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CHAPITRE IV


R�volution et Internationalisme
En Ha�ti
Deuxi�me Partie





Toute r�volution suscite une r�action. Aux forces dites �r�volutionnaires� s�opposent des forces d�nomm�es �r�actionnaires�. Du jeu et de l��quilibre de ces forces d�pendra l�issue de la r�volution, Parfois, les unes ou les autres n�ont pas le temps de bien s�organiser, ayant �t� surprises par la rapidit� des �v�nements. D�autres fois, celles-ci ou celles-l� ne sont pas assez puissantes pour faire pencher la balance en leur faveur. Bon gr�, mal gr�, cependant, la situation �voluera et aboutira � la d�fervescence.



111.1  Strat�gie R�volutionnaire vs. Strat�gie R�actionnaire.

L�analyse des r�volutions r�v�le la pr�sence d�une strat�gie r�volutionnaire tout comme celle d�une strat�gie r�actionnaire. Quelques �l�ments tactiques qui accompagnent ces strat�gies sont le coup d��tat, la gu�rilla et le terrorisme.

  1. Valeur du Coup d��tat dans un Contexte R�volutionnaire.

    Le coup d��tat est l�arme de pr�dilection de la r�action pour apaiser l��lan r�volutionnaire. Lorsque les �l�ments de la r�volution imminente se sont, suffisamment, d�voil�s, le coup d��tat permet de les balayer au mieux. Le coup d��tat est, donc, un �l�ment-clef de la strat�gie de la r�action, et il a pay� en Ha�ti: coup d��tat du 29 novembre 1986 pour emp�cher l�acession au pouvoir de la gauche et de Ma�tre G�rard Gourgue (un mariage douteux et inqui�tant pour certains); coup d��tat contre le gouvernement du professeur Leslie Manigat1 du centre gauche ( gagnant en popularit�, apr�s des �lections impopulaires), en juin 1987; coup d��tat, en septembre 1991, contre le pr�tre anarchiste2, Jean Bertrand Aristide, port� au pouvoir par le Front National de Concertation D�mocratique (F.N.C.D., de tendance gauchiste). Somme toute, Ha�ti est, encore, dans le camp du �monde� dit �libre�. Mais que de peur a-t�on eue! (�Sak pa bon pou youn kapab bon pou you lot�.)



  2. Qu�est la Gu�rilla?

    La gu�rilla est la guerre d�escarmouches. Elle consiste � harceler l�ennemi de fa�on � l�affaiblir. Elle peut prendre la forme de la lutte arm�e ou d��meutes organis�es et dirig�es. En Ha�ti, les �meutes qui ont abouti � la chute de Jean Claude Duvalier ont �t� tant�t spontan�es, tant�t dirig�es. Les tactiques de la gu�rilla ont �t�, merveilleusement, utilis�es, par exemple, par des r�sistants fran�ais, au cours de la seconde guerre mondiale, � Cuba, par Castro et Guevara contre le dictateur Fulgencio Batista et, dans la guerre civile du Vietnam, par le Vietcong, tout d�abord, contre les forces n�ocoloniales fran�aises, puis contre les forces arm�es locales de Diem, enfin, contre la puissante force interventioniste, am�ricaine. Le dictateur communiste Mao Ts� Tong a �t� l�un de ses principaux artisans, au cours de sa �longue marche� r�volutionnaire contre l�oligarchie qu�a connue la Chine de l��re ante-communiste. Enfin, durant la guerre qui a abouti � la naissance de la nation isra�lienne, les nationalistes juifs ont, assez bien, mis en pratique les techniques de la gu�rilla pour r�sister aux puissantes arm�es arabes, un fait qui rappelle l��pop�e de David contre Goliath, dans l�Histoire Sainte.
           La gu�rilla, contrairement, au coup d��tat est une tactique souvent utilis�e par les opposants � l�ordre �tabli (�the establishment�). Elle est la forme la plus noble de la lutte subversive, visant, avant tout, des objectifs militaires et des points strat�giques. Son unit� principale militaris�e, sa force de frappe, pour ainsi dire, est le commando groupant, souvent, quelques dizaines d�hommes bien arm�s, souvent, plus intelligents ou mieux entra�n�s que l�adversaire � frapper, ayant, en particulier, une meilleure connaissance du �terrain�, et �tant, surtout, tr�s motiv�s. L�intelligent m�decin et anarchiste, Ernesto Che Guevara3 , fut l�un de ses principaux protagonistes en Am�rique Latine. De nos jours, cependant, la gu�rilla urbaine utilise des commandos non militaris�s, ou non arm�s, visant � d�stabiliser l�ordre conjoncturel dont leur adversaire se porte garant. Ces commandos, peuvent, n�ammoins, faire appel � l�usage de la force militaire, si le besoin s�en fait sentir et, surtout, si l�opposant faiblit.



  3. Le Terrorisme � l�Oeuvre.

    Aucun analyste socio-politique ne peut ignorer cette forme tr�s subtile de la lutte subversive qu�est le terrorisme. Celui-ci est souvent con�u comme la premi�re �tape de la lutte subversive, celle qui pr�c�dera la gu�rilla, le coup d��tat ou la r�volte populaire; elle est, n�ammoins, une forme d�grad�e de cette lutte, celle qu�utilise son protagoniste contre un adversaire trop puissant.
           Le terrorisme a des implications politico-sociales consid�rables qu�aucune partie engag�e dans la lutte pour le pouvoir ne peut n�gliger. Le terrorisme cherche � provoquer un changement d�attitudes sociales. Il a un but unique: amener une partie de la population � se prononcer contre l�ordre �tabli. Pour cela, le terroriste fait appel aux sentiments les plus profonds du peuple (le sien) ou de sa communaut� dont il cherche � repr�senter les aspirations, les craintes et les mobiles, La d�nomination de quelques organisations terroristes est, particuli�rement, suggestive: Organisation des Opprim�s du Monde (au Moyen-Orient), Sentier Lumineux (au P�rou), Septembre Noir (groupe palestino-allemand), Hamas (en Israel), Al Quaeda (international et mafiosi), Organization Terroriste Basque (en Espagne), I.R.A.: Arm�e R�publicaine Irlandaise (en Angleterre), O.L.P.: Organisation de Lib�ration de la Palestine (en Palestine), Front de Lib�ration de Chen-Chen (en Russie), etc. Le terrorisme, en cr�ant la division id�ologique de la population, recherche l�instabilit� politique, le pr�lude � toute r�volution.
           Le terrorisme peut �tre un terrorisme d��tat, utilis� par les hommes �au pouvoir� pour d�barrasser leur soci�t� des individus �d�viants� (comme il en fut au Br�sil) ou des opposants politiques (comme il a �t� de coutume en Ha�ti - Zinglins, TTMC, Zinglindons et, maintenat, Arm�e Cannibale). IL s�oppose au terrorisme des groupes subversifs qui, en plus de chercher � d�stabiliser le gouvernement en place � son premier but � vise � d�barrasser la nation des citoyens �conformistes�. En Ha�ti, le terrorisme d��tat a �t� perp�tr� par des groupes paramilitaires, ayant pris, suivant l��poque, des d�nominations diff�rentes, tels les �zinglins� du g�n�ral Maximilien, sous le r�gne de Faustin Soulouque, les �volontaires de la s�curit� nationale� (V.S.N.) ou, vulgairement, les �tontons macoutes�, sous Fran�ois Duvalier et, plus r�cemment, les �zinglindons� des gouvernements militaires et des groupes paramilitaris�s de l��re post-duvali�rienne.
           Le terrorisme n�est, donc, pas une cr�ation des ann�es 90, ni m�me l�apanage de d�viants sociaux. Des arm�es r�guli�res ont men�, au cours de la seconde guerre mondiale, des actions terroristes. On peut citer, � ce propos, les bombardements des h�pitaux et autres objectifs civils allemands, par des avions alli�s en vue de h�ter la d�bacle de l�Allemagne, en y cr�ant des probl�mes de logistique. Les bombardements des quartiers populeux de Londres par l�aviation allemande se situe dans le m�me cadre. Le lib�rateur juif, David Ben Gourion, le p�re de la nation isra�lienne a men�, activement, cette forme de lutte subversive contre les occupants anglais de la Palestine.
           Le terrorisme, cependant, parce qu�il ne fait pas de diff�rence entre les objectifs civils et militaires, est la forme la plus basse de la lutte subversive, celle qui est indigne du militaire de carri�re et du citoyen honn�te.



  4. Autres Strat�gies R�volutionnaires:

    D�autres strat�gies r�volutionnaires ont un c�t� d�mocratique et un aspect non violent, telles par exemple, l�union de partis ou de groupes Politiques pour remporter des victoires �lectorales, la cr�ation de brigades de vigilance et de volontaires de la s�curit� nationale, non arm�s et d�id�ologie non violente (m�me lorsque ceux-ci auraient re�u un entra�nement appropri� - au combat); leur but est de d�courager un envahisseur potentiel, garantir l�ordre public, mais aussi de s�emparer du pouvoir en y attirant le plus grand nombre. Aux U.S.A., par exemple, les �black Muslims� sont, en g�n�ral, des volontaires noirs, non violents, qui prot�gent souvent leur communaut� des brigands. En Ha�ti, l�extr�me gauche r�volutionnaire avait pris la d�nomination de F.N.C.D. (Front National de Concertation D�mocratique), lors des �lections projet�es de 1990, et avait conduit � la formation des �brigades de vigilance� et � des �comit�s de quartier�. Parall�lement, des appels avaient �t� lanc�s, en 1988, par les dirigeants du P.C.U.H. (Parti Communiste Unifi� des Haitiens), plus mod�r�s, pour la formation d�un gouvernement de coalition ou d�union nationale.
           De telles tactiques font appel � des sentiments et � des besoins profonds, tels le sentiment d�appartenance ou le besoin de se montrer utile. Elles peuvent, n�ammoins, conduire � l�exacerbation du nationalisme local, � des attitudes extr�mistes et � la x�nophobie.



  5. L'Apprenti Sorcier:

    Un apprenti-sorcier est celui qui essaie de r�soudre ses probl�mes par des moyens non classiques et souvent inneffectifs qui conduisent � des r�sultats ind�sirables. En Ha�ti, des caract�ristiques locales - analphab�tisme, faiblesse de l'instruction scolaire et universitaire, trait autoritariste - conduisent souvent � des mesures gouvernementales, innappropri�es et au d�sordre social



111.2  D�s�quilibre Social et Criminalit�

Doit-on mettre au compte du terrorisme organis� la plupart des atrocit�s qu�a connues Ha�ti depuis la chute de Jean Claude Duvalier, en 1986? Ont-elles �t�, plut�t, le reflet d�une augmentation de la d�viance spontan�e, dans un climat g�n�ral de tension et de nervosit� sociales?
       On peut r�pondre par l�affirmative � ces deux questions sans se contredire. En efft, le choix personnel est toujours possible au dernier moment, m�me lorsqu�il existe, au d�but, une influence sociale. D�un autre c�t�, les normes sociales sont des variables qui sont fonction du syst�me et de l�id�ologie socio-politiques, conjoncturels.
       En Ha�ti, la plupart des actes terroristes commis dans l�intervalle des ann�es 1986-1991 s�expliquent tant par le contexte socio-r�volutionaire que par l�instinct �crapuleux� de domination (instinct de zombification) de certains de nos concitoyens.


111.3  Conflits Psychologiques qui D�coulent du Choix D�mocratique, leur Impact Social

Choisir parmi de nombreuses alternatives n�est, souvent, pas un acte ais�. Tout choix peut cr�er une source de conflits et nourrir des sentiments de frustration et d�anxi�t�. En Ha�ti, le choix de la voie d�mocratique implique des risques que beaucoup de citoyens ais�s ne veulent pas prendre, car choisir entre la d�mocratie et l�autocratie est souvent, pour beaucoup, choisir entre la famine et le �macoutisme�.
       Confront�s � ce choix contraignant, l�intellectuel ha�tien r�agit par la rationalisation ou l�intellectualisation, et l�homme d�action se fait militant, mais la mod�ration leur fait, parfois, d�faut. Dans ce pays o� le surnaturel est valoris�, un plus grand nombre de gens s�en remettent � Dieu ou aux dieux; question de dignit� spirituelle face � l�indignit� mat�rielle, de r�signation face aux arrogances d�une soci�t� qui se veut, � contre sens, bourgeoise. Cette derni�re attitude est, d�ailleurs, fort appr�ci�e par la classe ais�e: int�r�t oblige!
       Peut-on, donc, ramener � un simple probl�me de choix le revers que connut le processus d�mocratique en Ha�ti, pays tant boulevers� et tant ensanglant� depuis son ind�pendance?, Un simple coup d�oeil sur la pyramide de Maslow peut nous �clairer, Dans sa fameuse pyramide symbolique des besoins humains, le psycho-sociologue Maslow a oppos� aux besoins vitaux ou primordiaux, qu�il a plac�s � la base, les besoins immat�riels qu�il a repr�sent�s au sommet, tels, en l�occurence, le besoin d�ind�pendance et celui de choisir son destin. Une insatisfaction des premiers rend difficile la r�alisation des seconds. L�absence significative des ha�tiens, aux �lections d�mocratiques qui ont abouti � la nomination du citoyen Ren� Pr�val � la pr�sidence, ne s�explique, sans doute, pas seulement, par une peur bleue de la r�p�tition des incidents de la Ruelle Vaillant, au cours des �lections 86. Tout processus d�mocratique pr�suppose, en effet, la capacit� de faire un choix libre et adulte de la part des participants, c. � d., l�acceptation des risques qui en d�coulent. D�un autre c�t�, tout processus coercif supprime ce choix et pr�tend minimiser de tels risques, en assurant le minimum vital; mais, trop souvent, � quel prix!. Pensez au nazisme allemand et � tant d�autres r�gimes coercifs qui ont conduit � la ruine de nombreux peuples ayant cru � l�Eldorado!






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1Le professeur Leslie Manigat n�avait pas bien d�fini sa position, mais �tant donn� ses liens tr�s forts avec les partis latino-am�ricains, en particulier, ceux du centre-gauche du V�n�zuela et de l�Argentine, je pr�sume qu�il fut, comme Serge Gilles, d�ailleurs, du centre-gauche. Marc Bazin et Louis D�joie, un ami de Manigat, avaient �t�, par contre, tous deux, de la droite avec Bazin, plus conservateur, incarnant la position pro-am�ricaine et pro Adam Smith, et, d�finitivement, � l�extr�ne droite.

2Les anarchistes naissent ou sont actifs � la faveur des r�volutions (en fait, toute p�riode r�volutionaire est anarchique) et participent au renversement de l'ordre �tabli--dictature, oligarchie, autarcie ou autocratie, colonialisme, etc.; � la diff�rence des autres r�volutionaires, l'anarchiste n'a pas de plan ou de programmes sociaux bien d�finis, comme le code civil napol�onien, le code rural louverturien, la d�mocratie � la grecque antique, la d�mocratie � l'am�ricaine, le socialisme � la sovi�tique, le libertarianisme*, etc.; en cons�quence, la p�riode de tergiversement et d'instabilit� socio-politiques est susceptible de se prolonger.**

3La loi de la plus grande entropie est bien connue en physique mais est universelle; aucun syst�me ne peut durer ind�finiment, mais le remodelage en douceur est pr�f�rable au remedolage brutal; apr�s avoir rompu avec son fid�le compagnon, Guevara, avec ou sans l'aide de Fidel Castro, essaya d'exporter la r�volution castriste sur le continent am�ricain et de renverser ses gouvernements militaires; il �choua pitoyablement, mais, en un sens, son effort pour y apporter le changement ne fut pas vain, car la d�mocracie fleurit, maintenant, dans les Am�riques; eut-il r�ussi, le continent am�ricain aurait, peut-�tre, �t�, de nos jours, encore instable politiquement comme l'Afrique.

*Le libertarianisme est la doctrine qui enseigne la non intervention ou l'intervention limit�e du gouvernement dans la g�rance de l'�tat; elle a �t� pr�n�e par Emma Goldman; dans sa forme la plus douce, elle est plus proche du capitalisme que du socialisme; dans sa forme la plus extr�me, elle est confondue avec l'anarchisme.

**Le d�mantellemnt de la soci�t� romaine n'a pas �t� seulement d� aux invasions, comme ce fut le cas pour les soci�t�s am�rindiennes du nouveau monde et peut �tre, en grande partie, expliqu�e par l'anarchie chronique qu'a connu l'empire � la fin de son r�gne; Ha�ti, en tant que nation souffrant d'une anarchie chronique, peut avoir un sort similaire apr�s ses 200 ans d'ind�pendance.
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