CHAPITRE II
La
Surenchère
Des
Valeurs Fascistes ---------------------------
Le fascisme met l'emphase sur certaines valeurs sociales et met en veilleuse d'autres non moins importantes. La puissance, l'obéissance, l'unité et la fierté sont les valeurs les plus prônées par l'idéologie fasciste. Celle-ci insiste aussi, indûnent, sur l'union (union nationale, union familiale, etc.),
le respect des autorités (ecclésiastiques, militaires, familiales, etc.). Cependant l'accent en est porté au détriment des considérations démocratiques, i.e., des valeurs démocratiques correspondantes:
les appels à l'union du groupe, par exemple, se font au détriment des droits fondamentaux et individuels qui passent au second plan, lorsque ceux-ci ne sont pas, tout simplement, ignorés.
Dans l'état autocratique, la consultation populaire n'est pas prévue et la décision du chef est presque toujours imposée aux autres membres. En conséquence, le "leadership" autocratique engendre de l'agressivité déplacée et la carence des responsabilités individuelles.
En Haiti, le "leadership" autocratique a été souvent la règle, et le "leadership" démocratique a été l'exception . Le phénomène socio-politique haïtien qui est celui d'un contexte révolutionnaire, chronique et, pratiquement, sans aucune tradition électorale, a, en, grande partie, pour cause et pour explication, le "leadership" autocratique.
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Dans le contexte socio-politique fasciste qu'a connu pendant longtemps Haïti, la crainte du rival et le sentiment d'insécurité qui l'accompagne ont été, intimement, liés à la possibilité de perdre des privilèges sociaux. Au niveau de la classe dirigeante ou de la classe favorisée, ces sentiments traduisent l'anxiété qu'accompagne l'obstination de cette classe à vouloir maintenir le statu quo en dépit des revendications des forces prolétariennes.
Les racines d'une telle attitude inflexible plongent dans l'époque coloniale. Dans la colonie de Saint Domingue, le colon, grand planteur refusa d'accepter les idées révolutionnaires de la Métropole qui prônaient, entre. autres, l'égalité de tous les hommes, car il ne voulait pas que le petit blanc ("blan, mannan") fut son égal; le petit blanc refusa de considérer l'affranchi comme son égal; enfin, il était difficile à l'affranchi, qui pouvait posséder des esclaves, d'envisager la liberté pour tous les esclaves. Ces rivalités intestines provoquèrent la ruine de la colonie.
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II.2b Le Culte de l'Intolerance
En Haiti, la tolerance a ete rarement cultivee en socio-politique. Theoriquement, le culte de l'intolerance est une heritage ancestral de la periode colonio-esclavagiste et des valeurs militaires qui ont conduit a l'independance. Pratiquement, le culte de l'intolerance est une valeur faciste qui decoule de deux autres - le leadership autocratique et la crainte du rival - dans une societe ou existe la surenchere des valeurs autoritaires. Avec Francois Duvalier, l'intolerance politico-sociale a ete a son maximum.
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Dans un état autocratique, la discrimination sociale a, toujours, été à la base de conflits inter-groupes1 . En Haïti, la discrimination sociopolitique est le résultat de l'héritage colonial et témoigne de la persistance de structures néo-coloniales.
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Au cours de la période carnavalesque en Haïti, quelques unes des chansons populaires sont teintées d’un nationalisme voilé, telles, par exemple, celles du groupe Boukman Experience. Le nationalisme haÏtien ne tend pas à flétrir, malgré les succès actuels de l’internationalisme. Celui-ci se manifeste de diverses façons telles, par exemple, dans la création de marchés communs régionaux, les affiliations étrangères de partis Politiques, nationaux (une situation illégale), la formation de sociétés et d’entreprises multinationales, et la présence, dans le monde, d’une multitude d’organisations internationales de droits humains et de protection de l’environnement ou l’expansion de l’Internationale Socialisme ou de la Banque Mondiale. Tout conflit, même interne à un pays, tend, aussi, à s’internationaliser, du fait de la rapidité des moyens de communication. Toute idéologie régionale tend à devenir internationale.
Le nationalisme haÏtien, on peut le dire, est, dès lors, davantage une tare sociale qu’elle n’est une vertu. Il fait perdre de vue les vrais ennemis et il aveugle de la vraie cause. Haïti, plongée plus que jamais dans une situation de dépendance chronique, ne devra envisager que “l'indépendance dans l’interdépendance”.
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L’Homme, étant un animal sociable, a, toujours, cherché à s’organiser. Les organisations humaines ont été tribales, puis urbaines avant de devenir nationales ou étatiques, puis internationales. L’organisation tribale représente l’organisation des familles autour d’un totem, i.e., d’un ancêtre commun. Un tel modèle d’organisation a existé dans les sociétés primitives.
L’organisation urbaine, plus vaste et plus diverse, a fait suite à l’organisation tribale. Elle est ce modèle d’organisation sociale qui a conduit à la formation des empires grecs et romains antiques, dont l’espace socio-politico-géographique a, par la suite, débordé le cadre de la ville pour devenir l’état.
Avec cette ébauche d'organisation étatique est née le sentiment national qui est un sentiment d’appartenance à un groupe plus grand que la famille, la tribu ou les habitants d’une même cité. Cependant, avec le morcellement consécutif de ces empires primitifs, consécutivement à des guerres et aux invasions, l’organisation de la société demeura, pendant longtemps et avant tout, provinciale (faite de plusieurs localites urbaines ou régionales, indépendantes) et fut marquée, comme pour l’organisation tribale, par la domination des familles. Jeanne d’Arc fut la première à inspirer à ces provinces un "sentiment national d’appartenance" et à jeter les bases de cette organisation nationale, multiprovinciale et interdépendente (que nous vivons, encore, aujourd’hui).
Les nations étendirent, de plus en plus, leur domination sur d’autres nations, donnant lieu à l’impérialisme et au colonialisme, ayant une structure fortement militarisée, et, avec eux, aux ébauches des organisations multinationales, modernes (que nous connaisssons aujourdh’ui). En fait les alliances entre des peuples ou entre des armées ne sont pas une chose nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est le caractère transcendant de ces alliances, i.e., leur habileté à dépasser le cadre de simples alliances de fortune pour devenir des organisations stables et mondiales, existant en dehors des nations qui y participent. Les alliances de nations durant la seconde guerre mondiale, par exemple, furent suivies de la création de l’O.N.U., de celles de l’O.T.A.N., du Pacte de Varsovie, de l'Union Europeenne, de l'O.U.A., de la NAFTA, du CARECOM, de Paix Verte (GREEN PEACE) et de la Banque Mondiale. Aujourd'hui, les organisations et alliances internationales ne sont plus seulement militaires; elles sont également politiques, économiques, sociales, écologiques et culturelles. En fait, engagé dans une ère d'exploration cosmique et interplanétaire, le monde ne peut que souhaiter la bienvenue à une telle évolution.
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Le fascisme exige, de la part des individus qui composent la société, l'abdication de leur personnalité pour le bien-être collectif. Ceuxci perdent, alors, le sens de la responsabilté, pour devenir des individus dépendants et irresponsables, bref des automates. La collectivité et, dans une plus large mesure, le Chef prend toutes les décisions et étouffe les velléités individuelles. Les liaisons familiales ( ft affaires", mariages "dap-piyan", "plaçages") se font, d'abord et avant tout, dans l'intérêt de la petite collectivité qu'est la famille, et, de façon plus large, dans celui de la collectivité nationale ou du groupe social, rarement par pur amour entre deux individus. Le placement dans le travail, souvent, ne se fait pas sur la base de la compétence individuelle et ne laisse que peu de choix à L'individu. Celui-ci devra, en outre, se sacrifier pour le bien-être de la collectivité; c'est son premier devoir et celui qui surpasse tous ses droits.
En Haiti, le médecin résident, qui aura terminé ses études médicales gratuites, devra fournir à l'Etat haitien deux années mal payées de résidence rurale; il n'aura pas le droit de choisir au préalable le lieu de son séjour résidentiel, ni celui de discuter les modalités relatives à son travail. La "Fête des Bleus", bruyamment, célébrée dans toutes les facultés du pays, est une réminiscence fantaisiste et fasciste de la période coloniale. Au cours de cette fête, la personnalité du "bleu " (novice) est bafouée. Cette abdication de la personnalité et du sens de la responsabilité, dans une société à surenchère de valeurs fascistes crée des aberrations sociales: mariages de discorde, "fuite de cerveaux", personnalité dépendante-agressive [qui transferee dans un contexte marital est, encore, appelée dans la région, "tioulo sucio" (du nom espagnol) ou "tioulo fatal"], zombisme (pran tet-li) (qui est l'abdication forcée de toute volonté personnelle), et explique des difficultés économiques, tel, par exemple, l'échec agricole.
S'il est vrai que mille huit-cent quatre n'a été possible que grâce à la soumission de tous les haïtiens à un chef incontesté, le valeureux général Jean Jacques Dessalines, il nous faut pas, non plus, oublier que celui-ci a bénéficié de l'appui volontaire et libre de brillants compagnons d'armes, tels que Clerveaux, Pétion, Christophe, etc.. Par la suite, notre libérateur a été l'artisan de sa propre trahison pour avoir ignoré, oublié ou négligé ce point. Enfin, sachons que quoique les règles qui gouvernent les relations dans un groupe puissent être
différentes de celles qui président aux relations entre deux individus, le respect de la divergence d'opinions, celui de la personnalité et celui des libertés individuelles, qui en découle, sont des points essentiels à toute démocratie.
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Vous avez, peut-être, entendu parler du mécanisme de transférence, dans la situation analytique. En fait, celle-ci n'existe jamais sans celui-là. Le transfert peut se réaliser, également, dans la relation entre le "leader" et son groupe. Il est évident que le docteur François Duvalier doit, à ce mécanisme, une partie de son ascendance sur le peuple haitien. De guérisseur d'individus, Papa Doc était devenu, pour le corps social haïtien, le grand-prêtre, le "Papa Ogou", le bon papa. Le fougueux médecin de campagne, qui avait participé, sous l'égide de l'Alliance Pour le Progrès (Alliance For Progress), à la campagne d'éradication du pian, s'était élevé en "leader" incontesté de la classe paysanne, de la majorité des haïtiens. Il ne tarda pas à faire un abus de ce pouvoir transférentiel.
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L'obéissance et le respect des autorités sont des valeurs importantes à inculquer aux enfants. Néammoins, dans ces sociétés à tradition autoritariste, elle implique aussi, inconsciemment, l'abdication de la responsabilité individuelle et l'engourdissement du sentiment personnel de culpabilité. La doctrine autoritariste incite ses adeptes à considérer leurs opposants comme des ennemis, des apatrides, des antinationaux, et, en général des antisociaux qui cherchent à désunir le groupe. En outre, la compliance passive,lorsqu elle est poussée à l'extrême, peut transformer l'individu en un véritable "petit assassin collectif", acceptant et excusant les crimes commis au nom d'un "bien être social". Les attitudes démocratiques parallèles sont l'opposition disciplinée et la critique rationelle et constructive.
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Pour comprendre la signification de la plupart des actes terroristes commis par des fanatiques idéologiques, l'on doit se référer à ces trois entités psychosociales: dogmatisme, besoin de se glorifier et endoctrinement.
Le dogmatisme est l'intolérance et la rigidité dans les idées et le
comportement prônées par des individus ou des groupes (sociétés, etc.). Haiti s'est, en maintes fois, trouvée dans des impasses politico-sociales, précisément, à cause du dogmatisme et de l'inflexibilité légendaires d'un grand nombre de ses précédents chefs d'État--en particulier, des anciens généraux de sa guerre d'indépendance.
Le dogmatisme du docteur François Duvalier, résumé dans son magnifique livre, les Éléments d'une Doctrine, a, par exemple, conduit le pays à travers l'une de ses plus tristes pages historiques.
Le besoin de se couvrir de gloire est, en analyse, une formation réactionelle qui permet à l'individu, écrasé par le groupe, de se protéger des conditions de "stress" insupportable, de se montrer utile au groupe et de
sauvegarder l'estime de soi. C'est dans cette défense psychologique
qu'il faut, par exemple, chercher les raisons de l'assassinat de trois
afficheurs du RDNP, sous la dictature du général Prosper Avril, celles
des excès criminels de la, tristement, célèbre milice duvaliérienne
(les tontons macoutes") contre des apatrides présumés--les "camokins", et celles du supplice du collier infligé aux présumés membres de la milice duvaliérienne par des foules anarchistes, après la chute de Jean Claude Duvalier.
L'endoctrinement est une méthode éducative agressive, utilisée dans
le groupe autoritaire, pour provoquer le changement d'attitudes du novice, lorsque la persuasion échoue. Il implique des interventions inappropriées dans la vie privée des membres de la société afin de "faire la tête aux subordonnés".
La technique de l'endoctrinement se résume à créer le vide social autour de l'individu de façon à inculquer à celui-ci les valeurs du groupe. Grâce au progrès de la psychologie moderne et à celui des moyens de communication, plus
particulièrement, celui des mass média, l'endoctrinement peut se faire sans qu'il soit nécessaire d'interner (hospitaliser ou emprisonner) l'individu. Toutefois l'endoctrinement social requiert un public réceptif ou rendu réceptif, volontairement par la publicité trompeuse ou, involontairement, par un certain nombre de préjugés (idées préconcues), par exemple, et est assez complexe.
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L'union des noirs et des mulåtres, en bref, des forces antiesclavagistes, à Saint-Domingue, a rendu possible la victoire finale qui a conduit à l'indépendance d'Haiti, en 1804. Ce fut, aussi, depuis lors que la phrase symbolique, "L'Union Fait la Force" devint un signe de ralliement symbolisé par l'emblème de cette nation.
L'union est avec la structure deux dimensions très importantes, mises en relief dans les études de la dynamique du groupe organisé, Des groupes très hiérarchisés, et, par conséquent, bien structurés, et dont les membres sont très unis, tels l'Armée et l'Eglise, sont des groupes forts.
S'inspirant de ces modèles, les leaders autoritaires ou dictatoriaux insistent, anormalement, sur ces deux qualités essentielles au bon fonctionnement du groupe organisé que sont l'union et la structure. La cohésion revêt, d'ailleurs, dans de tels groupes, un aspect d'uniformité, et l'union s'y fait au détriment du droit aux libertés individuelles et aux convictions personnelles. Pour Haiti et pour tous les haitiens, le précepte emblématique, "L'Union Fait la Force" a été, trop souvent, un instrument de malheur aux mains de forces ténébreuses. Celles-ci ont toujours cherché et sont souvent arrivées à modeler le comportement du citoyen non averti sur des normes fascistes.
Dans une lettre datée du 31 decembre 2003 et envoyée à radio Métropole, j'ai encore adressé le problème et l'ai rendu plus clair. "Le problème haitien, ai-je dit, n'est pas celui du patriotisme, il n'est pas celui de l'union, ni même celui de l'armée. Il relève de la démocracie et du respect des libertés individuelles et des divergences idéologiques. C'est l'autoritarisme des leaders haitiens et son "petit frère", le militarisme local, qui sont un majeur handicap au progrès de cette nation. L'union dans le respect de l'ordre est essentielle à celui-ci, mais l'unité et le conformisme idéologiques sont indésirables dans une démocracie."
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Le délire d'influence est fréquent chez le psychotique haïtien. Les
raisons que j'avance sont les suivantes:
- la mentalité pseudo-primitive ou la fréquence des croyances pseudo-animistes (§ Mentalité Pseudoanimiste, au Ch. 1)
- l'héritage socio-politique de la période coloniale (§ Fantôme Colonial
& Militarisme Néocolonial, au Ch. 1)
- le mysticisme religieux: celui-ci repose, principalement, sur les
croyances pseudo-animistes, vaudouesques, et, en particulier, sur
l'influence des "loas" sur les évènements et les êtres vivants.
Ce désir, ou cette compulsion, à influencer et à dominer les autres est entaché de particularités folkloriques ou locales dans ses diverses manifestations sociales: zombisme, "lancer" ou capture, "dictature" (parentale, professorale ou/et gouvernementale), propagande machiste gouvernementale et bastonnade policière très fréquente. La contrepartie est définie comme le "Louis Jean Bojé" qui est le comportement retors et révolté.
Ce désir a aussi une racine historique; en effet, la légende rapporte que Boukman, qui fût un grand prêtre vaudou et le chef des premiers esclaves révoltés à Saint Domingue, devait, en grande partie, ses victoires guerrières à l'influence légendaire qu'il exerçait, non seulement, sur ses compagnons d'armes, mais aussi sur ses adversaires. Il aurait acquis un tel pouvoir, d'après les esclaves, après la cérémonie "d'envoûtement", au Bois Caïman, qui a précédé la soirée noire de la révolte générale des esclaves dans le nord d'Haïti.
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1 Au Bois Caïman, au cours de la nuit de la rencontre des esclaves préparant la révolte, , une prêtresse vaudoue plongea, au cours de sa danse religieuse, un long couteau dans la gorge d'un cochon vivant d'où le sang jaillit, et tous les participants en burent.
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