Il
était une fois, au fin fond de la Sibérie, un village de
chasseurs, où le chef avait une femme
très belle,
très jeune, dont il était amoureux fou...
La saison de chasse
ayant été fructueuse, il chargea son traîneau de toutes
les fourrures pour
aller les vendre à
la ville voisine. Les peaux étaient d'une très belle qualité,
il put les échanger
à un bon prix, acheter tout ce qu'il fallait pour la survie de son
village et
le bien-être
de chacun, car c'était un homme juste et bon.
Après tous ces
achats, il lui resta une peau de renard blanc et il vit, dans un coin du
magasin,
un miroir en métal
poli. Dans son village où l'on vivait depuis des millénaires
sous la tente,
il n'y avait jamais
eu, de mémoire de chasseur, aucun miroir.
Aussi, pensa-t-il
faire plaisir à sa femme, qui était comme vous le savez "belle
comme un rêve",
en échangeant
la peau de renard blanc contre le mirroir de métal poli.
Il revint au village,
distribua les vivres et les objets ramenés de la ville équitablement
entre tous les chasseurs,
ne gardant pour lui
que le miroir enveloppé dans sa chemise, qu'il déposa aux
pieds de sa femme.
Celle-ci se pencha
sur le paquet, ouvrit la chemise, reconnut l'odeur de son mari,
s'arrêta stupéfaite,
éclata en sanglots,
puis prit son manteau,
ses raquettes de neige et s'enfuit sans un mot jusqu'au village de sa mère.
Cette dernière
s'étonna de la visite de sa fille. Celle-ci entre deux sanglots
murmura :
" Mon mari ne m'aime
plus. Il est parti à la ville comme chaque année, vendre
ses fourrures.
Comme chaque année
depuis toujours, il a rapporté tout ce qu'il fallait pour le village.
Il n'a oublié
personne. Mais dans sa chemise, il a ramené une femme merveilleuse,
très jolie,
séduisante comme un matin de printemps.
Elle avait même
son odeur, je l'ai reconnue. C'est bien le signe qu'il ne m'aime plus."
Sa mère, qui
était une femme d'expérience, car elle avait beaucoup vécu,
lui dit :
" Viens avec moi,
je veux voir qui oserait être plus belle que ma fille.
Plus belle que la
fille d'un roi ! Je veux voir."
Arrivée au village
des chasseurs, elle entra sous la tente du chef, reconnut la chemise de
son gendre,
l'ouvrit, se pencha,
regarda et éclata de rire, en disant à sa fille :
" Tu n'as rien à
craindre ma chérie, elle est vieille et moche."
Oui, on ne voit ses
problèmes... qu'avec ses propres yeux !
Jacques Salomé
