Le KWASHIORKOR, RENCONTRÉ AU CENTRE ÉLIAZAR GERMAIN de Pétion-Ville, et MON UTILISATION DE LA COURBE DE CROISSANCE




PRÉSENTATION DU CAS



Que bizarre est cette appellation! Le mot kwashiorkor vient du nigérien, car c'est en Afrique que cette maladie a été, la première fois, identifiée et veut dire, présentement, la malnutrition protéinique sévere. Cependant, le kwashiorkor n'est pas l'exclusivité de l'Afrique ni même d'une race. Il peut se rencontrer dans n'importe quel pays, sur n'importe quel continent, ou chez n'importe quelle race, lorsque les conditions socio-économiques et propices à son apparition sont remplies. Cliniquement, la maladie se présente chez l'enfant au moment du sevrage et se caractérise par de:
  1. la léthargie,
  2. le retard de la croissance,
  3. l'anémie ferriprive,
  4. l'oedème généralisé,
  5. la chute et la perte de la pigmentation normale des cheveux,
  6. la protubérance abdominale
  7. et l'hypopigmentation de la peau.
  8. American Heritage Dictionary)
  9. la susceptibilité aux infections






Les signes du kwashiorkor sont tous explicables par la malnutrition en protéines. En effet, les protéines sont les nutriments qui contribuent à former la charpente du corps et celle des cellules de l'organisme vivant. Pratiquement, toutes les cellules de celui-ci sont affectées dans cette maladie. Cependant, les cellules de réserve, comme les cellules graisseuses, en sont moins affectées que les autres, parce que l'apport en calories peut être suffisant ou marginal chez les enfants qui en sont atteints.
     Sur les marchés locaux, les protéines coûtent plus chères que les sucres et les graisses et les familles pauvres ont souvent de la peine à se procurer les aliments qui en sont riches. Le manque d'instruction aidant, ces familles ont tendance à se procurer et à donner à leurs enfants les aliments les plus pauvres en protéines, les aliments qui en sont les plus riches étant réservés aux adultes.
     Le kwashiorkor apparait au sevrage, parce que la mère qui allaitait au sein son enfant avait souvent un apport suffisant ou, du moins, marginal en protéines; une autre raison est que l'alimentation au sein est souvent plus saine que l'alimentation à l'assiette, car dans ces familles, la propreté des ustensiles de cuisine et de table laissent souvent à désirer. Le kwashirokor peut donc survenir à la suite de la diarrhée plus ou moins prolongée chez de tels enfants.








DISCUSSION DU CAS


Parce que le kwashiokor peut être prévenu et parce qu'il est possible d'arrêter et de renverser le cours de la maladie, l'utilisation de la courbe de croissance est recommandée. Son "rationale" repose sur la notion des centiles ou des percentiles qui sont des proportions établies statistiquement, dans la population locale, pour les enfants normaux. Normalement, à un âge donné, le poids d'un enfant doit se situer, en moyenne, dans un intervalle. Lorsque ce poids tombe en dehors de celui-là, la présomption d'une croissance anormale est à envisager et la cause est à chercher.
DISPOSITION PRISE


Japportai au centre ma balance pédiatrique pour pouvoir suivre le poids des enfants qui fréquentaient celui-ci, dès leur naissance. J'avais aussi recommandé et pris des dispositions pour que le contrôle régulier du poids de ceux-ci soient faits. Des chartes de centiles se retrouvent dans tous les livres pédiatriques. Néammoins, parce que l'alimentation de la population est normalement plus pauvre en calories dans les pays en voie de développement que dans les pays nantis, une telle charte a été modifiée légèrement par l'OMS, afin de répondre aux exigences locales ou régionales. Il a été, dès lors, plus facile de suivre la croissance des enfants avec de telles chartes de percentiles exposées au mur de la clinique. En plus du traitement de la diarrhée souvent concommitante, les conseils alimentaires restaient la clef à une bonne alimentation des enfants de la clinique. Un fait a été remarqué: l'annonce aux parents que leurs enfants souffraient de la malnutrition protéinique semblait les étonner et aurait pu les déprimer. Néammoins, c'était la voie à suivre - l'éveil médical - et l'enseignement alimentaire en était consecutif, mais non seulement cette phrase, en créole, d'un vieux ainé du centre: "Se ou yo té coupé tété li a?"
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