de Julia, alors age de 15 ou 16 ans), est décédé, laissant derrière lui 6 enfants, sans autre héritage qu’une terre encore en friche. C’est dans ces conditions que Papai est devenu adulte, chef de famille, et il a réussi à prendre soin de tous.


 


Quelques années plus tard, après s’être marie (et alors que le Japon démarrait l’épopée économique qui l’a mené a son extraordinaire succès), Satoru a décide de tenter une nouvelle émigration vers le Pérou, qui tendait la main aux Japonais pour implanter au la culture du poivre.


 


Cette nouvelle page marque le début de la période qui a probablement été la plus belle dans sa vie. C’est aussi dans ces conditions que Julia a passe la plus grande partie de son enfance, puisqu’elle n’avait que 4 ans lors de ce voyage. En réalité, la vie est devenue meilleure pour tous, et on connaît même parmi les Japonais certains exemples de fortunes réalisées au Brésil sur la même base précaire. Pour Julia, ça a été une « enfance dorée », peut être pas en termes absolus, mais en termes relatifs : les personnes qui ont connu une prospérité comparable par l’agriculture a Pucallpa dans ces années la sont peu nombreux.


 


Pour Papai, c’était une porte ouverte sur la liberté de vivre enfin, et l’occasion aussi de montrer sa generosite légendaire qui explique la présence de nombreuses personnes lors de ses obsèques. C’était aussi une entreprise collective qui a marque toute la génération de Julia. La majorité des jeunes de sa génération a suivi une scolarité solide, avec quelques succès académiques importants. Julia et ses frères ont tous accède a des études supérieures, ce qui montre l’importance de cet aspect de l’éducation pour les parents de Julia.


 


La suite, on la connaît mieux (ou du moins, je la connais mieux), le terrorisme, la fin de la Coopérative de culture du poivre, l’exode de la plupart des membres de la Colonie Japonaise vers… le Japon et son industrie avide de bras. Même Papai, après de multiples tentatives de suivre ses rêves de chercheur d’or (c’est la profession de l’oncle de Julia), a fini par se diriger vers son pays d’origine, ce qui m’a permis de partager l’appartement lors des derniers mois que j’ai vécu là-bas. Grâce a son fils Takashi, il a pu mettre fin a cette mauvaise expérience (il ne sentait plus l’appartenance a ce peuple tellement transforme par le développement) et retourner a sa passion, la culture du poivre. Peu de temps après ce retour (il y a 3 ans ½), le cancer l’a touche à la gorge et aux poumons. Satoru n’a pas laisse la maladie le tourmenter ni changer ses priorités. J’ai appris que l’impact de la visite en Août de Julia et des enfants sur son humeur a été grand : il était fier de sa fille et de ses petits enfants, et il avait grand plaisir a rencontrer Christophe devant l’échiquier.


 


Voila quelques souvenirs couches sur le papier. Le partage est le meilleur hommage. Merci a tous pour vos messages de soutien.


2006-11-10 15:19:22 GMT


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